La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (2023)

NOTE DE L’ÉDITEUR

Ce livre est composé avec le contenu des derniers cahiers de Simone Weil. Ce sont, comme on le verra, en majeure partie, des pensées, des ébauches d’œuvres, des notes de lecture, mais aussi quelques bibliographies et des citations. Il y a sept cahiers et un carnet. Les cahiers sont de la période qui va du départ de Marseille pour le Maroc le 17 mai 1942, au départ des États-Unis pour l’Angleterre le 10 novembre 1942. Pendant ce temps Simone Weil avait passé un peu plus de deux semaines au camp d’Ain Seba près de Casablanca, puis elle s’était embarquée pour New-York où elle est arrivée fin juin 1942. Le carnet date du séjour en Angleterre, à Londres principalement, et va jusqu’aux derniers moments de Simone Weil: la fin est écrite au crayon. On sait que Simone Weil est morte le 24 août 1943 au sanatorium d’Ashford (Kent), où elle avait été transportée quelques jours auparavant.

Il est impossible de reconstituer la suite véritable des sept cahiers, malgré les numéros qui ont été inscrits par Simone Weil sur leurs couvertures, et même d’affirmer que les fragments qu’ils contiennent ont bien été écrits dans l’ordre où ils se présentent à l’intérieur des cahiers. Nous les avons simplement publiés ici sous le titre général de Cahiers d’Amérique. Quant au carnet d’Angleterre, c’est lui qui est reproduit à la fin du volume sous le titre de Notes écrites à Londres.

Les deux pages du Prologue se trouvaient, détachées, au milieu d’un cahier, sans rapport direct avec les notes prises à cet endroit.

Il va sans dire qu’aucun de ces textes n’était destiné, tel quel, à la publication. Le titre du volume est de nous. Nous l’avons adopté à cause de la fréquence de cette expression dans les pensées de Simone Weil.

PROLOGUE

Il entra dans ma chambre et dit: «Misérable qui necomprends rien, qui ne sais rien. Viens avec moi et jet’enseignerai des choses dont tu ne te doutes pas.» Je lesuivis.

Il m’emmena dans une église. Elle était neuve et laide.Il me conduisit en face de l’autel et me dit: «Agenouille-toi.» Je lui dis: «Je n’ai pas été baptisé.» Ildit: «Tombe à genoux devant ce lieu avec amourcomme devant le lieu où existe la vérité.» J’obéis.

Il me fit sortir et monter jusqu’à une mansarde d’oùl’on voyait par la fenêtre ouverte toute la ville, quelqueséchafaudages de bois, le fleuve où l’on déchargeait desbateaux. Il me fit asseoir.

Nous étions seuls. Il parla. Parfois quelqu’un entrait,se mêlait à la conversation, puis partait.

Ce n’était plus l’hiver. Ce n’était pas encore le printemps. Les branches des arbres étaient nues, sans bourgeons,dans un air froid et plein de soleil.

La lumière montait, resplendissait, diminuait, puis lesétoiles et la lune entraient par la fenêtre. Puis de nouveau l’aurore montait.

Parfois il se taisait, tirait d’un placard un pain, etnous le partagions. Ce pain avait vraiment le goût dupain. Je n’ai jamais plus retrouvé ce goût.

Il me versait et se versait du vin qui avait le goût dusoleil et de la terre où était bâtie cette cité.

Parfois nous nous étendions sur le plancher de la mansarde, et la douceur du sommeil descendait sur moi.Puis je me réveillais et je buvais la lumière du soleil.

Il m’avait promis un enseignement, mais il ne m’enseigna rien. Nous causions de toutes sortes de choses,à bâtons rompus, comme font de vieux amis.

Un jour il me dit: «Maintenant va-t’en.» Je tombai à genoux, j’embrassai ses jambes, je le suppliai dene pas me chasser. Mais il me jeta dans l’escalier. Je ledescendis sans rien savoir, le cœur comme en morceaux.Je marchai dans les rues. Puis je m’aperçus que je nesavais pas du tout où se trouvait cette maison.

Je n’ai jamais essayé de la retrouver. Je comprenaisqu’il était venu me chercher par erreur. Ma place n’estpas dans cette mansarde. Elle est n’importe où, dansun cachot de prison, dans un de ces salons bourgeoispleins de bibelots et de peluche rouge, dans une salled’attente de gare. N’importe où, mais non dans cettemansarde.

Je ne peux pas m’empêcher quelquefois, avec crainteet remords, de me répéter un peu de ce qu’il m’a dit.Comment savoir si je me rappelle exactement? Il n’estpas là pour me le dire.

Je sais bien qu’il ne m’aime pas. Comment pourrait-ilm’aimer? Et pourtant au fond de moi quelque chose,un point de moi-même, ne peut pas s’empêcher de penseren tremblant de peur que peut-être, malgré, tout, ilm’aime.

CAHIERS D’AMÉRIQUE

(mai-novembre 1942)

La résurrection est le pardon du Christ à ceux quil’ont tué, le témoignage qu’en lui faisant tout le malpossible on ne lui a pas fait de mal. Le mal n’est sentique dans un être pur. Mais il n’y est pas du mal. Lemal est extérieur à soi-même. Là où il est il n’est passenti. Il est senti là où il n’est pas. Le sentiment du maln’est pas un mal.

Le mal étant la racine du mystère, la douleur est laracine de la connaissance.

La joie de Pâques n’est pas celle qui suit la douleur,la liberté après les chaînes, le rassasiement après lafaim, la réunion après la séparation. Elle est la joie quiplane au-dessus de la douleur et l’achève. Le chant lui-même le rend manifeste, dans le grégorien (Salve, festa, dies…)La douleur et la joie sont en équilibre parfait.La douleur est le contraire de la joie; mais la joie n’estpas le contraire de la douleur.

Celui qui reçoit et transmet la malédiction ne la laissepas pénétrer au centre de lui-même. Il ne la sent pas.Celui sur qui elle s’arrête, celui qui l’arrête, celui-là,elle pénètre au centre de lui. Il devient malédiction. Ilfaut être pur pour devenir malédiction.

La plénitude de la joie est nécessaire pour rendre unêtre si pur qu’il puisse devenir malédiction.

La douleur et la joie alternées purifient un être jusqu’à ce qu’il soit assez pur pour devenir malédiction, etavoir en même temps en lui la plénitude de la douleur,et au-dessus de lui la plénitude de la joie.

Até court, la pointe des pieds sur la tête des hommes,de tête en tête — jusqu’à ce qu’un homme l’arrête;alors elle entre en lui.

Nul ne l’arrête dans l’Iliade.

Prométhée l’arrête.

Les êtres ordinaires (c’est-à-dire non rédempteurs), lemalheur passe sur eux sans les transpercer. Et pourtantil les change. Il les brise.

P. qui sent son malheur quand il attend le tram.

J. B. resté infantile par le malheur, comme les enfants qui ne grandissent pas parce qu’on les contraint àun travail trop dur.

Table ronde. S’asseoir à cette table, c’est perdre laperspective, s’installer dans l’absence de point de vue,dans l’universel.

De toute évidence, l’histoire du Graal a pour essenceune identification de la pensée chrétienne avec des traditions ibéro-celtiques. Dans la Queste del Saint Graal,Israël est regardé comme le mal, conformément à latradition de Marcion et des Manichéens. Sarraz (Tyr?Sidon?) est la ville spirituelle par excellence.

Cercle et trinité. Un cercle est défini par trois points.Une droite par deux.

Déjà avant la Passion, déjà par la Création, Dieuse vide de sa divinité, s’abaisse, prend la forme d’unesclave.

Transferts réels et imaginaires. J. B.

Désir sensuel et beauté. Besoin de briser l’impuretéintérieure contre de la pureté. Mais le médiocre en nousse défend pour préserver sa vie, et a besoin de souillerla pureté.

Prendre puissance sur est souiller. Posséder est souiller.

ἐξ ὕδατος καὶ πνεύματος — à partir de (composition) — La sève végétale, synthèse de l’eau et de l’énergie ignée du soleil par la vertu chlorophyllienne, entreen nous et devient sang (Timée). Les Hébreux pensaient que le sang est la vie. Nous devons décomposer la synthèse,décomposer la vie en nous, mourir, redevenir eau.L’énergie surnaturelle se combine alors avec cette eaupar la vertu chlorophyllienne de la grâce pour constituerune vie surnaturelle.

Un ordre d’hommes et de femmes qui iraient commeprisonniers dans les prisons, etc.

Grain de grenade qui lie irrévocablement à Dieu.On l’a déjà mangé quand on s’en aperçoit.

B/ Beau —

présence réelle de Dieu. Mais art démoniaque (hosties dans les messes noires).

L’éternel seul est invulnérable au temps. Seule uneinspiration transcendante peut produire une peintureque supporterait un condamné à l’emprisonnement cellulaire.

Ceci a rapport à la relation invariant — variation(cube de la perception) [Éternel/temps || Invariant/variation || Nécessaire/possible || ]

Rep. 365a — sacrements

L’Amour est descendu par amour dans ce monde sousforme de beauté.

L’objet de la science est l’exploration du beau a priori

Essays in Buddhism, prof. Tataro Suzuki, London,Luzac & Co, 46 Great Russel Street, 1933.

Harmonie, κλείς, clef.
Douleur divine. Prométhée et Zeus.
La douleur qui ouvre la porte.

[Transformation d’énergie calorifique en mécanique;se fait-elle vraiment?]

Esquimaux. «Au temps où une nuit éternelle enveloppait la terre, le renard profitait de l’obscurité qui luipermettait de dérober de la viande dans les cachettesdes hommes. Mais le corbeau qui dans la nuit éternelle ne pouvait pas trouver de nourriture désira lalumière et la terre s’éclaira.»

«Va chez les morts et aime-les.»

Histoire de la récitation du nom du Seigneur.

Il y a un bien qui est le contraire du mal; et un quine l’est pas.

Contempler le non-contemplable (le malheur d’autrui),sans fuir, comme le désirable sans approcher —c’est le beau. [Beaucoup de manières de fuir.]

Déraciner autrui. Ersatz de décréation.

Venise sauvée — ennui à l’arrière — plan, chez lesconjurés.

Tout plan discerné dans les événements est bien, quelqu’il soit, un plan de la Providence — parmi une infinité d’autres.

La vulnérabilité des choses précieuses est belle parcequ’elle est une marque d’existence. Fleurs des arbresfruitiers.

Ainsi la vulnérabilité de l’âme au froid, à la faim…

Dès qu’on sait que quelque chose est réel, on ne peuty être attaché.

La voie de cube en cube. La tracer (cube de la perception,invariant)

«Ce qui n’est pas manifesté, mais par quoi est manifesté ce qui l’est.»

Dieu aime la perspective de création qu’on ne peutvoir que d’où je suis, et je fais écran.

Mathématique et distinction des niveaux. — [1] et constatation.

Faits à priori.

La nécessité dans le surnaturel et les itinéraires.Espace, nécessité suprême. «Je suis la voie.» Plus denécessité que dans la nature.

Trois présences de Dieu: de création, d’ordonnance,d’inspiration.

Beau = présence manifeste du réel. τὸ ὄν. Joie, sentiment du réel.

Être poussé par Dieu vers le prochain comme lecrayon est appuyé par moi sur le papier.

L’épée mauvaise (ou bonne) pareillement à la poignée et à la pointe. Venise sauvée.

Un ordre est un intermédiaire entre une multiplicité[de conditions] et une chose.

Dans l’ordre du monde — dans l’ordre esthétique —quelle est cette chose?

Le vide.

Dieu.

De même: action suspendue seulement à Dieu. Onne peut pas passer par le bien sans passer par le beau.

Conte chilien du mari qui suce le sang… Les soldatsde Napoléon étaient précipités dans la mort par l’énergie supplémentaire. Mais dès que l’énergie végétativeapparaît, affleure à la surface, le plus froid égoïsme(sauf grâce surnaturelle). C’est alors qu’il n’y a pasplus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’onaime. Croix.

Croix et Antigone (emmurement).

Prométhée πυρὸς διδάσκαλος. ἑκόνθ’φιλότητα βροτῶνἐξελυσάμην — dessécher — Διὸς φίλονμὴ φρονεῖνσυμφρρὰ διδάσκαλος

μηχανήματα

σοφιστήν

Zeus perdra sa puissance.

Suppl. Ζεὺς ἑτερορρεπής.

Chine.

Au centre du monde, il y a un arbre auprès duquelrien ne donne d’écho, auprès duquel rien de ce qui estparfaitement droit ne donne d’ombre.

Phénomènes de transferts et de combinaisons psychologiques. Si on disait aux gens: ce qui fait que ledésir charnel est impérieux en vous, ce n’est pas ce qu’il ade charnel. C’est parce que vous y faites porter ce qui estl’essentiel de vous-mêmes, le besoin d’unité, le besoinde Dieu. — Ils ne le croiraient pas. Il leur paraît manifeste que ce caractère de besoin impérieux est celui du désir charnel comme tel. De même il semble manifeste à l’avare que le caractère de désirabilité est celui del’or comme tel, et non pas comme instrument d’échange.Lecture.

Il faut défaire ces combinaisons, décomposer sapropre âme en eau et en énergie et renaître à partirde là.

Pour rendre palpable la vérité chrétienne, il faut montrer qu’elle est implicitement enfermée, sous une formedégradée, même dans les passions les plus basses. Cedont nous vous parlons, c’est cela même que vous désirez de toute votre âme, en ce moment, dans votre étatprésent. Mais vous le nommez d’un faux nom. N’adoptez pas le nom que nous vous proposons. Cessez seulement tout à fait de le nommer. Persévérez dans cesilence intérieur. Et un jour vous entendrez une voix envous qui vous dira le vrai nom.

Banquet, 196a. — Relation entre la beauté de la forme(εὐσχημοσύνη), la proportion et la fluidité. (συμμέτρου καὶ ὑγρᾶς ἰδέας). Extrêmement remarquable. Théorieparfaite de la sculpture grecque.

Fluide invariant.

196b — οὔτε αὐτὸς βίᾳ πάσχει, εἴ τι πάσχει, οὔτε ποιῶν ποιεῖ.

S’il souffre, ce n’est pas par force. Prométhée. Passion.Juste parfait.

Le vin sert dans la communion, est le sang du Christ.L’huile sert dans la confirmation où il s’agit de l’Esprit.Athéna, issue de la tête de Zeus, répondrait-elle à l’Esprit?Dans Hésiode, Zeus mange Métis enceinte donton a prédit qu’elle aurait un enfant plus puissant quelui. Après quoi Athéna sort de sa tête (cf. au moyen âgel’image d’une vierge chevalier comme incarnation del’Esprit). Dans le mythe du Banquet, Poros est fils deMétis. Prométhée nomme le feu, symbole de l’Esprit,Poros. Métis, la sagesse, est la même chose que Prométhée. «Qui ex Patre Filioque procedit

Athéna a pour attribut l’égide assimilée à la foudre.

Lien entre la colombe, figure de l’Esprit, et l’olivier.

Eau, vin (= sang), huile (= πνεῦμα). Baptême, communion,confirmation. (L’huile joue aussi un rôle dansle baptême.)

Hephaïstos dans une tradition, Prométhée dans uneautre, fait sortir Athéna de la tête de Zeus.

Tritogenie — la troisième?

Est-ce à cause du caractère inflammable de l’huile?…

La propriété qu’a l’huile de flotter sur l’eau a-t-ellerapport avec ce symbolisme?

B. Ordre des mots par rapport à une pensée (ordrelogique et grammatical). Par rapport à un effet de persuasion (images, etc.). — Par rapport à une transposition de la sensibilité. — Mais en poésie?

Exposer ce qu’est la technique transcendante.

Le beau et la Providence. Le beau et le problème dumal.

Le beau et la douleur (douleur physique). Prométhée. Job.

«Harmonie», «proportion», union des contraires.

Rythme. Lent et rapide. Haut et bas. Chant grégorien.

Architecture. Haut et bas. Lourd et léger. Équilibre.

Peinture. Espace. Distance. «Ce que sont la largeur…»

Sculpture. Statues liquides. Platon.

Le beau dépasse l’intelligence, et pourtant toute chosebelle nous offre quelque chose à comprendre, non seulement en elle-même, mais dans notre destinée.

Le beau dans la nature. Comment s’applique la notiond’ordre?

«Naître à partir de l’eau et du πνεῦμα.» La douleurqui sépare les contraires.

Stoïciens. La semence est un πνεῦμα. Le Saint-Espritentré dans la Vierge est la semence de Dieu.

Hérodote. Deux animaux sacrés — brebis (bélier)— chèvre,

Bélier. Agnus Dei. Christ. Équinoxe de Printemps.

Chèvre. Égide. Vent (αἰγίδες parfois pour vents) — Athéna, qui seule parmi les dieux a accès à la foudre— olivier — Saint-Esprit — Solstice d’hiver.

Panathénées, tous les 4 ans, le 28 Hekatombaeon.

Premier mois attique, qui commence au 15 juillet.Donc vers le 15 août.

Bélier.Taureau.Gémeaux.Cancer.Lion.Vierge.
20 mars20 avril20 mai20 juin20 juil.20 août
Balance.Scorpion.Sagittaire.Capricorne.Verseau.Poissons.
20 sept.20 octobre20 novembre20 décembre20 janvier20 février

Si le Christ est né à Noël, il a été conçu à Pâques.Est-ce pour cela?

Pan, dieu chèvre.

Taureau, Osiris. Comme bélier.

Ténèbres. Tumulte pour imiter le tonnerre. Jean etJacques «fils du tonnerre».

Corne de chèvre — Lune au dernier quartier.

Poissons — Plies du Banquet?

Rameau de suppliant. Olivier et laine.

Laine interdite aux prêtres égyptiens.

BélierBalance.
TaureauScorpion.
GémeauxSagittaire.
CrabeChèvre.
LionVerseau.
ViergePoissons.
BalanceBélier.

La charité. Aimer les êtres humains en tant qu’ilssont néant. C’est les aimer comme fait Dieu.

La preuve ontologique par le beau est toujours applicable,car le beau, c’est le réel.

Ordre comme condition d’existence. L’ordre esthétique n’est une condition d’existence que pour soi-même.Mais chaque chose est condition pour soi-même; celan’a pas de sens. Quelle est cette chose qui est séparéede soi-même par la relation de condition d’existence?Image de Dieu. C’est là la présence réelle de Dieu dansle beau.

Mat., 24,14 — κηρυχθήσεται… ἐν ὅλῃ τῇ οἰκουμένῃ…«la grande mer de la beauté». Aphrodite céleste, née dela semence du Ciel tombée sur la mer (la semence estπνεῡμα) (L’Esprit de Dieu était sur les eaux). Baptême.

Étymologie du Cratyle.

Πέλοψπέλας — il n’a pas vu au loin.

Τάνταλοςταλντεία — suspension (de la pierre).

ταλάντατον — le plus malheureux.

Ζῆνα — δι’ὅν ζῆν —

ὁ θεὸς, δι’ ὅν ζῆν ἀεὶ πᾶσι τοῖς ξῶσι ὑπάρχει.

Κρόνος — κόρον σημαίνει, οὐ παῖδα, ἀλλὰ τὸ καθαρὸν αὐτοῦ καὶ ἀκήρατον τοῦ νοῦ —

οὐρανία — ὁρῶσα τὰ ἄνω.

θεοὺ, de τοῦθεῖν, parce que les premiers habitants del’Hellade, comme encore la plupart des barbares, regardaient seulement comme dieux le soleil et la lune et laterre et les astres et le ciel, choses qu’on voit toujoursἀεὶ ἴοντα δρόμῳ καὶ θέοντα.

δαίμονας.

Hésiode, sur les hommes de l’âge d’or après leur mort

… οἱ μὲν δαίμονες ἁγνοὶ ἐπιχθόνιοι καλέονται

ἐσθλοί, ἀλεξίκακοι, φύλακες θνητῶν ἀνθρώπων.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Nicolas de Cues — Livre de Gandillac.

Saint Justin, Apolog. I, 59, 60. — Abélard, Introduction à la théologie chrétienne (Op. II, 22) — GlaberRodulfus (cité dans Reuter, Relig. Aufklärung, t. I, l. 2).

(Abélard assimile les philosophes aux prophètes.)

Bernard Silvestre, qui mélange la Bible et le Timée.C£. Gilson, Cosmogonie de B.-S. Thierry de Chartres,qui cite comme autorités Pythagore, Platon et HermèsTrismégiste.

Festugière.

Jean de Salisbury, De Dogmate phil.

David de Dinant (hérétique).

Amaury de Benes. Amauriciens, égalent la sagessepaïenne à la sagesse chrétienne — cf. Delacroix, Mysticisme spécul., ch. ii.

Lulle — (mais lui veut ramener tout le monde dansl’Église).

Alain de Lille. Hugues de Saint-Victor, Saint Bonaventure,Maître Eckart.

Rede von den 15 graden, texte allemand de date inconnue. Publié par Shömann — Dieu se présente commeprofesseur, berger, médecin, boutiquier, père de famille,hôte, voyageur, soldat. Spiritualité pour toutes les conditions.

Maître Eckart, Commentaire de saint Jean.

Proclus, in Parm., 735,4.

Livre des 24 philosophes. (Publié en 1913 par Bäumker.) Texte de la fin du xiie, attribué à Hermès Trismégiste (lequel est du iie ou du iiie. Contient «Dieu estune sphère infinie dont le centre est partout et la circonférence nulle part»).

Saint Bonaventure.

Angelius Silesius — poèmes religieux allemands.

Boetius.

Giordano Bruno — Opera — éd. Wagner) Leipzig,1830. Le opere italiane (éd. Lagarde) Göttingen, 1888.

B. Toute une vie déterminée par l’irréalité d’un faitde guerre.

Les choses «par surcroît» — Dieu nous les donne etcomme récompense et comme épreuve d’amour. Quandle maître récompense l’esclave, l’épreuve est plus dangereuse que quand il le laisse sans récompense. Mais parmiséricorde infinie et comme avertissement il nous lesretire si nous nous y attachons. Peu à peu cependant,non immédiatement, afin que l’amour ne nous soit pasfacile.

Ainsi la dépendance de la technique à l’égard de lascience pure qui ne se propose aucune fin technique.Expérience russe. C’est un avertissement.

La science — comme toute activité humaine — enferme une manière originale, spécifique, d’aimer Dieu.Cela, qui est sa destination, est aussi son origine.

Nulle chose ne peut avoir comme destination ce qu’ellen’a pas pour origine.

Idée contraire, idée de progrès, poison. Nous le constatons. La racine qui a porté ce fruit, mélangée à la foi,doit être arrachée.

À quoi serviraient les scandales de notre époque s’ilsne nous donnaient pas des lumières qu’on n’a pas euesau moyen âge? On a besoin de lumières qu’on n’avaitpas au moyen âge. La tâche est plus grande.

Si l’origine des activités profanes est surnaturelle, lechristianisme n’a pas commencé avec le Christ.

La science pure est une contemplation de l’ordre dumonde comme nécessité.

La nécessité n’apparaît que dans la démonstration.

Parenté évidente entre la notion de nécessité et l’obéissance. Le rapport de maître à esclave, c’est la nécessitédans les relations humaines.

Parenté entre la nécessité et la certitude.

C’est à cause de leur foi — foi inspirée par l’amourdu Christ — que les Grecs ont eu cette faim de certitudequi leur a fait inventer la démonstration géométrique.C’est parce que leur mathématique était une théologiequ’ils y voulaient une certitude.

La marche de la caverne est faite pour nous, aujourd’hui.

Que cette nécessité mathématique soit la substance dumonde — c’est le sceau de notre Père, le témoignageque la nécessité a été dès l’origine vaincue par une persuasion sage.

À contempler encore.

Avant de descendre dans les catacombes, le christianisme doit montrer qu’il est catholique. Il n’y a pas lepoint de vue chrétien et les autres, mais la vérité et l’erreur. Non pas: ce qui n’est pas chrétien est faux, mais:tout ce qui est vrai est chrétien.

La conception des relations entre le naturel et le surnaturel est la grande erreur du xiiiesiècle, qui a préparéla Renaissance.

Orienter la science vers l’obéissance et non vers le pouvoir. Mais cette orientation est celle de la science pure,qui est contemplation de la nécessité.

La puissance est l’obéissance dégradée.

Il n’y a que le christianisme et l’idolâtrie. Et sousdivers aspects, le social est la seule idole.

(Et Gide, le surréalisme, etc.? Le moi aussi peutêtre idole.)

Le social et le moi sont les deux idoles.

L’«égalité géométrique» rend égal à Dieu. Et cemalheureux Calliclès qui veut seulement acquérir toujours davantage!

Un nombre mauvais, non carré, 17 par exemple, peutcroire qu’il serait plus grand s’il était 18. Mais il ne saitpas que le secret, le principe créateur de toute grandeurn’est autre que 1. En devenant 18, il s’éloigne. Il dégradele 1 dans le plan du nombre. Sa grandeur réside uniquement dans son identification à 1 par sa propre racine,La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (3), la médiation.

Chaque nombre à sa propre médiation en soi et horsde soi.

La direction vers 18, c’est le mal, ψεῡδος, φθόνος. Ladirection vers 1, c’est λόγος, ἀριθμός, ἁρμονία, ἁμολογίαc’est la vérité, l’obéissance, le bien.

Liaison entre vérité et l’obéissance. La certitude estl’obéissance de l’intelligence (et non pas, nullement, lasoumission à une autorité extérieure, même acceptée parfoi).

Le malaise de l’intelligence dans le christianisme, quidure depuis 20 siècles, vient de ce qu’on n’a pas su établirun modus vivendi satisfaisant, basé sur une vue exactedes analogies et des différences, entre le Saint-Esprit parlant au corps de l’Église et le Saint-Esprit parlant àl’âme.

Le Corps mystique n’est qu’un corps. L’âme dans l’étatde perfection est l’image même du Christ.

συμφρόνησις … 3 sujets pensants.

«Aime Dieu.» Cela ne peut être que l’ordre dumonde et le prochain, puisque Dieu, avant qu’il soitdescendu pour se montrer, on ne le voit pas.

Aristote. On démontre l’incommensurabilité de la diagonale par l’absurde, car si elle était commensurable, lepair serait égal à l’impair.

Donc La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (4) est pair et impair. λόγος ἄλογος — splendide!

L’impossibilité de trouver La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (5) tel que La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (6) doit êtretrès antique, de toute antiquité.

[ou plutôt La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (7) et La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (8) tels que La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (9), une moyenneentre un nombre et son double. Dans la série infinie desnombres, il n’y a pas La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (10) et La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (11)].

Rapport conçu sans l’usage des sens, et aussi certainque le nombre.

Amour de Dieu et «action non agissante». Passagede Thucydide.

La Création, pour Dieu, n’a pas consisté à s’étendre,mais à se retirer. Il a cessé de «commander partout oùil en avait le pouvoir».

[ N.-B. que notre autonomie a comme contre-partiela nécessité mécanique aveugle. ]

La Création, la Passion, l’Eucharistie — toujours cemême mouvement de retrait. Ce mouvement est l’amour.

L’homme est comme un naufragé accroché à uneplanche, ballotté par la mer. Il est hors d’état de changerquoi que ce soit au mouvement que lui imprime la mer.Dieu lance une corde du haut du ciel. L’homme la saisitou non. S’il la saisit, il reste soumis aux pressions de lamer, mais ces pressions se combinent avec le facteurmécanique nouveau constitué par la corde, de sorte queles relations mécaniques entre l’homme et la mer ontchangé. Les mains saignent par l’étreinte de la corde. Lamer le ballotte parfois tant qu’il la lâche et la reprend.

Mais s’il la repousse volontairement, Dieu la retire.

Ne pas parler aux malheureux du royaume de Dieu,car cela leur est trop étranger, mais seulement de laCroix. Dieu a souffert. Donc la souffrance est une chosedivine. En elle-même. Non par les compensations, consolations, récompenses. Mais la souffrance qui fait horreur,qu’on subit malgré soi, qu’on voudrait fuir, dont on supplie de ne pas être frappé. Le malheur.

καρποφοροῦσιν ἐν ὑπομονῇ
ὑπομένω — Ils porteront des fruits dans l’attente (attendre — soutenir un choc).

Comme les prétextes de guerre, chez les agresseurs quisavent leur métier — tels que les Romains — auxquelspersonne ne croit, ni eux ni les autres, mais sans lesquelsla guerre serait impossible ou malheureuse — de mêmeles prétextes que met en avant le péché (maladie, etc.), que l’on sait faux, mais sans lesquels le péché seraitimpossible. Que faire à cet égard?

Perfection du Père céleste vue dans l’ordre du monde:soleil et pluie, lis et oiseau.

Géants à la vie cachée. «Votre Père qui est dans lesecret.»

«L’amitié est une égalité faite d’harmonie.» Charité pour les malheureux.

Test. Esp., etc. — Le malheur contraint à poser continuellement la question «pourquoi», la question essentiellement sans réponse. Ainsi par lui on entend la non-réponse. «Le silence essentiel…»

σωφροσύνη — pureté.

Le Fils séparé du Père par la totalité du temps et del’espace, du fait qu’il a été fait créature; ce temps quiest la substance de ma vie — et de même pour chacun —ce temps qui est si lourd dans la souffrance, est un segment de cette ligne tendue par la Création, l’Incarnationet la Passion entre le Père et le Fils.

Cercle. Deux points immédiatement voisins. Se touchent,et sont séparés par toute la circonférence. Héraclite.

Cercle infini. La circonférence est une droite. Lesdeux extrémités d’une droite infinie ne font qu’un seulpoint.

Ma vie est un segment de cette droite. Je suis unepartie de la distance entre le Père et le Fils, de cettedistance que traverse le Saint-Esprit. C’est ma misèreelle-même qui fait de moi le réceptacle du Saint-Esprit.Pour devenir quelque chose de divin, je n’ai pas besoinde sortir de ma misère, je n’ai qu’à y adhérer. Mespéchés eux-mêmes me sont un secours à condition queje sache y lire toute l’étendue de ma misère. C’est toutau fond de ma misère que je touche Dieu.

La distance qui me sépare des êtres et des choses terrestres que j’aime est bénie, car elle est une image de ladistance entre le Père et le Fils. Seulement une image?Ou n’est-elle pas aussi une partie de cette distancemême?

(Elle est aussi du temps.)

Phèdre — La beauté d’un adolescent a seulement «lesurnom» de beau. Le beau en soi visible aux yeux ici-bas,c’est la beauté du monde.

De tous les attributs de Dieu, un seul est incarné dansl’univers, dans le corps du Verbe, c’est la beauté.

Les autres ne peuvent être incarnés que dans un êtrehumain.

La présence de la beauté dans le monde est la preuveexpérimentale de la possibilité de l’incarnation.

La joie qui est une adhésion totale et pure de l’âme àla beauté du monde est un sacrement (celle de saintFrançois).

(De même la beauté mathématique.)

[Sauf saint François, le christianisme a presque perdula beauté du monde.]

Aristote. Diagonale du carré. Pair et impair.

Quelle dignité cela donne au malheureux qui reçoit,de savoir qu’il peut porter à son bienfaiteur le remerciement du Christ.

ὑπομονῇ — eau taoïste — stoïciens.

Un des plaisirs les plus délicieux de l’amour humain,servir l’être aimé sans qu’il le sache, n’est possible dansl’amour de Dieu que par l’athéisme.

L’amour charnel est une recherche de l’Incarnation.On veut aimer dans un être humain la beauté dumonde, non pas la beauté du monde en général, maiscette beauté spécifique que le monde offre à chacun etqui correspond exactement à l’état de son corps et deson âme.

La mer, un mouvement dans l’immobilité. Équilibreordre du monde. Image de la matière première. Χαῖρεκεχαριτωμένη. Dans l’art. Cela a l’air d’être en mouvement, et c’est immobile. Musique, le mouvement s’empare de toute l’âme — et ce mouvement, ce n’est pas autre chose que l’immobilité. Comme dans le spectacled’une vague, le moment où elle commence à crouler estle point même de concentration de la beauté. De mêmedans la musique.

L’explication archéologique de l’immobilité des statues grecques comme règle corporative, exemple dechoix de la stupidité contemporaine.

La fonction spirituelle du travail physique est lacontemplation des choses, la contemplation de la nature.

Le passage à l’éternel, c’est l’opération de l’âme analogue à celle de la perception par laquelle, quoi que noussuggère la perspective, nous ne nous mettons pas aucentre de l’espace. Et c’est de même la condition de laperception, la condition pour qu’apparaisse le réel.

Usage temporel des biens d’origine surnaturelle (chezmoi, l’intelligence). — Or des fées qui se tourne enfeuilles mortes.

Parabole du naufragé accroché à sa planche.

Accomplir dans le temps l’annulation de la perspective comme dans l’espace. Éternité.

De là la puissance du souvenir, des choses antiques,etc.

Hela. U. r.

Université catholique N. Y.

Serpent: à cause de la lune? Cf. Varro: «hincEpicharmus Enni Proserpinam quoque (sc. lunam)appellat quod solet esse sub terris; dicta Proserpina, quodhaec ut serpens modo in dexteram modo in sinisterampartem late movetur».

Les deux croissants de lune symétriques mènent auserpent.

Le serpent d’airain.

Chevalier de la Gaule Narbonnaise supplicié pouradoration d’œuf de serpent sous… (Hermann).

Résumé du papier pour P. P.

La vérité mathématique était d’abord théologique (Philolaos). Médiation pour les nombres non carrés,injustes (Aristote). Logoi alogoi, scandale, absurdité.Passage du Timée sur la médiation géométrique. Epinomis. Loi naturelle, fonction et proportion.

Invention de la démonstration (âme de notre science,y compris la méthode expérimentale), due au besoin decertitude des Grecs pour les choses divines, même dansleurs images. Nombres, image privilégiée des chosesdivines à cause de leur certitude. Mais le nombre réelest mieux. Certitude et irreprésentabilité. Introduction àla foi.

Échelle du moins au plus certain et du plus au moinsreprésentable. Mathématique intermédiaire. En mêmetemps, résumé du mécanisme qui gouverne la matièreet image des vérités divines. En même temps, a pourcentre la médiation.

Poésie prodigieuse. Révélation.

On a perdu ce besoin de certitude pour les chosesdivines.

On retrouve depuis peu le besoin de rigueur en mathématique. Cela peut être un chemin. Car dans la mathématique il n’a pas d’objet.

Usage de la mathématique pour faire sentir la possibilité d’une certitude concernant ce qu’on ne comprend pas. Modeler la mathématique à cette fin.

(koan. C’est ce qu’on ne comprend pas dont on estcertain. C’est l’opaque qui seul est vu.)

Arrangement providentiel empêchant la mathématique de sombrer dans la technique.

φιλίαν εἶναι ἐναρμόνιον ἰσότητα

1o Trinité. ἁρμονία, δίχα φρονεόντων συμφρόνησις

Preuve de la Trinité. Dieu sujet. Mais objet et liendes deux en lui. Et chacune de ces choses est «Jesuis».

Égalité entre un et plusieurs, entre un et deux.

(un, ἀρχή et premier composé, Phil.)

Saint Augustin, aequalitas, connexio).

2o Opposition entre créateur et créature, limitant etillimité. Second couple de contraires en Dieu (Philèbe).La plus belle harmonie, maximum de séparation et d’unité. Qu’une Personne divine soit chose, matièreinerte (un homme esclave et à l’agonie). Agonie duChrist. «Pourquoi m’as-tu…» — Le Christ a beaucoup de jeunes frères.

Limite = nombre. Philèbe: un et plusieurs (Trinité),limite et illimité (création). Nombre, moyenneproportionnelle, Philèbe: toute étude reproduit cettehiérarchie. Intelligence, image de la foi.

[Passage à la limite, solution des difficultés insolubles.Ex. agonie du Christ.]

δίχα φρονεόντων «Mon Dieu, pourquoi…?» —συμφρόνησις un seul Dieu. Amour qui passe toute connaissance.

3o Amitié entre Dieu et l’homme. Harmonie commemoyenne proportionnelle. Médiation. Timée, Banquet,Epinomis, saint Jean. Amitié, égalité géométrique dansle Gorgias. «Nul n’entre ici s’il n’est géomètre.»ὁ θεὸς ἀεὶ γεωμετρεῖ (double sens). Géométrie, premièredes prophéties. C’est pourquoi la science est devenuediabolique. Vrai rapport de la science à la charité, analogue au chant grégorien.

La rigueur démonstrative est à la science comme lapierre à la sculpture.

4o Amitié entre hommes. Naturellement, ou je est aucentre (perspective), ou un autre qui me domine par laforce brutale, et le reste n’est que parcelles de l’univers,sauf le cas exceptionnel de justice naturelle (Thucydide,Athéniens et Méliens).

L’amitié est identique à la justice surnaturelle. Christ,médiateur entre les hommes.

«Nous», sentiment collectif, fausse amitié, sansharmonie, car là les termes sont de même espèce, demême racine, de même rang.

Justice surnaturelle, opération analogue à celle quisurmonte la perspective. Pas de centre dans le monde,seulement hors du monde. Renoncer par amour pourDieu au pouvoir illusoire qu’il nous laisse de dire «Jesuis». Non pas, ce que font certains, en le transférant enLui, comme Oenone en Phèdre ou Pylade en Oreste.Car le Je suis véritable de Dieu diffère infiniment de notre illusoire. Renoncement sans transfert. C’estamour de Dieu. Mais toute pensée humaine réelleayant un objet concret ici-bas, il se présente d’abord oucomme amour de la beauté du monde ou comme amourdu prochain. Ce renoncement, c’est l’abandon de tousles biens pour suivre le Christ. Les biens sociaux nesont que des adjuvants au pouvoir de dire «Je».Acceptation de la pauvreté: «Si on veut se rendre invisible…»

Harmonie ici, unité des contraires. Contraires: moiet l’autre. Unité seulement en Dieu. Justice et amour(du prochain), identiques.

Dieu médiation entre Dieu et Dieu, Dieu et l’homme,l’homme et l’homme. Unique harmonie.

Christ toujours présent entre deux vrais amis. Réciproquement la parole «Si deux ou trois…» est la promesse de l’amitié humaine à ses amis.

5o Harmonie dans les choses. 1) entre les choses etDieu. 2) entre les choses. Dans les deux cas, la médiation est la limite, qui est aussi λόγος et ἀριθμός. Choses,hommes comme être naturels y compris (y comprismoi).

L’opposition limite — illimité enferme toutes lesthéories de la connaissance.

Philolaos. Le nombre donne aux choses un corps.Gnonom. i. e. invariant et groupe de variation. Cube(Lagneau). Le cube est bien le corps de la boîte. Laréalité de l’univers sensible est nécessité mathématique.Théorie de la perception. Matière, seulement support dela nécessité, qui en tant que conditionnelle a besoin d’unsupport.

Nécessité: ensemble de lois de variation déterminéespar des rapports fixes et invariants.

Réalité = contact d’une nécessité. (contradiction): lanécessité n’est pas tangible. Harmonie, mystère.

Cube, transcendant par rapport aux apparences de laboite.

Nécessité, conditionnelle, supportée par une matière(Timée) dont l’eau (baptême) est l’image. Mer, mère,matière, Marie… L’essence de la nécessité (variation et invariant) est la fonction. Fonction, proportion,λόγος, ἀριθμός.

Nécessité, ennemie pour l’homme qui dit je. Esclavedans la rêverie (et par la domination sociale). Maîtrebrutal dans le malheur. Équilibre naturel apparent aupoint optimum de l’action méthodique. (De même 3rapports entre hommes.) Cet équilibre joint à la justicenaturelle serait le bonheur naturel. Objectif du législateur.

Mais cet équilibre est une apparence. L’état de fatigue le fait sentir. Le vouloir humain est aussi une choseinerte.

Dans l’épreuve pratique de la nécessité, toujours illusions attachées à l’exercice de la volonté. La nécessitén’est pensée pure que comme théorique et conditionnelle. Là, l’homme est absent, sinon quant à l’opérationmême de la pensée. Toute connaissance concrète desfaits, même humains, est reconnaissance en eux d’unenécessité mathématique ou analogue.

(Sous une forme chaque fois spécifique. Analogie avecl’incarnation.)

Rapport de la nécessité à l’homme, alors, non demaître à esclave, ou d’égaux, mais de tableau à regard.Dans ce regard naît la faculté surnaturelle du consentement. On ne consent pas à la force comme telle (car ellecontraint), mais comme nécessité. L’intelligence pure està l’intersection de la nature et du surnaturel.

Ce consentement est une folie qui répond à la triplefolie de Dieu (Création, Incarnation, Passion), maisd’abord à la première.

Δόγος, nom de la Nécessité, donné au Bien-Aimé —Lumière et pluie dans Évangile, stoïcisme.

Nécessité, médiatrice entre la partie naturelle de nouset le consentement surnaturel.

Par analogie, conçue comme médiatrice entre la matière et Dieu. Création et action ordonnatrice. Zeus etBacchus. Mythe du Chaos. Nécessité, voulue à un degréplus élevé par Dieu.

Médiatrice entre chose et chose. Anaximandre. Déséquilibre oscillant, équilibre réfracté dans le temps.

Dieu médiateur entre

La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (12)Dieu et Dieu
Dieu et l’homme
L’homme et l’homme
Dieu et les choses
Une chose et une chose
Moi et moi

Dieu est médiation, et en soi tout est médiationdivine.

Analogiquement, pour la pensée humaine tout estrapport, λόγος.

Le rapport est la médiation divine. La médiationdivine est Dieu.

«Tout est nombre.»

Dieu pense la nécessité. Elle est parce qu’il la pense.La pensée de Dieu est son Fils.

L’ordre du monde en Dieu est l’ordonnateur. EnDieu tout est sujet.

En soi, isolé, tout phénomène est principe de destruction de l’ordre universel. Par la connexion cet ordrey est totalement présent.

Le «je» nous tient enfermés dans la nécessité commedans la voûte du ciel et la surface de la terre. Nous lavoyons sous la face qui est domination brutale. Larenonciation au «je» nous fait passer de l’autre côté,crever l’œuf du monde. Nous la voyons alors sous laface qui est obéissance. Enfants de la maison, nousaimons la docilité de l’esclave.

Nécessité — liberté; l’obéissance est l’unité.

Nécessité, obéissance de la matière à Dieu.

Notion de miracle, vide de sens.

On consent à la nécessité avant de savoir que ceconsentement fait percer l’œuf. Dieu consent pour nousen nous.

La partie naturelle de nous reste dans l’œuf.

Ce qu’un plan horizontal est à ses deux faces, la nécessité l’est à la domination et à l’obéissance.

Comme la nécessité en Dieu est Personne pensante,en nous elle est pensée en acte, rapport conçu, démonstration (Spinoza).

1 et 1 ne font pas deux sans addition.

Attention créatrice des connexions nécessaires. (Cellesqui ne dépendent pas de l’attention ne le sont pas.)

Participation de la nécessité d’une part à la contrainted’autre part à l’intelligence, à la justice, à la beauté, àla foi (langage symbolique des vérités divines — mouvement circulaire et alternatif, — La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (13) pair et impair, etc.)

Attention de l’intelligence, image de la Sagesse.

Intelligence, intersection de la nature et du surnaturel.Produit une semi-réalité (nécessité conditionnelle).L’Amour (consentement) produit la réalité.

Beauté, joie pure: complicité du corps et de la partienaturelle de l’âme à la faculté de consentement surnaturel. Indispensable, même à ceux qui ont pour vocationla Croix.

Sentiment du beau, sentiment sensible à la partiecharnelle de l’âme et même au corps que cette nécessité qui est contrainte est aussi obéissance à Dieu.

Image des mystères de la foi dans la mathématique.Mathématique, science rationnelle et abstraite, scienceconcrète de la nature, mystique.

Univers, masse compacte d’obéissance avec pointslumineux. Tout est beau.

Chacun aussi (petite masse, un point). Eau et esprit.

Influence mystérieuse (mais sans violation des lois),sur la nature, de la présence de l’amour surnaturel.

Philolaos. Clef.

Philèbe. Douleur et joie. Douleur et révélation de labeauté du monde: Job.

Beauté — Opération de l’intelligence pure dans laconception de la nécessité théorique, et incarnation dansla connaissance concrète du monde et la technique.— Éclairs de justice, de compassion, de gratitude entrehommes. Trois mystères surnaturels constamment présents en pleine nature. — Trois portes ouvertes sur laporte centrale qui est le Christ.

Pour nous, tout est rapport.

En soi, tout est médiation, médiation divine. Dieu estmédiation. Toute médiation est Dieu.

Médiation suprême, harmonie entre le pourquoi duChrist (répété sans arrêt par toute âme dans le malheur) et le silence du Père. L’univers (nous y compris) est lavibration de cette harmonie.

(On ne comprend vraiment l’univers et la destinéedes hommes, notamment l’effet du malheur sur l’âmedes innocents, qu’en concevant qu’ils ont été créés, l’uncomme la Croix, les autres comme les frères du Christcrucifié.)

Pour corriger le danger d’erreur panthéiste dans cettecomparaison, comparaison avec le cube et la boîtecubique.

Toucher ainsi Dieu à travers tout.

Fuite du Christ en Égypte. Enfance cachée de Dionysos,d’Oreste…

Christ. Thème du voleur. Thème de l’esclave. Thèmedu vagabond.

Le Christ a dû être présent tout entier partout où ily a du malheur. Autrement où serait la miséricorde deDieu?

Sacrements. Choses absolument pures par hypothèseoù user les impuretés.

Incroyants, périodes de doute des croyants. Ne pasaccorder à autre chose son amour (folie!) — ἐν ὑπομονῆ.

Période infernale probable du christianisme sous lesAntonins, due sans doute, d’une part aux persécutionsantérieures, d’autre part à l’attente de la fin du monde.

Pouvoir de la prière sur l’âme. Si on croit qu’onobtiendra, le fait même de demander est un acte. Ainsices mots sont des actes. C’est pourquoi ils sont difficilesà prononcer.

Preuve par la cause première. Ce qui seul fait légitimement preuve, c’est que nous ayons cette notion et cebesoin étrange, absurde d’une cause première.

Pourquoi pas un argument analogue par la fin dernière?

Et qui prouve que la cause première et la fin dernière soient une seule chose?

Ce qui en l’homme est l’image même de Dieu, c’estquelque chose qui en nous est attaché au fait d’être unepersonne, mais qui n’est pas la personne. C’est la facultéde renoncement à la personne. C’est l’obéissance.

Parmi les hommes l’esclave ne se rend pas semblableau maître en lui obéissant. Au contraire, plus l’esclaveest soumis, plus il est différent de celui qui commande.

Mais de l’homme à Dieu, la créature, pour se rendre,autant qu’il lui appartient, tout à fait semblable auTout-Puissant, comme un fils à un père, comme uneimage à un modèle, n’a qu’à se faire parfaitement obéissante,

Cette connaissance est surnaturelle.

Nécessité.

Mathématique. Termes limités, dénombrables, définis.Abstraits. Liens établis par nous: rapports. Imagecréée par notre attention de la nécessité qui est la substance du monde, mais qui comme telle ne nous est sensible que sous forme de coups.

Amitié. Tant qu’on recherche un bien dans un êtrehumain les conditions de l’amitié ne sont pas présentes.Il faut qu’il soit devenu nécessaire, qu’il soit un besoin.On est alors à sa discrétion et on veut qu’il soit à lanôtre. Si néanmoins on désire en lui la conservation dela faculté de libre consentement, il y a harmonie pythagoricienne. C’est l’amitié.

L’amour du prochain est surnaturel quand une nécessité de nature s’oppose à ce que nous désirions la conservation en lui du libre consentement, quand la natureétablit entre lui et nous des rapports de nécessité.

Analogie entre amitié et mendicité.

Morale (laïque) et religion; effort (ou volonté) etdésir.

L’amour, en tous domaines, n’est réel que dirigé surun objet particulier. Il devient universel sans cesserd’être réel seulement par la vertu de l’analogie et dutransfert.

C’est ce qu’a voulu dire Platon dans le Banquet.

Étude de l’analogie et du transfert. Mathématique.Philosophie. Rapport de cette étude avec l’amour.

ποιοῦντες ἀληθείαν (Saint Jean). Maat. Traduit del’égyptien?

Eucharistie. Convention qui opère. Pureté inconditionnée (posée par hypothèse, au sens des géomètres) etréelle. Harmonie.

Obéissance. Activité passive. Id.

Pierre du géant et oiseau du petit tailleur. Volonté etgrâce.

Dans l’art et la science de 1er ordre, la création estrenoncement à soi.

Dieu…

Géométrie non euclidienne. Les parallèles se rencontrent si on regarde l’infini comme fini. Ordres d’infini.Cantor.

Sixième Églogue. Symbole de Pan (λόγος) surpris dansson sommeil] par des bergers, enchaîné, et achetant laliberté par un poème.

C’est la notion mallarméenne de la poésie.

L’idée de Platon sur le Souverain Bien est qu’ilenferme tous les biens. On ne peut donc pas renoncer àun bien partiel par amour du bien: absolu sans y retrouver ce bien partiel dans sa spécificité à un degré d’intensité au moins égal.

(Vous le retrouverez au centuple)

C’est le sens du Philèbe.

Vagues. Tout et parties — Même et Autre —

Horizon en pleine mer. Nous sommes encerclés parnotre propre vue.

Pan, dieu des bergers. Bergers à Noël.

Vocation des travailleurs: contemplation des choses.

La miséricorde est un attribut proprement divin. Iln’y a pas de miséricorde humaine. La miséricordeimplique une distance infinie. On n’a pas compassion dece qui est proche.

Jaffier.

La miséricorde descend de ce qui ne souffre pas à cequi souffre.

Il faut avoir en soi un point de l’âme impassible pourêtre miséricordieux.

Et tout le reste exposé sans défense aux hasards dela fortune.

La compassion qu’on éprouve pour le malheureux,c’est la compassion que la partie impassible de sa propreâme éprouve, dans le malheur, pour la partie sensible.La compassion que le Christ éprouvait pour lui-mêmequand il disait «Mon Père, que ce calice soit écarté…Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?» La compassion muette du Père pour le Christ.

Cette compassion pour soi est ce qu’éprouve une âmepure dans le malheur. Une âme pure éprouve la mêmecompassion devant le malheur des autres.

L’amour qui unit le Christ abandonné sur la Croixà son Père à travers une distance infinie habite danstoute âme sainte. Un point de cette âme est en permanence chez le Père. «Là où un homme a son trésor,il a son cœur.» La partie sensible est toujours exposéeau supplice du malheur. Dans cette âme, le dialogueque font le cri du Christ et le silence du Père retentitperpétuellement en un accord parfait.

Devant un malheureux, cette âme rend aussitôt leson juste. «Mon Père, pourquoi l’as-tu abandonné?»Et au centre d’elle-même le silence du Père répond.

«Pourquoi a-t-il été permis qu’il ait faim?» Pendant que la pensée est occupée par cette question, onva machinalement chercher du pain.

Quand l’action est accomplie ainsi, le malheureux estdispensé de gratitude, car c’est le Christ qui remercie.

«Mon Père, pourquoi…?» Dieu s’accuse lui-mêmede la Passion du Christ. «Celui qui me livre est pluscoupable…»

On ne peut pardonner le mal aux hommes qu’en enaccusant Dieu. Si on accuse Dieu, on pardonne, carDieu est le Bien.

À travers la multitude de tous ceux qui apparemmentnous doivent, Dieu est notre unique débiteur. Mais notre dette envers lui est plus grande. Il nous la remettra,si nous Lui pardonnons.

Le péché est une offense à Dieu par rancune des dettesqu’il ne nous paie pas. Si nous pardonnons à Dieu,nous coupons la racine du péché en nous. Il y a de lacolère contre Dieu au fond de tout péché.

Si nous pardonnons à Dieu son crime contre nous,qui est de nous avoir fait des créatures finies, Il nouspardonnera notre crime contre lui, qui est d’être descréatures finies.

Nous sommes délivrés du passé si nous acceptonsd’être des créatures.

Comme, par la bouche du Christ, Dieu s’est accuséde la Passion, de même accuser Dieu de tout malheurhumain. Et comme Dieu a répondu par le silence,répondre par le silence.

La compassion suppose que toute la partie spirituellede l’âme a émigré en Dieu, et que la partie charnellede l’âme demeure nue, sans vêtements ni armures, exposée à tous les coups. À cause de cette nudité, la simpleprésence d’un malheureux rend sensible la possibilitédu malheur.

Les imparfaits font de la partie spirituelle de leurâme un vêtement pour la partie charnelle. Quand lapartie spirituelle s’est transportée en Dieu, le restedemeure nu.

Le Christ cloué nu sur la Croix, exposé aux lances.

N’avoir plus conscience de soi que comme d’une chosevouée à l’obéissance.

Vivre nu et cloué sur l’Arbre de Vie.

N’agir que contraint, ou par la nécessité matérielle, oupar une obligation stricte, ou par un ordre irrésistiblede Dieu, ou par une vive inclination naturelle. Le «je»périt alors d’inanition.

Là où ni la nécessité, ni l’obligation, ni Dieu n’imposent une direction, suivre l’inclination.

Prendre l’habitude de toujours faire ce à quoi on secroit obligé.

Je voudrais y parvenir sans effort.

Qu’il me soit donné de discerner le point d’où sort la racine des fautes, et de couper d’un coup. Il ne resteraalors que de mauvaises habitudes à dompter par untravail pénible. Il y a encore de la perversité.

ἀπεθάνετε, καὶ ἡ ζωὴ ὑμῶν κέκρυπται σὺν τῷ Χριστῷ ἐν τῷ θεῷ

On ne peut aimer le prochain que d’un amour decompassion. C’est le seul amour juste.

Même dans: οὐαὶ ὑμῖν, il y a de la compassion.

Aimer les hommes comme le soleil nous aimerait s’ilnous voyait.

δειλοῖσι βροτοῖσιν

Le soleil supposé pensant est modèle de perfection.

Combien Dieu a de manières de se donner!

La compassion rend l’amour égal pour tous. Le mépris du crime et l’admiration de la grandeur ont leurjuste point dans la compassion.

Le dogme de la Trinité est nécessaire pour qu’il n’yait pas dialogue de nous avec Dieu, mais de Dieu aveclui-même en nous. Pour que nous soyons absents.

Dieu résidant dans la nourriture. Agneau, pain. Dansla matière fabriquée par du travail humain, pain, vin.

Cela devrait être le centre de la vie paysanne. Par sontravail le paysan, s’il a cette intention, donne un peu desa chair pour qu’elle devienne la chair du Christ.

Il devrait être consacré.

La sainteté est une transmutation comme l’eucharistie.

Pour qu’un homme soit réellement habité par leChrist comme l’hostie après la consécration, il faut qu’aupréalable sa chair et son sang soient devenus matièreinerte, et de plus comestible pour ses semblables. Alorscette matière peut devenir par une consécration secrètechair et sang du Christ. Cette seconde transmutationest l’affaire de Dieu seul, mais la première est en partienotre affaire,

Il suffit de regarder ma chair et mon sang comme dela matière inerte, insensible, et comestible pour autrui.

«Ne pas s’écouter», «il faut bien», — le stoïcisme populaire contient le germe de cela.

Si le travail de labourer me fait maigrir, ma chair devient réellement du blé. Si ce blé sert à l’hostie, elledevient chair du Christ. Quiconque laboure avec cetteintention doit devenir un saint.

Dieu m’a créée comme du non-être qui a l’air d’exister,afin qu’en renonçant par amour à cette existenceapparente, la plénitude de l’être m’anéantisse.

Intégrer à la foi le stoïcisme populaire. On ne l’a jamaisfait. Donner spirituellement aux malheureux leur droitde cité dans le christianisme.

N’y a-t-il pas dans la liste des saints plus de princesque de paysans?

Dieu m’a créée comme du non-être qui a l’air d’être,afin qu’en renonçant par amour à ce que je croismon être, je sorte du néant. Alors il n’y a plus de je.Le je est du néant. Mais je n’ai pas le droit de savoircela. Si je le savais, où serait le renoncement? Je ne lesaurai jamais.

Les autres sont des illusions d’être pour eux-mêmes.

Cette manière de les considérer me rend leur existencenon pas moins, mais plus réelle. Car je les vois dans leurrapport avec eux-mêmes, non avec moi.

Pour éprouver la compassion devant un malheureux,il faut que l’âme soit divisée en deux. Une partie absolument préservée de toute contagion, de tout danger decontagion. Une partie contaminée jusqu’à l’identification. Cette tension est passion, com — passion. LaPassion du Christ est ce phénomène en Dieu.

Tant qu’on n’a pas dans l’âme un point d’éternitépréservé de toute contagion du malheur, on ne peut pasavoir la compassion des malheureux. Ou la différencedes situations et le manque d’imagination maintient loind’eux, ou si on en approche vraiment la pitié est mélangée d’horreur, de dégoût, de crainte, d’une répulsioninvincible.

Tout mouvement de compassion pure dans une âmeest une nouvelle descente du Christ sur terre pour êtrecrucifié.

Les âmes absorbées en Dieu qui n’éprouvent pas la compassion pour la misère humaine sont au stade montant,non descendant (même si elles s’appliquent à debonnes œuvres).

Un seul morceau de pain donné à quelqu’un qui afaim est assez pour sauver une âme — s’il est donné dela bonne manière.

Donner avec autant d’humilité qu’il convient d’enavoir quand on reçoit n’est pas facile. Donner avec uneattitude de mendiant.

Il faut à la fois savoir qu’on n’est pas et vouloir n’êtrepas.

L’humilité est la racine de l’amour.

L’humilité a un pouvoir irrésistible sur Dieu.

Dieu nous serait inférieur, si, dans la personne duChrist, il n’avait pas été humilié.

La faim (soif, etc.) et tout désir de la chair est uneorientation du corps vers l’avenir. Toute la partie charnelle de notre âme est orientée vers l’avenir. La mortla glace. La privation ressemble de loin à la mort.

La chair vit orientée vers l’avenir. La concupiscenceest la vie même. Le détachement est une mort.

«Terit carni superbiam — potus cibique parcitas.»La superbe de la chair est de croire qu’elle puise sa vieen elle-même. La faim et la soif lui font sentir qu’elledépend du dehors. Le sentiment de dépendance la rendhumble.

Io, la fille errante, et la lune des Gitanes.

Chercher dans Origène: Mat., 5, 45-48 (soyez parfaits…)

Postulat: ce qui est inférieur dépend de ce qui estsupérieur.

Il n’y a qu’une source unique de lumière. La pénombre,ce ne sont pas des rayons venant d’une autre source,mi-obscure, c’est la même lumière dégradée.

Ainsi la mystique doit fournir la clef de toutes lesconnaissances et de toutes les valeurs.

L’harmonie est la clef (Philolaos).

Le Christ est la clef.

Toute géométrie procède de la Croix.

Le beau, c’est le contact du bien avec la faculté sensible.(Le réel est la même chose.)

Le vrai, c’est le contact du bien avec l’intelligence.

Tous les biens d’ici-bas, toutes les beautés, toutes lesvérités sont des aspects divers et partiels d’un bienunique. Par suite ce sont des biens à ordonner. Les jeuxde puzzle sont une image de cette opération. Toutcela, vu du point convenable et convenablement relié,fait architecture. Cette architecture permet d’appréhender le bien unique et non saisissable.

Toute architecture est un symbole de cela, une imagede cela.

L’univers entier n’est qu’une grande métaphore.

L’astrologie, etc., constituent des reflets dégradés decette connaissance de l’univers comme métaphore, peut-être des tentatives — mais illégitimes (il me semble)— d’en trouver des preuves matérielles. De même l’alchimie.

Supplier, c’est attendre du dehors la vie ou la mort.À genoux, la tête inclinée, dans la position la plus commode pour que le vainqueur, d’un coup d’épée, tranchele cou; la main touchant ses genoux (mais probablement,primitivement élevée au-dessus) pour recevoir desa compassion, comme de la semence d’un père, le donde la vie. Dans le silence quelques minutes d’attentes’écoulent ainsi. Le cœur se vide de tous ses attachements,glacé par le contact imminent de la mort. Unevie nouvelle est reçue, faite purement de miséricorde.

Il faudrait prier Dieu ainsi.

L’attente est le fondement de la vie spirituelle.

La piété filiale n’est qu’une image de l’attitude enversDieu.

Si l’âme criait vers Dieu sa faim du pain de vie,sans aucune interruption, infatigablement, comme crieun nouveau-né que sa mère oublie de faire téter…

Que ces cris que je poussais quand j’avais une ou deuxsemaines résonnent en moi sans interruption pour ce laitqui est la semence du Père.

Le lait de la Vierge, la semence du Père — je l’auraisi je crie pour l’avoir. C’est la première technique quisoit donnée à l’être humain, le cri. Ce que le travail neprocurerait jamais, on crie pour l’avoir. La premièrenourriture coule de la mère et est accordée aux cris del’enfant; nul travail n’y a part.

Le lait de la Vierge, c’est la beauté du monde. Lemonde est parfaitement pur sous l’aspect de la beauté.

La Justice — le monde aperçu comme beau apparaîtcomme parfaitement juste. La Vierge est la Justice. LaVierge du Zodiaque, porteuse d’un épi. Vierge cosmique,dans l’Apocalypse. La Vierge est la création sousl’aspect de la pureté.

(Une femme vivante a été pure au point de l’équivalence avec cette pureté parfaite de la création regardéecomme telle. Du moins — peut-être…)

La Vérité — la beauté de l’univers, est la marquequ’il est réel.

Deut., 12-23. «Évite d’en manger le sang, car le sang,c’est la vie, et tu ne dois pas absorber la vie avec lachair. Ne le mange point! Répands-le à terre commede l’eau!»

(Id. dans Lev., 17, 10-15.)

Cf. Les os dans les contes des Indiens d’Amérique etdans les recommandations pour l’Agneau Pascal,Ex., XII, 46 —

«Vous n’en romprez pas un seul os.»

«Répandre le sang et le couvrir de terre. Car le principe vital de toute créature, c’est son sang qui est dansson corps. Car la vie de toute créature, c’est son sang.»

Pratiques en vue de la résurrection de l’animal.

Pas un os du Christ n’a été brisé; son sang a coulésur la terre.

Mais les chrétiens mangent du sang.

Deut., 16, 21. «Ne plante chez toi ni bosquet niarbre quelconque auprès de l’autel que tu devras érigerà l’Éternel ton Dieu, et n’érige pas de statue chez toi,chose odieuse à l’Éternel ton Dieu.»

Au contraire, arbres et bois sacrés chez les Grecs.

Deut., 19, 10. «Qu’il ne se trouve personne chez toiqui fasse passer par le feu son fils ou sa fille.»

Cf. la parole de Jean-Baptiste. Il baptisera dans l’Esprit et le feu.

C’est le baptême que Déméter et Isis ont donné à leursnourrissons, leurs enfants adoptifs.

Était-ce un sacrifice, ou simplement un baptême?

Iaveh a fait à Israël les mêmes promesses que le Diable au Christ.

Dieu n’est tout-puissant ici-bas que pour sauver ceuxqui désirent être sauvés par Lui. Tout le reste de sa puissance.Il l’a abandonnée au Prince de ce monde et à lamatière inerte. Il n’a de puissance que spirituelle. Etla spiritualité elle-même a ici-bas le minimum de puissance nécessaire pour exister. Grain de senevé, perle,levain, sel.

Le serpent, image de la lune; d’autre part, le changement de peau était peut-être un symbole de la nouvellenaissance.

L’effort de la volonté dans le sens de la vertu et del’accomplissement des obligations n’a pas de valeurcomme tel, mais comme une prière sans parole, commeune prière par gestes, muette.

L’enfant de quelques mois qui veut un objet brillant peut crier pour se le faire donner. Il peut aussi tendre la main, la laisser retomber d’épuisement, la tendreencore, pendant des heures. Sa mère finira par le remarquer et ne pourra pas le supporter; elle donnera l’objet.

Une fourmi grimpe un plan vertical et lisse, fait quelques centimètres, et tombe, grimpe encore, et tombe,grimpe encore, et tombe. Un enfant qui l’observes’amusera de ce spectacle dix minutes, puis ne pourraplus le supporter; il met la fourmi sur un brin depaille et la soulève au-dessus du plan vertical.

Ainsi, en lassant Dieu par notre patience, nous lecontraignons à transformer le temps en éternité.

Une patience capable de lasser Dieu procède d’unehumilité infinie.

L’humilité nous donne pouvoir sur Lui. Seul lenéant parfaitement vide peut épouser l’être parfaitement compact. Par l’humilité seule nous pouvons êtreparfaits comme notre Père.

Il y faut un cœur complètement broyé.

Une prière par gestes, telle que celle de la fourmi quimonte et retombe, est plus humble encore qu’une prièrepar parole ou cris même intérieurs ou par une directionsilencieuse du désir. C’est savoir qu’on ne peut rien,et pourtant s’épuiser en efforts connus comme inutiles,dans l’humble attente du jour où peut-être cela seraremarqué par la Puissance qu’on n’ose pas implorer.

Il n’y a pas d’attitude de plus grande humilité quel’attente muette et patiente. C’est l’attitude de l’esclave prêt à n’importe quel ordre du maître, ou àl’absence d’ordre.

L’attente est la passivité de la pensée en acte.

L’attente est transmutatrice de temps en éternité.

«Ils porteront des fruits dans l’attente.»

La superbe de la chair consiste à croire qu’elle a prisesur l’avenir, que la faim lui donne un droit à mangerprochainement, la soif un droit à boire prochainement.La privation la détrompe et lui fait éprouver sousforme d’angoisse l’incertitude de l’avenir, l’absence deprise, l’impuissance totale de l’homme sur l’avenir mêmeprochain.

Le cri de l’orgueil, c’est «l’avenir est à moi», sousquelque forme que ce soit.

L’humilité est la connaissance de la vérité contraire.

Si le présent seul est à moi, je suis néant, car le présent est néant.

Le pain transcendant est le pain d’aujourd’hui; aussiest-ce la nourriture de l’âme humble.

Tous les péchés sont des essais pour fuir le temps. Lavertu est de subir le temps, de presser le temps sur soncœur jusqu’à broyer le cœur. Alors on est dans l’éternel.

Le malheur glace l’âme en la réduisant au présentmalgré elle.

L’humilité est le consentement à cette réduction.

L’humilité est le consentement à ce qui fait horreurà la nature, le néant.

Je ne suis pas et je consens à ne pas être, car je nesuis pas le bien, et je veux que le bien seul soit.

Dieu serait jaloux d’un tel amour s’il n’en avait pasla perfection comme Christ.

Dieu veut être, non parce qu’il est soi, mais parcequ’il est le bien. Le Père fait être le Fils par amour,parce que le Fils est le Bien. Le Fils ne veut pas être paramour, parce que le Père seul est le Bien.

Pour le Père, Dieu est le Fils. Pour le Fils, Dieu estle Père. Tous deux ont raison, et cela fait une seulevérité. Ainsi Ils sont deux Personnes et un seul Dieu.

Le Père est création de l’être, le Fils est renoncementà être; cette double pulsation est un unique acte quiest Amour ou Esprit. Quand l’humilité nous y donnepart, la Trinité est en nous.

Cet échange d’amour entre le Père et le Fils passepar la création. Il ne nous est rien demandé d’autre nide plus que de consentir à ce passage. Nous ne sommesque ce consentement.

Louange à Dieu et compassion pour les créatures.

C’est le même mouvement du cœur.

Comment est-ce possible, alors qu’il y a évidemmentcontradiction entre les deux?

Remercier Dieu à cause de sa grande gloire, et avoirpitié des créatures à cause de leur misère.

Avoir pitié du Christ qui a eu soif et faim et a étéfatigué.

Gratitude à Dieu et compassion à toute créature.

Louange à Dieu et miséricorde à toute créature.

Une créature ne peut pas légitimement être l’objetd’un autre amour que la miséricorde.

Ni Dieu l’objet d’un autre amour que la louange.

Notre misère est la louange de Sa gloire.

ἐγώ σε ἐδόξασα ἐπὶ τῆς γῆς.

j’ai été ta gloire sur terre.

ἐφανέρωσα σοῦ τὸ ὄνομα

j’ai rendu visible ton nom.

δεδόξαμαι ἐν αὐτοῖς

j’ai ma gloire en eux.

Compassion pour toute créature, parce qu’elle est loin du Bien. Infiniment loin. Abandonnée.

Dieu abandonne notre être tout entier, chair, sang,sensibilité, intelligence, amour, à la nécessité impitoyablede la matière et à la cruauté du démon, sauf la partieéternelle et surnaturelle de l’âme.

La Création est abandon. En créant ce qui est autreque Lui, Dieu l’a nécessairement abandonné. Il neconserve sous sa garde que ce qui dans la Création estLui — la partie incréée de toute créature. Cela, c’estla Vie, la Lumière, le Verbe. C’est la présence du Filsunique de Dieu ici-bas.

Consentir à cet ordre suffit.

Comment le consentement s’unit-il à la compassion?Comment est-ce un acte d’amour unique, alors que celasemble inconciliable?

Sagesse, enseigne-moi cela.

Dieu est absent du monde, sauf par l’existence en cemonde de ceux en qui vit Son amour. Ils doiventdonc être présents au monde par la miséricorde. Leurmiséricorde est la présence visible de Dieu ici-bas.

Quand nous manquons de miséricorde, nous séparonsviolemment une créature et Dieu.

Par la miséricorde nous pouvons mettre en communication avec Dieu la partie créée, temporelle d’une créature.

C’est une merveille analogue à l’acte même de lacréation.

La cruauté des Juifs et des Romains a eu tant de pouvoir sur le Christ que par son effet il s’est senti abandonné de Dieu.

La miséricorde comble cet abîme que la création aétabli entre Dieu et la créature.

C’est l’arc-en-ciel.

La miséricorde doit être de la même dimension que l’acte créateur. Nulle créature ne peut en être exceptée.

Ne s’aimer soi-même que d’un amour de compassion.

Toute chose créée est objet de compassion parcequ’elle passe.

Toute chose créée est objet de compassion parcequ’elle est limitée.

La compassion tournée vers soi-même, c’est l’humilité.

L’humilité est la seule forme permise d’amour de soi.

Louange à Dieu, compassion aux créatures, pour soi-même humilité.

Toutes les vertus sont finies sans l’humilité. L’humilité seule les rend infinies.

Appliquer à la métaphysique le passage à la limitemathématique.

Dans le calcul infinitésimal, les contradictoires sontvraies, et pourtant il comporte des démonstrations rigoureuses.

L’échelle des connaissances dans Platon (de la perception à la dialectique) n’a que ce sens: préparer l’esprità monter au point où il saisit la vérité simultanée descontradictoires.

Comment aimer Dieu, sinon de ce point?

Dans les contes indiens d’Amérique, pour ressusciter un animal mangé, on jette ses os dans l’eau.

eau vivante.

Si tu savais le don de Dieu… tu lui demanderais,

et il te donnerait l’eau qui vit.

ἔδωκεν ἄν σοι ὕδωρ ζῶν

τὸ ὕδωρ ὃ δώσω

L’eau que je lui donnerai deviendra en lui une sourced’eau qui jaillit dans la vie éternelle.

4e Évangile

Il était la lumière vraie.

voici l’agneau de Dieu.

l’eau devenue vin.

marchands chassés du temple.

si quelqu’un n’est pas engendré d’en haut à partir de l’eau et du souffle.

Comme Moïse a élevé le serpent dans le désert…

il baptise

il te donnerait l’eau qui vit

ma nourriture est de faire sa volonté.

Guérison.

piscine de Bethsaida.

je ne puis rien faire de moi-même

pain et poissons.

mon père vous a donné le pain véritable du ciel. Jesuis le pain de la vie. Je suis le pain qui est descendu duciel. Je suis le pain de la vie. Voici le pain qui descenddu ciel. Je suis le pain qui vit et qui est descendu du ciel.Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra toujours, et lepain que je donne est ma chair pour la vie du monde.Ma chair est une vraie nourriture et mon sang est unevraie boisson. Ainsi m’a envoyé le Père vivant et je vispar le Père, et celui qui me mange lui aussi vivra parmoi. Ceci est le pain qui est descendu du ciel. Le soufflerend vivant, la chair ne sert à rien. Les paroles que jevous ai dites sont souffle et sont vie.

… il connaîtra au sujet de l’enseignement si cela vientde Dieu ou si je parle de moi-même.

Il est véridique et l’injustice n’est pas en lui.

ἀληθής ἐστιν καὶ ἀδικία ἐν αὐτῷ οὐκ ἔστιν.

celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vivante couleront de son ventre. Il disait cela du souffle.

Isaïe «tu seras

Si quelqu’un veut faire sa volonté, il connaîtra, concernant la doctrine, si elle est celle de Dieu ou si je parle demoi-même,

Celui qui cherche la gloire de qui l’a envoyé, celui-làest vrai et il n’y a pas d’injustice en lui.

Celui qui croit en moi, comme a dit l’Écriture, desfleuves d’eau vivante couleront de son ventre.

Cantique: … C’est un jardin clos que ma sœur, mafiancée, une source fermée, une fontaine scellée, un parcde plaisance où poussent des grenades et tous les beauxfruits, le troëne et les nards… une fontaine, des jardins, une source d’eau vive, un ruisseau qui descend du Liban.

Voir eau vive, dans les Septantes?

Que celui qui est innocent commence (la lapidation).

Je suis la lumière du monde.

je sais d’où je viens et où je vais (à Nicodème: tu nesais pas d’où [le souffle] vient et où il va; ainsiest quiconque a été engendré à partir du souffle [ainsi,i.e. comme le souffle])

(Le souffle souffle où il veut, et tu entends sa voix,mais tu ne sais pas d’où il vient et où il va; ainsi estquiconque a été engendré à partir du souffle.)

Vous ne savez pas d’où je viens et où je vais.

Vous jugerez selon la chair, je ne juge personne.

Je ne suis pas de ce monde.

Si vous ne croyez pas que je suis, vous mourrez dansvos fautes — qui es-tu? — Le principe, comme je vousdis.

Celui qui m’envoie est vrai, et ce que j’ai entendu delui, je le dis dans le monde.

De moi-même je ne fais rien. Comme m’a appris lePère, cela, je le dis. Je fais toujours ce qui lui plaît.

Si vous restez dans ma parole, vous connaîtrez lavérité, et la vérité vous fera libres.

Si le fils vous a libérés, vous êtes vraiment libres.

Si Dieu était votre père, vous m’aimeriez, car je viensde Dieu. Mais votre père est le diable, et vous voulezfaire les désirs de votre père. Il a été tueur d’homme dèsl’origine. Il n’y a pas de vérité en lui. Il est menteur, etson père aussi. Si je dis que je ne le connais pas (Dieu),je serai semblable à vous, menteur.

Il n’a pas péché, ni ses parents; mais pour que soientmanifestes les œuvres de Dieu en lui.

La nuit vient où nul ne peut travailler. Tant que jesuis dans le monde, je suis la lumière du monde.

Je suis la porte des brebis.

Je suis le bon pasteur

Moi et le Père sommes un.

Mort de Lazare.

Jésus, quand il la vit qui pleurait et les Juifs autour d’elle qui pleuraient, frémit dans son esprit et fut troublé,et il dit: «Où l’avez-vous enseveli?» et ils lui dirent:«Seigneur, viens et vois.» Jésus pleura.

Marie et le nard.

Rameaux.

Des Gentils viennent à Philippe, demandant à voirJésus. Il répond:

… si le grain de blé tombant dans la terre ne meurt,il demeure seul; mais s’il meurt, il porte beaucoup defruits. Si quelqu’un me sert, qu’il me suive, et où jeserai, là aussi mon serviteur sera… À présent mon âmeest troublée…

Voix du ciel.

Si je suis élevé de la terre, je tirerai tous les êtres aprèsmoi.

Je ne le juge pas.

Celui qui ne reçoit pas mes paroles a qui le jugera: ladoctrine que j’ai prononcée le jugera au dernier jour; carje ne parle pas de moi-même, mais celui qui m’envoie, lePère lui-même, m’a donné en commandement ce que j’aià dire et à prononcer. Et je sais que son commandementest vie éternelle.

Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi…vous êtes purs, mais non pas tous.

… il a été troublé en esprit, et a témoigné, et a ditl’un de vous me trahira.

Je vous donne un commandement nouveau: que vousvous aimiez les uns les autres; comme je vous ai aimés,que vous aussi vous vous aimiez les uns les autres.

Comment connaîtrons-nous la route?

Je suis la route, et la vérité, et la vie. Nul ne va versle Père sinon à travers moi.

Celui qui m’a vu a vu le Père. Le Père demeuranten moi opère ses Œuvres.

Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai.

Le souffle de vérité, que le monde ne peut pas recevoir,car il ne le contemple ni ne le connaît. Vous le connaîtrez. Je vis, et vous vivrez. Vous connaîtrez queje suis dans mon Père, et vous en moi, et moi en vous.Celui qui m’aime sera aimé par mon Père.

Nous viendrons vers lui et ferons notre demeure chezlui.

Je vous laisse de la paix, je vous donne ma paix.

Il vient, le prince de ce monde, et en moi il n’a rien.Mais pour que le monde sache que j’aime le Père.

Je suis la vigne véritable, et mon père est le cultivateur. Je suis la vigne, et vous les rameaux.

Nul n’a d’amour plus grand que celui-ci, de déposer savie pour ses aimés. Je ne vous nomme plus esclaves. Toutce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Vous ne m’avez pas choisi, je vous ai choisis. Sivous étiez du monde, le monde aime ce qui lui appartient;parce que vous n’êtes pas du monde, mais je vousai choisis du monde, pour cela le monde vous haïra.

Si je n’étais pas venu et ne leur avais pas parlé, ilsn’auraient pas de faute. Mais ils n’ont pas de prétexte.Qui me hait hait mon Père. Si je n’avais pas fait desœuvres parmi eux que nul autre n’a faites, ils n’auraient pas de faute; mais ils ont vu et ils ont haï etmoi et mon père.

Le souffle de vérité venant du Père témoignera pourmoi.

Ils n’ont pas connu le Père ni moi.

Le Prince de ce monde est jugé.

J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvezle porter.

Le souffle de vérité vous guidera vers la vérité totale.

Tout ce qu’a le Père est mien.

Quand la femme enfante, elle a de la peine, parce queson heure est venue.

Votre joie, nul ne vous l’enlèvera.

Pour qu’ils soient un comme nous.

Sanctifie-les dans la vérité. Ta doctrine est la vérité.Pour eux je me sanctifie, pour qu’eux aussi soient sanctifiés dans la vérité.

Ils ne sont pas du monde… je les envoie dans le monde.

Mets ton épée au fourreau.

Mon royaume n’est pas d’ici-bas.

— j’ai été engendré pour cela, pour que je témoignepour la vérité. Quiconque est de la vérité entend ma voix.

Flagellation, couronne d’épines, pourpre, gifles.

Jésus ne donna pas de réponse. Pilate lui dit «Tune me parles pas? Tu ne sais pas que j’ai le pouvoir det’absoudre et que j’ai le pouvoir de te crucifier?» Jésusrépondit: «Tu n’as aucun pouvoir sur moi s’il ne t’estpas donné d’en haut; c’est pourquoi celui qui m’alivré à toi a une plus grande faute.»

J’ai soif.

Tout est achevé. (τετέλεσται).

Comme ils le virent déjà mort, ils ne brisèrent pas sescuisses, mais un des soldats perça son côté de sa lance,et il sortit aussitôt du sang et de l’eau. Et celui qui avu a témoigné. Ces choses se sont faites pour que l’Écriture fût accomplie: vous ne briserez pas un de ses os.

Joseph d’Arimathie et Nicodème.

Elle, croyant que c’était le jardinier…

Simon Pierre, m’aimes-tu plus que ceux-ci?

Lumière. Agneau. Serpent. Pain qui vit et qui estdescendu du ciel.

Des fleuves d’eau qui vit couleront de son ventre.

Lumière du monde.

Je ne juge personne.

Le principe.

Porte. Bon Pasteur. Grain de blé. Route, vérité, vie.Je vis. Ma paix. Vigne

Tertullien contre Marcion:

Le vrai Prométhée, Dieu tout-puissant [est mutilépar les blasphèmes de Marcion].

Justin martyr, milieu du iie, alliance du christianismeet de la philosophie grecque.

Vérité la plus importante:

Les mystères de la foi peuvent avoir et ont eu l’usageque la dialectique marxiste a eu pour Lénine (dans lesdeux cas, il s’agit de l’élimination de la contradictioncomme critérium logique de l’erreur), asservir totalementles esprits par le maniement habile de l’anathème. Lesélus qui répugnent à la fois à la révolte et à la servilité d’esprit en font des ko-ans par la contemplation. Maisleur secret est ailleurs. C’est qu’il y a deux raisons.

Il y a une raison surnaturelle. C’est la connaissance,gnose, γνῶσις, dont le Christ était la clef, la connaissance de la Vérité dont le souffle est envoyé par le Père.

Ce qui est contradictoire pour la raison naturelle nel’est pas pour la surnaturelle, mais celle-ci ne disposeque du langage de l’autre.

Néanmoins la logique de la raison surnaturelle est plus rigoureuse que celle de la raison naturelle.

La mathématique nous donne une image de cettehiérarchie.

C’est là la doctrine fondamentale du pythagorisme,du platonisme et du christianisme primitif, la sourcedes dogmes de la Trinité, de la double nature du Christen une personne, de la dualité et de l’unité du bien etdu mal, de la transsubstantiation, préservés, croirait-on,par une protection quasi miraculeuse du Saint-Esprit.

La raison naturelle appliquée aux mystères de la foiproduit l’hérésie.

Les mystères de la foi séparés de toute raison sont nonplus des mystères, mais des absurdités.

Mais la raison surnaturelle n’existe que dans lesâmes qui brûlent de l’amour surnaturel de Dieu.

Le Christ et Prométhée sont venus jeter un feu surla terre.

Saint Jean de la Croix savait qu’il y a une raison surnaturelle,lui qui écrivait qu’on pénètre seulement parla Croix dans les secrets de la Sagesse de Dieu.

Odin aussi a appris la sagesse surnaturelle des Runespendu à l’Arbre, offert à Odin, le côté percé d’unelance, ayant faim et soif. τῷ πάθει μ άθος.

«être engendré d’en-haut à partir de l’eau et del’esprit» —

Saint Paul: «ce qui plaît à Dieu, c’est une nouvellecréation (καινὴ κτίσις)» — Et la première créationétait: «Le souffle de Dieu planait sur la surface deseaux, Dieu dit: Que la lumière soit!»

Le Déluge est presque une nouvelle création. Noé sortpresque des eaux.

N’y avait-il pas une autre forme du récit où il étaitsubmergé dans l’arche, puis surgissait?

Noé doit être Osiris, qui est Dionysos. C’est unrédempteur dont le sacrifice a sauvé l’humanité. C’estaussi Prométhée.

«être engendré à partir de l’eau et de l’esprit»,c’est une doctrine du microcosme. L’homme est crééà nouveau sur le modèle de la création du monde.

Il sort de l’eau comme l’oiseau perce l’œuf du monde.

Aimer Dieu à travers le mal que l’on hait.

Histoire irlandaise (Lady Gregory). — Un ménagepauvre désirait un fils, mais eut une fille. La mère dit:«Elle sera la Mère de Dieu.» Devenue une jeune fille,un ange vient lui dire: «Désires-tu être la Mère deDieu? — Je le désire.» Et aussitôt le Sauveur entreen elle comme enfant. L’ange l’emmène. (Époque desainte Brigitte.)

L’homme (et toute créature) étant un composé d’eauet de feu (contraires: froid et humide — chaud etsec — n.-b.: 4 contraires), être engendré à partir del’eau et du feu implique une dissolution. Le sangmême est dans une angoisse mortelle dissocié en eauet feu. — Puis les deux sont recomposés en sang.

Ou plutôt ce feu s’éteint, et un autre feu, inextinguible,descend du ciel.

Cette eau, c’est la mort intérieure.

Eau, image de l’attente. La matière qui ressemble aunéant. Feu, ce qui dans la matière ressemble à l’être.

L’humilité, c’est l’attente.

Si on fait le mort, le Seigneur vient apporter lavie d’en haut.

Attendre est l’extrême de la passivité. C’est obéir autemps. La soumission totale au temps oblige Dieu àenvoyer l’éternité.

épreuve négative: ne pas manger un fruit — nepas ouvrir une porte — ne pas penser à l’ours blanc — c’est le passage du temps dans l’éternel par l’intermédiaire du perpétuel.

accepter une souffrance ou une privation perpétuelleest la porte de l’éternité; une joie perpétuelle aussimais c’est plus difficile. La souffrance après une certainedurée est par elle-même colorée de perpétuité.

accepter le temps — la partie de l’âme qui accepteest soustraite au temps.

par la descente de ce qui appartient au bas, ce quiappartient au haut est élevé.

nous n’avons pas le pouvoir d’élever. Nous n’avons

que le pouvoir d’abaisser. C’est pourquoi s’abaisser estla seule ascension.

Le panthéisme n’est vrai que pour les saints parvenusà l’état de perfection.

Il n’y a pas de vérité des états inférieurs, car ils enferment l’erreur. C’est pourquoi il n’y a pas de vérité dumal, sinon sous la forme d’un être parfait qui souffre.

Ainsi être lavé du péché et ensuite souffrir, c’est lacondition pour parvenir à la vérité. La Croix est laroute.

Le bras étendu est moyenne proportionnelle entre latête et le corps — si l’homme est un peu élevé au-dessus de terre. (et dans les statues grecques? chercher lecanon).

Tout ce qui est ici-bas est conditionnel.

L’acceptation en nous est seule inconditionnelle.

N’importe quoi enferme l’infini.

Là encore, la mathématique contient une image dela méthode de rédemption.

Accepter n’importe quoi, non pas faire n’importequoi. N’importe quoi, comme complément de faire n’estpas infini. Ce qui transporte le faire dans l’infini, c’estau contraire la limitation. Ne jamais… Le tabou.

Mais le tabou perd sa vertu s’il est conditionné parune récompense et un châtiment.

Si le tabou est pure obéissance, faire devient une formede l’acceptation. Cela est nécessaire pour que l’acceptation soit totale. Autrement des compensations se présentent toujours.

Attendre et obéir.

Attendre implique toute la tension du désir, mais sansdésir, une tension acceptée à perpétuité.

Dieu impersonnel dans l’Évangile. «Je ne le jugeraipas, ma parole le jugera.»

Dieu doit être impersonnel pour être innocent du mal,personnel pour être responsable du bien.

«Quiconque n’est pas engendré d’en haut à partirdu néant et de l’être…»

Être mangé, puis avoir ses os jetés dans l’eau.

Tout ce qui est ici-bas est esclave de la mort. L’horreur de la mort est la loi de fer qui détermine toutes nospensées et toutes nos actions.

L’acceptation de la mort est l’unique libération.

Celui qui a confiance en moi, des fleuves couleront deson ventre, des fleuves d’eau vivante.

Le pouvoir de devenir enfants de Dieu, ceux qui onteu confiance dans son nom, qui ont été engendrés non àparti de la volonté de la chair ou de la volonté del’homme, mais de Dieu.

La volonté de l’homme — quand un homme se dit:je vais m’unir à ma femme pour avoir un enfant.

La volonté de la chair, quand un homme est entraînépar la concupiscence à s’unir à une femme.

Pour devenir enfant de Dieu, il faut mourir etrenaître. Être engendré par la semence de Dieu.

Une semence incorruptible est semée dans le corps.

Celui qui baptise dans le souffle saint.

L’eau vient d’abord.

Quand l’invité est ivre, alors le Christ lui donne lemeilleur vin.

En envoyant le feu céleste dans l’eau, il en fait le vinparfait.

Ce qui est engendré à partir de la chair est chair, cequi est engendré à partir du souffle est souffle.

Le souffle ne peut pas s’unir à la chair pour engendrer.Seulement à l’eau. La chair doit devenir eau.

Quiconque a été engendré à partir du souffle souffleoù il veut, et fait entendre sa voix, sans que nul sached’où il vient ni où il va (sinon ses semblables).

Je te dis des choses terrestres.

Nul n’est monté jusqu’au ciel sinon celui qui est descendu du ciel,

Quiconque a confiance en lui a la vie éternelle.

Dieu a aimé le monde à ce point qu’il a donné sonfils unique pour que quiconque a confiance en lui nesoit pas perdu mais ait la vie éternelle. Dieu n’a pasenvoyé son fils dans le monde pour qu’il juge le monde,mais pour que le monde soit sauvé à travers lui. Celuiqui a confiance en lui n’est pas jugé. Celui qui n’a pasconfiance est déjà jugé, parce qu’il n’a pas eu confiancedans le nom du fils unique de Dieu. C’est là le jugement,que la lumière est venue dans le monde, et leshommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière;car leurs œuvres étaient mauvaises. Quiconque fait deschoses médiocres hait la lumière, et ne va pas vers lalumière, pour que ses œuvres ne soient pas confondues.Quiconque accomplit la vérité va vers la lumière, pourque soient manifestes ses œuvres et qu’elles ont étéœuvrées en Dieu.

Donc la présence de la lumière opère un triage.

Celui qui accepte son témoignage a signé que Dieuest véritable.

Celui qui a confiance dans le fils a la vie éternelle;celui qui est rebelle au fils ne verra pas la vie.

Ceux qui accomplissent les commandements duChrist l’aiment — même s’ils ne croient pas à l’Incarnation.

Dieu est souffle et ceux qui adorent doivent adorerdans le souffle et la vérité.

Le Messie vient, qu’on appelle Christ — c’est moi quite parle.

Je fais la volonté de celui qui m’a envoyé et j’accomplis son œuvre.

D’autres ont travaillé, et vous entrez dans leur travail.

Cette moisson, c’est le Christ, que d’autres avaientsemé, tous les saints qui l’avaient désiré.

En cela la parole est vraie qu’autre est celui quisème, autre celui qui récolte.

Celui qui m’a envoyé pour que j’achève son œuvre.

Tout ce que le Père a fait, le fils le fait semblablement.

Il s’agit du bien.

Le Père aime le fils et lui a montré tout ce que lui-même fait.

Mes œuvres témoignent que le Père m’a envoyé.

Parce qu’il fait du bien.

Vous recevez votre gloire les uns des autres, vous necherchez pas la gloire de Dieu seul.

Le pain de Dieu est celui qui est descendu du ciel eta donné la vie au monde. Je suis le pain de la vie.

Celui qui a mes commandements et les garde, celui-làest celui qui m’aime. Celui qui m’aime sera aimé parmon père, et moi aussi je l’aime et je lui manifeste cequi m’appartient.

Histoire du test américain où «oui, (mais seulementau cas où…)» est compté comme faux, parce que laréponse est «non (excepté au cas où…)».

Les hommes raisonnent presque toujours ainsi.

Vous pensez avoir la vie éternelle dans les Écritures.

Il n’est pas venu seulement à travers l’eau, mais àtravers l’eau et le sang. C’est-à-dire qu’il n’était passeulement matière et Dieu; il avait une âme humaine(la ψυχή est dans le sang). Une âme humaine peut êtreabsolument pure, faite d’eau et de souffle.

Celui qui croit au fils de Dieu a le témoignage enlui-même.

La foi est le témoignage.

«Roi de la paix, sans père, sans mère, sans généalogie,n’ayant ni commencement de sa vie ni fin de sesJours, rendu semblable au fils de Dieu, il demeureprêtre à perpétuité.»

«Moïse a parlé de moi.» Ne serait-ce pas Melchisédec?

«Il était prêtre du Dieu suprême… Je lève la maindevant Iahweh, qui est le Dieu suprême, auteur descieux et de la terre.»

Iahweh a dit à mon maître: assieds-toi à ma droite.Du sein de l’aurore t’arrive la rosée qui vivifie ta jeunesse…Tu es prêtre pour l’éternité à la façon de Melchisédec…Il boira sur la route de l’eau du torrentaussi portera-t-il haut la tête.

(eau, semence du ciel)

Si vous croyez Moïse, vous devez croire en moi. Enun prêtre du Dieu suprême qui n’est pas Iahweh.

Lui, comme il demeure perpétuellement, a un sacerdoce inébranlable.

«Jésus est entré non dans un autel fait de maind’homme, mais dans le ciel lui-même, pour paraîtredevant la face de Dieu en notre faveur; non pour qu’ils’apporte lui-même plusieurs fois, comme le prêtre vavers le lieu saint chaque année dans le sang d’autrui,parce qu’il aurait fallu qu’il souffre souvent depuis lafondation du monde; en fait une seule fois à la consommation des siècles pour l’effacement de la faute par sonpropre sacrifice il a été manifeste, et comme il incombeaux hommes de mourir une fois, puis vient le jugement,ainsi le Christ a été offert une fois pour ôter la fautede beaucoup; puis, sans faute, il sera vu par ceux quile reçoivent pour le salut.»

La Passion est au destin de l’humanité (qui a été suppliciée dans le Christ) ce qu’est la mort pour l’individu.(Dans l’état d’esprit du pré-millénaire.)

L’innocent doit toujours souffrir pour le coupabledans une vie individuelle; car le châtiment n’est expiation que s’il est précédé du repentir. Le repenti, devenuinnocent, souffre pour le coupable, qui a été aboli par lerepentir.

L’humanité regardée comme un seul être a péché enAdam et a expié dans le Christ.

Seule l’innocence expie. Le crime souffre d’une toutautre manière.

Ce texte de saint Paul semble en contradiction, d’unepart avec l’idée du sacrifice de la messe, d’autre partavec la phrase de l’Apocalypse (l’agneau égorgé depuisla constitution du monde).

Le Christ parle du diable meurtrier depuis l’origine,de sorte que le meurtre d’Abel serait une forme dupéché originel.

Si tous les êtres absolument purs sont des incarnations,cela donne: Abel — Henoch — Noé — Melchisédec.

Et Job? Mais Job peut n’être qu’une allégorie.

Et Daniel? Très mystérieux.

Noé, Job et Daniel mis ensemble dans Ezéchiel.

Comment se fait-il que les Grecs ne fassent pas menüon de Daniel? (voir Xénophon, Cyropédie, s’il n’yaurait pas une identification possible?)

Abel est égorgé. Noé est (à peu près) noyé.

Caïn et Judas.

Abel et Zagreus.

Noé. Le deuxième mois, le 17e jour, s’ouvrent lescataractes du ciel. C’est le 17e jour qu’Osiris meurt. —Quel est le deuxième mois? À partir de l’automne?

Abraham servait les divinités de son pays: au momentoù l’Éternel s’est révélé à lui. L’Éternel est son dieuà lui. D’autre part les Juifs en Égypte avaient cesséd’adorer Iaveh. Ils avaient part à la religion du pays.

Abraham s’est mis à vagabonder en se réclamant d’unDieu nouveau (Dieu souverain). Ce Dieu admettait lessacrifices humains et toute sorte de turpitudes. Pas tracede moralité. Joseph encore est son serviteur.

Ses descendants l’oublient (cela ne leur est reprochéà aucun moment). Moïse, élevé à l’égyptienne, commefils de la fille du Pharaon, mais devenu fugitif, le remeten circulation, mais avec un progrès (Iaveh, l’Être, le«Je suis» ).

D’où a-t-il un frère, puisqu’on ignore sa mère?

Moïse fabrique des Écritures avec un mélange destraditions des Hébreux avant l’assimilation par les Égyptiens,et des traditions égyptiennes elles-mêmes, suffisamment dégradées pour permettre une théocratie.

Pourquoi cette obsession de l’unité de Dieu et ce refus des images? Y a-t-il un rapport entre le refus desimages et la théocratie?

La Croix, c’est l’enfer accepté. La souffrance est unpassage ou vers le Néant d’en haut ou vers celui d’enbas.

Dieu à Adam après le péché: «maudite est la terre,à cause de toi». Dieu après le sacrifice de Noé:«Désormais je ne maudirai plus la terre à cause del’homme.» Sacrifice rédempteur.

Il n’est dit nulle part que Moïse ait entendu de Dieuce qui est raconté dans la Genèse, et par suite il a dûle savoir de son éducation égyptienne.

Moïse parle de Iaveh à Pharaon comme d’un Dieupurement hébreu, qui réclame seulement qu’on laissepartir les Hébreux pour qu’ils l’adorent. Il ne réclameaucune adoration de Pharaon.

Saint Augustin (contre Pelasge). Si un infidèle habilleceux qui sont nus, etc., il agit mal, quoique l’œuvre soitbonne. Car les fruits d’un arbre mauvais sont mauvais.Et l’arbre est mauvais, car «sans la foi on ne peut plaireà Dieu».

Cela est directement contraire au Christ, qui a dit:Vous connaîtrez l’arbre à ses fruits — et non pas lesfruits à l’arbre. Cela est au contraire tout à fait semblable à l’attitude des Pharisiens envers le Christ. C’estde l’idolâtrie sociale, une idolâtrie de l’Église semblableà l’idolâtrie d’Israël chez les Hébreux. — Directementcontraire à l’histoire du Samaritain (hérétiques del’époque).

C’est du totalitarisme.

Comment le christianisme peut-il imprégner tout sansêtre totalitaire? Tout en tous, et non totalitaire?

Seulement si le sacré est reconnu comme l’uniquesource d’inspiration du profane, la raison naturellecomme une dégradation de la surnaturelle, l’art commeune dégradation de la foi. Non pas dégradation, maisla même chose à un degré de lumière moindre.

La lumière surnaturelle descendant dans le domaine de la nature devient lumière naturelle. Cela est bon sila procession est reconnue. Sans la source surnaturellede la lumière, il n’y a bientôt que ténèbres au niveaumême de la nature.

Le bélier qui se trouve près d’Abraham quand il vaégorger Isaac — n’était-ce pas dans la version primitivel’Agneau de Dieu?

Bois du bûcher. Les croyances concernant les arbreset le feu n’ont-elles pas une part dans le symbolisme dusacrifice? Les êtres sacrifiés sont «baptisés dans le feu».Le «balancement» des viandes devant l’autel a-t-il unrapport avec la pendaison?

(Video) La Malédiction du Pharaon

Le Seigneur visite le Philistin Abimelec.

Dieu dit à Caïn: «Qu’as-tu fait? Le cri du sang deton frère s’élève jusqu’à moi de la terre. Eh bien! tu esmaudit à cause de cette terre qui a ouvert sa bouchepour recevoir de ta main le sang de ton frère! Lorsquetu cultiveras la terre, elle cessera de te faire part de safécondité, tu seras errant et fugitif par le monde.»

Après avoir aspiré la délectable odeur du sacrifice deNoé et avoir juré de ne plus maudire la terre à causede l’homme, Dieu dit à Noé: «… je vous livre tout.Toutefois aucune créature, tant que son sang maintientsa vie, vous n’en mangerez. Toutefois encore, votresang, qui fait votre vie, j’en demanderai compte; je leredemanderai à tout animal; et à l’homme lui-même,si l’homme frappe son frère, je redemanderai la vie del’homme. Celui qui verse le sang de l’homme, parl’homme son sang sera versé; car l’homme a été faità l’image de Dieu.»

C’est dans la Genèse le premier en date des commandements de Dieu.

Abraham se bat pour les gens de Canaan et est bénipar Melchisédec, qui est roi cananéen.

Holocauste: «sacrifice qui se consume toute lanuit». Les Grecs, en brûlant les morts, les offraient-ilsà Dieu? Les baptisaient-ils dans le feu? Le Phénixaussi est brûlé.

Le feu seul détruit complètement. Ce qui est brûlé passe hors de ce monde, dans l’autre, chez Dieu. C’estle même symbole que la libation.

Dans la libation, on offre à Dieu une goutte. C’estl’infiniment petit qui appartient à Dieu.

La matière brûlée est transformée en odeur.

La destruction est le sacrifice.

L’huile sert à consacrer dans l’Ancien Testament. Lacolombe, image du Saint-Esprit, apporte à Noé unebranche d’olivier (la colombe vient à Noé après la submersion comme au Christ). — Les rameaux d’olivierdes suppliants dans toute l’antiquité. L’huile symbolisel’Esprit, l’amour, la bonté de Dieu. Athéna.

L’autel de Moïse est consacré avec l’huile et purifiéavec le sang.

taureau expiatoire, entièrement consumé

bélier destiné à l’holocauste

bélier d’inauguration

gâteau à l’huile

Moïse asperge Aron avec un mélange d’huile et de sang.

Un feu descend du ciel pour consumer les offrandes.

«Tout homme qui égorge une bête sans l’avoiramenée à l’entrée de la Tente d’Assignation pour enfaire offrande à l’Éternel… sera réputé meurtrier. Cethomme a répandu le sang… Quiconque… mangera dequelque sang… je le retrancherai… Car le principe vitalde la chair gît dans le sang, et moi je vous l’ai accordésur l’autel pour procurer l’expiation à vos personnes;car c’est le sang qui fait expiation pour la personne…Tout homme… qui aurait pris un gibier… devra enrépandre le sang et le couvrir de terre… Car le principe vital de toute créature, c’est son sang qui est dansson corps, aussi ai-je dit aux enfants d’Israël: ne mangez le sang d’aucune créature. Car la vie de toute créature,c’est son sang: quiconque en mangera sera retranché.»

Cette partie de la révélation de Moïse procède de cellede Noé. Mais il s’agit seulement des animaux.

Au Paradis terrestre, les animaux sauvages eux-mêmes sont végétariens. L’homme se nourrit de graines et de fruits (de semences végétales, des parties qui contiennent l’énergie vitale à la deuxième puissance), et lesanimaux d’herbes et de feuilles.

On ne dit pas si Abel mangeait du bétail.

Dieu dit à Noé: «Tout ce qui se meut, tout ce quivit servira à votre nourriture; de même que les végétaux,je vous livre tout. Toutefois aucune créature,tant que son sang maintient sa vie, vous n’en mangerez.»

Unique prescription alimentaire. Est-ce contre ceuxqui déchirent et mangent crue une bête encore vivante?

Seuls les ruminants vivent de verdure comme faisaienttoutes les bêtes du Paradis terrestre.

Le porc, qui a le pied cornu mais ne rumine point,est-il une bête déchue, maudite, comme le serpent?

Et le chameau, qui n’a pas le pied corné?

Les Hébreux ne pouvaient pas (après Moïse seulement) avoir de pacte avec les autres peuples, à causede leur soi-disant idolâtrie.

Rome et Israël ont fait passer dans le christianisme,mélangé à l’Esprit du Christ, celui de la Bête. Israëlest bien la figure de l’Église telle que saint Augustin laconçoit, Israël qui a tué le Christ. En condamnantun infidèle qui nourrit un affamé, n’a-t-il pas péchécontre l’Esprit? La Bête, c’est l’idolâtrie sociale, l’idolâtrie du gros animal de Platon. C’est la Bête qui dit«… anathema sit». «Vous les connaîtrez à leur fruit»,c’est-à-dire que tout bien pur procède du Christ. Toutbien est issu de Dieu.

C’est la vérité essentielle et non reconnue. Tout ce quiest bien est d’origine divine et surnaturelle, procède oudirectement ou indirectement de la source céleste, transcendante de tout bien.

Tout ce qui procède d’une autre source, tout ce quiest d’origine naturelle, est étranger au bien.

Dieu n’est pas tout-puissant, puisqu’il est créateur.La création est abdication. Mais il est tout-puissant ence sens que son abdication est volontaire. Il en sait leseffets et les veut.

Il veut donner son pain à quiconque en demande,mais seulement à qui le demande, et seulement sonpain. Il a abandonné notre être tout entier, sauf la partiede notre âme qui comme Lui réside dans les cieux. LeChrist lui-même n’a su cette vérité que sur la Croix.

La puissance de Dieu ici-bas, comparée à celle duPrince de ce monde, est un infiniment petit.

Dieu a abandonné Dieu.

Dieu s’est vidé. Ce mot enveloppe à la fois la Création et l’Incarnation avec la Passion.

Saint Augustin: il y a eu avant le Christ, hors d’Israël,des «membres spirituels» d’Israël parmi lesautres peuples, et à chacun de ceux-là, le Médiateurunique a été divinement révélé comme devant venir.Ex.: Job.

Leur nombre et leur influence ne sont limités paraucune indication. Rien n’empêche de penser que lesprêtres d’Égypte, les initiés d’Éleusis à la bonne époque,les Pythagoriciens, les Druides, les gymnosophistesde l’Inde, les Taoïstes chinois, étaient la plupart dansce cas. Si on l’admet, ces traditions sont vraies, et ceuxqui y vivent aujourd’hui sont dans la vérité. Ce n’estpas comme récit historique que la Bonne Nouvelleimporte au salut.

Si l’attente angoissée d’un Sauveur a amené à prendreà tort pour ce sauveur le personnage qu’on a nomméBouddha, s’il est invoqué aujourd’hui comme hommeparfait, divin et rédempteur, cette invocation est aussiefficace que celles adressées au Christ.

L’enfer à perpétuité admis par saint Augustin. Ildéfinit le mal comme du non-être. Donc tout ce quiexiste est bien sous quelque rapport. Aujourd’hui lediable sert à la sanctification des saints. Après la fin dumonde et le jugement dernier, sous quel rapport pourrait-il être bien? Donc il devient néant, et l’enfer aussi.

(Voir, en fait, comment il s’en tire.)

Cette définition du mal et la croyance à l’enfer perpétuel, c’est un exemple de contradiction non légitimedans le domaine transcendant.

Comment en distinguer l’espèce de celle des contradictions légitimes par une définition?

Dans le cas de la contradiction illégitime, si on supprime un terme, l’intelligence de l’autre n’en est pasmodifiée,

Il faut trouver mieux.

Il y a des absurdités qu’il est utile de supposer. Ex.:au cas où Dieu voudrait ma damnation.… C’est absurde,la volonté de Dieu sur moi et mon salut sont identiquesen Dieu. Mais utile parce que diriger mon désir vers lavolonté de Dieu ou vers mon salut sont en moi deuxchoses très différentes.

Il y a des vérités qu’il ne faut pas savoir, ou pas trop.Ex. que le terme de l’obéissance à Dieu est sans doutela béatitude.

Il y a telles choses qui sont bonnes à penser pour tels,non pour tels. L’acceptation de l’enfer par respect pourla volonté de Dieu est bonne quand une âme se sentau bord de la damnation; mauvaise quand elle se sentà portée du salut, car alors on accepte l’enfer pour lesautres.

Plusieurs représentations ont ainsi une valeur de vérité,mais une valeur d’usage qui varie.

En matière transcendante, il y a une architecture desreprésentations et notions. Certaines sont à mettre aupremier plan, d’autres à loger dans la partie de l’âmemuette, secrète, inconnue à la conscience. Certaines àloger dans l’imagination, d’autres dans l’intelligence toutà fait abstraite, d’autres dans l’une et l’autre, etc.

Cette architecture compliquée et raffinée, qui s’opèremême chez ceux qu’on nomme des simples, s’ils s’approchent de la sainteté, est ce qui bâtit une âme prête ausalut.

L’homme ne l’opère pas; elle s’opère par l’effet de lagrâce si elle n’est pas entravée. Généralement celui chezqui elle s’opère ne s’en rend pas compte ou presque.

À l’égard d’une telle architecture, combien l’énoncé d’une proposition, avec au bout «anathema sit» estmisérablement inadéquat! Souvent l’anathème est légitime ou non suivant le lieu de l’âme où est logée l’idéeénoncée dans la proposition.

Ces choses sont trop ténues pour qu’un instrumentaussi grossier que «anathema sit» puisse y opérer autrechose qu’une destruction aveugle.

À la bonne époque, les procédés d’élimination dansles cultes et sectes initiatiques étaient sans doute de meilleurs critériums de l’architecture intérieure de l’âme.

Dieu est impuissant, sinon pour la répartition équitable et miséricordieuse du bien. Il ne peut rien d’autre.Mais cela suffit.

Il a le monopole du bien. Il est présent Lui-mêmedans tout ce qui opère du bien pur. Tout ce qui opèredu bien d’ordre inférieur procède des choses où Il estprésent. Tout bien authentique de quelque ordre quece soit découle surnaturellement de Lui. Tout ce quin’est pas directement ou indirectement l’effet de l’opération surnaturelle de Dieu est mauvais ou indifférent.

Le non-bien peut avec autant de légitimité selon lepoint de vue d’où on le considère, être regardé oucomme mauvais ou comme indifférent.

Dieu peut faire seulement le bien et seulement à quile mérite, et ne peut en priver qui le mérite.

Ce monde, excepté par la présence secrète et surnaturelle de Dieu (dont une forme est l’ordre et la beautédu monde — il faudrait énumérer les autres) peut faireseulement du mal ou de l’indifférent.

Il peut faire tout le mal possible à tout ce qui n’est passurnaturellement protégé par le bien issu de Dieu.

La mesure du mal qu’il peut faire là où Dieu est présent est indiquée avec une véracité parfaite dans lesquatre Évangiles.

Être chrétien, ce n’est pas autre chose que croire cela.

La croyance est suscitée par la beauté des textes et lalumière qu’on acquiert sur la condition humaine enméditant sur eux.

La Genèse sépare création et péché originel à cause des nécessités d’un récit fait en langage humain. Mais lacréature en étant créée s’est préférée à Dieu. Autrement,y aurait-il eu création? Dieu a créé parce qu’il était bon,mais la créature s’est laissé créer parce qu’elle étaitmauvaise. Elle se rachète en persuadant Dieu à force deprières de la détruire.

Si on a faim, on mange, non pour l’amour de Dieu,mais parce qu’on a faim.

Si un inconnu effondré au bord de la route a faim,il faut lui donner à manger, quand même on n’auraitpas assez pour soi, non pas pour l’amour de Dieu, maisparce qu’il a faim.

C’est cela, aimer le prochain comme soi-même.

Donner «pour Dieu», aimer l’autre «pour Dieu»,«en Dieu», ce n’est pas l’aimer comme soi-même. Ons’aime soi-même par l’effet d’une sensibilité animale,

Il faut que cette sensibilité animale elle-même devienne chose universelle. Cela est contradictoire. Miraculeux. Surnaturel.

La contradiction, l’impossibilité est le signe du surnaturel.

On ne s’aime pas «pour Dieu», «en Dieu», maison juge légitime l’amour de soi que la nature met aufond de l’âme pour autant qu’on est une créature deDieu.

De même pour l’amour du prochain.

Tout être pensant est digne d’amour seulement pourautant qu’il a reçu l’existence de l’acte créateur de Dieuet possède la capacité de renoncer à cette existence paramour pour Dieu. J’ai le droit d’aimer moi-même ouautrui seulement à ce titre.

Dieu seul est le bien, seul donc Il vaut la peine d’êtrel’objet de soins, de la sollicitude, des soucis, des désirs,des élans de la pensée. Seul Il vaut la peine d’être l’objetde tous ces mouvements de l’âme qui ont rapport àquelque valeur. Seul Il a une affinité avec ce mouvement vers le bien, ce désir du bien qui est le centremême de mon être.

Quant à cette créature qu’on appelle moi, elle n’est pas le bien, et par suite elle m’est aussi étrangère etaussi indifférente que n’importe quoi dans le monde.

Il en est vraiment ainsi.

Pourquoi m’intéresserai-je à ce qui n’est pas le bien?

Pourtant désobéir à Dieu m’est intolérablement douloureux (quoique ce soit si fréquent).

Cela s’arrange comment?

Contradiction irréductible et légitime.

La contradiction est légitime quand la suppressiond’un terme aboutit à détruire ou vider de sa substancel’autre terme. Autrement dit, quand elle est inévitable.La nécessité est le critérium suprême dans toutes leslogiques. La nécessité met seule l’esprit au contact de lavérité.

Pourquoi? À méditer aussi.

Quand on distingue en Dieu (et non pas sous formed’hypothèse absurde ayant uniquement rapport à la pensée de l’homme) miséricorde et justice, vouloir et pouvoir,on commet une absurdité illégitime de premièregravité.

Ex. Dieu peut tout. Il aurait pu… Mais en fait il avoulu…

Absurde. Les limites du vouloir et du pouvoir sontles mêmes en Dieu. Il ne veut que ce qu’Il peut, ets’Il ne peut pas davantage, c’est qu’Il ne veut pas pouvoir davantage. Et ainsi de suite à l’infini, en cercle.Le cercle est la projection de la vérité divine.

De même miséricorde et justice. Sa justice exige qu’ilaccorde sa miséricorde à quiconque est capable de larecevoir, et toute espèce de bien. Sa miséricorde exigequ’il prive de son pardon et de toute espèce de bienceux qui n’en veulent pas.

Il est puéril de distinguer la miséricorde et la justicede Dieu au moment où on pense à Dieu. Et même sil’on pense à l’homme, cette distinction n’est pas légitime parce qu’il n’y a pas d’usage à faire de cette absurdité,contrairement à d’autres. Du moins c’est ce qu’ilme semble.

Les attributs de Dieu ne se débordent pas les uns lesautres.

Ils ont la même limite, l’abdication constituée parl’acte créateur de Dieu.

Nous effaçons cette limite en abdiquant à notre tournotre existence de créatures.

«Vous rendre tout le sang que vous m’avez donné.»

On ne peut pas tuer un homme à moins de nécessitéabsolue quand on a compris que tout homme enfermela possibilité d’une chose aussi sublime. Quand on a faitcouler son sang, lui ne peut plus le rendre.

Dieu seul sait si la possibilité se prolonge après lamort. Il a voulu que nous l’ignorions.

Le malheureux agenouillé qui implore la vie dit, sanss’en rendre compte lui-même: Laisse-moi encore letemps de devenir parfait. Ne me supprime pas ayanteu si peu de part au bien.

Comment celui qui aime Dieu n’entendrait-il pas unetelle supplication?

Dieu seul sait ce qui se passe si le malheureux n’estpas entendu, s’il est tué.

La révélation à Noé: «Tout ce qui répand le sangde l’homme devra en rendre compte.»

Fragment de la sagesse préhistorique. Il doit y avoirlà un abîme de signification insondablement profonde.Mais quelle signification? À méditer.

L’impossibiilté dans le raisonnement mathématique(démonstration par l’absurde, à quoi les autres se ramènent),le jamais dans la vie morale transportent du tempsdans l’éternité.

La négation est le passage dans l’éternel.

«Je ne ferai jamais cela.» Ces quelques mots, qu’onprononce en quelques secondes, enferment une duréeperpétuelle.

Jamais a cette propriété, non pas toujours. «Je feraitoujours cela» n’a en fait aucun sens.

C’est pourquoi la confession justificative du Livredes Morts égyptien est négative.

De même pour la mathématique. Il y a une diversité illimitée de triangles, mais jamais aucun triangle n’auraun côté plus grand que la somme des deux autres.

Ce jamais est l’essence de tout théorème.

(Chercher alors pourquoi à première vue la preuvepar l’absurde a souvent quelque chose de peu satisfaisant?)

Toute connaissance précise des choses qui passentdécoule de ces propositions éternelles qui enferment unjamais.

Les choses sont naturelles, temporelles, mais leslimites des choses viennent de Dieu.

C’est ce que disent les Pythagoriciens. Il y a l’illimitéet ce qui limite, et ce qui limite est Dieu. Par suite leslimites sont éternelles.

Il a dit à la mer «Tu n’iras pas plus loin».

De cela, la mathématique est la traduction et legarant.

Dieu seul vaut qu’on s’intéresse à lui, et absolumentrien d’autre.

Que faut-il en conclure concernant la multitude deschoses intéressantes qui ne parlent pas de Dieu? Faut-ilconclure que ce sont des prestiges du démon?

Non, non, non. Il faut conclure qu’elles parlent deDieu.

Il est urgent aujourd’hui de le montrer.

C’est en cela que consiste le devoir d’élever le serpentd’airain, pour qu’il soit vu et que quiconque le regardesoit sauvé.

Dans la conduite de la vie, c’est aussi la limite quiporte du temps dans l’éternité, le «jamais».

Tu ne mangeras pas les fruits de cet arbre. Les joursse succéderont dans une variété infinie, tu les remplirasde toutes sortes de choses, mais un acte ne figurera dansaucun d’eux, l’acte de manger ces fruits.

«Tu n’ouvriras pas cette porte. Tu ne penseras pas àl’ours blanc.»

Vertu surnaturelle du tabou. On ne connaît aujourd’hui de cette vertu qu’une image pervertie, la vertumagique.

Pourtant le péché d’Adam n’a pas été la désobéissance à un tel ordre. Cette histoire n’est que la traduction en langage humain du vrai péché. Car le tempsprocède du péché et ne l’a pas précédé.

«Tu ne mangeras pas…», «tu n’ouvriras pas…»,«tu ne penseras pas».

Heureux qui est capable d’obéir à de tels ordres.

Les privations volontaires, si elles procèdent del’obéissance, sont de cette nature et portent dans l’éternité.

Elles ne sont pas utiles si elles procèdent d’une résolution. L’effet d’une résolution dure un jour, huit jours,vingt ans, plus qu’une vie humaine, mais non pas toujours. Aucune résolution ne porte dans l’éternité.

Au contraire «tu ne feras pas cela», c’est «tu neferas jamais cela», quand tu vivrais cent siècles.

L’obéissance acceptée porte le centre de l’âme dansl’éternité.

C’est pourquoi les vœux des religieux ne sont utilesau salut que s’ils sont la simple expression d’une vocation;autrement dit une simple expression d’obéissance,le «voilà! voilà!» du domestique appelé par sonmaître.

S’ils expriment une résolution d’observer la chasteté,la pauvreté, l’obéissance aux supérieurs, ils sont inutileset même nuisibles au salut.

Seul un ordre de Dieu est éternel.

L’inconditionné seul transporte en Dieu.

(Une messe «offerte pour…», une prière, une souffrance «offertes pour…», ne constituent pas des contactsavec Dieu.)

L’inconditionné est contact avec Dieu. Tout ce qui estconditionné est d’ici-bas.

(Ex. Jacob: Si… si… si…, tu auras été mon Dieu.)

L’inconditionné est l’absolu.

L’amour est surnaturel quand il est inconditionné.Un amour inconditionné est une folie. L’amour d’unemère en est la meilleure image ici-bas. Mais ce n’estqu’une image. Même l’amour d’une mère s’épuise siaucune des conditions de son renouvellement n’existe.

Seuls l’amour pour Dieu et l’amour anonyme pour leprochain sont inconditionnés.

On peut y ajouter l’amour (l’amitié) entre deux amisde Dieu parvenus sur la route de la sainteté au delà dece point où la sainteté est quelque chose de définitif.Car la seule condition de cette amitié, c’est la persévérance dans la sainteté chez l’un et l’autre; mais commeleur établissement dans la sainteté est une chose définitive et dont la continuation n’est subordonnée à aucunecondition, on peut regarder cette amitié comme inconditionnée.

Mais un tel degré de sainteté est très rare, et par suiteaussi une telle amitié,

C’est cette amitié que le Christ a ajoutée comme untroisième commandement, c’est-à-dire comme un troisième amour parfaitement saint, aux deux amours deDieu et du prochain.

Tous les autres amours sont conditionnés, malgré lesserments, et s’épuisent peu à peu quand les conditionsmanquent.

[Quant à l’amour conjugal, si les deux époux sont dessaints, c’est l’amitié entre saints — si un seul l’est seulement,l’amour anonyme du prochain, appliqué par luià l’autre, est le seul facteur stable de leurs relations.— Si aucun des deux ne l’est, les conditions manquant,l’amour conjugal s’épuise et disparaît, malgré le sacrement.]

La haine n’est jamais inconditionnée.

Tous les événements de la vie, quels qu’ils soient,sans Exception, sont des marques d’amour de Dieu parconvention, de la même manière que le pain de l’Eucharistie est chair du Christ.

Mais une convention avec Dieu est plus réelle qu’aucune réalité.

Dieu établit avec ses amis un langage conventionnel.Chaque événement de la vie est un mot de ce langage.Ces mots sont tous synonymes, mais, comme il arrivedans les beaux langages, chacun avec sa nuance tout à faitspécifique, chacun intraduisible. Le sens commun à tousces mots, c’est: je t’aime.

Il boit un verre d’eau. L’eau est le «je t’aime» deDieu. Il reste deux jours dans le désert sans rien trouverà boire. Le desséchement de la gorge est le «je t’aime»de Dieu. Dieu est comme une femme importune colléeà son amant et lui disant tout bas dans l’oreille, pendant des heures, sans arrêter: «Je t’aime — jet’aime — je t’aime — je t’aime…»

Ceux qui sont des commençants dans l’apprentissagede ce langage croient que certains de ces mots seulementveulent dire «je t’aime».

Ceux qui connaissent le langage savent qu’il ne s’ytrouve qu’une signification.

Dieu n’a pas de mot pour dire à sa créature: je tehais.

Mais la créature a des mots pour dire à Dieu: je tehais.

En un sens la créature est plus puissante que Dieu.Elle peut haïr Dieu et Dieu ne peut pas la haïr à sontour.

Cette impuissance fait de lui une Personne impersonnelle. I] aime, non pas comme j’aime, mais commeune émeraude est verte. Il est «J’aime».

Et moi aussi, si j’étais dans l’état de perfection, j’aimerais comme une émeraude est verte. Je serais une personne impersonnelle.

On ne peut pas aller au delà d’un certain point dansla voie de la perfection si on pense Dieu seulementcomme personnel. Pour aller au delà il faut — à forcede désir — se rendre semblable à une perfection impersonnelle.

La perfection du Père dont le soleil et la pluie [espritet eau] sont aveugles au crime et à la vertu.

Ce double aspect personnel et impersonnel de Dieuest indiqué dans sa contradiction par l’Évangile à proposde la fonction judiciaire de Dieu. «Le Père m’a remistout jugement.» Juge suprême personnel. «Je nele jugerai pas, la parole que j’ai prononcée, c’est elle quile jugera.» Juge suprême impersonnel.

Les hommes ont toujours éprouvé la nécessité, pourrendre sensible à leur amour les deux aspects contradictoires de cet amour, d’adorer la personne de Dieudans une chose. Soleil, pierre, statue, pain de l’Eucharistie.

L’adoration du soleil, c’est-à-dire de Dieu à travers lesoleil, est une forme très belle et poignante de ce doubleamour.

Si on se représente le soleil, tel qu’il est — lointain,parfaitement impartial dans la distribution de la lumière,absolument astreint à un cours déterminé — comme unêtre sentant et pensant, quelle meilleure représentation deDieu peut-on trouver? Quel meilleur modèle à imiter?

Si le soleil voyait les crimes et les malheurs d’ici-bas,quelle compassion impuissante et parfaitement pure descendrait de lui sur nous?

Le soleil ainsi conçu est un équivalent de l’Incarnation.Meilleur à certains égards, moins bon à d’autres, parceque loin de la forme humaine.

Platon propose, non pas le soleil, mais l’ordre mêmedu monde, et surtout des astres. Un être, l’ordre dumonde, qui a pour corps le monde et pour âme la perfection.

Si on adore Dieu dans un homme, il faut alors quecet homme soit une chose à force de passivité, qu’ilsouffre une passion et la souffre en silence.

Ou encore qu’il soit un prêtre (Melchisédec) astreintdans les cérémonies à un ordre aussi fixe que celui desastres.

La cérémonie est une imitation de l’ordre du mondeet du silence des choses.

Le Père dans les cieux, qui abandonne son Fils etgarde le silence; le Christ abandonné, cloué dans lesilence; deux divinités impersonnelles qui se reflètentl’une dans l’autre et font un seul Dieu.

L’image de la puissance indifférente de Dieu, c’estl’obéissance passive de la créature.

Dieu crée Dieu, Dieu connaît Dieu, Dieu aime Dieu— et Dieu commande à Dieu qui lui obéit.

La Trinité implique l’incarnation — et par suite laCréation.

Mystère, Usage légitime et illégitime de cette notion? Cela aussi est à définir rigoureusement, et c’est de la plushaute importance.

(Saint Augustin, par exemple, en a fait un usageillégitime.)

Il ne faut pas s’en couvrir au moment où on ditn’importe quoi — comme saint Augustin. Car alorscette notion devient l’instrument d’un pouvoir totalitaire. Tout ce qu’il plaît à l’Église de dire est alors àaccepter, ou comme vérité reconnue par l’adhésion de laraison, ou comme mystère. Autrement dit, adhésioninconditionnelle à l’Église. C’est ce que saint Thomasnomme la foi, ainsi que le catéchisme du Concile deTrente.

Il n’y a que trois amours inconditionnels: l’amour deDieu, — l’amour anonyme du prochain — l’amitié dedeux saints.

L’amour inconditionnel de l’Église est de l’idolâtrie.

On n’a le droit d’aimer inconditionnellement que cequi est inconditionné.

C’est-à-dire Dieu et la présence infuse de Dieu — soitactuelle dans un saint, soit potentielle dans toute créaturepensante.

Il y a une chose inconditionnée dans l’Église, maisc’est seulement la présence du Christ dans l’Eucharistie.

L’Église comme société émettant des opinions est unphénomène de ce monde, conditionné.

Dieu a mis en tout être pensant la capacité de lumièrenécessaire pour contrôler la vérité de toute pensée. LeVerbe est la lumière qui éclaire tout homme. Queltexte plus formel pourrait-on désirer?

La notion de mystère est légitime quand l’usage leplus logique, le plus rigoureux de l’intelligence mèneà une impasse, à une contradiction qu’on ne peut éviter,en ce sens que la suppression d’un terme rend l’autrevide de sens, que poser un terme contraint à poserl’autre. Alors la notion de mystère, comme un levier,transporte la pensée de l’autre côté de l’impasse, del’autre côté de la porte impossible à ouvrir, au delà dudomaine de l’intelligence, au-dessus. Mais pour parvenirau delà du domaine de l’intelligence, il faut l’avoir traversé jusqu’au bout, et traversé en suivant un chemintracé avec une rigueur irréprochable. Autrement onn’est pas au delà, mais en deçà.

C’est ce sentiment qui a fait adopter instinctivementpar Platon et saint Jean de la Croix, l’un la forme argumentative, l’autre la forme classificatrice, qui surprennent le lecteur, mais répondent chez l’auteur à la nécessitéd’un contrepoids pour la mystique.

Le mystère étant ainsi défini, les mystères de la foi sontcontrôlables par l’intelligence.

Un autre critérium est que quand l’esprit s’est nourridu mystère par une longue et amoureuse contemplation,il constate qu’en supprimant, en niant le mystère, ilôte à l’intelligence en lui des trésors saisissables pour elle,qui sont de son domaine, qui lui appartiennent.

L’intelligence ne peut contrôler le mystère lui-même,mais elle est parfaitement en possession du pouvoir decontrôle sur les chemins qui conduisent au mystère,qui y montent, et les chemins qui en redescendent. Ellereste ainsi absolument fidèle à elle-même en reconnaissant l’existence dans l’âme d’une faculté supérieure àelle-même et qui conduit la pensée au-dessus d’elle. Cettefaculté est l’amour surnaturel.

La subordination consentie de toutes les facultés naturelles de l’âme à l’amour surnaturel est la foi.

C’est ce que Platon dans la République nomme justice.

Dans saint Paul, foi et justice sont constamment identifiées: «sa foi lui a été comptée comme justice, sa foil’a justifié», etc.

Dans un autre usage du mot, la justice est l’exercicede l’amour surnaturel.

Cela revient au même, car l’amour surnaturel s’exerce,s’incarne, passe dans les actes seulement si les autresfacultés de l’âme se font ses servantes, et le corps même,par leur intermédiaire, son serviteur.

Les facultés naturelles doivent avoir chacune dans sapropre nature un motif suffisant pour la contraindre à sesubordonner à l’amour surnaturel, à moins de mensonge.

L’âme qui est hors de la justice — hors de la foi — sement.

Dire je, c’est mentir.

Seigneur, je ne suis rien que de l’erreur. L’erreurn’est rien que du néant. Seigneur que mon Âme touteentière sache cela, et toutes les parties de mon âme, etmon corps lui-même.

Que mon âme soit seulement au corps et à Dieu cequ’est ce porte-plume à ma main et au papier — un intermédiaire.

Le Christ a montré qu’une âme humaine, une personne humaine peut n’être que cela.

Elle est alors la même chose que celle des Personnesdivines qui est engendrée, est connue, est aimée et aimeen. retour, est commandée et obéit.

Quand un homme a atteint cet état, le Christ est lui.

Mais peut-être que les plus grands saints ne l’atteignent qu’à l’agonie, pour un instant?

Ou bien un très, très petit nombre l’atteint auparavant?

Le Christ a été ainsi en naissant. Et pourtant il n’aété achevé que sur la croix.

On dit que les fous (ceux d’un certain type) sontlogiques à l’excès.

Pour un motif analogue, les mystiques authentiquesdoivent l’être aussi.

Est-ce un critérium?

Platon — saint Jean de la Croix. —

La foi n’est pas un contact avec Dieu, sans quoi ellene serait pas nommée une nuit, un voile, Elle est lasoumission des parties qui n’ont pas contact avec Dieuà celle qui a contact.

Les spéculations qu’il est légitime de condamnercomme hérétiques sont celles qui diminuent la réalitédes choses divines en voilant sous une apparence deconciliation les contradictions qui en constituent le mystère,

Par exemple, faire du Fils un être seulement à demi divin. Ou mitiger la divinité et l’humanité dans leChrist pour les concilier. Ou réduire le pain et le vinde l’Eucharistie à un simple symbole.

Les mystères cessent alors d’être un objet de contemplation;ils ne sont plus d’aucun usage.

Il y a là un usage illégitime de l’intelligence, et onpeut penser que ceux qui se livrent à ces spéculationsn’ont pas encore l’âme illuminée par l’amour surnaturel.

Pourtant ce n’est pas un motif légitime d’exclusionde l’Église, car la plupart de ceux qui se soumettent audogme n’ont pas non plus l’âme illuminée par l’amoursurnaturel. C’est seulement un motif d’exclusion desfonctions enseignantes.

Il faudrait tâcher de définir, dans le calcul infinitésimal,les contradictions légitimes et non légitimes, pouravoir une analogie.

L’autorité de l’Église ne commande à bon droit quel’attention. L’adhésion doit procéder, pour chaquevérité en particulier, d’une illumination intérieure del’intelligence et de l’amour.

L’adhésion inconditionnée et globale à tout ce quel’Église enseigne, a enseigné et enseignera, que saintThomas nomme la foi, n’est pas de la foi, mais de l’idolâtrie sociale.

Il est certain qu’une multitude d’hommes la plupartimparfaits ne peut pas formuler la vérité que Dieu faitparvenir dans le secret, sous forme de silence, à un êtreparfait en état de contemplation.

L’Église n’a exercé légitimement son autorité qu’enécartant les tentatives d’édulcoration de l’absurdité dansles mystères authentiques.

Cet exercice légitime n’est pas facile à définir. Maisil peut l’être.

Les attributs supposés de Dieu sont des attributshumains transformés par l’opération du passage à lalimite.

Cette transformation n’est légitime que si elle s’opèreselon une méthode tout à fait rigoureuse.

Trois rapports doivent être distingués dans cette description de Dieu.

Le rapport de Dieu à lui-même. C’est là qu’intervient la Trinité.

Le rapport de Dieu à sa création dans la conduite desévénements du monde. Cette conduite est l’enchaînement des causes secondes. La volonté de Dieu dans cedomaine est étrangère à toute morale.

Le rapport de Dieu à sa création dans l’inspirationcommuniquée aux créatures pensantes. La volonté deDieu dans ce domaine ne peut jamais contredire le sensde l’obligation essentiel à toute conscience.

C’est ce que le Christ voulait dire en disant: je n’ôtepas un iota à la loi.

La volonté de Dieu au premier sens peut être rapportée au Père — car on rapporte au Père l’acte d’abdication créatrice —, la volonté de Dieu au deuxièmesens peut être rapportée au Saint-Esprit.

Il semble qu’Abélard ait aperçu cela.

Les Hébreux se sont représenté la seconde sur lemodèle de la première.

Le Verbe, la Sagesse, est médiatrice.

Platon: une sage persuasion a convaincu la nécessitéde faire tourner la plupart des choses au bien.

La justice de Dieu doit donc être entendue autrementpour la première et la deuxième volonté.

Pourtant le Christ (soyez parfaits…) rapproche lesdeux. (Soyez parfaits…)

Il n’y a pas deux justices de Dieu, mais une seule.

Contraire à elle-même.

La contradiction est le levier de la transcendance.

Un point n’est rien. Deux segments qui ne diffèrentque d’un point sont égaux.

Mais quand ce point est celui de l’intersection de deuxdroites, c’est beaucoup. Car il définit deux demi-droitesde part et d’autre.

Un point qui est le centre de gravité est équivalent autout, puisque s’il est soutenu rien ne tombe.

Appliquer la théorie des ensembles à la physique, et d’abord à la physique classique (pesanteur, etc.)

Dans un volume pesant il y a un point tel que s’il nedescend pas rien ne descend.

Pourtant un point est un néant de volume, un néantde pesanteur.

Mais pour l’empêcher de descendre il faut une résistance égale au volume du tout.

On pourrait faire la liste des fonctions remplies parun point à l’égard d’un segment de droite.

Une nouvelle logique basée sur la notion de domaines. Ce qui est vrai dans un domaine ne l’est pasdans un autre.

La vérité ne se trouve pas par preuves, mais par exploration. Elle est toujours expérimentale. Seulement lanécessité aussi est objet d’exploration.

Si on dit: montrez qu’il est possible de construire untriangle tel que… — il suffit de tomber par hasardsur un triangle répondant à la question.

Si on dit: montrez qu’il est impossible de construireun triangle tel que…; cette demande enveloppe l’infiniet ne peut être satisfaite sans passer du domaine del’empirisme dans celui de la nécessité.

L’impossibilité est ce qui limite les possibles; la limiteest nécessité soustraite au temps.

Elle est, concernant les choses visibles, la source d’unecertitude plus certaine que la vue.

Si on dit: faites telle chose, l’accomplissement del’ordre laisse l’âme dans le domaine du temporel.

Si on dit: ne faites pas telle chose, il est impossibled’obéir sans hisser le centre de l’âme au niveau del’éternel.

Au reste une même action peut être pensée de l’uneou de l’autre manière, et alors, selon le cas, l’accomplissement produit dans l’âme des fruits temporels ouéternels.

C’est un des secrets du salut.

C’est là au moins un aspect de la vertu d’humilité.

La subordination des possibles temporels et changeantsà des limites fixes est une image et une garantie de lasubordination de ce monde à l’autre, et par suite l’objet d’une contemplation qui est la source d’une joie secrèteet pure.

Ma propre âme, mon propre moi est au nombre deces possibles temporels et changeants.

La subordination de mon moi, de mon âme, de moncorps, de tous mes désirs à des limites inflexibles est unobjet de contemplation qui est la source d’une joiesecrète et qui comble.

D’autres hommes aussi, quand par l’imagination jeloge mon moi en eux.

La satisfaction d’un désir rend cette subordination sensible si les causes en sont claires, clairement étrangèresau désir lui-même, si la satisfaction est sentie commeprécaire.

Alors manger un morceau de pain quand on a faimest communier avec l’univers et son Créateur.

Le malheur rend cette subordination bien plus sensible,pourvu que le mécanisme des causes soit clair. Delà vient la sauvage beauté du malheur.

Apprendre l’obéissance, comme a fait le Christ, c’estcela.

Le Christ a été enchaîné comme l’océan.

τοῦτο δὸς ἐμοί.

La seule partie de notre âme dont il ne convient pasqu’elle soit sujette au malheur est celle qui est situéedans l’autre monde. Le malheur n’a pas pouvoir surelle — car peut-être, comme disait Maître Eckart, elleest incréée — mais il a le pouvoir de la séparer violemment de la partie temporelle de l’âme, de sorte que, bienque l’amour surnaturel réside dans l’âme, la douceurn’en est pas sentie. C’est alors que s’élève le cri: «MonDieu, pourquoi m’as-tu abandonné?»

Une fois qu’on a reconnu Dieu comme le biensuprême et réel, éternellement satisfait par soi-même,c’est assez. On peut supposer que non seulement Il nerécompense ni ne punit ses créatures, mais que mêmeIl ignore leurs efforts pour lui obéir, leurs défaillancesou leurs révoltes. On ne désirera pas moins lui obéirplus que toute autre chose, avec un désir plus fort quela faim, la soif, la flamme charnelle ou le besoin d’un répit au milieu d’une torture physique. En même tempstoute chose paraîtra sans importance, y compris la possession de Dieu, devant la certitude qu’Il se possèdeéternellement et parfaitement lui-même.

Tout le désir que la nature a mis dans l’âme humaineet attaché à la nourriture, à la boisson, au repos, aubien-être physique, aux plaisirs des yeux et des oreilles,aux êtres humains, doit être enlevé à ces choses et dirigéexclusivement sur l’obéissance à Dieu.

Les choses d’ici-bas sont légitimement objets de plaisiret de douleur, mais non pas de désir ou de répulsion.

Et l’obéissance à Dieu, unique objet de tout le désirde l’âme, est un objet inconnaissable. J’ignore ce queDieu me commandera demain.

De plus je sais que si je refuse de lui obéir, ou si mafaiblesse m’en rend incapable, je lui obéis quand même,car rien ne se produit ici-bas qu’Il ne le veuille.

Ce désir est donc certain de son accomplissement. Ilest déjà accompli. C’est une faim qui est déjà rassasiée,qui le sera toujours, et qui cependant crie perpétuellement dans l’âme comme si elle ne pouvait jamaisl’être.

C’est un cri à vide, un appel éternellement sansréponse.

Cet appel, c’est lui qui est la louange de la gloire deDieu. Nos cris d’angoisse Le louent.

Le Christ sur la croix et disant «Mon Dieu, pourquoim’as-tu abandonné?» C’est là la louange parfaite de lagloire de Dieu.

Crier ainsi pendant notre bref et interminable, interminable et bref séjour ici-bas, puis disparaître dans lenéant — c’est assez; que demander davantage? SiDieu accorde davantage, c’est son affaire; nous le saurons plus tard. J’aime mieux supposer que même dansle meilleur des cas Il n’accorde que cela. Car cela estla plénitude de la satisfaction — si seulement, depuismaintenant jusqu’à l’instant de la mort, il pouvait n’yavoir pas d’autre parole en mon âme que ce cri ininterrompu dans le silence éternel.

Le Christ est médiateur entre les hommes et le Père,entre le Père et l’Esprit. Dans la Trinité il est l’objet,et l’objet est médiateur entre le sujet et l’acte, quoiqu’on puisse aussi se représenter la relation autrement.La chose aimée est médiatrice entre mon amour et moi.

Quand nous aimons Dieu, le Père à travers nous aimele Fils. Car Dieu objet, c’est le Fils. Il est médiateurentre le Père et son Amour.

Désobéir à Dieu, c’est cesser de connaître qu’Il estréel. Aussitôt le désir s’accroche aux choses terrestres.Pour éviter de l’en arracher, nous voudrions continuerà désobéir. Mais en même temps la conscience qu’onest obligé à cet arrachement met l’âme dans l’angoisse.

En réalité même ma désobéissance envers Dieu estsans importance dès lors que Dieu est; mais je ne lesais que quand je suis dans l’obéissance. Dès que jedésobéis, ma désobéissance prend une importance illusoire,que je ne puis effacer que de deux manières, oupar le retour dans l’obéissance à travers l’angoisse etl’arrachement, ou par le mensonge vis-à-vis de moi-même.

Ce mécanisme empêche que la connaissance de Dieune mène au relâchement moral.

Là où cet effet se produit, l’objet de l’amour, sous lenom de Dieu, est autre chose.

Pour obéir à Dieu, il faut recevoir ses ordres.

Comment se fait-il que je les aie reçus dans l’adolescence,pendant que je professais l’athéisme?

Croire que le désir du bien est toujours rétribué —c’est là la foi, et quiconque l’a n’est pas athée.

Croire en un Dieu qui peut laisser dans les ténèbresceux qui désirent la lumière, et réciproquement, c’estn’avoir pas la foi.

La foi, c’est la certitude d’un domaine autre que cemélange inextricable de bien et de mal qui constitue cemonde, un domaine où le bien ne produit que du bien,où le mal ne produit que du mal.

Reconnaître du bien comme bien, et lui assignercomme origine le mal, c’est le péché contre l’Esprit,non pardonné.

Le bien et le mal, c’est le centre du problème, et lavérité essentielle est que leur relation n’est pas réciproque. Le mal est le contraire du bien, mais le bienn’est le contraire de rien.

Relations non réciproques dans la physique moderne;s’agit-il de phénomènes appartenant à deux domainesdifférents, avec deux qualités différentes d’énergie, bienque ce ne soit pas reconnu?

(Les savants croient à la science comme la plupart descatholiques à l’Église, à savoir comme à la Vérité cristallisée en opinion collective infaillible; ils s’arrangentpour y croire ainsi malgré le changement perpétuel desthéories. Dans l’un et l’autre cas, c’est faute d’avoirfoi en Dieu.)

Un catholique dirige sa pensée, secondairement versla vérité, mais d’abord vers la conformité à la doctrinede l’Église. Un savant en fait autant, mais là il s’agitnon pas d’une doctrine établie, mais d’une opinioncollective en formation; il dirige sa pensée selon un certain courant intuitivement senti avec plus ou moins debonheur, plus ou moins de prescience.

Du point de vue de la probité intellectuelle, c’est pire.C’est un étouffement de l’intelligence encore pire.

Il n’en a peut-être pas toujours été ainsi? Même dansla dernière période de 4 ou 5 siècles? comment lesavoir? En tout cas cela s’est beaucoup aggravé.

On ne peut choisir qu’entre Dieu et l’idolâtrie. Il n’ya pas d’autre possibilité. Car la faculté d’adoration esten nous, et elle est dirigée quelque part dans ce mondeou dans l’autre.

Si on affirme Dieu, ou on adore Dieu, ou des chosesde ce monde déguisées sous cette étiquette.

Si on nie Dieu, ou on adore Dieu à son propre insu,ou des choses de ce monde qu’on croit regarder seulement comme telles, mais où on imagine en fait, bienqu’à son propre insu, les attributs de la Divinité.

Il y a une période de croissance de l’âme où la facultéd’adoration est divisée — dirigée en partie vers leschoses de ce monde, en partie vers l’autre.

Le critérium est ceci. Adore le vrai Dieu quiconque n’aime les choses conditionnées que conditionnellement, sans exception.

Le Bien est hors de ce monde.

Grâce à la sagesse de Dieu qui à mis sur ce mondela marque du bien sous forme de beauté, on peut aimerle Bien à travers les choses d’ici-bas.

Cette docilité de la matière, cette qualité maternellede la nature, a été incarnée dans la Vierge.

La matière sourde est néanmoins attentive à la persuasion de Dieu.

«ce monde consent à ta domination».

Par amour, la matière reçoit l’empreinte de la Sagessedivine et devient belle.

On a raison d’aimer la beauté du monde, puisqu’elleest la marque d’un échange d’amour entre le Créateuret la création.

La beauté est aux choses ce que la sainteté est àl’âme.

Les êtres humains vraiment beaux méritent d’êtreaimés. La concupiscence inspirée par la beauté d’unvisage et d’un corps n’est pas l’amour que cette beautémérite, c’est une espèce de haine qui saisit la chairdevant ce qui est trop pur pour elle. Platon savaitcela.

La grâce de Dieu est telle que parfois dans notre malheur même il nous fait sentir une beauté C’est alors larévélation d’une beauté plus pure que celle qu’on connaissait jusque-là. Job.

Mais toujours la première atteinte du malheur estprivation de beauté, envahissement de l’âme par la laideur. Alors ceux qui ne maintiennent pas en dépit detout sens commun leur amour pointé dans la mêmedirection, quoique désormais sans objet, perdent toutcontact avec le bien, peut-être définitivement.

Si, comme je crois que c’est possible, il y a une limitequ’on peut passer dès ici-bas et au delà de laquelle il n’ya plus aucun espoir de salut, je veux croire que ceux quil’ont passée sont insensibles même à la douleur physique, ou presque.

Une souffrance qui n’a aucun usage possible, ce serait du mal pur, et saint Augustin dit que le mal pur estnéant.

C’est pourquoi aussi je veux croire que les animauxne souffrent pas.

Dieu nous permet de porter notre amour vers lui dedeux manières, à travers la beauté et à vide.

Nous devons chérir, dans tout le passé, l’accomplissement de la volonté de Dieu. Dans l’avenir, l’espérancedu bien pur envoyé par Dieu sous forme d’inspirationà ses créatures pensantes. Le présent est intermédiaire.Il est objet non d’acceptation ni d’espérance, mais decontemplation. Contemplation de la Sagesse divine dansla beauté du monde où s’unissent les deux contraires,la nécessité et le bien. Les faits accomplis étaient nécessaires,on attend le bien à venir.

«Que se produise ta volonté», acceptation; «quevienne ton royaume», espérance. «Que soit sanctifiéton nom», c’est seulement de la contemplation amoureuse,de l’admiration.

«Remets-nous nos dettes…»

Notre créancier est Dieu; Dieu est aussi notre seuldébiteur. Nous nous sentons frustrés d’un dû par toutévénement contraire à nos désirs.

Mais la plus difficile des remises de dettes consiste àpardonner à Dieu nos péchés. Le sentiment de culpabilité est accompagné d’une sorte de rancune et de hainecontre le Bien, contre Dieu, et c’est par ce mécanismeque le crime est nuisible à l’âme.

Les crimes non accompagnés d’un sentiment mêmefugitif de culpabilité ne nuisent pas à l’âme. Mais celane peut se produire que dans certains états de l’âme quisont des maladies morales.

Ces crimes nuisent dès qu’il y a convalescence, caralors le sentiment de culpabilité surgit et est refoulé.

Dieu lui-même ne peut faire que ce qui a été n’aitpas été. Quelle meilleure preuve que la création est uneabdication?

Quelle plus grande abdication de Dieu que le temps?

Nous sommes abandonnés dans le temps.

Dieu n’est pas dans le temps.

La création et le péché originel ne sont que deuxaspects, différents pour nous, d’un acte unique d’abdication de Dieu. Et l’Incarnation, la Passion, sont aussides aspects de cet acte.

Dieu s’est vidé de sa divinité et nous a emplis d’unefausse divinité. Vidons-nous d’elle. Cet acte est la finde l’acte qui nous a créés.

En ce moment même, Dieu par sa volonté créatriceme maintient dans l’existence pour que j’y renonce.

Dieu attend avec patience que je veuille bien enfinconsentir à l’aimer.

Dieu attend comme un mendiant qui se tient debout,immobile et silencieux, devant quelqu’un qui peut-êtreva lui donner un morceau de pain. Le temps est cetteattente,

Le temps est l’attente de Dieu qui mendie notreamour.

Les astres, les montagnes, la mer, tout ce qui nousparle du temps nous apporte la supplication de Dieu.

L’humilité dans l’attente nous rend semblables àDieu.

Dieu est seulement le bien. C’est pourquoi il est làet attend en silence. Quiconque s’avance ou parle useun peu de force. Le bien qui n’est que bien ne peutqu’être là.

Les mendiants qui ont de la pudeur sont Ses images.

L’humilité est un certain rapport de l’âme au temps.C’est une acceptation de l’attente. C’est pourquoi, socialement,la marque des inférieurs est qu’on les fait attendre. La parole du tyran est «j’ai failli attendre». Maisla cérémonie, qui fait tous les hommes égaux dans sapoésie, est attente pour tous.

L’art est attente. L’inspiration est attente.

Il portera des fruits dans l’attente.

L’humilité participe à l’attente de Dieu. L’âme parfaite attend le bien avec autant de silence, d’immobilitéet d’humilité que Dieu lui-même. Le Christ cloué surla croix est la parfaite image du Père.

Aucun saint n’a pu obtenir de Dieu, ni que le passé n’ait pas été, ni qu’il vieillisse de dix ans en un jour, niqu’il vieillisse d’un jour en dix ans, ni… Aucun miracle ne peut rien contre le temps. La foi qui transporte lesmontagnes est impuissante contre le temps.

Dieu nous a abandonnés dans le temps.

Dieu et l’humanité sont comme un amant et uneamante qui ont fait erreur sur le lieu du rendez-vous.Chacun est là avant l’heure, mais chacun dans unendroit différent, et ils attendent, attendent, attendent.L’amant est debout, immobile, cloué sur place pour laperpétuité des temps. L’amante est distraite et impatiente. Malheur à elle si elle en a assez et s’en va! Carles deux points où ils se trouvent sont le même pointdans la quatrième dimension…

La crucifixion du Christ est l’image de cette fixité deDieu.

Dieu est l’attention sans distraction.

Il faut imiter l’attente et l’humilité de Dieu.

«Soyez saints parce que je suis saint.» Imitation deDieu. Sans doute emprunt de Moïse à la sagesse égyptienne.

C’est dans le temps que nous avons notre moi.

L’acceptation du temps et de tout ce qu’il peut apporter — sans aucune exception — (amor fati) — c’est laseule disposition de l’âme qui soit inconditionnée parrapport au temps. Elle enferme l’infini. Quoi qu’ilarrive…

Dieu a donné à ses créatures finies ce pouvoir de setransporter dans l’infini.

La mathématique en est l’image.

Si le contenu agréable ou douloureux de chaqueminute (même celles où nous péchons) est regardécomme une caresse spéciale de Dieu, en quoi le tempsnous sépare-t-il du Ciel?

L’abandon où Dieu nous laisse, c’est sa manière àlui de nous caresser.

Le temps, qui est notre unique misère, est le contactmême de sa main. C’est l’abdication par laquelle il nousfait exister.

Il reste loin de nous, parce que s’Il s’approchait Il nous ferait disparaître. Il attend que nous allions verslui et disparaissions.

À la mort, les uns disparaissent dans l’absence deDieu, les autres dans la présence de Dieu. Nous ne pouvons pas concevoir cette différence. C’est pourquoi, àtitre d’approximation saisissable pour l’imagination, ona forgé les représentations du paradis et de l’enfer.

Essence de la foi: Il est impossible de désirer vraiment le bien et de ne pas l’obtenir.

Ou réciproquement: ce qu’il est possible de désirervraiment sans l’obtenir n’est pas vraiment le bien.

Il est impossible de recevoir le bien quand on ne l’apas désiré.

C’est là ce que signifie le précepte, de ne tenir à rienqu’à ce qui dépend de soi.

Mais cela ne veut pas dire ce qu’on a en soi ou cequ’on peut se procurer par sa volonté. Car tout cela estmisérable et sans valeur. Il s’agit d’un objet de désirhumble et désespéré, de supplication.

Le bien est quelque chose qu’on ne peut jamais seprocurer par soi-même, mais qu’on ne peut jamais nonplus désirer sans l’obtenir.

C’est pourquoi notre situation est tout à fait semblable à celle de petits enfants qui crient qu’ils ont faimet reçoivent du pain.

C’est pourquoi les suppliants de toute espèce sontsacrés, la supplication est sacrée.

On a le devoir d’accorder tout ce qu’on n’a pas ledevoir de refuser.

Rameau d’olivier. L’arbre du Saint-Esprit, emblèmedes suppliants.

Dieu a séparé en ce monde le bien et la force et gardépour lui le bien.

Ses commandements ont la forme de demandes.

Tout ce que nous nous procurons par notre volonté etnos efforts, et tout ce que les circonstances extérieuresaccordent ou refusent au gré du sort, est absolument sans valeur. Cela peut être ou mauvais ou indifférent,mais jamais bon.

Dieu nous laisse en ce monde exposés au mal.

Pourtant si nous désirons que la partie éternelle et nonsensible de notre âme soit préservée de tout mal, elle lesera.

Tout ce qui existe est soumis à la nécessité. Mais il ya une nécessité charnelle où l’opposition du bien et dumal n’intervient pas, et une nécessité spirituelle entièrement soumise à cette opposition.

La notion même de rédemption implique une nécessité spirituelle.

La nécessité seule est un objet de connaissance. Riend’autre n’est saisissable par la pensée. La nécessité estconnue par exploration, par expérience. La mathématique est une certaine espèce d’expérience. La nécessitéest ce avec quoi la pensée humaine a contact.

Une seule chose en nous est inconditionnée, le désir.Il convient qu’il soit dirigé vers l’être inconditionné,Dieu.

Rien ne peut se produire sans que soient réunies lesconditions de la production.

Telle chose exige telle condition. Mais si l’on pense:tout peut se produire sous condition, et tout est équivalent…

Si on désire telle chose, on se met sous l’esclavagede l’enchaînement des conditions. Mais si on désire l’enchaînement même des conditions, la satisfaction de cedésir est inconditionnée.

C’est pourquoi aimer l’ordre du monde est l’uniquelibération.

Le Christ en croix, le plus grand mal infligé au plusgrand bien: si on aime cela, on aime l’ordre du monde.

Dans l’eau et le sang. La vie publique du Christ acommencé par un baptême d’eau et fini par un baptêmede sang.

Sur la croix, il a rendu à César ce qui était à César età Dieu ce qui était à Dieu.

Vous les jugerez à leurs fruits. Il n’y a pas de plus grand mal que de faire du mal aux hommes, ni de plusgrand bien que de faire du bien aux hommes.

On ne peut pas savoir ce qu’un homme a dans l’esprit quand il prononce tel mot (Dieu, liberté, progrès.).On ne peut juger le bien qu’il y a dans son âme que parle bien qui est dans ses actes, ou dans l’expression depensées originales.

On ne peut pas percevoir la présence de Dieu dans unhomme, mais seulement le reflet de cette lumière dansla manière dont il conçoit la vie terrestre. Ainsi le vraiDieu est présent dans l’Iliade et non dans le livre deJosué.

L’auteur de l’Iliade dépeint la vie humaine commepeut seul la voir celui qui aime Dieu. L’auteur de Josué,comme peut seul la voir celui qui n’aime pas Dieu.

On témoigne moins bien pour Dieu en parlant deLui qu’en exprimant, soit en actes, soit en paroles, l’aspect nouveau que prend la création quand l’âme apassé par le Créateur.

À vrai dire, même, on témoigne seulement ainsi.

Mourir pour Dieu n’est pas un témoignage qu’on afoi en Dieu. Mourir pour un repris de justice inconnuet répugnant qui subit une injustice, cela est un témoignage qu’on a foi en Dieu.

C’est ce qu’a voulu faire comprendre le Christ:«J’étais nu… j’avais faim…»

L’amour de Dieu n’est qu’un intermédiaire entrel’amour naturel et l’amour surnaturel des créatures.

C’est uniquement à cause de la crucifixion que la foiau Christ peut, comme dit saint Jean, être un criterium.Accepter pour dieu un condamné de droit communhonteusement torturé et mis à mort, c’est bien vaincrele monde. (Aussi ne parle-t-il pas de la résurrection.)C’est renoncer à toute protection temporelle. C’est accepter et aimer la nécessité,

Mais aujourd’hui qui pense au Christ comme à uncondamné de droit commun, excepté ses ennemis? Onadore la grandeur historique de l’Église.

Les esclaves noirs ont vaincu le monde par la foiau Christ: «They crucified my Lord».

Dieu est présent, le Christ est présent partout oùs’opère d’un homme à un homme un acte de vertu surnaturelle.

L’attitude d’une âme à l’égard de Dieu n’est pas unechose constatable, même par elle-même, parce que Dieuest ailleurs, dans les cieux, dans le secret. Si on croit laconstater, c’est qu’une chose terrestre se trouve dissimulée sous l’étiquette Dieu. On peut seulement constater si le comportement de l’âme vis-à-vis de ce monde-ci a passé ou non par Dieu.

De même les amis d’une fiancée n’entrent pas dansla chambre conjugale; mais quand il apparaît qu’elleest grosse, on sait qu’elle a perdu sa virginité.

Il n’y a pas de feu dans un plat cuisiné; mais on saitqu’il a passé sur le feu.

Au contraire, quand même on aurait cru voir l’éclatde la flamme, si des pommes de terre sont crues, il estcertain qu’elles n’ont pas passé sur le feu.

Ce n’est pas par la manière dont un homme parle deDieu, mais par la manière dont il parle des choses terrestres,qu’on peut le mieux discerner si son âme aséjourné dans le feu de l’amour de Dieu. Là nul déguisement n’est possible. Il y a de fausses imitations del’amour de Dieu, mais non pas de la transformationqu’il opère dans l’âme, car on n’a aucune idée de cettetransformation autrement qu’en y passant soi-même.

De même, la preuve qu’un enfant sait faire une division,ce n’est pas qu’il récite la règle; c’est qu’il fait desdivisions. S’il me récite la règle, j’ignore s’il la comprend. Si je lui donne plusieurs divisions difficiles etqu’il m’apporte des résultats justes, je n’ai pas besoin delui faire exposer la règle. Peu m’importe même qu’il ensoit incapable, ou même qu’il ignore le nom de l’opération. Je sais qu’il la comprend. Si l’enfant qui a su meréciter la règle m’apporte les sommes des nombres queje lui ai proposés au lieu de quotients, je sais qu’il necomprend pas.

De la même manière, je sais que l’auteur de l’Iliadeconnaissait et aimait Dieu, et non celui du livre deJosué.

Quand dans la manière d’agir à l’égard des choses etdes hommes, ou simplement dans la manière de lesregarder, il apparaît des vertus surnaturelles, on sait quel’âme n’est plus vierge, qu’elle a couché avec Dieu;fût-ce même à son insu, comme une fille violée pendantle sommeil. Cela n’importe pas, le fait seul importe.

La grossesse d’une jeune femme est pour ses amis laseule preuve certaine qu’elle a perdu sa virginité. Autrement,elle a beau aller jusqu’à l’indécence dans ses propos et son comportement, il n’y a pas preuve. Son mariest peut-être impuissant.

De même les paroles de foi et d’amour prononcéespar une âme à l’égard de Dieu, publiquement ou intérieurement,ne font pas preuve, ni pour autrui, ni pourelle-même. Il est possible que ce qu’elle nomme Dieusoit un être impuissant, c’est-à-dire un faux Dieu;qu’elle n’ait pas vraiment couché avec Dieu.

Ce qui fait preuve, c’est l’apparition de vertus surnaturelles dans la face de son comportement qui esttournée vers les créatures.

La foi d’un juge n’apparaît pas dans son attitude àl’église, mais dans son attitude au tribunal.

Mais, comme la grossesse d’une femme, cette transformation s’opère, non par des efforts directs, mais parl’union d’amour avec Dieu.

Une femme peut tenir les propos les plus lascifs et êtrevierge. Mais si elle est grosse, elle n’est pas vierge,quand même elle affecterait une profonde ignorance.De même l’Ancien Testament et l’Iliade.

Iliade. Seul l’amour de Dieu peut permettre à uneâme de discerner aussi lucidement, aussi froidementl’horreur de la misère humaine sans perdre la tendresseni la sérénité.

Le Romain qui est mort pour épargner la torture à sesesclaves aimait Dieu.

Tout maître qui croit que des esclaves sont ses égauxconnaît et aime Dieu. Et réciproquement.

Un peintre ne dessine pas l’endroit où il est. Mais enregardant son tableau je connais sa position par rapportaux choses dessinées.

Au contraire, s’il se représente dans son tableau, jesais avec certitude que le lieu où il feint d’être n’est pascelui où il est.

D’après la conception de la vie humaine expriméedans les actes et les paroles d’un homme, je sais (jeveux dire que je saurais, si j’avais le discernement) s’ilregarde cette vie d’un point situé ici-bas ou du haut duciel.

Au contraire, quand il parle de Dieu, je ne peux pasdiscerner (pourtant je le peux parfois…) s’il parle dudedans ou du dehors.

Un homme qui dit avoir été en avion et a dessiné lesnuages, son dessin n’est pas une preuve pour moi; jepeux croire que c’est une fantaisie. S’il m’apporte undessin de la ville à vol d’oiseau, c’est une preuve.

L’Évangile contient une conception de la vie humaine,non une théologie.

Si dehors, dans la nuit, j’allume une lampe électriquede poche, ce n’est pas en regardant l’ampoule que j’enjuge la puissance, mais en regardant quelle quantitéd’objets est éclairée.

L’éclat d’une source lumineuse s’apprécie par l’éclairement projeté sur les objets non lumineux.

La valeur d’une forme de vie religieuse, ou plus généralement spirituelle, s’apprécie par l’éclairement projetésur les choses d’ici-bas.

Les choses charnelles sont le critérium des choses spirituelles.

C’est ce qu’on ne veut généralement pas reconnaître,parce qu’on a peur d’un critérium.

La vertu d’une chose quelconque se manifeste horsd’elle.

Si sous prétexte que les choses spirituelles ont seulesune valeur on refuse de prendre pour critérium l’éclairage projeté sur les choses charnelles, on risque den’avoir pour trésor que du néant.

Les choses spirituelles ont seules une valeur, mais leschoses charnelles ont seules une existence constatable.Par suite la valeur des premières n’est constatable quecomme éclairement projeté sur les secondes.

(Voilà pourquoi les ksatryas instruisent les brahmanes.)

Dieu, qui a voulu créer ce monde, a voulu qu’il ensoit ainsi.

Si un homme prenait le gant de ma main gauche et,le passant derrière son dos, me le restituait transforméen gant de la main droite, je saurais qu’il a accès à la4e dimension. Nulle autre preuve n’est possible.

De même si un homme donne d’une certaine manièreun morceau de pain à un malheureux, ou parle d’unecertaine manière d’une armée vaincue, je sais que sapensée est sortie du monde, et s’est assise, avec le Christ,à côté du Père qui est dans les Cieux.

Si un homme me décrit en même temps deux flancsopposés d’une montagne, je sais qu’il se trouve en unlieu plus élevé que le sommet.

Il est impossible de comprendre et d’aimer à la foisles vainqueurs et les vaincus, comme fait l’Iliade, sinondu lieu, situé hors du monde, où siège la Sagesse deDieu.

État de l’homme qui a prostitué sa femme à Volponeet qui apprend qu’il n’est pas héritier.

On s’attache à un bien espéré en faisant en vue de cebien des actions qui autrement seraient impossibles.

Privé de ce bien, on est dans l’impossible. Ces actionssont faites; ne peuvent jamais être défaites. Pourtantelles étaient impossibles.

Un homme qui a une femme jeune, chaste et belle, etl’aime, ne la prostituerait pas sans motif à un vieillardrépugnant. Cela est aussi impossible que la montéespontanée d’un poids.

Mais s’il l’a fait parce qu’il croyait obtenir ainsi l’héritage,et s’il s’aperçoit qu’il n’a jamais été question qu’ilobtienne l’héritage, tout se passe comme si cela avaitété accompli sans motif, comme si le poids était spontanément remonté.

L’âme vit dans l’impossible sans pouvoir en sortir, carc’est de l’impossible accompli, de l’impossible passé.

La seule ressource est alors de se déraciner de son propre passé, ce qui est pour l’homme le plus grandmal.

Le passé nous tient. Il est plus réel que le présent.Et chaque être a son passé à quoi nul autre ne peuttoucher.

En pensée l’âme refait l’acte, avec le motif enmoins.

Souhaitant sans cesse que sa femme soit encore intacte(ne serait-il pas un bon héros de tragédie?), sa pensée seporte au temps encore proche où elle l’était. Pour rejoindre le présent, sa pensée doit traverser cet acte. Or cetacte a perdu maintenant le mobile qui seul le rendaitpossible. La pensée tombe sans cesse dans le passé, et nepeut rejoindre le présent qu’en passant par de l’impossible.

Il en est de même pour une action dont l’accomplissement détruit le mobile qui seul la rendait possible. Parexemple un meurtre causé par une colère qui s’évanouitdès qu’il est accompli.

La pensée, enfuie dans le passé innocent, doit retraverser le meurtre étant sans colère. Or c’est un voyageimpossible,

Les conséquences d’une action sont plus durables queleurs mobiles. Les conséquences malheureuses forcentl’âme à se réfugier dans le passé où elles n’étaient pas,et à rejoindre le présent en passant par des actions sansmobiles. C’est une torture pour la pensée.

Il en est ainsi quelle que soit la nature des mobiles,qu’ils soient honorables ou honteux.

L’homme n’échapperait à ce supplice qu’en accomplissant des actions sans mobile.

Le peut-il?

Seulement si Dieu descend en lui pour agir à saplace.

Comment peut-il y parvenir?

En suppliant Dieu de descendre.

L’obéissance à Dieu est le seul motif inconditionné etqui ne peut jamais disparaître. Elle transporte l’actiondans l’éternité.

Si on se dit ceci: quand même le moment de la mortn’apporterait rien de nouveau, mais terminerait seulement la vie d’ici-bas sans être le prélude d’une autrevie; quand même la mort apporterait seulement lenéant; et quand même ce monde-ci serait complètementabandonné de Dieu; et quand même absolument riende réel ne correspondrait à ce mot, Dieu, mais seulement des illusions puériles — en admettant qu’il ensoit ainsi, néanmoins, même dans ce cas, j’aime mieuxexécuter ce qui me semble être ordonné par Dieu,quand il en résulterait les plus affreux malheurs, qued’accomplir n’importe quoi d’autre.

Seul un fou peut penser ainsi.

Mais si on a contracté cette folie, on peut être tout àfait sûr de ne jamais regretter aucune action accomplieconformément à cette pensée.

La seule difficulté est que cette pensée ne fournit quepeu d’énergie, une énergie insuffisante pour l’accomplissement des actions.

Comment accroître cette énergie?

La prière doit l’accroître.

La pratique même de l’obéissance doit l’accroître,car chaque action accomplie pour un mobile augmentel’énergie de ce mobile.

Ou bien l’épuise, il est vrai. Il y a là deux mécanismespossibles, tout à fait distincts.

Il est de toute première importance de les discerner.

Ce qui épuise un mobile, ce sont les actions faites audelà de ce à quoi il pousse.

Donc la proportion de l’énergie mise au service deDieu augmentera dans une âme si un grand soin estapporté à ne jamais aller au delà de ce à quoi on se sentpresque irrésistiblement poussé par l’obéissance.

Autrement ou l’amour de Dieu s’épuise, ou il estremplacé, sous le même nom, par un autre amour.

Cela est tellement important — car tant d’amourscharnels peuvent se glisser sous ce nom…

La prière n’est dirigée vers Dieu que si elle est inconditionnée.Prier inconditionnellement, c’est demander au nom du Christ. C’est cela, la prière qui n’est jamaisrefusée.

Que ta volonté soit faite — quelle qu’elle soit.

Descends en moi pour accomplir par moi ta volonté— quelle qu’elle soit.

La foi, c’est croire que les actions accomplies aprèsune telle prière seront moins éloignées de l’obéissance àDieu que celles accomplies avant.

Si une action semble avoir été ordonnée par Dieu, onpeut supplier Dieu d’aider à l’accomplir.

Mais seulement avec cette restriction sous-entendue:je te demande ton aide pour cette action seulement parceque je crois qu’elle est conforme à ta volonté et seulement pour le cas où elle le serait.

En même temps il faut désirer le succès d’une telleaction aussi violemment qu’un avare désire de l’or ouun affamé du pain.

Car nous pouvons nous tromper sur la volonté deDieu — mais nous pouvons regarder comme certainque Dieu veut que nous exécutions tout ce que nouscroyons conforme à sa volonté.

Saint François croyait avoir reçu l’ordre d’apporter despierres à saint Damien, et tant qu’il était dans cette illusion,Dieu voulait qu’il apporte des pierres.

Comment est-il possible que surgisse dans une âmehumaine le sentiment que Dieu veut telle chose particulière?C’est un prodige aussi miraculeux que l’Incarnation.

Ou plutôt c’est le prodige même de l’Incarnation. Uneâme perpétuellement gouvernée par ce sentiment, de lanaissance à la mort, c’est Dieu devenu homme.

L’art est une merveille de même espèce, car l’inspiration artistique, dans l’art de tout premier ordre (quiest très rare) est de cette nature. De même toute illumination de l’intelligence.

Tous ces prodiges consistent en présence de l’inconditionné dans le conditionné, en direction imprimée à lapensée par l’immobile.

Sans ce prodige, nous serions des êtres purement terrestres.

Tous ceux — et c’est peut-être de loin le plus grandnombre — qui n’ont jamais éprouvé ce prodige en eux-mêmes sont des êtres purement terrestres.

Comment certains l’éprouvent-ils?

Mais il y a un second prodige, c’est que les actes etles paroles produits par une inspiration de ce genrepossèdent un rayonnement qui porte les cœurs les plusterrestres à les aimer.

Si on les aime sans mélange de haine, sans envie,sans retour sur soi-même, et pourtant avec le désir d’enposséder à son tour la source un jour, seulement parceque le bien est là et sans aucun autre mobile — on parviendra.

Ce rayonnement des choses inspirées et saintes d’ici-bas est ce qui juge les Âmes terrestres et les force finalement à se donner à Dieu ou au diable.

C’est pourquoi le Christ, dans l’Évangile de saintJean, parle sans cesse de l’attitude envers lui. Il s’agitde lui, comme homme, non d’une église ou d’une théologie.

Notre âme est une balance. La direction de l’énergiedans les actes est l’aiguille de la balance qui marque telou tel chiffre. Mais la balance est fausse.

Quand Dieu, le vrai Dieu, occupe dans une âme toutela place qui lui revient, la balance est devenue juste.

Dieu ne dit pas quel chiffre doit indiquer l’aiguille,mais du fait qu’Il est là l’aiguille marque juste.

La balance est agitée en tous sens. Un clou en fixe lecentre. Désormais elle marque juste. Le clou ne marqueaucun chiffre, mais par le clou l’aiguille marque juste.

Upanishad: Dieu n’est pas ce qui est manifesté parla parole, mais ce par quoi la parole est manifestée. Ilest ce par quoi tout est manifesté et qui n’est manifestépar rien.

Non pas des chiffres indiqués par l’aiguille, mais cepar quoi l’aiguille indique des chiffres justes.

C’est pourquoi l’être humain parfait n’agit pas pourDieu, mais par Dieu, de la part de Dieu, et n’aime pasles êtres humains en Dieu, mais de la part de Dieu et àtravers Dieu.

Dieu a souffert au lieu de l’homme — cela ne signifie pas que le malheur du Christ ait diminué si peu quece soit le malheur des hommes, mais que par le malheurdu Christ (aussi bien dans les siècles antérieurs que dansles siècles postérieurs) le malheur de tout malheureuxprend une signification et une valeur d’expiation, si seulement il le désire. Le malheur prend alors une valeur infinie qui ne peut venir que de Dieu.

Toute expiation suppose que ce soit Dieu qui expie.

Les difficultés de la notion de rédemption, et les absurdités dont elle est entourée, obligent à examiner de plusprès la notion même de châtiment, et sa relation avecla notion de sacrifice.

Tout ce que dit saint Paul sur la rédemption estacceptable seulement si on regarde l’humanité commeun seul être vivant — qui a péché au temps d’Adam,a été sous la tutelle de la loi, atteint la pureté et la libertédans la mort et ressuscite.

L’attente de la fin imminente du monde est essentielle au christianisme primitif et explique quantitéd’anomalies. C’était sans doute la partie la plus populaire du message.

Le Jugement s’exercera ainsi. — L’âme qui vientde traverser ce que les hommes nomment la mort reçoitsoudain la certitude, irrésistible, ne laissant place à aucundoute, que toutes les fins de toutes les actions accomplies pendant la vie étaient illusoires, y compris Dieu.

Avec cette certitude qui la pénètre tout entière, y compris la sensibilité, elle revit par la pensée toutes sesactions.

Alors, dans la plupart des cas, saisie d’horreur, elledésire le néant et disparaît.

Dans des cas rares, elle ne regrette rien; ou au moinselle peut s’accrocher à certaines actions qu’elle ne regrettepas, parce qu’elles étaient inconditionnées, parce qu’ellesétaient pure obéissance.

L’horreur ne la saisit pas, elle continue à être tournéeamoureusement vers le bien.

Mais sentant que sa personnalité la sépare du contact parfait avec le bien, elle en désire la dissolution et disparaît.

Un seul acte accompli par pure obéissance suffit peut-être.Mais s’il y en a eu un, il y en a eu beaucoup.

Quel est le lien du châtiment et du pardon? Il y ala satisfaction — un homme offensé ne pardonne que sil’offenseur a subi une peine et une humiliation, soit qu’ilconsente lui-même à s’y soumettre (comme c’était fréquent au moyen âge), soit qu’y ayant été contraint ildise, comme les esclaves fouettés à Rome: pardonne-moi,j’ai assez souffert.

Un autre lien est la guérison — on espère que le châtiment sera un remède qui amendera le criminel; unefois amendé, il sera pardonné de ce fait même.

Ce sont là deux rapports humains, mais qui peuventlégitimement être transposés dans la relation entre Dieuet l’homme, à condition d’observer les règles d’une telletransposition.

Quelles sont-elles?

La satisfaction n’a pas pour but la guérison du criminel,mais de l’offensé, qui ne peut oublier l’offense ouy penser sans trouble qu’après avoir vu souffrir le coupable.

Cela répond au besoin de transférer la souffrance.Le capitaine réprimandé par le colonel remâche la réprimande jusqu’à ce qu’il s’en soit délivré en réprimandantle lieutenant.

Mais si on a été offensé par un inférieur, on reportela souffrance sur celui qui l’a causée, en l’aggravant.

Le vase de porcelaine brisé ne peut être raccommodé;mais en revanche, heureusement, l’esclave qui l’a brisépeut être déchiré à coups de fouet.

Si l’esclave tombe à genoux, le seul fait de le tenirainsi en sa puissance suffit parfois.

L’esclave fouetté — ou même n’aurait-il eu que ladouleur de demander grâce — a besoin à son tour d’unesatisfaction.

Tout mal suscité dans ce monde voyage de tête entête (c’est le mythe d’Até dans Homère) jusqu’à ce qu’il tombe sur un être parfaitement pur qui le subittout entier et le détruit.

Le Père qui est dans les cieux n’est pas atteint par nosoffenses comme l’est un homme: Mais pour cette raisonmême, contrairement aux offenses contre les hommes,toute offense dirigée directement contre Lui retombesur l’offenseur sous forme de malédiction; et il ne peutalors s’empêcher d’essayer de se délivrer de ce mal enfaisant du mal aux créatures. Il met en circulation unmal qui passe perpétuellement d’être en être.

C’est ce qui est arrivé à Caïn — en supposant queCaïn a sacrifié de mauvaise grâce.

Ce mal ainsi mis en circulation circule toujours jusqu’à ce qu’il tombe sur une victime parfaitement pure.

Dieu qui est dans les cieux ne peut pas détruire lemal, il ne peut que le renvoyer sous forme de malédiction. Seul Dieu ici-bas, devenu victime, peut détruirele mal en le subissant.

Ainsi la conception du mal comme satisfaction mèneà la notion de rédemption avec une transposition correcte.

Le Père qui est aux cieux ne renvoie pas le mal, maiscomme Il ne peut en être touché d’aucune manière, lemal retombe.

Celui qui se venge imite Dieu le Père. C’est la mauvaise manière d’imiter Dieu. Il n’est permis à l’hommed’imiter que Dieu le Fils. C’est pourquoi «Nul n’arrive au Père sinon par moi».

Cependant: «Soyez parfaits comme votre Pèrecéleste est parfait.» Mais il s’agit là d’imiter Dieu lePère dans son abdication, dont l’Incarnation est la plénitude.

Les hommes ont toujours senti le besoin de se purifierpar le sacrifice d’êtres innocents, animaux, enfants,vierges. L’innocence est au degré suprême quand lesacrifice est volontaire.

L’homme qui a reçu du mal souhaite en être délivréen le portant ailleurs: c’est là le désir de la satisfaction.Il ne désire pas l’abolir, mais l’abolir de son existenceà lui, et pour cela le jeter au dehors.

Mais Dieu n’a pas de dehors où jeter le mal: lasphère de son existence, c’est toutes choses. Dieu ne peutdésirer qu’abolir le mal. Mais le mal ne tombe dans lenéant que par contact avec Dieu.

Ainsi la satisfaction, qui consiste pour l’homme àrejeter l’offense loin de soi, consiste pour Dieu à s’ysoumettre.

Adam en mangeant la pomme a offensé Dieu, etcette offense est retombée en malédiction, parce qu’ellen’a pas touché Dieu. Mais ceux qui ont enfoncé desclous dans la chair du Christ, leur offense n’est pasretombée en malédiction, elle a touché Dieu et a disparu.

Chant d’Orphée: «Leges in superos datas — et quitempora digerit — quatuor praecipites deus — annidisposuit vices.» — Il y a des lois pour les dieux, mêmepour le dieu qui a déterminé les temps et disposé lesquatre tournants rapides de l’année (Sénèque, Her.Œt. 1093).

Id.: «jam jam legibus obrutis — mundo cum venietdies — australis polus obruet — quidquid per Libyamjacet».

La rapide diffusion du christianisme est due à ce quetous ces malheureux souhaitaient tellement la fin dumonde! Et comme cela se comprend.

Aucun des cultes, aucune des sectes rivales n’avaient àoffrir une garantie aussi palpable de la fin tout à faitimminente du monde que la vie, la mort, la résurrectiondu Christ.

«omnes pariter deos — perdet mors aliqua et chaos— et mors fata novissima — in se constituet sibi».

Cf. saint Paul. La mort sera détruite la dernière.

Le Zodiaque — «Leo flammiferis aestibus ardensiterum e caelo cadet Herculeus (une note dit qu’ilétait tombé de la Lune), cadet in terras Virgo relictas,justaeque cadent pondera Librae.» — Verseau«… frangetque tuam, quisquis es, urnam».

«… in nos aetas ultima venit?»… «o nos dura sorte creatos — seu perdidimus solem miseri — seu expellimus.»

Atrée, au sujet de Thyestes «miserum videre nolo,sed dum fit miser». C’est esprit expérimental des empereurs romains.

«flendi miseris dira cupido est».

Monologue de Sénèque, personnage de la tragédieprétexte Octavia (Néron est mort en 68). «qui si senescit,tantum in caecum chaos — casurus iterum, tuncadest mundo dies — supremus ille, qui premat — genusimpium — caeli ruina, rursus ut stirpem novam —generet renascens melior, ut quondam tulit — juvenis,tenente regna Saturno poli — tunc illa VIrgo, numinismagni dea — Justitia, caelo missa cum sancta Fide —terris regebat mitis humanum genus».

La 4e race ose chasser, pêcher «vomere immunempruis — sulcare terram, laesa quae fruges suas — alterius alte condidit sacro sinu», et par un crime pire prendre le fer et l’or.

«neglecta terras fugit… Astraea virgo, siderum magnum decus».

Signe de la Vierge, mois d’août (balance, qui suitéquinoxe d’automne, 21 septembre). — 15 août, fête del’Assomption de la Vierge. Fête de la Nativité de laVierge, le 8 septembre.

«non ursa pontum sicca caeruleum bibet». L’oursea soif et voudrait plonger dans la mer, mais ne peutpas.

Les 12 travaux d’Hercule sont:

Lion de NeméeTaureau de Crète
Hydre de LerneJument de Diomède
Cerf d’ArcadieCeinture d’Hyppolite
Sanglier d’ÉrymantheBœufs de Geryon
Étables d’AugéePommes des Hespérides
Oiseaux de StymphalesDescente aux enfers
(Cerbère)


Il dit dans Sénèque «Junon a transporté les monstres»(dans le ciel).

Il y compte le Crabe (assimilé à l’Hydre?) — LeLion — Mais il n’y en a pas d’autre, sauf le taureau.

Est-ce que cette liste répond à un Zodiaque plusancien?

Description des mystères d’Éleusis, H. fer. 842.

Si on subordonne toutes choses à l’obéissance à Dieu,sans aucune restriction, avec cette pensée: Si Dieu estréel, on gagne ainsi tout — quand même l’instant dela mort apporterait le néant; si ce mot ne correspondà rien qu’à des illusions, on n’a rien perdu, car alors iln’y a absolument aucun bien, et par suite rien à perdre;on a même gagné d’être dans la vérité, car on alaissé des biens illusoires, qui existent, mais qui ne sontpas des biens, pour une chose qui (dans cette supposition),n’existe pas, mais qui, si elle existait, serait encorel’unique bien.

Si on gouverne ainsi sa vie, aucune révélation au moment de la mort ne peut causer de regret; car quand lehasard ou le démon gouverneraient tous les mondes, onn’aurait pas à regretter d’avoir vécu ainsi.

Cela est bien préférable au pari de Pascal.

Quand Dieu serait une illusion du point de vue del’existence, Il est l’unique réalité du point de vue dubien. Cela, j’en ai la certitude, car c’est une définition.«Dieu est le bien» est aussi certain que «je suis». Jesuis dans la vérité si j’arrache mon désir de toutes leschoses qui ne sont pas des biens pour le diriger uniquement vers le bien, sans savoir s’il existe ou non.

Quand une fois tout mon désir est dirigé vers le bien,quel autre bien ai-je à attendre? Je possède alors tout lebien. C’est cela, posséder tout le bien. Quelle absurdité d’imaginer une autre félicité?

Pour le privilège de me trouver avant de mourir dansun état parfaitement semblable à celui du Christ quand,étant sur la croix, il disait: «Mon Dieu, pourquoim’as-tu abandonné?» — pour ce privilège, je renoncerais volontiers à tout ce qu’on nomme le Paradis.

Car tout son désir était entièrement dirigé vers Dieu,et dès lors il possédait parfaitement Dieu.

Il souffrait une souffrance presque infernale, maisqu’importe ce détail?

C’est pour les faux biens que désir et possessionsont différents; pour le vrai bien, il n’y a aucune différence.

Dès lors Dieu est, puisque je Le désire; cela est aussicertain que mon existence.

Je me trouve en ce monde avec mon désir collé surdes choses qui ne sont pas des biens, qui ne sont nibonnes ni mauvaises. Je dois l’en arracher, mais cela faitsaigner.

Il n’est pas étonnant que tant que le désir est collé surces choses il soit différent de la possession, puisqu’illui faut du bien et qu’elles ne sont pas des biens.

Dès qu’il se décolle et se tourne vers le bien, il estpossession.

Mais cela ne se fait pas d’un coup pour tout le désirde l’âme. D’abord pour une partie infinitésimale.

Cependant ce grain de désir qui est possession estplus fort que tout le reste du désir qui est vide.

Si je désire seulement désirer le bien, en désirant lebien je suis comblée.

Ce n’est pas plus difficile que cela.

Et je n’ai pas besoin de me représenter quelque chosesous ce mot. Au contraire, il faut que l’objet de mondésir soit seulement la réalité complètement ignorée demoi qui est derrière ce mot.

Je désire exclusivement le bien (je veux dire que jedevrais être ainsi), mais de cette chose que je désireexclusivement je sais que je ne connais absolument riensinon le nom. Et pourtant mon désir est parfaitementcomblé, et il ne me faut absolument rien d’autre.

Le secret du salut est tellement simple qu’il échappeà l’intelligence par sa simplicité. Il a l’air d’un calembour.

Il en est ainsi pour les passages des Upanishads surl’Atman.

Mais ce n’est pas tout que d’avoir le secret. L’application n’est pas facile, parce que le désir colle à ceschoses qui ne sont pas des biens.

Quel est le mécanisme de cet attachement?

Qu’est-ce qui contraint à désirer manger quand on afaim, boire quand on a soif, avoir un répit quand on amal à une partie du corps, recevoir des égards quand onest humilié, se distraire quand on s’ennuie, changer d’attitude quand on est resté longtemps dans la même,dormir quand on a sommeil, s’arrêter quand on estépuisé de fatigue, voir un être chéri, lui serrer la main,lui parler, l’entendre, avoir l’usage de ses membres etdes organes des sens?

Tant qu’on désire toutes ces choses frivoles, le centrede l’âme n’est pas dans le bien.

Comment, pourquoi les désire-t-on sans pouvoir s’endéfendre? De quelle manière supprimer ces désirs?

Il s’agit, non de se rendre insensible aux douleurs etaux joies — ce serait plus facile — mais en laissantintacte toute la susceptibilité de l’âme aux douleurs etaux joies, ne pas désirer éviter les unes et obtenir lesautres.

Quand le sentiment de la nécessité s’empare très fortement de l’âme, souvent il tue le désir, même les désirsles plus naturels.

Là donc est le secret. Couper tous les désirs avecl’obéissance comme avec une épée.

Vide

Ceux qui ont fait du mal à tel homme sont loin, horsde sa portée; ceux qui sont à sa portée lui ont fait dubien; il ne doit rien leur faire payer, il leur doit deségards, des sourires, et n’y parvient qu’au prix d’uneffort dont on ne se doute pas, car cette attitude de sapart paraît naturelle.

Si un homme a besoin d’un violent effort pour avoirle comportement qu’on attend de lui comme naturel— vide, amertume sans fond.

Vide, quand rien d’extérieur ne répond à une tension intérieure.

Exemple de vide: supplice de camp de concentration,consistant à déplacer une pierre de B en A, puis de A en B, puis de B en A, et ainsi de suite toute la journée. Biendifférent du même effort dans un travail.

R. «S’il fallait travailler seulement pour vivre, je nepourrais pas. Je ne peux travailler que pour m’agrandirde plus en plus.» (Vide)

[R. Ses paroles sur le vol de pommes de terre. On n’aqu’à mendier. «Mais, pour demander l’aumône, il fautavoir le caractère à ça.» À propos du père J. «Moi,je ne pourrais pas me plier, me soumettre ainsi, couperdes raisins 8 heures par jour. — Et s’il fallait? — S’ilfallait, s’il fallait… eh bien, je ne le ferais pas! Je medébrouillerais autrement.»]

Le vide ne sert qu’à la grâce. Il faut donc l’éliminertant qu’on peut de la vie sociale, car la société n’est pasfaite de saints. Il y en aura toujours assez pour lesélus.

Le vide vaut mieux que l’équilibre apporté de l’extérieur. Mais cet équilibre vaut mieux que celui fabriquépar l’imagination.

L’imagination travaille sans cesse à boucher les moindres fissures par où passerait la grâce.

Il y a aussi les facteurs d’équilibre à la fois réels etimaginaires. Sourires de Louis XIV. Argent.

On pourrait ainsi faire une hiérarchie des facteursd’équilibre autres que la grâce, des plus réels aux plusimaginaires (ceux-ci étant aussi ceux qui enferment laplus grande part d’illimité).

[R. se plaignant de la fourniture obligatoire d’alcoolvinique pour les grands propriétaires, qui fait qu’il negagne pas plus que s’il avait 3 fois moins de vigne,500 hect. — «De cette manière, je travaille pour rien.» ]

Mobiles. Les pensées sont mobiles, obéissent aux fantaisies,aux passions, à la fatigue. L’activité doit être continue,beaucoup d’heures chaque jour, tous les jours. Ilfaut donc des mobiles qui échappent à la mobilité despensées, donc à la relation, c’est-à-dire des absolus, desidoles.

Ou bien, chaque jour, le pain surnaturel.

Les passions idolâtres sont donc une nécessité, dans lacaverne.

Il faut les idoles les moins mauvaises possible.

Le Christ a connu le vide total, un moment avantqu’il ne ressuscitât.

Il a eu toute la misère humaine, sauf le péché; maisil a eu tout ce qui rend l’homme capable de péché. Cequi rend l’homme capable de péché, c’est le vide; tousles péchés sont des tentatives pour combler des vides.Ainsi ma pitoyable vie pleine de souillures est toute proche de sa vie parfaitement pure, et de même pour lesvies les plus basses. Quoi que je fasse, si bas que jetombe, je ne m’éloignerai jamais beaucoup de lui. Maiscette vérité, si je tombais trop bas, je ne pourrais plusla connaître, La grâce quotidienne permet seule de laconnaître tous les jours.

Repentir. Contempler un mal passé, qu’on a fait, irréparable, le connaissant tel, sans y chercher d’excuse, c’estsupporter un vide.

De même, si le mal est réparable, le travail de la réparation est un travail à vide.

Tout sert, etiam peccata. Ne pas trop le croire, car c’estune pensée guérisseuse d’amertume, combleuse de vide,comme la croyance à l’immortalité ou à l’ordre providentiel des événements.

Le vide est la plénitude suprême, mais l’homme n’apas le droit de le savoir, et la preuve, c’est que le Christlui-même, un moment, l’a complètement ignoré. Unepartie de l’homme doit le savoir, mais les autres non,car elles ne le sauraient que bassement, d’une manièreimaginaire, et ainsi le détruiraient.

Les parties basses de moi-même doivent aimer Dieu,mais non pas trop, ou ce ne serait pas le même Dieu.

La vertu négative est du travail à vide. Ne pas fairecela. On fait effort, et rien n’est changé au dehors. Nepas cueillir le fruit.

Une représentation du monde où il y ait du vide,afin que le monde ait besoin de Dieu. Cela suppose dumal. «ὑπεναντίον ἀγαθῷ.»

Et en même temps le monde, comme manifestation deDieu, est plein. «Ceci est plein, cela est plein.»

Le monde manifeste et cache Dieu. «Tu es vraiment le Dieu caché.» Et pourtant «Ils pouvaient connaître Dieu par le monde qui le manifeste».

Reniement de saint Pierre. Dire au Christ «Je ne terenierai pas», c’était déjà le renier, car c’était supposerla source de la fidélité en soi, non dans la grâce. Commeil était élu, ce reniement est heureusement devenu manifeste. Chez d’autres, de telles vantardises se vérifient,s’accomplissent en apparence, et ils ne comprennentjamais.

Combien ne dois-je pas de reconnaissance pour êtrenée incapable même de cueillir des raisins sans la grâce.

chant de porteurs nègres.

Kilima muzuri mbali
Karibu kinamayuto!

Qu’elle est belle de loin, la montagne! Pourquoi sirude faut-il qu’elle soit à la montée?

L’Amandier —

Femme mange une pomme sous l’amandier parmi laneige, se coupe, souhaite un enfant rouge comme le sanget blanc comme la neige, a un garçon, meurt, est enterrée sous l’amandier, Le père se remarie. A une fille. Legarçon est maltraité.

La fille demande une pomme pour elle et son frère.La belle-mère offre une pomme au petit et lui refermele coffre sur le cou, coupant le cou. S’arrange pour quela petite croie l’avoir tué. Le cuit, le fait manger au père,qui n’a jamais rien mangé de si délicieux. La fillettepleure, met les os dans son plus beau mouchoir, lesenterre sous l’amandier. Elle se sent de nouveau gaie. Ilsort un oiseau qui chante

mein’ Mutter die mich schlacht,
mein Vater der mich ass,
mein’ Schwester das Marlenichen
sucht alle meine Benichen,

bindt sie in ein seiden Tuch,
legts unter den Machandelbaum.
kywitt, kywitt, wat vör’n schön’ Vogel bün ich!

gagne avec son chant une chaîne d’or (pour le père), une paire de souliers rouges (pour la fillette), une meule (pour la femme). Le père entend l’oiseau chanter, est joyeux. La fillette pleure. La femme est angoissée. Le père reçoit son cadeau et est plus joyeux encore; la fillette le sien et est consolée; la femme est tuée. Le garçon ressuscite.

Cf. histoires indiennes d’animaux mangés qui ressuscitent à partir de leurs os.

Graal. Une pierre précieuse, c’est de l’eau et du feucongelés.

[Ap., i, 13; ποδήρη?]

Isaïe «La terre sera pleine de la connaissance deDieu, comme l’eau abonde dans l’eau des mers».Cf. Platon.

Clément, V, 5 —

Pythagoras and his followers, with Plato also andmost of the other philosophers, were best acquaintedwith the Lawgiver, as may be concluded from theirdoctrine. And by a happy utterance of divination, notwithout divine help, concurring in certain propheticdeclarations, and seizing the truth in portions andaspect —

Le symbole des orgies bachiques est un serpent consacré (Clém. Exh. heath.) — Hevia en hébreu, serpentfemelle)
Initiations —

Aphrodite — on donne un morceau de sel et le phallus —

Zeus viole Démèter — Puis comme châtiment lui jettedans son sein un sexe coupé, comme étant le sien (maisc’est celui d’un bélier)

Sabazian mysteries — serpent glissant sur le sein del’initié (symbole de la divinité) —

Coré enfante un taureau —

«the bull»

The dragon’s father, and the father of the bull thedragon,

On a hill the herdsman’s hidden ox-goad.

(reed of bacchanals)

swine of Euboileus swallowed up with the two goddesses — In the Thesmophoria, they thrust out swines —
Cendrillon —

Les oiseaux chantent:

rucke di guck (bis)
Blut ist
Kein Blut
La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (14)im Schuck
Der Schuck ist [nicht] zu klein,
die rechte Brautsitzt noch daheim
die führt er heim

[Le désir infini de bien qui est en nous est le symbolum — ce qui est plus petit n’est pas le bien.

Inégalité retournée dans Cendrillon. Ce pied tropgrand…]
Allerleirauh — Un roi ayant promis à sa femme mourante de n’épouser qu’une femme aussi belle qu’elle veutépouser sa fille.
Le filleul de la mort — Les vies humaines représentéespar des lumières (bougies? torches?) qui se consument.

Un homme pauvre cherche un parrain pour son13e enfant. Dieu s’offre — Il refuse. «Du giebst demReichen und lässest den Armen hungern.» Le diables’offre. Il refuse — «Du betrügst und verführst dieMenschen». La mort s’offre — «Ich bin der Tod,der alle gleich macht» — «Du bist der Rechte, duholst den Reichen wie den Armen ohne Unterschied,du sollst mein Gevattersmann sein».

λέων, lion, de λάω, voir. Manetho dit que le lion nedort jamais. (En égyptien, lion m′ et voir m″) —

Invasion en Égypte — ῥᾳδίως ἀμαχητὶ ταύτην κατὰ κράτος εἶλον

Hyksôs — quelques-uns disent qu’ils étaient Arabes.Le nom veut dire, soit «Bergers-rois», soit «Bergers-captifs».

L’archéologie montre que l’usurpation des Hyksôsaurait duré de 1700 à 1580.

Les Ποιμένας s’en vont en Judée et construisent Jérusalem.

Joseph, citant Manetho, les assimile aux Hébreux.rappr. Abel et Baal et Baldur.
ὦ θεός, εἰς τὴν βοήθειάν μου πρόσχες,
Κύριε, εἰς τὸ βοηθῆσαι μοι σπεῦσον.

Ne pas nommer Dieu ce qui est vu et ne voit pas,mais ce qui voit et n’est pas vu.

(on ne voit pas Dieu, on se sent vu par Lui)

La grâce de Dieu comme piège

La parole «I would be glad to wed the Black Bullo’ Norroway» —

La rose de la Belle et la Bête — Das singende, springende — Löweneckerchen — Le narcisse de Proserpine —

Le labyrinthe —

Le cerf poursuivi qui se change en homme et dit:«c’est bien que je t’aie! nu das is gut, dass ik dikhewe; ik hewe schon sess paar gleserne Schlitchauhivenen di caput jaget un hewe dik nig kriegen könnt».

(On avait prédit que ce fils de roi devait être tué parun cerf à 16 ans.)
Falada. La princesse a soif. Sa servante refuse de luidonner à boire. Elle descend de cheval et boit au ruisseau.La troisième fois, le mouchoir que sa mère luiavait donné après lavoir imprégné de trois gouttes deson sang tombe, et elle devient impuissante à se défendrecontre la servante.

La première fois, les gouttes ont parlé et dit:

«Ach Gott! wenn das deine Frau Mutter wüsst,das Herz im Leib ihr zerspringen müsst!

Dialogue avec le cheval:

O du Falada, dass du hangest.

— O du Jungfer Königin, dass du gangest;wenn das deine Frau Mutter wüsst das Herz im Leibihr zerspringen müsst.
Hangatyn, the God of Hanged Men. ash (?) Yggdrasil —

Die Lieder der Edda — Havamal.

«I know that I (Odin) hung on the windswept treefor three full nights, pierced with a spear and dedicatedto Odin, I to myself, on the tree whereof no man cantell from the roots of what tree it springs» —

Odin had two ravens, Memory and Wisdom.

God of Hanged Men. Lord of the Gallows.

It was a custom to dedicate men to Odin by hangingthem on a gallows and piercing them with spears
Justin — I apol. LXI, baptême comparé à la générationnaturelle.
Tertullien désapprouve le baptême des enfants (Debaptismo).
Grégoire de Nazan recommande de baptiser à 3 ans.
lire saint Augustin, de baptismo. De pecati meritis et remissionne

Joseph of ArimatheaLegend.*ZA
(1350)EL 2 n = 44
Film reproduction

id. ed. by Rev. Skeat
Lachner Julius — The grail Romance and the Taret —Occult review London 1921 — v. 34 p. 278 — 284
Murray — Egyptian elements in Grail Romance
(Ancient Egypt — London 1916 — p. 14, 54, 69 — La queste del saint Graal — 9
Wolfram von EschenbachWaite — The hidden cherch of the Holy Graal
Formula antiqua receptionis Manichae orum
Gerard, epist. Migne v. 142
Manichäische Handschriften der Sammlung Beatty

Bd. i — (chapitres?)
――――――――――― der staatlichen Museen
Berlin, Carl Schmidt, B.l.
Poltsky — Manichäische Homilien
Schmitt — Ein Mani Fun in Aegypten
Kephalaia —
Manichäische Handschriften der staatlichen Museen

Berlin — Stuttgart 1933-37 Bd. i p. 1-144

(translated by Dr. Polstky)

Jackson — The Manichean fragment S. 8. in Turfan Pahlavi — in oriental studies in honour of Cursetyi Erachji
Parry — London 1933 — p. 163-171.

Henning Walter — Ein manichäisches Bet-und Beichtbuch — (Preussische Akad. der Wissenschaften zu Berlin Philosoph — historische Klasse — Abhandlungen — 1936 Nr. 10 p. 1-143.

Chavannes — Un traité manichéen retrouvé en Chine.

Bang W. — Manichäische Hymnen — Museen — 1925
Tome 38 — p. 155.

Allberry — A Manichaen psalm-book.

Manichäische Handschriften der Sammlung

A Chester Beatty Bd. 2.

Wieger — Taoïsm — tome II.

The secret of the Golden Flower (alchimie taoïste)

T’ai i chin hua Tsung chih.

Shing king.

Lao Tzu Tao te ching English Goddard.

Harlez — Textes taoïstes.

Balfour — Taoïst texts (peu intéressants).

Chuang-Chou —

Reden und Gleichnisse des Tschung-Tse (allemand).

Senzaki — 101 Zen stories.

Suzuki — Daisetz Teitare.

Zen Buddhism and its influence on Japanese culture.

Buddhist philosophy and its effects on the life and thought of the Japanese people v. 190.

Essays in Zen Buddhism — 3 v.

An introduction to Zen Buddhism.

Japanese Buddhism.

Manual of Zen Bud.

Outlines of Mahâyâna B.

Studies in the Lankavatara Sutra.

Lankavatara sutra — edited by Buryie Nanjio.

Belhomme — Documents inédits sur l’hérésie des Albigeois.

Schmidt — Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou Albigeois.

Broeckx Edmond — Le catharisme (Université).

Holmes — The Albigensian or Catharist heresy.

Warner, Henry James — The Albigensian heresy.

Lee — Folk Tales of all nations — 1930.

Celtic sources — J. Jacobs: English Fairy TalesCeltic

Morceltic fairy tales

traditional sources (?)

Red Bull o’Norroway

Un roi a trois filles. Elles parlent une nuit de leurmariage — L’une veut un roi — La 2e un prince — La3e (la plus belle) «I would be content with the Red Bullo’ Norroway» —

Le lendemain, le Red Bull vient la chercher. Sesparents la cachent, mais sont forcés de la livrer. La princesse et le bull traversent beaucoup de pays. Un jour ellevoit une épingle dans son cuir. Elle tire. Un beau princeapparaît, tombe à ses pieds, la remercie. Mais il disparaît aussitôt. Elle cherche.

Presque mourante de soif et de faim, elle rencontreune vieille qui lui donne 3 noisettes qu’elle ne doit pasbriser «till her heart was like to break, and over againlike to break».

Elle arrive dans un pays où tout le monde parle dumariage du «Duke o’Norroway» pour le jourmême — Elle l’aperçoit — Her heart was now like tobreak — Brise la noisette — Y trouve «a wee wife carding». L’offre à la fiancée pour une nuit avec le duc— chante:

«Far hae I sought ye, near am I brought to ye

Dear Duke o’Norroway, will ye no turn and speakto me?»
A wee wife spinning
A wee wife singing

Le valet du duc, qui a entendu des chants et desgémissements, lui conseille de ne pas prendre de potionsoporifique — Le duc reconnaît la voix de sa princesseet lui dit qu’il a été au pouvoir d’une enchanteresse.Ils se marient.

Une noisette à ne pas ouvrir «till her heart is like tobreak, and over again like to break».

Far hae I sought ye, near am I brought to ye.

Dear Duke o’ Norroway, will ye no turn and speakto me?

Firdausi — pr. de E. M. Wilssot Buxton La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (15) The Bookof Rustem

«Come, sit beside me on this sand, and take
My head betwixt thy hands, and kiss my cheeks,
And wash them with thy tears, and say: My son!
Quick! quick! for numbered are my sands of life,
And swift; for like the lightning to the field
I came, and like the wind I go away.»

The little Feather of Fenist — The bright falcon deR. Nisbet Bain’s Russian Fairy Tales

(La belle et la bête) La plus jeune des 3 filles demande«a scarlet flower» — Un vieux la lui donne à condition qu’il accepte de donner sa fille à «Fenist the brightfalcon». Il accepte, puis regrette.

Le faucon lui donne une fleur par laquelle elle peutl’appeler. Il lui donne tout ce qu’elle veut.

Les sœurs blessent le faucon. Il part en disant: Seekme in the land of Thrice-nine»… «Il te faut «wearout slippers of iron, fret away reins of stone, break topieces staff of steel, before thou findst me».

Elle reçoit des dons en route.

Elle trouve Fenist fiancé à une Tsarevna.

Elle lui dit «I, thy lovely damsel, have come to theefrom afar. I have worn out slippers of iron, I haveground down a staff of steel, I have fretted away reinsof stone. Everywhere and all times have I been seekingthee, my love».

La deuxième nuit, bien qu’il ait pris sa potion, leslarmes brûlantes de la jeune fille tombant sur son visagel’éveillent.

Il demande à son peuple quelle femme il doit prendrepour épouse. Her who sold me, or her who bought meback again?» On lui dit the second.

Dans sa course errante, la jeune fille a rencontré une vieille qui l’envoie à sa sœur au moyen d’une balle. Elledonne «a silver spinning board and a golden spindle,thou wilt spin a spindleful of flax and draw out threadsof gold» (transmutation du lin en or) — La secondedonne une pomme d’or sur un plat d’argent — La3e lui donne des renseignements et des conseils (uncadeau et une nuit ont dû se perdre).

Séries des contes sur la recherche du pays «wherethere is neïther death nor old age».

Gypsy — The red king and the witch (Groom: Gypsy Folk-tales).

Japan — Urashima Taro — Marjory Bruce — A treasury of tales — Visu — Adland Davis — Myths and legends of Japan.

Korean — The woedman and the Moutain fairies.

Holland — Rip Van Winkle.

Turkey — Youth without age, life without death.

Crow and daylight — Esquimo.

Le crow va au ciel chercher daylight, qui est sur uneballe avec laquelle joue un bébé.

Histoire de la sœur qui cherche ses frères — identiqueen Finlande et chez les Kabyles.

Histoire d’Albanie. — La princesse qui a épousé unserpent. Type Psyché. Quête. «Serpent et rédempteur»— En jetant une balle d’or sur les jeunes gens pour choisir un mari, cette balle est tombée sur le serpent.

Histoire norvégienne. — The 12 wild ducks — Unereine promet à une sorcière ce qu’elle rencontrera sur lepont si elle a une fille. Elle rencontre ses 12 fils. Ilssont changés —

Pick thistledown, card it, spin it, weave it. Faire12 chemises. Ne pas parler, rire ni pleurer —

Le roi l’enlève et l’épouse. «The king’s guardian»l’accuse de sorcellerie —

East o’the sun and west o’ the moon. — Un pauvredonne sa plus jeune fille à un ours blanc, en échange dela richesse — (Psyché).

Elle laisse tomber 3 gouttes de chandelle brûlante sur l’époux. Il lui dit qu’il doit disparaître dans le châteaud’une sorcière, East of the sun and west o’ the moon ety épouser une sorcière — «There is no way to thatplace» — Elle cherche. Interroge tous les vents. Levent du Nord l’y envoie — Elle arrive le jour dumariage. —

Il doit épouser celle qui peut laver 3 taches de chandelle de sa famille. Plus les sorcières lavent, plus la chemise est noire. — La «beggar lassie» l’a à peine trempée qu’elle est blanche comme la neige. Aussitôt lessorciers et trolls sont pétrifiés. Ils s’en vont tous les deux.

(Thorre-Thomson, recueil de ce titre)

Contes danois (Stôbe) — The Deer Prince — Portesdéfendues, mais en les ouvrant la princesse brise l’enchantement. —

Grisélidis — Le roi consent à prendre femme à condition de la choisir comme il veut — Choisit la fille de sonportier — Lui fait promettre une patience inaltérable. —

The snake — Psyché — Serpent adopté par des genssans enfant. Il les envoie demander pour lui la main de lafille du roi. Le roi pose 3 conditions, Transformer sonverger en fruits et feuilles d’or et d’argent. Incrusterles allées et les bancs du jardin de pierres précieuses.Dorer le palais. Le serpent vient au palais prendre possession d’elle. Il s’enroule autour d’elle jusqu’à ce que sabouche touche celle de la princesse. Alors il devient unbeau prince, Mais le roi ayant brûlé la peau du serpent,il devient colombe et s’envole.

La princesse cherche. Un renard la guide. Il lui faitboire l’eau d’un ruisseau pour la fortifier.

Avec du sang d’oiseau et de renard elle guérit leprince malade.

«The pastor’s wife» — Comme pénitence elle passeune nuit dans une église avec un livre que quantité degens (dont certains ressemblent au pasteur qui le lui adonné — qui ne sont pas son mari) lui demandent, maisqu’elle rend seulement au pasteur quand il vient la redemander le matin.
«The mill at the bottom of the sea.» English fairy tales retold by Steel — The black bullo’ Norroway —

To wilder measure now they turn,
The black black bull of Norroway —
Sudden the tapers cease to burn,
The minstrels cease to play —

Elle mange du bull quand elle a faim —

Eat out of my left ear,
Drink out of my right,
And set by what you leave
To serve the morrow’s night —

Il se bat avec the Old one et lui enjoint de ne pas bouger.

S’il est

Edda Saemundar — 1930

The British Edda
A Wadden

Edda Saemundar —

transl. Benjamin Thorpe
Collection (1907)

Younger Edda
Arc-en-ciel, pont entre le ciel et la terre.

Elder Edda
The High One’s Lay — (i.e. Odin)

Odin’s Rune — Song

(Saemund, né en Islande vers 1055, 50 ans après l’établissement du christianisme en Islande. Est allé en Allemagne,France, Italie. A eu pour cousin un saint évêque.Est lui-même devenu prêtre. Mort à 77 ans. A écrit unehistoire de Norvège et d’Islande. L’Edda a été trouvéeen 1643 et lui a été attribuée alors.

I know that I hung, on a wind-rocked tree, ninewhole nights, with a spear wounded, and to Odin offered, myself to myself; on that tree of which no oneknows from what root it springs.

Bread no one gave me, nor a horn of drink; downward I peered, to runes applied myself, wailing learntthem, then fell down thence.

Potent songs nine from the famed son I learned of Bolthorn, Bestla’s sire, and a draught obtained of theprecious mead drawn from Odhr aerir —

Then I began to bear fruit and to know many things,to grow and well thrive: word by word I sought outwords, fact by fact I sought out facts.

Runes thou wilt find, and explained characters, verypotent characters, which the great speaker depicted, andthe high powers fored, and the powers’ prince graved.

(suite, magie)

Un fils d’Odin vient plaider auprès de Hel (Hadès)pour la résurrection de Baldur. Elle répond: «If allthings in the world, both living and lifeless, weep forhim, then shall he return to the Æsir; but if any onething speak against him or refuse to weep, he shall bekept in Hel —

Tout pleure, hommes, animaux, pierres, arbres, métaux,sauf une sorcière, qui est Loki, son meurtrier. Lesdieux capturent et supplicient Loki —

Baldur ne ressuscitera qu’à la fin du monde.

«I saw of Balder, the blood-stained god, Odin’s son,the hidden fate. There stood grown up, high on theplain, slender and passing fair, the mistletoe —

Odin
sons:
Thor, strongest of gods and men
Baldur

«It may truly be said of him that he is the best, and that all mankind are loud in his praise. So fair and dazzling is he in form and feature that rays of light seem to issue from him; and thou mayst have some idea of the beauty of his hair, when I tell thee that the whitest of all plants is called Baldur’s brow. Baldur is the mildest, the wisest, and the most eloquent of all the Æsir, yet such is his nature that the judgment he has pronounced can never be altered.»

Hermes Trismegistus — Pymander — 1657

Trad. de L. Ménard, 1867, chez Didier
The Virgin of the World — en anglais
Dr. Anna Kingsford

Hermes Trismegistus —
Hermetica — texte grec et latin et traduction — — Walter Scott — 1924

Arm.
The book of quint essence 2 no 16a

Jabir ibn Hayan al — Tartusi —
in hoc — alchemia (contient les Tables d’Émeraudes)

Il faudrait inonder le public de choses moyenâgeusesauthentiquement belles.

Rattacher, raccrocher au moyen âge et l’idée conservatrice, et ce qu’il y a d’authentique dans l’idée révolutionnaire,c’est-à-dire ce qui n’est pas imagination du progrèsni volonté de puissance, ce qui est simplement désir dejustice.

Une vie où dans tous les travaux, dans chacun des actesdu travail, dans toutes les fêtes, dans tous les rapports dehiérarchie sociale, dans tout l’art, dans toute la science,dans toute la philosophie, se liraient les vérités surnaturelles.

(Video) La gloire: sa présence, sa gestion et ses pièges / Ap. Roland Dalo / CENA-EN-ÉTUDE

Oui, mais la guerre? Dans la guerre, il faut lire lesvérités surnaturelles qui concernent le mal.

Religion et behaviorism.

Le surnaturel est la différence entre le comportementhumain et le comportement animal.

Cette différence est un infiniment petit.

Le grain de grenade, ou de sénevé.

(Clément d’Alexandrie: Les femmes d’Athènescroyaient la grenade issue du sang de Dionysos.)

Malheur.

Quand ce que la pensée embrasse en un instant estvécu pendant une longue durée.

[9 péchés bouddhistes: killing — theft — sexualimpurity — lies — laying up treasure — partiality —hate — stupidity — fear.]

Le réflexe animal consistant à faire «le mort» —attitude que souvent la torture et la mutilation ne peuvent changer — ce réflexe est celui de l’âme humainetouchée par le malheur. C’est là le mécanisme de l’esclavage.

Mélange de feu et d’eau. Sang. Vin. Pierres précieuses.Arc-en-ciel.

Noé. Trouve le vin. Dieu lui interdit le sang. Faitavec lui le pacte de l’arc-en-ciel. Sacrifice rédempteur.

Zodiaque dans les textes Pahlavi (Zoroastre).
Varak (Lamb) — Tora (Bull) — Do-patkar (Gemini)— Kalakan (Crab) — Ser (Lion) — Khusak (Virgo)— Tarazuk (Balance) — Gazdum (Scorpion) —Nimasp (Centaur) — Vahik (Capricornus) — Dul(Waterpot) — Mahik (Fish).

28 sub-divisions des astronomes.

Tir, 4e mois de l’année, soumis au Cancer. Mois dudéluge.

Pahlavi. La semence du mâle descend du cerveau.Toute la partie qui ne va pas dans la matrice circuledans les veines de la femme, mélangée au sang, et devientdu lait. (Cf. Grecs.)

[Le ciel, le métal, le vent et le feu sont mâles. L’eau,la terre, les plantes et les poissons (?) femelles.]

[Génération d’après le Livre des Morts thibétain.L’âme s’incarne par participation au désir des amants;elle s’incarne dans le sexe correspondant à celui desdeux désirs avec lequel elle sympathise.]

Un souverain bien, c’est-à-dire un bien qui enfermetous les biens possibles. C’est l’hypothèse du Philèbe.À savoir qu’il n’y a pas incompatibilité entre les biens.

On ne renonce donc pas à un bien partiel ou secondaire pour le bien suprême,

Mais on doit renoncer à la poursuite et au désir detous les biens qui ne sont pas le bien suprême; par suite,de tous les biens représentables, sans aucune exception:

Non seulement le bien suprême enferme tous les biens,mais les biens ne sont bons que comme ombres du biensuprême.

Tropismes. Le scorpion d’eau (?) Ranatra, sorti del’eau, feint la mort. On le ranime en faisant mouvoir unelumière devant lui. Après quelque temps il la suit. Sila source lumineuse dégage une grande chaleur, il s’enapproche jusqu’à ce que la chaleur le fasse tomber endéfaillance. Des Ranatras presque tués par la chaleurd’une lampe emploient leur dernier reste d’énergie vitaleà se traîner un peu plus près d’elle.

Πάτερ, τοῦτο δὸς ἐμοί…

Transpositions. Les Sirènes ne proposent pas à Ulyssele plaisir, mais la connaissance. Il y a beaucoup à parierque c’est aussi le fond des discours de séduction les plusgrossiers de n’importe quel gamin de 20 ans à n’importe quelle gamine de 16 (Cf. chez Renault, photographies). C’est toujours le bien qui est proposé. Nuln’est méchant volontairement. Cette parole indique, nonune identité, mais une analogie entre le péché et l’erreur.

[Apocalypse — L’épouse de l’Agneau est vêtue delin. Le lin est la justification des justes.

L’Agneau, qui a sept yeux, i.e. les sept esprits de Dieu,ouvre le premier sceau. Vient un cheval blanc, et le cavalier a un arc, et on lui donne une couronne, et il s’en vavainqueur (6,2) — Un cheval rouge, et le cavalier reçoitle pouvoir de faire disparaître la paix, et une grandeépée — Un cheval noir, et le cavalier a une balance —Un cheval livide (χλωρός) et le cavalier a nom Mortet tue par l’épée, la faim, la mort et les bêtes sauvages.

Plus loin (19,13), le cavalier du cheval blanc est nomméπιστός, ἀληθινός et ὁ λόγος τοῦ θεοῦ — et il a un vêtementsanglant. De sa bouche sort un glaive à double tranchant.

À la fin un des 7 Anges porteurs des vases où étaientles plaies suprêmes mesure la Jérusalem nouvelle. Il dità Jean agenouillé: Vide ne feceris… conservus tuus sum— Deum adora. Mais plus loin: Ego sum α et ωEgo Jesus.

Εγὼ εἰμὶ ἡ ρίζα καὶ τὸ γένος Δαυίδ, ὁ ἀστὴρ ὁ λαμπρὸς ὁ πρωϊνός — ]

Des palmes dans leurs mains. φοίνικες ἐν ταῖς χέρσιν(cf. Odyssée).

Clément d’Alexandrie, Str. V 35 … κιβωτοῦ

(Str. VI 53, τῆς τοῦ Χάμ προφητείας…) «Ἄτλας, ὁ μὴ πάσχων πόλος— Schol. Arist.

Apoc. 1,20 — μυστήριον traduit par sacramentum —

Graal. Pierres précieuses, union du visible (lumineux)et du tangible, symboles de l’Incarnation. Les autresobjets ne sont pas visibles, ce qui est visible, c’est le refletde la lumière sur eux. Une pierre précieuse est visiblepar elle-même.

Ezechiel «Tu étais le Keroub d’élection… au milieudes pierres de feu tu circulais».

La pierre de feu qui purifie les lèvres (Isaïe).

Don Quichotte. Irréalité de l’aspiration au bien ence monde.

L’énergie sexuelle humaine n’est pas saisonnière. C’estle meilleur signe qu’elle n’est pas destinée à un usagenaturel, mais à l’amour de Dieu.

[Father and Son — Premiers péchés d’un enfantpieusement élevé, en 1850 — parents puritains). Il nedit pas qu’il a fait un trou dans le tuyau, et à cetteoccasion découvre que son père n’est pas omniscient(5 ans). À cette occasion aussi découvre sa propre individualité dans le plaisir de partager un secret avec lui-même. Invente la magie. Perd une partie de sa foi dansla prière après que son père lui a défendu de prier pourrecevoir un jouet coûteux. À 6 ans, hait son père plusieurs jours après un châtiment corporel.

Surtout: après avoir obtenu de son père des explications sur la définition de l’idolâtrie et la colère correspondante de Dieu, étant seul, met une petite chaise surla table, s’agenouille devant, et dit sa prière, en disant«chaise» au lieu de Seigneur, puis attend vainementun signe de la colère de Dieu.]

[Sainte Th. de Lisieux: «Je sens qu’une lettre ne produira aucun fruit tant que je ne l’écrirai pas avec unecertaine répugnance et pour le seul motif d’obéir.»]

Sainte Th. de L. Absurdité qui mérite vraiment d’êtreexaminée que celle d’avoir proposé comme modèle: auxfoules une destinée qui a son point de départ dans descirconstances absolument exceptionnelles. Elle-mêmedéjà avait commis cette absurdité. Le secret de son succès réside dans son idée d’inventer un «ascenseur»pour aller au ciel. C’est cela qui a plu à ses contemporains, et non pas son amour pour le Christ. — Depuis1914, et encore plus depuis 1940, la qualité particulièrede sainteté qui a été la sienne est aussi peu d’actualitéqu’il est possible.

«Nul ne sait s’il est digne d’amour ou de haine.»Mais il est bien inutile de se poser la question. Le dramedu salut se passe derrière le rideau. L’amour de Dieu,si on l’a en soi, on ne peut pas en constater la présence.Il n’est pas un objet pour la conscience. Car c’est Dieuen nous qui aime Dieu, et Dieu n’est pas un objet.Quant au prochain, les actes de bienfaisance dont nousnous souvenons ne seront pas mentionnés dans lesremerciements du Christ, car dès lors que nous nousen souvenons nous avons «reçu notre salaire». Quantà ceux dont nous ne nous souvenons pas, par définitionnous ne savons pas s’ils ont eu lieu.

Le mal, en revanche, on en a une connaissance certaine. Quand on fait une chose qu’on croit contraireà la volonté de Dieu, il est certain qu’on est coupable de désobéissance, même s’il s’agit en réalité d’unechose innocente. Quand on se souvient de malheureuxqu’on n’a pas secourus, on est certain qu’on ne les a passecourus.

On doit donc admettre en principe que s’il y a jugement on sera sans doute trouvé condamnable. Mais ondoit aussi n’y attacher aucune importance, être indifférent à cela, et avoir pour unique désir d’obéir parfaitement à Dieu pendant tout l’espace de temps qui séparel’instant présent et celui de la mort. Le reste ne nousregarde aucunement.

L’instant de la mort, intersection du temps et del’éternité, point de rencontre des branches de la croix.Instant qui est aux autres instants du temps comme leChrist aux hommes. Il faut avoir le regard de la penséefixé sur cet instant, et non sur la vie mortelle, ni nonplus sur l’éternité, car l’ignorance où nous sommes del’éternité fait qu’en y pensant l’imagination joue sansaucun frein.

Axiome: tout ce qui m’appartient est de valeurnulle. Car il y a par essence incompatibilité entre lavaleur véritable et la propriété.

Que l’esclave attende le maître jusqu’à la défaillancetotale du corps.

Cette attente peut avoir la forme d’une action épuisante,L’immobilité dont il s’agit est celle de l’âme, quipeut avoir lieu dans la plus grande agitation.

Pêcher toute la nuit sans rien prendre. La patiencedes pêcheurs est une forme, une belle image de lapatience… (leur spiritualité propre devrait être fondéelà-dessus. Spiritualité pour chaque métier.)

On a tort de dire que Dieu donne gratuitement et nedoit rien aux hommes. Nous ayant créés, il nous doittout. Et en effet il nous donne tout. Mais il ne nouscontraint pas à recevoir. Il nous demande de consentirà ce qu’il acquitte envers nous sa dette; et nous refusons, ou bien nous consentons à moitié. La création étantacte d’amour est la création d’une faculté de libreconsentement.

Ce qu’il nous doit, c’est de nous tenir en esclavage.C’est à être esclaves que nous avons à consentir.

S’il nous offrait la joie, la puissance et la gloire, il neserait pas en notre pouvoir de refuser ses dons. Il choisit ses dons de telle manière que nous soyons libres deles refuser.

Il est en notre pouvoir, il est facile de refuser la croix.

Il ne faut pas chercher dans la pensée du surnaturel,ici-bas ou après la mort, un relâchement des chaînes de la nécessité. Le surnaturel est plus précis, plus rigoureux que le mécanisme grossier de la matière. Il s’ajouteà ce mécanisme et ne l’altère pas. C’est une chaîne surune chaîne, une chaîne d’acier sur une chaîne de laiton.

Mon existence est un amoindrissement de la gloirede Dieu. Dieu me la donne pour que je désire la perdre.

Hymne de Cléanthe. La foudre, cet objet de terreur — c’est l’Esprit, l’Amour par le moyen duquel lemonde est persuadé par Dieu et consent à sa domination. Merveilleux — extraordinaire. Identité du malheur et de l’amour divin. Quand Dieu semble contraindre — si on y regarde de près, il persuade.

Un esclave romain, arraché à sa vie, mis au pouvoird’un maître, maltraité, finalement crucifié, devait mourirle cœur plein de haine — et par suite être damné —si le Christ ne descendait pas en lui. Si on pense que leChrist n’est venu qu’il y a vingt siècles, comment pardonner à Dieu le malheur des esclaves de Rome?

Noté sur le bateau, en plein océan:

Vagues et mer

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musique

Topologie

Ensemble et parties — Invariant

Pensée unique des pensants séparés (pensée, image dupensant)

Le Même et l’Autre de Platon

Image de la Trinité

(développés des essais de mécanicien d’aviation).

La notion des couches planes verticalement superposées dans la vie de l’âme, et dont la plus haute est au-dessus de la conscience et du psychologique, il n’y a riende plus important. Ce qui est vrai dans la plus hauteest faux au-dessous, et réciproquement. Ainsi c’est dansle secret de la plus haute que l’amour de Dieu et l’amourdu prochain ne font qu’un. Au-dessous, dans la conscience, l’amour authentique de Dieu apparaît commeune trahison à l’égard des hommes (Hippolyte) etl’amour authentique de l’homme comme une trahisonà l’égard de Dieu (Prométhée). Le Christ unit les deux.

«haï des dieux pour avoir trop aimé les mortels».

Légende russe de saint Nicolas manquant un rendez-vous avec Dieu pour aider un paysan embourbé.

[D’après Philon, cité par Eusèbe, Hist. eccl., II, xvii,il y avait au ier siècle en Égypte, près d’Alexandrie, unesecte qui vivait ascétiquement, avec un «sanctuaire»dans chaque maison, et consacrant leur temps à l’interprétationsymbolique des Écritures, en s’aidant d’écritsd’hommes anciens qui contiennent des symboles allégoriques interprétés, écrits qui leur servent de modèles.Eusèbe croit ou feint de croire que c’est le Nouveau Testament; absurdité.

(Rapprocher de ce que dit Clément d’Alexandrie,d’après Isidore, de la «prophétie de Cham».)

Ils composent des chants religieux, vivent chastement,ne mangent qu’après le coucher du soleil, ou mêmetous les trois ou six jours.

(νομοθεσία) La loi ne leur paraît qu’un corps, l’âmeétant la signification cachée.

Ils abandonnent la propriété et vivent hors des murs,hommes d’un côté, femmes de l’autre. Nommésθεραπευτάς et θεραπευτρίδας. Se trouvent surtout enÉgypte, mais aussi en Grèce et ailleurs.

Traité de Philon intitulé περὶ βίου θεωρητικοῦ ἢ ἱκετῶν.

Il dit d’eux ἀγαθοῦ τελείου.

Eusèbe pense que ce sont des chrétiens, convertis parMarc lui-même, fondateur de l’Église d’Alexandrie,(mais cela semble bien douteux).]

(Eusèbe, Hist. eccl., VI, xix, 7, cite Porphyre sur Origène: …

«Il a grécisé quant aux opinions sur les êtres et ladivinité, et a injecté la pensée hellénique dans les fables(étrangères?). Car il fréquentait constamment Platon,avait pour compagnons les écrits des Pythagoriciens lesplus connus, et se servait aussi des livres de Cheremonle stoïcien. Ayant appris dans ces livres la méthode (analogique? interprétative? de transposition?) desmystères grecs, il les appliquait aux écritures judaïques.»

Origène, (tout au début du iiiesiècle) n’a que deslouanges d’Eusèbe (contemporain de Constantin, meurtvers 340).

N.-B. — aussi qu’Eusèbe n’a que des éloges superlatifs et sans réserves à l’égard des chrétiennes qui setuent pour éviter le viol. Il était évêque.]

(μεταλαμϐάνω) transposer — changer de l’argent.

Comparer: μεταληπτικὸν τῶν παρ’ Ἕλλησιν μυστηρίων τρόπονet la parole du Christ aux disciples intimesγένεσθε δόκιμοι τραπεξῖται Devenez de bons changeurs.

Eusèbe cite sûrement ce passage de Porphyre avecintention. Il traite Porphyre de menteur pour avoiraffirmé qu’Origène venait du paganisme. Mais il neréfute pas le reste.

Signe d’une doctrine secrète?

Entre autres éloges, Eusèbe dit d’Origène (et deplusieurs autres) …φιλοσόφου βίου. Il dit de mêmedes religieux du ier siècle… ἀρχομένους φιλοσοφεῖν…]

[Passage mystérieux, Eusèbe, Hist. IV, 26, cite unelettre de Melito, évêque, à Marc-Aurèle: «Notre philosophie s’est développée (ἤκμασεν) d’abord chez les barbares, mais a eu sa floraison parmi tes peuples(ἐπανθήσασα τοῖς σοῖς ἔθνεσιν) sous le grand règned’Auguste ton ancêtre, et a été pour ton empire un bonprésage (αἴσιον), car dès lors la force des Romains estdevenue grande et éclatante… maintiens la philosophie(σύντροφον) nourrie avec ton empire, contemporained’Auguste, que tes ancêtres ont honorée parmi (πρός,dat.) les autres cultes; et le meilleur signe que notredoctrine (λόγος) a grandi (συνακμάσαι?) pour le bienen même temps que le beau commencement de l’empireest qu’elle n’a subi nulle humiliation de l’autorité d’Auguste (μηδὲν φαῦλον ἀπὸ τῆς Αὐγούστου ἀρχῆς ἀπαντῆσαι).mais au contraire toute splendeur et toute gloire conformément aux vœux de tous.

(L’année 0 de notre ère est la 43e du règne d’Auguste,14 ans avant la mort d’Auguste.)|

Oiseaux, les 3 délégués des dieux: Poseidon, Héraclèset le «Triballien».

Poseidon: Τὸν ἄνδρα χαίρειν οἱ θεοὶ κελεύομεν τρεῖς ὄντες ἡμεῖς.

βούλευμα (v. 163)

Prométhée conseille à l’homme devenu roi des oiseauxd’exiger de Zeus, comme épouse, βασίλεια, qui lancela foudre.

Philon — Legum allegoria III. 8a, sur Melchisédecapportant le vin:

… pour qu’ils s’emplissent de l’ivresse divine plussobre que la sobriété même. Car il est le prêtre, le λόγος,ayant pour sa part celui qui est et le concevant d’unemanière sublime.

Incarnation?

Assimile le pain à la parole (le pain du ciel, la manne).

Paix, v. 1095; un interprète de prophéties dit ausujet de vers qu’on lui cite:

οὐ μετέχω τούτων᾽ οὐ γάρ ταῦτ´ εἶπε Σίβυλλα.

No japonais. C’est Buddha qui fait sortir les fleursaux branches des arbres pour amener les hommes àregarder en haut. C’est par lui que la lune se noie dansles vagues, afin que les malheureux sachent que Dieu descend.

Conte kabyle. Une noble fille blanche, servie par unenégresse, emportant un oiseau (genre perroquet) va chercher ses sept frères. La négresse demande à monter sur lecheval. La fille dit «Ô mon père et ma mère, que dois-jefaire?» L’oiseau répond «Toujours ainsi.» Mais unjour elle oublie son oiseau. Dès lors elle cède à la négresse,qui monte à cheval, va en avant, arrive à une sourcequi rend blancs les nègres, s’y lave. La noble fille selave dans la source à côté, qui rend noir. Les sept frèresaccueillent la négresse comme leur sœur; l’autre paîtles chameaux, mais tous, l’entendant se lamenter, pleurent et maigrissent, sauf un qui est sourd. Cela fait toutdécouvrir.

L’humilité n’est pas une mauvaise opinion sur sapropre personne par comparaison avec d’autres. C’estune opinion radicalement mauvaise sur sa propre personne par rapport à ce qui en soi-même est impersonnel.

Quand l’impersonnel s’est implanté dans l’âme et ypousse, il attire à soi tout le bien. La personne ne gardecomme propriété propre que le mal. Dès lors, quand onse compare aux autres, on se trouve toujours inférieurà eux, qu’on aperçoit comme un mélange de bien etde mal.

Tâche urgente, essentielle: faire une logique del’absurde. Définir autant que possible le criterium duvrai et du faux dans le domaine transcendant où lacontradiction est à sa place, le domaine du mystère. Ilfaut plus de rigueur dans ce domaine que dans lamathématique. Une rigueur nouvelle, dont aujourd’huion n’a pas idée.

Le critérium, c’est qu’une absurdité vraie est un reflet,une transposition, une traduction d’une des absurditésirréductibles de la condition humaine.

Il faut donc une investigation de ces absurdités irréductibles.

Usage théologique de la notion de limite.

L’instant où le Christ expire sur la croix est l’intersection du créé et du créant. Jusque-là l’unité de la divinité et de l’humanité en lui devait être d’une certainemanière virtuelle, tendant vers la plénitude de la réalitétouchée seulement en cet instant (plénitude impossible àtoucher — limite à la fois possible et impossible, commedans les paradoxes de Zénon ou les séries infinies àsomme finie).

Saint Paul dit du Christ: ἔπρεπεν… τὸν ἀρχηγὸν τῆς σωτηρίας διὰ παθημάτων τελειῶσαι. Il convenait que lechef du salut fût rendu parfait à travers les souffrances.

Livre sur les «nôs», à propos d’une danse: dansl’art, si quelque chose de bien est ennuyeux quand celadure 5 minutes, ne pas le réduire à 2 ½ m., mais leprolonger à 10 m., 20 m., une heure (Waley).

Ce qui est intolérable permet de crever un plafond.

Théâtre — que le début et la fin donnent le sens dutemps.

La contemplation du temps est la clef de la viehumaine, C’est le mystère irréductible sur quoi nullescience n’a prise. L’humilité est inévitable quand onsait qu’on n’est pas sûr de soi pour l’avenir. On n’atteint la stabilité qu’en abandonnant le moi qui est sujetau temps et modifiable.

Deux choses irréductibles à tout rationalisme: letemps et la beauté. C’est de là qu’il faut partir.

Mabinogion. La belle-mère irritée dit «Je mets cedestin sur toi. Ton côté ne touchera jamais une épousetant que tu n’auras pas Olwen, la fille du Chef desGéants». Le jeune garçon rougit, l’amour entre danschacun de ses membres. Arthur toute une année faitvainement chercher pour lui s’il y a quelque part uneOlwen. Il part à son tour à la quête, accompagné dechevaliers d’Arthur. Il arrive près de sa demeure, la faitchercher; et dès qu’il la voit il la reconnaît. Et il luidit: «Ah! jeune fille, je t’ai aimée!»

Il n’y a pas déceptions dans les contes. On est toujours comblé.

Pwyll qui sous l’aspect d’un ami dort toute une annéeavec la femme de cet ami sans la toucher, quoiqu’il l’yait autorisé.

Plus tard il épouse Rhiannon, celle des oiseaux.

The birds of Rhiannon, they who awake the deadand put the living to sleep.» )

C’est elle qui est venue le chercher, sur un cheval que nul ne peut rattraper au galop, pas même lui, jusqu’à cequ’il lui ait dit «pour l’amour de celui que tu aimes,attends-moi».

Plus tard elle est faussement accusée d’avoir tué sonenfant, et cruellement châtiée.

L’enfant est recueilli par un seigneur et sa femme, et:«They caused the boy to be baptized with the baptism they used then.»

(écrit fin du xie siècle ou début du xiie)

De même dans «Math»:

«Yes, said Math, we will seek, I and you, by ourcharms and our illusion, to enchant a wife for him outof flowers.» Now he had come to man’s stature, andhe was the handsomest youth that man had ever beheld.And they took the flowers of the oak, and the flowersof the broom, and the flowers of the meadowsweet, andout of them invoked the fairest and most comely maiden that man ever saw. And they baptized her with the baptism which was used there».

Branwen. Les sept survivants avec la tête coupée deleur chef qui, dans un palais au bord de la mer oùdeux portes sont ouvertes et la troisième fermée (ils saventqu’elle doit rester fermée) vivent quatre-vingts ans sansaucune pensée de tristesse. Enfin l’un d’eux ouvre laporte, qui donne sur la Cornouaille.

«And when he looked, they were as fully consciousof the multitude of losses they had ever endured, and ofthe multitude of friends and companions they had lost,and of the multitude of evil that had come to them,as if it were that they had met with them; and aboveall else of their lord.» (splendide!)

Avant ces quatre-vingts ans, ils ont passé sept annéesheureuses à Harlech (above the sea). «Then they setforth to Harlech, and there they began to sit down.Meat and liquor was begun to be provided, and theybegan to eat and to drink. Three birds came and begansinging a kind of song to them, and whatever of songsthey had heard were all unpleasing compared thereto.And a far sight it was for them to see them above thewaters outside. And they were as clear to them as if they were with them; and at this feasting they were sevenyears.»

(Ce sont les oiseaux de Rhiannon.)

L’histoire commence avec le roi à Harlech qui voitarriver des bateaux.

Toujours le principe du prolongement.

Manawydan, chassé de ville en ville par les artisansparce qu’il travaille trop bien. (xiiie?)

[Géographie: Pwyll, Caemarthen et Pembroke;Annwn, pays des morts || Branwen à Harlech (existeencore) — Manawydan, Galles S.O., Hereford etOxford («centre» de l’île). Math, Caernarvon (nord).— Dream, id — Dream2, (Arthur —, Montgomery)

Le «Mabinogion» a été écrit par des moines. Auxiiesiècle, ils savaient encore qu’il y avait un baptêmepré-chrétien.

Neige et sang, dans Parceval et

Histoire indienne (p. 120) — «Dirty — Boy.» LeSoleil et l’Étoile s’incarnent, pour l’amour de deux fillesde chef qui ont repoussé tous les prétendants, elle en unevieille femme en haillons, lui en un garçon sale, auxyeux malades, toujours alité; tous deux dans la plusmisérable des tentes.

Le chef fait un concours: quiconque atteindra unaigle d’une flèche aura ses filles. Le Soleil dit à l’Étoile:«Grand-mère, fais-moi un arc et des flèches.» Elledit: «À quoi bon, tu ne peux pas tirer de l’arc.»Pourtant, par pitié, elle lui en fait avec une branche, unecorde et quelques branchages. Le lendemain, tirant ledernier, de son lit, il abat l’aigle.

Le chef fait un autre concours. Celui qui avec deuxpièges prendra deux «fishers», très rare animal desmontagnes, aura ses filles.

Le Soleil dit à l’Étoile «Grand-mère, fais-moi deuxpièges.» Elle dit «D’abord sors du lit.» Mais parpitié elle en fait deux avec des branches de saule et lesmet près de la porte. Deux «fishers» sont pris.

Le chef envoie ses filles à Dirty-Boy.

En chemin, elles passent devant la maison des Corbeaux et entendent des rires.

L’aînée y entre et épouse un Corbeau. Elle est choyéepar la famille.

La jeune, pour obéir à son père, va chez Dirty-Boy.La vieille lui dit: «Ton mari est malade et va mourir.Il pue trop, tu ne dois pas dormir avec lui. Soigne-lele jour et rentre chez ton père le soir.» C’est ce qu’ellefait.

Après trois jours, la vieille tente devient la plusluxueuse des tentes, la vieille une femme splendide avecdes vêtements couverts d’étoiles, Dirty-Boy un splendide jeune homme avec des vêtements couverts de cuivreresplendissant. Le Soleil verse sur sa femme une eau quila couvre d’étoiles scintillantes. Il lui fait vider l’eau, quidevient comme un chemin de poussière d’or de cettetente à celle du chef.

C’est un mythe de l’Incarnation et de la Rédemption.L’admirable est que le Soleil et l’Étoile une fois incarnéssemblent avoir partiellement perdu conscience de leurnature divine. À preuve les réponses de la vieille: «Tune sais pas tirer de l’arc… Sors d’abord de ton lit…», etsa condescendance due à la pitié.

Remarquer que pendant que le Soleil est incarné il y aquand même un soleil dans le ciel, puisqu’il y a des jourset des nuits.

[Okanagon: Teit, Memoirs of the American Folklore Society, XI, 85, No 6.]

Remarquer aussi qu’une jeune fille doit avoir refusétous les prétendants, pour que le soleil descende pourl’amour d’elle.

The beginning of newness (Zuni: Cushing, Report ofthe Bureau of American Ethnology, XIII, 379).

Before the beginning of the new-making, Awonawilona (The Maker and Container of All, the All-fatherFather) solely had being. There was nothing else whatsoever throughout the great space of the ages saveeverywhere black darkness in it, and everywhere voiddesolation.

In the beginning of the new-made, Awonawilonaconceived within himself and thought outward in space,whereby mists of increase, steams potent of growth, were evolved and uplifted. Thus, by means of his innateknowledge, the All-container made himself in personand form of the Sun whom we hold to be our father andwho thus came to exist and appear. With his appearancecame the brightening of the spaces with light, andwith the brightening of the spaces the great mist-cloudswere thickened together and fell, whereby was evolvedwater in water; yea, and the world-holding sea.

With his substance of flesh outdrawn from the surfaceof his person, the Sun-father formed the seed-stuff oftwain worlds, impregnating therewith the great waters,and lo! in the heat of his light these waters of the seagrew green and scum rose upon them, waxing wide andweighty until, behold! they became the «pourfoldContaining Mother-earth» and the «All-coveringFather-sky».

From the lying together of these twain upon the greatworldwaters, so vitalizing, terrestrial life was conceived;whence began all beings of earth, men and the creatures,in the Fourfold womb of the World.

Thereupon the Earth-mother repulsed the Sky-father,growing big and sinking deep into the embrace of thewaters below, thus separating from the Sky-father, in theembrace of the waters above.»

Le Corbeau et la Lumière

(Tsimshian: Boas, «Report of the Bureau of American Ethnology»)

Le monde était ténébreux. Dans la ville des animaux,un chef et sa femme perdent leur garçon. Ils le pleurenttellement tous les jours que le Ciel, importuné par leursconstantes lamentations, le renvoie. Il ne mange rien.Mais après que deux esclaves lui ont fait goûter «scabsfrom their shin bones» (?) il devient si vorace qu’ildoit s’expatrier.

Il s’envole en corbeau, puis dépose sa peau de corbeau. Il pense qu’il sera difficile de trouver de la nourriture dans les ténèbres et, se souvenant de la lumière duciel d’où il descend, résout de l’apporter dans le monde.Il met sa peau de corbeau et retourne au ciel. Il se transforme en feuille de cèdre dans de l’eau que boit la filledu Chef du ciel. Il ressort d’elle comme enfant qu’elleenfante, Par ses cris il se fait donner la boîte où estenfermée la lumière du jour, nommée ma. Il s’enfuit àterre en l’emportant.

(Infiniment moins beau que l’histoire esquimau.)

Être avalé pour être remis au monde, procédé pourvoler la lumière, le soleil ou le feu dans de nombreuxcontes.

«Quiconque n’est pas né de nouveau, ou d’en haut…»

Contes du Caucase.

Le garçon qui cherche le pays de la vie éternelle, etenfin le trouve, et dans ce pays une jeune fille immortelle qui se nomme Beauté. Après un peu de temps, ilveut revoir sa famille. Elle lui dit «Tu ne trouverasmême plus leurs os» — «Pourquoi? Je suis venu ily a peu de temps» — «Je t’ai dit dès le début que tune mérites pas la vie éternelle». Il arrive chez lui, trouveque mille ans se sont écoulés, et soudain vieillit et meurt.Le conte est intitulé «The earth will have its own».

Un paysan et son fils ont soif, voient une fontaine,boivent et se relèvent en disant: Ah! comme tu esbonne! Aussitôt le diable apparaît hors de la fontaine.

Les jeûnes, les veilles, etc., — quand ce sont desactes de piété, il est beau que ce soit facile. Il y a quelque chose de merveilleux dans la facilité, quelque choseque reflètent les quintettes de Mozart et les chants deMonteverdi. Je désire souffrir des violences de la partdes êtres humains et être contrainte à me faire violencemoi-même pour eux; mais pour Dieu je voudrais nefaire que des choses faciles. Excepté l’orientation mêmede la pensée vers Dieu, qui est la suprême et intimeviolence que l’âme se fait à elle-même.

Révélation d’Homère à Ennius dans un songe. Varro:Haec duo caelum et terra quod anima et corpus. Humidum et frigidum terra, eaque corpus, caldor caeli et indeanima, sive:

«Ova parire solet genus pennis condecoratum
non animam»,

ut ait Ennius

«et post inde venit divinitus pullis
ipsa anima»

sive, ut Zenon Citieus, animalium semen ignis isque anima et mens.

(semence ou sperme — feu — pneuma)

Epicharmus: καὶ γὰρ τὸ θῆλυ τῶν ἀλεκτορίδων γένος, αἰ λῆς καταμαθεῖν, ἀτενὲς οὐ τίκτει τέκνα ζῶντ’ ἀλλ’ ἐπῴζει καὶ ποιεῖ ψυχὰν ἔχειν.
Varro — L L V 60 — Quibus junctis caelum et terra omnia ex se genuerunt, quod per hos natura

«Frigori miscet calorem atque humori aritudinem».

Principia mundi:

«aqua terra anima et sol.

«… quod gerit fruges, Ceres».

«Terris gentis omnis peperit et resumit denuo».

«Terra corpus est at mentis [mens] ignis est.

De mente humana

«Istic est de sole sumptus ignis»

idem de sole

«isque totus mentis est (i.e. mens.)
Varro L L V 18 (de luna) … hinc Epicharmus EnniProserpinam quoque appellat quod solet esse sub terris;dicta Proserpina, quod haec ut serpens modo in dexteram modo in sinisteram partem late movetur.

Enn. fr, 354-5 (de Nonius, 195,10 —)

«malo cruce uti des, Juppiter»

(fais-les périr de malemort, Jupiter!)

Frazer — À Pouilly (Bourgogne), à la fin de la moisson, un bœuf orné de rubans, de fleurs et d’épis étaitmené autour du champ. Les moissonneurs le suivaienten dansant. Un homme déguisé en diable coupait lesderniers épis et aussitôt tuait le bœuf. On en mangeaitune partie au repas du soir, le même jour; on en conservait une partie pour les semailles du printemps. À Pont-à-Mousson, on prenait un veau né au printemps. À Lunéville on faisait tuer le veau par un Juif.

Pork. En Suède et Danemark, on fait à Noël un porc (ou sanglier?) en pâte, parfois avec la farine tirée de ladernière gerbe. (Cf. Hérodote.) On le met sur la table.Mais on ne le mange qu’au printemps, au moment dessemailles.

En Esthonie on tue un porcelet à la Noël, on le rôtit,et il reste plusieurs jours sur la table.

Corn Spirit known as «Poor man», «Poor woman».

Seuphonia (à propos de Dionysos)

Porc, consacré à Démèter? Des porcs sont tombésdans le gouffre où était entraînée Proserpine? (source?)Aux Thesmophories, on jetait des porcs dans descavernes où vivaient des serpents (?)

Black Demeter (?)

Contes indiens ayant pour thème la croyance que lesanimaux qu’on mange ressuscitent si on traite leurs osselon une certaine méthode. Cette méthode est enseignéepar une tribu vivant tantôt sous forme humaine, tantôtsous forme animale (saumons, chevreuils) et se nourrissant de ses propres enfants.
Edda (en prose), source de l’histoire scandinave de Balder,fils d’Odin.
Frazer. When the god is a corngod, the corn is his proper body; when he is a vine god, the juice of the grapeis his blood; and so by eating the bread and drinkingthe wine the worshipper partakes of the real body andblood of his god. (Homeopathie magic of a flesh diet.)

Aztecs mangent le Dieu Vitziliputzli sous la formed’une pâte de maïs modelée à l’image d’un Dieu etconsacrée par une cérémonie la transformant en la chairdu Dieu.

Supposition de Frazer concernant les prêtres châtrésde Cybèle, qu’elle avait besoin de leur force Virile pourla résurrection d’Attis et de la nature.

Pour travailler en nous, Dieu a besoin que nous luioffrions notre énergie vitale, que nous la mettions à sadisposition.

Attis. Baptême dans le sang d’un taureau, purificationet nouvelle naissance, à l’équinoxe du printemps, date dela mort et de la résurrection d’Attis. (?)

«He was adressed as the «reaped green (or yellow)ear of corn, and the story of his sufferings, death andresurrection was interpreted as the ripe grain woundedby the reaper, buried in the granary, and coming to lifeagain when it is sown in the ground.»

Statue d’Attis, au Musée Lateran de Rome, tenant à lamain du blé et des fruits, couronné de pommes de pins,de grenades et d’autres fruits.

Grenade, pomme de pin — pouvoir multiplicateur dela semence?

Adonis et Attis, tree-gods (myrrhe et pin).

Et l’arbre de la croix… In ligno pependit

[À propos d’Attis.]

Odin was called the «Lord of the Gallows, God ofthe Hanged». He says in the Havamal:

«I know that I hung on the windy tree
For nine whole nights,
Wounded with the spear, dedicated to Odin,
Myself to myself»
(il serait devenu dieu ainsi)
(extraordinaire!)

Arcadian Artemis, named the Hanged One?

Pour la fête d’Attis à Rome, on coupait un pin dansune forêt, on l’amenait au sanctuaire de Cybèle, on l’ornait de guirlandes et de violettes, on attachait une imaged’Attis au tronc. Cela le 22 mars. Le 25 mars Attis ressuscitait.

Des monnaies d’Ilion représentent un bœuf (ou unevache) pendu à un arbre et frappé d’un coup de couteau.

Chercher la référence de l’ouvrage anonyme du ivesièclesur la similitude d’Attis et du Christ.

Le fondement de la mythologie, c’est que l’universest une métaphore des vérités divines.

Il y a dû y avoir une révélation liée à l’invention dublé et de la vigne. Celle de Noé?

Une, auparavant, liée à l’invention de l’élevage. Celled’Abel?

Et la chasse? Nemrod? (Héraclès?)

«Eating the God.» En Inde, croyance brahmanique d’une transsubstantiation des gâteaux de riz en chairhumaine? Référence?

Culte du chêne comme étant l’arbre le plus souventfrappé par la foudre. L’arbre monte vers le ciel de toutesses forces. Dieu lui envoie sa flamme.

On se servait surtout du bois de chêne pour faire lefeu. (?)

Procope «The Slaves believe that one god, the makerof lightning, is alone lord of all things, and they sacrifice to him oxen and every victim.»

Un Grec? «The Celts worship Zeus, and the imageof Zeus is a tall oak.»

«The Maidu Indians of California believe that aGreat Man created the world and all its inhabitants,and that lightning is nothing but the Great Man himself descending swiftly out of heaven and rending thetrees with his flaming arms.»

Pline. Les Druides croyaient que le gui tombe du ciel.

Frazer suppose qu’on le croyait descendu avec lafoudre.

Équivalent de l’Eucharistie?

Dans la légende du Graal, l’hostie qui descend duciel sur le Graal chaque Vendredi Saint et en renouvellela vertu.

Thompson: Indians of Bristish Columbia. Parolesprononcées par les jeunes gens au printemps en mangeantles premières baies et racines de l’année: «I inform theethat I intend to eat thee. Mayest thou always help meto ascend, so that I may always be able to reach the topsof mountains, and may I never be clumsy! I ask thisfrom thee, Sunflower-Root. Thou art the greatest ofall in mystery.»

Légende australienne d’un oiseau époux d’un serpent,lequel fait la pluie.

Dans la Genèse, le serpent rampe comme punition.Donc, auparavant, il était vertical. Comme le serpent d’airain de Moïse. Il était vertical comme l’homme etarbre.

Animal sacrament. Dr. Pelkin, sur les Madi ou Morud’Afrique Centrale. Une fois par an, le peuple s’assiedautour d’un cercle de pierres. Un jeune garçon conduittout autour un agneau choisi; chacun prend un peu desa laine et la met sur son corps. Un prêtre le tue sur lespierres, arrose le peuple de son sang, puis fait une marque avec le sang sur chacun individuellement. Puis il faitun sermon. La chair de l’agneau est distribuée auxpauvres; sa carcasse est pendue à un arbre près despierres. Avant cette cérémonie, une grande tristesse estapparente dans le peuple. Après, une grande joie.

Cet agneau doit être apparenté au bélier thébain.

Certains bergers du Caucase font un repas sacramentel,les reins ceints et un bâton à la main.

À Abdera, un citoyen, une fois l’an, était lapidé, et,six jours auparavant, excommunié «afin qu’il portâtseul les péchés du peuple». (Chercher référence.)

Un être pur doit porter les péchés, parce que le crimeest un empêchement à l’expiation.

«At Babylon the criminal who played the god wasscourged before he was crucified.» (Chercher référence.)

La conception magique d’une divinité soumise à deslois, de sorte qu’on la soumet par le savoir. La conceptiond’une divinité capricieuse comme une personne royale,qui donne à qui lui plaît. Il faut trouver leur unité derrière l’une et l’autre,

Ce savoir n’est pas une technique, mais dépend entièrement de l’amour. Cette faveur est libre, mais non pasarbitraire, car elle est juste.

C’est Hippolyte qu’Esculape avait ressuscité quandZeus l’a tué (source?)

Ne pas rompre un seul os de l’agneau pascal (Exode,VII, 46). Cela a-t-il rapport aux pratiques des peupleséleveurs et chasseurs, de ne pas rompre les os des animaux qu’ils mangent, afin d’en permettre la résurrection?Cf. le folk-lore des Indiens d’Amérique du Nord.

«The youth who joined the deer», Thompson.«Two young deer, his brothers-in-law, ran ahead.…The hunter killed both… The people ate and were glad.They saved all the bones and put them away in oneplace… When the deer were eaten, the bones werewrapped in bundles, and the chief sent a man to throwthem into the water… The two brothers-in-law… cameto life when their bones were thrown into the water.Thus these Deer people lived by hunting and killngeach other and then reviving.» Plus tard le chasseur,rentré dans sa tribu, y apprend aux gens à préserver lesos et à les jeter dans l’eau.

L’eau, facteur de résurrection. Cf. baptême?

«L’Éternel vit que les méfaits de l’homme se multipliaient sur la terre, et que le produit des pensées de soncœur était uniquement, constamment mauvais; et l’Éternel regretta d’avoir créé l’homme sur la terre, et il s’affligea en lui-même… Je ne maudirai plus la terre à causede l’homme, car les conceptions du cœur de l’hommesont mauvaises dès son enfance.»

«L’Éternel — Dieu dit au serpent: Parce que tu asfait cela, tu te traîneras sur le ventre…»

«Fais toi-même un serpent et place-le au haut d’uneperche; quiconque aura été mordu, qu’il le regardeet il vivra!» Et Moïse fit un serpent d’airain, le fixasur une perche; et alors, si quelqu’un était mordu parun serpent, il levait les yeux vers le serpent d’airain etétait sauvé.»

Serpent vertical, apparemment.

[Quelle différence avec le veau d’or?]

L’ataraxie est à base d’amour. L’amour est ce quiempêche d’être troublé. Mais quiconque est troublél’est par amour. C’est donc seulement un amour mal

dirigé.

Housman:

To think that two and two are four
And neither five nor three
The heart of man has long been sore
And long t’is like to be.

C’est précisément pour cela que, comme le disaientles Pythagoriciens, le nombre est divin.

La coutume d’enterrer n’a-t-elle pas pour origine lamétaphore du grain?

Êtres parfaitement purs dans l’Iliade; Patrocle etPolydamas?

La beauté et l’amour charnel — La beauté est lafigure du «oui» éternel — La beauté est l’éternitésensible.

L’amour de Dieu est essentiellement un sentimentinconditionnel. Indépendant non seulement des malheurs, mais même des crimes où l’Âme peut tomber.C’est-à-dire que le crime ne doit pas empêcher l’amourde Dieu. Mais l’amour de Dieu doit empêcher le crime.

Les criminels repentants auraient un trop grand privilège par rapport aux innocents si ceux-ci n’étaient «faitsmalédiction» par le malheur.

La justice dans le hasard des événements est assuréepar le fait que ceux qui sont au-dessous du niveau spirituel où le malheur ne fait aucun mal sont aussi au-dessous du niveau spirituel où on n’exerce pas decruautés à l’égard des hommes quand les circonstancesle permettent. Ceux à qui on fait du mal sont les mêmesqui en feraient s’ils en avaient le pouvoir. Ceux qui n’enferaient en aucun cas, on ne peut leur en faire aucun,bien qu’on puisse les mettre dans un état où ils sont«faits malédiction».

Le fond du surnaturel, c’est la dyssymétrie, les rapports non réciproques — les relations «non abéliennes».

L’histoire du Christ est un symbole, une métaphore. Mais on croyait autrefois que les métaphores se produisent comme événements dans le monde. Dieu est lesuprême poète.

«Les quatre imbéciles» (Folk-lore de Schoharie Hills)— Celle qui amène le four vers le pain pour le cuire.Celle qui amène le tonneau de cidre dans la cuisine oùest le pot à cidre. Celui qui amène du soleil dans le grenier à foin au lieu de sortir le foin au soleil. Celui quiessaie d’entrer dans son pantalon en y sautant, au lieude le mettre.

Sûrement métaphores à signification spirituelle. Soleilet foin. Essayer d’amener Dieu dans ce monde au lieude sortir du monde.

Thème de folk-lore sur le caractère relatif de la force.La souris, cherchant l’époux le plus fort, a finalementune souris mâle.

Tout le problème de la mystique et des questionsconnexes est celui du degré de valeur des sensations deprésence.

Reginald Scot (?) [cité par Hardwick] «the devil loveth no salt in his meat because salt is a sign of eternity and is used by God’s commandment in all sacrifices.»

Schoharie. «If, before cutting a loaf of bread, you pinch a piece off and throw it away, you will never want for bread.»

«If you see the new moon and do not think of a redfox’s tail, you will have good luck.» (cf. ours blanc).

«… The very old tale of the Black Bull of Norrowaymentioned in the complaynt of Scotland. 1549.» Halliwell,Popular Rhymes and Nursery Tales (1849) p. 52-55. The Bull of Norroway. Beckwith, Bull of All-the-Land,Jamaica Anansi Stories, p. 1030. Carter: «Mountain White Folk-Lore, Tales from the Southern BlueRidge, J A P L, 38 (1925) 357-590. Kittredge (?) p. 210.Aarne-Thompson, The types of the Folk-Tale. F. F.Communications, vol. 25, no 74. (Type 425, «Thesearch for the Lost Husband», form A «The Monsteras Bridegroom».

Bolte — Polivka «Anmerkungen zu den Kinder-und-Hausmärchen der Brüder Grimm» 3 vol, Berlin1913-18
(II, no 88 — III, no 127 — II, no 93)
Folk-lore russe — surtout Ralston — Russian Folk-Tales, London 1873.
Clouston. Popular tales and fictions 2 vol. London 1887.(I, 205-214) — Crans, Italian popular tales (1-7, 17-23).Thorpe — Northern Mythology — 3 vol. London 1857.Yule-Tide Stories, London 1910.
Scarborough Dorothy — On the trail of Negro folk-songs— 1925.
Polson — Our Highland Folklore heritage — 1926.
Parsons — Folklore d’Amérique.
Owen (Rev. Elias) — Welsh Folklore 1896.
Jacobs — English Fairy Tales.
Greenleaf and Mansfield — Ballads and sea-songs ofNewfoundland.
Dasent — Popular tales from the Norse 1859.
Davies — Folklore of West and Mid-Wales 1911.
Burre — The handbook of Folklore 1914.
Burne and Jackson — Shropshire Folklore 1882.
Campbell — Popular tales of West Highlands — 4 vol.1890-93. I, 64-68 — II, 208-213.
Cosquin — Contes populaires de Lorraine — 2 vol.1387.[Professeurs de Folk-lore — Boas, Campbell, Columbia— Strauss, Bonner, Michigan — Thompson, IndianaUniversity. Folklore Fellos Communications, vol. 25,n° 74, «The Types of the Folk-Tale» vol. 20, no 106,«Motif-Index of Folk-Literature Collection célèbre defolk-lore (collection White) à la Public Library de Cleveland.]
Romany — Soleil, kam ou kan (ou guin?). Lune,chone.
«The people of Turkey», edited by M. St. L. Pool,London 1878.

Tradition turque sur les Gitans. En arrivant en Turquie, ils construisirent une splendide machine à roue.Mais elle ne marchait pas. Un mauvais esprit déguisé en sage dit au chef, nommé Chen, que la roue ne tourneraitque quand il aurait épousé sa sœur Gin. Il le fit, la rouetourna, et depuis les Gitans en Turquie sont nommésChen guin. Depuis lors aussi, maudits par un saintmusulman, ils sont condamnés à errer.

Zigane vient de Chen-guin? Et Chen-guin veut direlune-soleil?

Mythe commun aux Esquimaux et aux Gitans de Roumanie sur le jeune homme incestueux qui est transforméen lune, et sa sœur en soleil. (Il existe aussi, paraît-il,dans l’Irlande antique.)

Idée du péché originel jointe à celle de création.

Un Gitan anglais disait que son peuple regardait leChrist comme un Gitan, parce qu’il était pauvre, erraitsur un âne, et était persécuté.

(Io et Prométhée, doublets. Le supplice du vagabondage est indiqué aussi dans l’histoire du Christ. Amourde Platon.)

kekkavi, kettle — chinamangri, bill-hook or chopper — kam sun, mot donné parfois comme un secret,ainsi que chone ou shule, moon, bien qu’ils soient trèsconnus.

La légende de la Lune et du Soleil est dans «A Winter in the City of Pleasure» by Florence K. Berger.Mais là le Soleil est mâle.

hokkani boro, great trick — pen dukkerin, fortune-telling — lel dudikabin, conveying away of property —chir o manzin apré lati, put under oath.

Shelta, langue secrète celtique des Tinkers — Soobliou Soobri, brother. (babylonien ubri?) Bewr, woman— Durra, bread — Pani, water (romany) — Stall, go— Biyêg, to steal — odd, two — Thari, ou bug, talk— Larkin, girl — thari, speak — Grannis, know —nyok, head — riaglon, iron — krädyin, to stop —Oura, town (!) — [Ur] — Gyami, bad — Theddy,fire — blihunka, horse — Leicheen, girl — Soobli,man — binny, small — médthel, black — respun,stealshoich, water — chimmes, wood — mailyas,arms — thari, word — bog, get — masheen, cat —cambra, dog — rawg, wagon — analt, to sweepderri, bread — sunain, see — koris, feet — kradying,being, lying — okonneh, priest — turks, eyes — ainoch, thing — gut, black — gothni, child — crimum,sheep.

The ridias of the kiéna dont granny what we’rea tharyin.

The people of the house don’t know what we’resaying

Cosson kailyah corrum me morre sr,

Me gul ogalyach mir,

Rahet marent trasha moroch

Me tu sosti mo dièle.

(Talk of the Picts?)

Mythe du soleil et de la lune. Rapport du péché etdu temps. Le temps est un châtiment.

Peuples errants. Descendance de Caïn dans la Bible(bien qu’Abel fût le berger). Là c’est le meurtre d’unfrère.

Le meurtre d’Abel est une autre version du péchéoriginel.

Le mythe des Danaïdes et celui du soleil et de lalune.

Les Gitans se regarderaient comme un peuple particulièrement témoin et héritier du péché originel.

Diamant en gitan: o latcho bar, la vraie pierre.(Qu’est-ce que «Consuelo», œuvre d’un Allemandslave, et «Der letzte Taborit» de Herlossohn?)

En Russie, les Gitans avaient la réputation de posséder le secret de conserver la chaleur.

Salut gitan: Sarishan!

Tout le problème de la mystique et des questionsconnexes est celui du degré de valeur des sensations deprésence.

Les supplices infernaux des Grecs — Danaïdes, etc. —assignent comme punition au péché, purement et simplement, le temps.

La sainteté seule fait sortir du temps.

Nous vivons ici-bas dans un mélange de temps etd’éternité. L’enfer serait du temps pur.

Or, chez les Indiens Hopi, «seed of the sun».

Transmutation des métaux en or, figure pour la transmutation de la matière en lumière.

Dans ce mélange de temps et d’éternité, la joie correspond à un accroissement du facteur éternité; ladouleur à une prédominance du facteur temps. Pourquoi donc le passage par la douleur rend-il plus sensibleà la beauté?

Nous avons ici-bas à choisir entre le temps et l’éternité. En un sens ce choix correspond au choix entrejoie et douleur. Et pourtant non visiblement. Commentcela?

Nous n’avons pas besoin de croyance en la vie éternelle — car la seule preuve d’une telle vie, ce sont lespressentiments d’éternité que nous avons ici-bas. Et cespressentiments se suffisent. Certes ils supposent la plénitude de la vie éternelle. Mais non pas nécessairementpour nous.

La joie nous cloue à l’éternité et la douleur au temps.Mais désir et crainte nous enchaînent au temps et ledétachement brise les chaînes.

La poursuite de la joie nous attache au temps. Lajoie est notre évasion hors du temps.

La douleur nous cloue au temps, mais l’acceptationde la douleur nous transporte au bout du temps, dansl’éternité. Nous épuisons la longueur indéfinie du temps,nous la franchissons.

Nouvelle naissance. Au lieu que la semence serve àengendrer un autre être, elle sert à engendrer une secondefois le même être. Retour sur soi, circuit bouclé, cercle.

Le mouvement circulaire est aussi le symbole de l’éloignement apparent qui est rapprochement.

«Celui qui n’est pas engendré d’en haut n’entrerapas au royaume des cieux.» Il faut descendre du cielpour pouvoir y remonter.

«À partir de l’eau et de l’esprit.» La première génération vient du sang.

Apocalypse — Les rois de la terre et leurs armées fontla guerre contre le Verbe de Dieu, ayant dans la boucheune épée à deux tranchants, et son armée, cavaliers vêtusde lin blanc sur des chevaux blancs.

On ne pouvait ni acheter ni vendre si on n’avait lecaractère de la bête.

Dans le ciel, une femme revêtue du soleil, ayant lalune sous ses pieds et une couronne de douze étoilescriait dans les douleurs de l’enfantement. Un dragon àsept têtes et dix cornes se tient devant la femme pourdévorer le nouveau-né, mais celui-ci est enlevé au thrônede Dieu; la femme se réfugie dans la solitude pour1260 jours (3 ans et demi, ce qui correspond au chiffrede Daniel). Michel jette sur terre le dragon («ὁ δράκωνὁ μέγας, ὁ ὄφις, ὁ ἀρχαῖος, ὁ καλούμενος, Διάβολος, καὶ ὁΣατανᾶς, ὁ πλανῶν τὴν οἰκουμένην ὅλην»). Une voix ditdans le ciel: «Maintenant est accompli le salut, la puissance, le règne de notre Dieu et la puissance de sonChrist; il a été jeté en bas, celui qui accusait nos frèresdevant notre Dieu jour et nuit. Ils l’ont vaincu à causedu sang de l’Agneau et de la parole de leur propre témoignage; ils n’ont pas aimé leur âme jusqu’à la mort.C’est pourquoi soyez joyeux, cieux et leurs habitants;malheur à la terre et à la mer, parce que le diable y estdescendu, avec une grande passion, sachant qu’il n’a plusque peu d’occasion.»

Le dragon poursuit la femme, qui reçoit deux ailesd’aigle pour s’envoler. Là elle est nourrie trois ans etdemi loin du serpent. Le serpent émet de sa bouche del’eau comme un fleuve pour entraîner la femme. Mais laterre engloutit le fleuve. Le dragon s’en va faire la guerreaux restes de la semence de la femme, ceux qui témoignent pour Jésus. Et il se tient sur le sable de la mer. Etde la mer surgit une bête à sept têtes et sept cornes et dix diadèmes à laquelle le dragon donne sa vertu, sontrône et sa puissance. La terre entière admire la bête etadore le dragon et la bête. Elle est toute-puissante pendant 42 mois. (La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (17), trois ans et demi.) Ellecombat victorieusement les saints, toute puissance lui estdonnée, et tous l’adorent, sauf ceux dont les noms sontau livre de vie. «εἰ τις εἰς αἰχμαλωσίαν, εἰς αἰγμαλωσίανὑπάγει, εἰ τις ἐν μαχαίρῃ ἀποκτενεῖ, δεῖ αὐτὸν ἐν μαχαίρῃἀποκτανθῆναι. Ὥδε ἐστιν ἡ ὑπομονὴ καὶ ἡ πίστις τῶνἁγίων.

Une autre bête monte de la terre, avec deux cornessemblables à celles d’un agneau, et parlant comme ledragon; égalant la première en puissance. La premièreayant été comme tuée en une de ses têtes et ayant guéride sa plaie mortelle, la seconde amène tous les hommesÀ adorer la première. La seconde fait descendre le feudu ciel sur terre devant les hommes et séduit les habitants de la terre, leur disant de faire une image pour labête qui a la blessure de l’épée et a vécu. Et il lui estaccordé de donner un souffle à l’image de la bête, etl’image parle, et ceux qui ne l’adorent pas sont mis àmort. Tous ont le caractère de la bête au front, sonnom ou le nombre de son nom.

L’Agneau était avec 144000 vierges. (La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (18)).παρθένοι εἰσιν… ἠγοράσθησαν ἀπὸ τῶν ἀνθρώπων ἀπαρχὴτῷ θεῷ καὶ τῷ ἀρνίῳ… ἄμωμοί εἰσιν.

De la bouche du dragon, et de la bête, et du pseudo-prophète,trois esprits impurs (trinité diabolique).

Le Verbe de Dieu et son armée livre bataille aux roisde la terre et à leurs armées, et envoie la bête et le pseudo-prophète dans le lac sulfureux de feu brûlant. Il est liépour mille ans. Après mille ans, nouvelle bataille.

Le diable et la bête et le pseudo-prophète seront torturés nuit et jour dans les siècles des siècles.
ξύλον ζοῆς ποιοῦν καρποὺς δώδεκα,κατὰ μῆνα ἕκαστονἀποδιδοῦν τὸν καρπὸν αὐτοῦ. C’est évidemment l’axe despôles.

πᾶν κατάθεμα οὐκ ἔσται ἔτι. Il n’y aura plus de malédiction.

Dehors, quiconque aime et fait le mensonge.

Noms du Christ dans l’Apocalypse —

Je suis le premier et le dernier et le vivant et je suisdevenu cadavre et me voici vivant pour les siècles dessiècles et j’ai les clefs de la mort et de l’enfer.

Celui qui tient sept étoiles dans sa main droite, quimarche parmi sept candélabres d’or.

Le premier et le dernier, qui est devenu cadavre et avécu.

Celui qui a l’épée à deux tranchants, aiguisée de partet d’autre.

Le fils de Dieu, qui a les yeux comme la flamme dufeu et les pieds comme la pierre du Liban. (ivoire?bronze?)

Celui qui a les sept esprits de Dieu et les sept étoiles.

Le saint, le véritable, celui qui a la clef de David,celui qui ouvre et nul ne ferme, qui ferme et nuln’ouvre.

L’Amen, le témoin fidèle et véritable, le principe dela création de Dieu.

Un agneau debout comme égorgé ayant sept cornes etsept yeux qui sont les sept esprits de Dieu envoyés partoute la terre.

Les quatre animaux: lion, taureau, homme, aigle —tous ailés, pleins d’yeux, chantant la gloire de Dieu.

Un cheval blanc, dessus un archer couronné (premier sceau).

Un cheval roux,dessusun homme à épée.
Un cheval noir,«un homme à balance.
Un cheval pâle,«la Mort et l’enfer.

5e sceau: les martyrs montent et crient.

6e sceau: les étoiles tombent — «montagnes, rochers,tombez, cachez-vous de la colère de l’Agneau».

On marque du signe de Dieu — 144000 de toutes lestribus d’Israël, puis une foule innombrable de tous lespeuples. Tous ont lavé leurs robes au sang de l’Agneau.

7e sceau «un silence se fit dans le ciel, d’une demi-heure». Les 7 anges sonnent de leurs trompettes.

Les peuples fouleront aux pieds la cité sainte quarante-deux mois. Mes deux témoins prophétiseront 1260 jours.Ensuite la bête les tuera. Ils seront gisants trois jours et demi, puis ressusciteront et monteront au ciel dans unnuage,

Nombre de Ἰησοῦς: 888—, ou La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (19). ||La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (20)

(La marque du Père serait 888?)

Le seul signe clair, c’est que la marque de la Bête estnécessaire «pour acheter et vendre».

Aussi, ceux qui sont avec l’Agneau sont vierges.

À part cela, symétrie du bien et du mal.

La Bête a reçu une blessure mortelle et a vécu.

Les rois et leurs armées sont du côté de la Bête.

Les sauterelles qui sortiront du puits de l’abîme aprèsla cinquième trompette ne s’attaqueront qu’aux hommes,à ceux non marqués du signe divin. Elles ne les tuerontpas, mais en les torturant comme de morsures de scorpion pendant cinq mois les contraindront à désirer vainement la mort. Ces sauterelles ressembleront à deschevaux harnachés. Elles auront comme des faceshumaines, et comme des couronnes d’or, et comme descheveux de femmes, et comme des dents de lions, et desvoix comme des chars de guerre, et des queues de scorpion,et des aiguillons dans les queues, et l’ange del’abîime sera leur roi.


Sceaux: 1er, archer || 2e, épée || 3e, balance ||4e, mort || 5e, cris des martyrs || 6e, les étoiles tombent || 7e, trompettes.

Les anges sonnent leurs trompettes.

À la première, il se fait une grêle et un feu mélangésdans du sang qui tombent sur la terre, et le tiers en estbrûlé.

À la seconde, du feu tombe sur la mer, et le tiers de lamer est transformé en sang. Le tiers des vaisseaux périt.

À la troisième, l’étoile absinthe tombe et transformeen absinthe le tiers des eaux, ce qui fait mourir beaucoupd’hommes.

À la quatrième, le tiers du soleil, de la lune et desétoiles s’éteint, et il y a des ténèbres le tiers du jour etde la nuit.

À la cinquième, une étoile tombe, ouvre le puits del’abîme, et les sauterelles en sortent.

À la sixième les quatre Anges de l’Euphrate tuent letiers du genre humain, par des chevaux à tête de liondont la queue mord comme un serpent et dont la boucheenvoie le feu, la fumée et le soufre (πῦρ — καπνός — θεῖον). Les deux prophètes envoient du feu qui tue leurs ennemis,prophétisent 3 ans et ½, sont tués par la Bête dansla ville où leur seigneur a été crucifié, gisent 3 jours ½,ressuscitent, montent au ciel. Le temple de Dieu dansle ciel s’ouvre. Septième trompette.

La femme vêtue de soleil et couronnée de douze étoilesenfante, La Bête sort de la mer, le Pseudoprophète dela terre. Le Fils de l’Homme et un ange envoient leursfaucilles faucher des vies sur terre. Puis sept Anges sortent avec les sept dernières plaies, ayant reçu des 4 bêtes7 fioles pleines de la colère de Dieu.

Plaies contre ceux qui ont le caractère de la Bête.

1ere fiole vidée sur terre — blessure terrible sur leshommes.

2e sur la mer — elle est devenue comme du sang decadavre,

3e sur les eaux des fleuves et des fontaines — Ellesdeviennent du sang.

4e sur le soleil — il brûle les hommes.

5e sur le thrône de la Bête — Son royaume devient ténébreux et les hommes mordent leurs langues de douleur.

6e sur l’Euphrate — Il se dessèche, et les rois del’Orient assemblent leurs peuples pour la bataille au lieunommé Armagedon.

7e dans l’air — Alors foudre, tonnerre, tremblementde terre, grêle.

La femme assise sur la Bête est maudite.

Le Verbe de Dieu livre victorieusement bataille auxrois de la terre avec leurs armées. Le diable est lié pour1000 ans. Première résurrection.

Puis il séduit de nouveau les hommes, qui livrentbataille à la ville céleste et sont détruits.

Jugement dernier. La Jérusalem céleste descend duciel. Épouse de l’Agneau.

Donc, plan:

7 sceaux.

Au 7e, les anges sonnent 7 trompettes.

À la 7e les anges envoient 7 plaies.
7 sceaux: 1] archer || 2] épée || 3] balance ||4] mort || 5] cris des martyrs || 6] chute des étoiles ||7] trompettes.

(victoire)(cachez-nous…)

7 trompettes — 1] grêle, feu, sang sur 1/3 de la terre || 2] feu transforme en sang 1/3 de la mer || 3] absinthe sur 1/3 des eaux || 4] extinction de 1/3 des astres || 5 ] sauterelles || 6] chevaux et 2 prophètes || 7] guerre au ciel; Bête.

7 fioles 1] blessures sur les hommes — 2] mer transformée en sang de cadavre || 3] eaux changées en sang || 4] le soleil brûle les hommes || 5] le royaume de la Bête devient ténébreux || 6] l’Euphrate desséché, les armées se rassemblent à Armagedon || 7] Foudre, tonnerre, tremblement de terre, grêle. Destruction de Babylone. Le Verbe de Dieu triomphe des rois. Le diable est enchaîné pour 1000 ans.

Le feu tombant sur la mer en fait du sang.

Il est celui qui est venu à travers l’eau et le sang,Jésus Christ. Non pas dans l’eau seulement, mais dansl’eau et dans le sang. Et l’Esprit est ce qui rend témoignage, car l’Esprit est la vérité. Car il y a trois témoins,l’esprit, et l’eau, et le sang, et les trois sont en un (εἰς τὸἔν εἰσιν).

Celui qui croit au fils de Dieu a le témoignage en soi.Celui qui ne croit pas en Dieu le fait menteur, n’ayantpas cru au témoignage rendu par Dieu au sujet de sonfils. Et ceci est le témoignage, que Dieu nous a donné lavie éternelle, et cette vie est dans son fils. Celui qui a lefils a la vie. Celui qui n’a pas le fils de Dieu n’a pas lavie. Je vous écris cela, pour que vous sachiez que vousavez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du fils deDieu.

ἐκ τοῦ θεοῦ ἐσμεν, καὶ ὁ κόσμος ὅλος ἐν τῷ πονηρῷκεῖται.

Quiconque a été engendré de Dieu ne commet pas defaute, car la semence de Dieu demeure en lui, et il nepeut pas commettre de faute, car il a été engendré deDieu. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. Celuiqui hait son frère est homicide, et aucun homicide n’ala vie éternelle en lui.

Nous lui serons semblables, car nous le verrons commeil est. Et quiconque a cet espoir en lui, qu’il se purifiecomme lui est pur. Quiconque demeure en lui ne commet pas de fautes. Quiconque commet des fautes ne l’apas vu et ne l’a pas connu.

L’Esprit rend témoignage. L’Esprit qui transformel’eau en sang. Si le Christ était venu dans l’eau seulement,il n’y aurait pas ce témoignage de l’Esprit.

Engendré d’en haut. Que l’Esprit descende dansl’homme de chair y composer avec l’eau un sang nouveau. Quelle eau? La semence?

«Chevreau, tu es tombé dans du lait.» Les ancienscroyaient que le lait est la semence. Tomber dans dulait, retour à l’enfance?

Nous avons en nous la vie éternelle. Il y a eu unetransformation réelle, donc aussi corporelle. Cette transformation est la nouvelle naissance.

«Je baptise dans l’eau, mais celui qui vient aprèsmoi baptisera dans l’esprit et le feu.»

L’«état d’enfance» et «la mort du vieil homme»,c’est la même chose.

Non pas seulement dans l’eau, mais aussi dans lesang; cela doit vouloir dire: il n’était pas seulementhomme, mais Dieu incarné. Naître d’en haut à partirde l’eau et de l’esprit, c’est devenir son semblable.L’eau et l’esprit, c’est comme la terre (en ce qu’elle a deparfaitement pur) et le ciel. Il faut naître d’en haut parune rencontre du ciel et de la terre.

Il faudrait faire la liste des choses qu’il faut obtenirpar des moyens humains et non demander à Dieu — etde celles qu’il faut demander à Dieu, et non pas essayerjamais d’obtenir par des moyens humains.

«Miroir des âmes simples». Mystique français duxive

Ruysbrock, The sparkling stone, ch. viii.

Sacrum commercium. Speculum Perfectionis. Ouvrages franciscains.

Jacopone da Todi:

De lo ’nferno non temere
e del ciel spem non avere;
e de nullo ben gaudere
e non doler d’aversitate.

La virtu non è perchene,
ca’l perchene è for de téne,
sempre encognito te tène
a curar tua enfermitate.

cf. Lauda XCI «Spro’ onne lengua amore»

— O alma nobilissima,
dinne que cose vide!
— Veggo un tal non veggio
che onne cosa me ride.

Quand on en arrive à l’absolu, on ne s’exprime quepar des identités «le bien est le bien», «je est je»(atman) — car seule une identité exprime l’inconditionné.

Être détaché des fruits de l’action. Il faut pour celaune architecture en profondeur dans l’âme. Car lapartie de l’âme qui agit doit être passionnément tenduevers le fruit de l’action. Une autre partie doit être détachée.

Havamal (dans l’Edda). — Paroles d’Odin:

«I know that I hung on the wind-swept tree for three full nights, pierced with a spear and dedicated to Odin, I to myself, on the tree whereof no man can tell from the roots of what tree it springs.»

God of Hanged Men, Lord of the Gallows.

Idée du sacrifice. — Idée de donner quelque chose à Dieu, à qui tout appartient… on ne peut lui donnerque le consentement. Ce consentement vient de Dieu.

«Dedicated to Odin, I to myself.»

Agenouillement. Supplex et supplicium. S’agenouillerest se présenter pour le fouet, la perte de la tête et n’importe quel châtiment; se mettre dans la position la pluscommode pour le glaive. En même temps c’est s’approcher de ce qui donne la vie, s’apprêter à être engendrépar la pitié. Ce geste a rapport aux deux symboles quiétaient anciennement les attributs de la divinité et de laroyauté, glaive et phallus.

L’eau du baptême enferme ce double symbole de mortet de vie par l’analogie avec la mer qui noie, la mer dudéluge, et la semence. La pluie est la semence du cielsur la terre. La semence du Ciel mutilé, devenue écumesur la mer, a fait surgir de la mer Aphrodite céleste.Le nouveau baptisé est noyé comme l’humanité autemps de Noé, comme les Égyptiens dans la mer Rouge,et surgit comme Aphrodite céleste, La même eau tueet enfante. Mais l’eau tue seule, et elle enfante conjointement avec le souffle enflammé.

Les arbres poussent par l’eau et la lumière qui descendent du ciel. De même l’arbre de sénevé dans notreâme.

«Nous vivons la mort des Dieux et les Dieux viventnotre mort.»

Il faut retrouver la notion de la métaphore réelle.Autrement l’histoire du Christ, par exemple, perd soitsa réalité, soit sa signification.

Le doute est une vertu pour l’intelligence, et par conséquent il y a un doute qui n’est pas incompatible avec lafoi; et la foi n’est pas la croyance,

L’unité de l’eau et du feu dans le sang est l’image del’unité du Père et du Fils dans l’Esprit.

L’eau est la Vierge, le feu est l’Esprit, le sang est leChrist.

Dieu, la Vierge et le Christ dans son humanité fontune trinité qui est l’image de l’autre.

La mer, la semence d’Ouranos et Aphrodite céleste.

Le Créateur, la créature et le médiateur.

Les deux harmonies des pythagoriciens. — La pensée commune des pensants séparés. — L’unité descontraires.

La Mère du Christ, c’est la Création tout entière.

Marie est un équivalent de la Création. D’où l’Immaculée Conception. La Création comme totalité est sanssouillure. Tout le mal qui s’y trouve est seulementsouffrance.

L’eau est une image de la pureté et de la docilité originelle de la création.


Définition de la foi dans le catéchisme du Concile deTrente.

«La fin dernière de l’homme… est beaucoup tropélevée pour qu’il puisse la découvrir par les seuleslumières de son esprit. Il était donc nécessaire que Dieului-même lui en donnât la connaissance. Or cette connaissance n’est autre chose que la Foi, par laquelle, et sanshésitation aucune, nous tenons pour certain tout ce quel’autorité de la Sainte Église notre mère nous proposecomme révélé de Dieu. Car il est impossible de concevoirle moindre doute sur les choses qui viennent de Dieu,puisqu’il est la Vérité même.» Mauvais.

«Symbole» des apôtres. Cf. la signification du mot«symbole» dans le Banquet.

Création. Rédemption. Sanctification.


«The bitter Withy», ballade anglaise trouvée en 1868.Jésus va jouer à la balle. Trois enfants nobles refusent dejouer avec lui. Il fait un pont avec des rayons de soleilet le passe; eux le suivent et se noient. Marie le metsur ses genoux et le fouette de trois coups de branchede saule. Il dit alors: «The bitter withy… shall be thevery first tree that perishes at the heart.»
Sir Gawain and the Green Knight — texte du xive ouxve siècle. Le Pentagone (confondu avec le sceau deSalomon) est nommé «the endless knot». C’est une figure sans fin, parce qu’on peut la dessiner d’un seultrait, comme un cercle.

«each line overlaps

and locks in another».

«These (virtues: generosity, fellowship, purity, courtesy and pity that passes all qualities…) were established fivefold in this knight, and each one was established in another that had no end, and they were fastened on five points that never failed, nor met anywhere, nor sundered either, but finished always without end at each corner, wherever the game began or concluded.»

La fin de la vie humaine est de construire une architecture dans l’âme.

L’éternité se trouve au bout d’un temps infini. Ladouleur, la fatigue, la faim donnent au temps la couleurde l’infini.

Le grand obstacle à la perte de la personnalité est lesentiment de culpabilité. Il faut le perdre.

Le but est de perdre la personnalité. Comme elle estinséparablement attachée au sentiment de culpabilité,le véritable prix de la vertu est l’abolition de ce sentiment. On ne combat le sentiment de la culpabilité quepar la pratique de la vertu.

La nature humaine est ainsi faite qu’il n’y a pasd’autre voie pour sortir du sentiment de culpabilité quiest en son centre identique au sentiment du je.

Comment trouver le point d’unité pour la contradiction entre l’obligation de trouver tout bien et celle deressentir la compassion et le remords?

Donner d’une manière pure, par pur amour, implique qu’on accepterait de recevoir. Tant que l’orgueilempêche de consentir à recevoir, on n’a pas le droit dedonner.

Astrée, la Vierge — la Justice qui a quitté la terreet s’est réfugiée au ciel…

Il n’y a aucun bien dans cet univers, mais cet universest bon.

L’âme collective est à une dimension. Elle n’a pasd’architecture.

Elle n’en acquiert que dans la cérémonie qui la réduitau silence,

La propagande est à une dimension.

La compassion est la reconnaissance en autrui de sapropre misère. La reconnaissance de sa propre misèredans le malheur d’autrui. Elle est pure par le mécanismemême où La Rochefoucauld croyait en discerner l’impureté.

Un saint malheureux trouve que son malheur est unebonne chose, mais seulement avec la partie non sensiblede son âme.

Et le remords?

Quand la sensibilité domine les actions, l’illusion du«je» n’est pas percée.

Ou réciproquement?

Dois-je faire appel à la volonté, ou tout attendre dela seule contemplation?

De la seule contemplation, même si cette voie estplus longue et apparemment moins efficace.

La contemplation non mélangée de volonté, purement obéissante. On verra bien ce que cela donnera.

Faire des actes de vertu simplement une circonstancede la contemplation.

La compassion et l’humilité sont liées.

L’humilité est la racine de toutes les vertus authentiques. Par exemple la chasteté. La tempérance. Lapatience.

La compassion est naturelle à l’homme si l’obstacledu sentiment du je est supprimé. Ce qui est surnatureln’est pas la compassion, mais cette suppression.

L’humilité seule rend les vertus illimitées.

Agir comme ferait le soleil, s’il savait. Il n’est sanspitié que parce qu’il ne sait pas.

La justice. Être comme serait la matière inconsciente— si elle était consciente.

Image de Dieu.

«Remets-nous nos dettes comme nous remettons…»Le sentiment de culpabilité est toujours lié à un espritrevendicatif. Nous accusons des choses et des êtres autresque nous de nos manquements et de nos insuffisances.En fin de compte, nous accusons Dieu.

Si nous pardonnons nos péchés à Dieu, Dieu nous lespardonne.

Toutes nos dettes sont envers Dieu, et notre uniquedébiteur est aussi Dieu (comment en vouloir à l’hommequi nous offense sans en vouloir à Dieu qui a permisqu’il réussît à nous offenser?). En offensant Dieu nouscontractons une dette infinie parce qu’il est infinimentbon. En permettant qu’on nous offense il contracte unedette infinie parce qu’il est infiniment puissant. Lesdettes s’annulent.

Le criminel accuse Dieu de ses crimes. L’innocent sesent coupable de ses malheurs.

Πὰς γὰρ πυρὶ ἁλισθήσεται. Chacun sera salé par lefeu. Tout sera en proie au feu, mais celui qui déjàauparavant sera devenu feu n’en subira pas de mal.

Chacun sera détruit par le contact de Dieu, maiscelui qui auparavant sera mort en esprit par amour serarendu parfait par cette destruction.

Si deux d’entre vous sont d’accord en toutes leursdemandes…

apparemment deux hommes ne peuvent pas être d’accord en tout entre eux sans être d’accord en tout avecDieu.

La parabole des ouvriers de la 11e heure signifie qu’ily a un seul salaire, et non pas des degrés de gloire.

L’enfant prodigue demande à son père la part qui luirevient, et d’abord l’épuise en une vie de perdition.Alors il a faim, travaille en mercenaire, et quand même a faim. Alors seulement il revient en lui-même. ἰεςἑαυτὸν ἐλθών.

Cette part, c’est le libre arbitre. Il faut avoir épuiséla volonté dans la recherche des biens apparents d’ici-bas et avoir encore longtemps désiré en vain avant depouvoir rentrer en soi-même et se souvenir de sonPère. Ce sont les prodigues, ceux qui dépensent touteleur énergie à la poursuite de ce qui leur paraît bien,et qui au delà de leur énergie persistent à désirer quoiqu’impuissants, en qui revient le souvenir de la maisonde leur Père. Si le fils avait vécu économe, il n’auraitjamais songé à revenir.

«Donne-moi ma portion», c’est le péché originel.Donne-moi le libre arbitre, le choix du bien et du mal.

Ce don du libre arbitre n’est-il pas la création elle-même?

Ce qui est création du point de vue de Dieu est péchédu point de vue de la créature.

Dieu nous a demandé «voulez-vous être créés» etnous avons répondu oui. Il nous le demande encoreà tout instant, et à tout instant nous répondons oui.Sauf quelques-uns dont l’âme est divisée en deux; pendant que presque toute l’âme dit oui, un point de l’âmes’épuise à crier en suppliant: non, non, non! En criantce point s’élargit, devient une tache qui un jour envahittoute l’âme.

Habacuc. «Ô toi qui as les yeux trop purs pour voirle mal et qui ne peux regarder l’iniquité…»

Tout contact entre Dieu et l’homme est douleur depart et d’autre. Dieu ne peut regarder le mal et l’hommene peut regarder le bien. Prométhée et Hippolyte. Leurssupplices se répondent. Dieu qui aime trop l’homme,l’homme qui aime trop Dieu.

Le sacrifice est un don à Dieu, et donner à Dieu,c’est détruire. C’est donc bien qu’on pense que Dieua abdiqué en créant, et qu’on lui restitue en détruisant.

Le sacrifice de Dieu est la création; celui de l’hommeest la destruction.

Seulement l’homme n’a le droit de détruire que ce quilui appartient; c’est-à-dire non pas même son corps,mais exclusivement sa volonté.

Avant de boire, on jette une goutte; c’est la donnerà Dieu. Une seule goutte dans une coupe, c’est la proportion de ce que l’homme peut donner à Dieu de savie. S’il parvient à donner cela, il est sauvé.

La goutte qu’on jette, c’est une dépense gratuited’énergie. Toute dépense gratuite d’énergie est un donfait à Dieu et une destruction d’une partie de la volonté.

Cette goutte qu’on jette, on la jette hors du monde, del’autre côté de l’horizon, de l’autre côté du ciel.

Une seule goutte, mais pour laquelle on ne demanderien en échange.

Le Christ s’est donné ainsi tout entier.

En quel sens est-ce que le Christ a expié pour l’humanité?Expier, c’est restituer ce qu’on a pris injustement.L’humanité: avait volé le libre arbitre, le choix du bien etdu mal. Le Christ l’a rendu en apprenant l’obéissance.La naissance est une participation au vol d’Adam. Lamort est une participation à la restitution du Christ.Mais cette participation ne sauve que si elle est consentie.

Le salut est de consentir à mourir.

Abel est le premier mort. Abel n’est-il pas la première incarnation du Verbe? Le premier-né des morts?Est-ce le Pan des Égyptiens? Et est-ce lui (plutôt qu’Osiris) dont on célébrait la Passion à Saïs?

(Chercher les œuvres de cet Égyptien qui assimilaitles Hébreux aux Hyksôs.)

La naissance nous met dans le péché originel, la mortnous en retire. La Croix du Christ comme étant le parfait modèle de la mort, la mort en soi, au sens platonicien,nous a tous rachetés. Mais si nous consentonsà être nés et non pas à mourir, nous commettons personnellement pour notre perte le péché d’Adam.

Dieu seul peut naître sans péché originel. Car pourDieu naître est renoncer. La naissance du Christ est déjà un sacrifice. Noël devrait être une fête aussi douloureuse que le Vendredi Saint.

Tout homme, se plaçant du point de vue de Dieucréateur, doit regarder sa propre existence comme unsacrifice de Dieu. Je suis l’abdication de Dieu. Plus jesuis, plus Dieu abdique. Or si je choisis la cause deDieu plutôt que la mienne, je dois regarder mon existence comme étant un amoindrissement, une diminution.

Quiconque y parvient, le Christ s’installe dans sonâme.

Vis-à-vis de moi-même, je dois reproduire en sensinverse l’abdication de Dieu, refuser l’existence qui m’aété donnée, et la refuser parce que Dieu est bon. Visa-vis des autres, je dois imiter dans le même sens l’abdication de Dieu, consentir à ne pas être afin qu’ilssoient, et cela quoiqu’ils soient mauvais.

C’est pourquoi il faut servir les autres dans leursbesoins charnels, pour autant qu’ils sont légitimes. Caril faut les servir comme créatures. Il n’appartient pas àun être créé de les amener à renoncer à leur existencede créatures. Les servir gratuitement dans leurs besoinsde créatures est ce qu’on peut faire de mieux à cet effet.Le Christ a guéri et nourri. L’échange pur de compassion et de gratitude est le rapport entre créatures quiintroduit l’âme dans l’amitié de Dieu.

Tout ce qui est donné gratuitement à quelque chosede créé, comme une goutte de vin versée hors de lacoupe à terre, tout cela est donné à Dieu.

On ne donne qu’à des créatures — si on brûle, ondonne au feu. Mais ce qui est donné pour un salaireest donné humainement, et ce qui est donné gratuitement est donné à Dieu.

Si on pense qu’on a donné quelque chose gratuitement,cette seule pensée est un salaire.

On ne peut donc jamais savoir si on a ou non donnégratuitement.

Il faudrait faire la liste de ces pensées qui sont vraiesà condition qu’on ne les pense pas et deviennent faussesdès qu’on les pense.

De même le Crétois «je suis un menteur». Aumoment où il pense, il n’est pas un menteur. Cesophisme est très profond.

Tout le bien et tout le mal qu’on pense de soi-même est faux au moment où on le pense. C’est pourquoi il ne faut penser que du mal de soi-même. Et ilne faut pas savoir que c’est faux.

Les noirs de certaines tribus ont chacun un fétichepersonnel; au reste ils croient en Dieu. Si l’un s’avisaitde dire que son fétiche est Dieu même, il s’ensuivraitqu’il doit régner sur tout l’univers. C’est ainsi qu’Israël a donné à son fétiche national — non représentépar une image, mais qu’importe — le nom de Dieu.

C’est là le sens de la prohibition des images parMoïse. Pour qu’Israël continuât à croire que sa petiteidole nationale était Dieu même, créateur de l’univers. Onne l’aurait pas cru si la petite idole avait été une statue.Moïse a voulu cela pour la grandeur temporelle d’Israël.

Au contraire le Christ fait de Dieu son unique idole.Cela peut sembler revenir au même, mais ce sont deuxmouvements contraires, faire de son idole Dieu, ou fairede Dieu son idole. De même que faire de son désir laloi ou faire de la loi son désir sont deux manièrescontraires de concevoir la royauté.

Les Arabes aspirant aussi à la domination temporelle au nom de la religion ont conservé la prohibitiondes images.

Les images sont une garantie contre une certaineespèce d’idolâtrie. On ne peut pas se mettre devant unmorceau de bois sculpté et lui dire: «Tu as fait leciel et la terre.» Au contraire les Hébreux, exaltés parla présence de leur propre âme collective, pouvaient trèsbien lui adresser ce discours, car n’étant pas un objetmatériel il n’était pas évident qu’elle était une créature.

Rome a voulu supprimer toute pensée de Dieu et nepermettre aux hommes d’adorer que la puissance del’État, Mais les hommes ne peuvent pas entièrementoublier Dieu.

Les Hébreux ont nommé leur propre âme collective Dieu, feignant et se persuadant qu’elle avait créé etgouvernait le ciel et la terre. Ce n’était pas facile àcroire toujours… Il semble pourtant que cela aurait dûleur donner davantage de force. Quant aux autres peuples,ils ne pouvaient leur persuader cela qu’après lesavoir conquis.

Les peuples étrangers ne voulaient frayer avec euxqu’en les obligeant à pratiquer l’idolâtrie, parce que cetteprétention d’avoir Dieu pour fétiche national et d’enavoir l’exclusivité impliquait des visées impérialisteseffrayantes.

Cela ne pouvait guère réussir chez un peuple encorefaible, très peu militaire, qui avait été brisé par l’esclavage. Cela a beaucoup mieux réussi chez les musulmans.

Cette prétention stérile pour les Hébreux aurait serviexcellemment les Romains une fois l’Empire établi.Les Romains ont voulu adopter la religion juive. Seulement une religion nationale ne peut pas passer d’unpeuple à un autre comme un vêtement. C’est pourquoiles Romains ont pris la forme non nationale de la religion juive, la forme chrétienne. La religion juive, aveccomme addendum le transfert du privilège d’Israël auxGentils baptisés, voilà qui convenait parfaitementcomme religion de l’Empire romain. L’Ancien Testament,plus les passages de saint Paul sur le transfert del’Alliance, et «allez enseigner les nations».

Voilà pourquoi on a conservé l’Ancien Testament.

Malheureusement pour Rome, elle s’y est prise unpeu tard. Elle était déjà croulante sous Constantin.Les préjugés, le conservatisme ont retardé l’opérationjusqu’à un moment où elle ne pouvait plus sauverl’Empire.

La «Cité de Dieu» de saint Augustin marque unnouveau transfert. L’Empire a succédé à Israël, l’Églisesuccède à l’Empire.

Si quiconque meurt hors de l’Église est damné, lepouvoir de l’Église peut être bien plus totalitaire quecelui de l’Empire.

Mais l’Église n’a pas réussi parce qu’elle n’a pas oséassumer ouvertement et directement la royauté temporelle. Étant donné l’Évangile, elle le pouvait difficilement.Est-ce là ce que veut dire «les portes de l’enferne prévaudront pas contre elle?» C’est bien possible.

Les Juifs ont été persécutés parce qu’une fois leur privilège annexé par l’Église ils étaient trop gênants, euxqui prétendaient l’avoir toujours gardé.

La religion, au vrai sens du mot, n’avait rien à voir làdedans. De part et d’autre, l’obstination avait des mobilespurement temporel.

Hitler persécute les Juifs pour la même raison. Il voudrait bien les plagier, baptiser l’âme collective allemande Wotan, et dire que Wotan a créé le ciel et laterre.

Il est bien vrai que Iaveh, le Dieu des armées, sousson déguisement chrétien, a conquis par les armes toutle globe terrestre. Maintenant Wotan essaie de supplanter Iaveh. Il n’est au moins pas gêné par l’Évangile.

Ce serait le moment de mettre en lumière la différenceentre l’âme collective et Dieu.

Dieu est ici-bas un dissolvant. L’amitié avec Lui nedonne aucun pouvoir, mais tant qu’Il est présent danssa vérité aux pensées des hommes aucun pouvoir terrestren’atteint la stabilité.

La velléité d’Auguste (est-ce bien lui?) de transporterles mystères d’Éleusis à Rome montre que le problèmespirituel était un problème dans l’Empire romain.

Aucune victoire du mal ne peut faire que le mal cessed’être mal. Aucune.

En revanche une défaite totale du bien peut faireque le bien cesse d’être bien.

Mais tant que le mal est jugé comme tel, le bien n’estpas totalement vaincu.

Un larron crucifié se tourne vers le Christ crucifiéaussi. C’est assez; le bien n’est pas totalement vaincu.

Un grain de grenade de bien suffit.

Il faudrait purger le christianisme de l’héritaged’Israël.

À cause de la parfaite pureté spirituelle du christianisme, trop parfaite pour les hommes, il y avait chezles chrétiens une faim de temporel. Cette faim a été assouvie d’abord par l’attente de la Parousie imminente.Puis, cette attente étant épuisée, par l’Empire. Puis,Rome étant saccagée, par l’Église.

Chez les protestants, qui n’ont plus l’Église, la religion est devenue dans une large mesure nationale. De làle regain d’importance de l’Ancien Testament.

Dates. Decius tué en 251. Valérien (253-260), favorise,puis persécute les chrétiens. Gallienus les favorise. Ilssont en faveur pendant 40 ans. Persécution en 303,sous Dioclétien. Il abdique en 306. Constantin se déclarechrétien en 312. Édit de Milan reconnaissant l’Église,312. Constantin seul empereur en 324. Meurt en 337.Constantius (Arien) seul empereur en 350. Concile arienen 360. Julien. Valentinien (catholique), en Ouest, 364-375. Gratien (cath.) 375-382. En 392, Theodosius (cath.)empereur unique. (Humilié par saint Ambroise.) Il faitdu catholicisme la religion officielle de l’Empire. Interdit les rites païens publics et privés (déjà Gratien avaitsupprimé les privilèges et confisqué les biens des templeset du clergé païens). Les hérétiques, ariens et autres,n’ont ni évêchés ni églises, ne peuvent ni léguer ni hériter.

Cause du conflit avec saint Ambroise (d’après saintAugustin). Il avait promis le pardon des Thessaloniensà leurs évêques, et néanmoins a sévi. En pénitence, s’estprosterné en public.

[Saint Augustin; histoire de l’Apollon de Cumes quipleurait avant chaque victoire des Romains sur lesGrecs.]

[Laomédon faisant travailler Apollon et Neptunecomme mercenaires et ne leur payant pas leur salaire.]

Sac de Rome, 410 (par Alaric).

L’Apocalypse parle de 3 ans ½. 1260 jours. La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (21). La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (22). [42 mois sont aussi3 ans ½: 36 mois + 6 mois.]

La femme, mère de l’Enfant divin, a un lieu préparédans la solitude pour 1260 jours.

Plus loin: καιρὸν καὶ καιροὺς καὶ ἥμισυ καιροῦ.
Un temps et des temps et une moitié de temps.

La puissance est donnée à la bête 3 ans ½.

350 ans.

La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (23). C’est à peu près le moment où lareligion catholique devient religion d’État. L’Église esteffectivement nourrie 3 siècles 1 dans le désert, loin duserpent.

Ils fouleront ma cité aux pieds 42 mois, et mes deuxtémoins prophétiseront 1260 jours. Quand leur témoignage finira, la Bête les vaincra (mais ceci est avant leChrist???)

Un oracle grec avait prédit que le nom du Christserait adoré 365 ans. À peu près la même période.

Celui qui n’a pas renoncé à tout sans aucune exception au moment de penser à Dieu donne le nom deDieu à une de ses idoles.

La véritable mort morale, c’est consentir à être soumisà n’importe quoi apporté par le sort. Car tout ce que jenomme moi, le sort peut m’en priver.

Accepter de n’être qu’une créature et pas autrechose. C’est comme accepter de perdre toute existence,

Nous ne sommes que des créatures. Or accepter den’être que cela, c’est comme accepter de n’être rien. Cetêtre que Dieu nous a donné, à notre insu c’est du non-être. Si nous désirons le non-être, nous l’avons. Nousn’avons qu’à nous en apercevoir.

Notre péché consiste à vouloir être, et notre châtimentest de croire être. L’expiation est vouloir ne plus être;et le salut pour nous consiste à voir que nous ne sommespas.

Adam nous a fait croire que nous étions; le Christnous a montré que nous n’étions pas.

Pour nous apprendre que nous sommes non-être,Dieu s’est fait non-être.

Pour Dieu, le sacrifice, c’est laisser un homme croirequ’il est. Pour un homme, le sacrifice, c’est reconnaître qu’il n’est pas.

Dieu charge le mal de nous apprendre que nous nesommes pas.

Le désir et l’illusion d’être, de la part des créatures,suscitent le mal, et le mal leur apprend qu’elles ne sontpas. Dieu ne se mêle pas de cette première pédagogie.

Ceux qui ont pleinement reconnu qu’ils ne sont passont passés du côté de Dieu. Loin d’apprendre auxautres créatures qu’elles ne sont pas, ils les traitent selonla fiction qu’elles sont.

La création est une fiction de Dieu.

La quantité de mal dans le monde est rigoureusementégale à la quantité de châtiment nécessaire. Seulementelle frappe au hasard.

Souffrir le mal est l’unique manière de le détruire.

Aucune action ne détruit du mal, mais seulement lasouffrance en apparence inutile et parfaitement patiente.

L’existence imaginaire des créatures pensantes quicroient exister est ce qui retombe sous forme de mal.Le mal est illusoire, et quiconque est sorti de l’illusionest affranchi de tout mal. De plus c’est une illusion quidans certaines conditions pousse elle-même hors del’illusion.

L’enfer, c’est de s’apercevoir qu’on n’existe pas et dene pas y consentir.

La pureté attire le mal qui vient s’y coller pour êtredétruit comme les papillons dans la flamme.

Tout doit passer par le feu. Mais ceux qui sont devenus flamme sont chez eux dans le feu. Mais il fautavoir traversé l’enfer pour devenir feu.

Usage de la douleur physique. Que dans n’importequel degré de douleur, quand presque toute l’âme crieintérieurement «Que cela finisse, je n’en peux plus»,une partie fût-elle infinitésimale de l’âme dise: «Jeconsens à ce que cela dure pendant la perpétuité destemps, s’il convient à la sagesse divine qu’il en soitainsi.» L’âme est alors coupée en deux. Car la partiesensible de l’âme ne peut pas — du moins à certainsmoments — consentir à la douleur. Cette division endeux de l’âme est une seconde douleur, une douleur spirituelle plus aiguë que la douleur physique qui enest l’occasion. On peut faire le même usage de la faim,de la fatigue, de la peur, de tout ce qui contraint impérieusement la partie sensible de l’âme à crier: Je n’enpeux plus! Que cela finisse! Quelque chose doit répondre:Je consens, soit à ce que cela finisse seulement parlà mort, soit à ce que cela ne finisse même pas avecla mort, mais dure perpétuellement. C’est alors quel’âme est divisée comme par un glaive à deux tranchants.

Il vaut mieux faire cet usage des souffrances que lesort inflige que de s’administrer la discipline.

Les souffrances qu’on pourrait éviter sont assimilablesaux premières si une obligation très claire oblige de leséviter. Une obligation de justice envers les hommes.Par exemple un homme contraint de rester un jour sansmanger faute d’argent n’est pas moins contraint du faitqu’une possibilité d’escroquerie s’offre à lui. Car pourun homme honnête une escroquerie n’est jamais possible.

Mais étant donnée la situation générale et permanentede l’humanité dans ce monde, peut-être bien que mangerà sa faim est toujours une escroquerie.

(J’en ai commis beaucoup.)

Il ne faut pas regarder la privation comme un exercice de perfectionnement spirituel, ou une offrande àDieu, ou la condition d’actes de bienfaisance volontaire,mais comme une obligation sociale stricte, c’est-à-direl’équivalent d’une nécessité. Et la seule part que doit yprendre la partie supérieure de l’âme, c’est, quand lasensibilité n’en peut plus et crie: «J’en ai assez», derépondre: «Je consens à ce que cela dure perpétuellement.»

Ce point de l’âme n’a pas d’autre fonction à l’égardde cette vie terrestre que d’en regarder chaque instantfugitif, et quel qu’en soit le contenu, dire: «Je consensà ce que cela cesse immédiatement et je consens à ceque cela dure perpétuellement.»

Toute l’âme terrestre crie «j’en ai assez» quandtoutes ses ressources d’énergie supplémentaire sont épuisées, quand l’énergie végétative, qui sert à l’entretienmême de la vie, est mise à nu et commence à être dépensée.Cela est intolérable. La volonté qui permet de résister a alors disparu. La chair vive est entamée et dévorée.(Prométhée, comme le Christ, est mangé.) Il est impossible alors que l’âme charnelle ne crie pas tout entière:«Assez!» À qui adresse-t-elle cet ordre ou cettesupplication? Elle ne sait pas, mais elle ne peut pass’empêcher de crier. Alors, si la partie éternelle del’âme répond, parlant au vrai Dieu: «Toujours, si tuveux», l’âme est coupée en deux. Ce qu’on sent commeétant le moi est dans la partie qui crie: «Assez!», etpourtant on prend le parti de l’autre interlocuteur. C’estvraiment sortir de soi.

Une partie de notre énergie est au niveau du temps.C’est l’énergie animale. Elle permet de se dire: «Celane durera plus qu’une heure.» Elle permet à la penséede traverser des espaces finis de temps. C’est l’énergiesupplémentaire, celle qui nourrit le désir, celle qui alimente la volonté.

L’énergie végétative qui fait fonctionner les mécanismes chimico-biologiques indispensables à la vie estau-dessous du temps. Quand l’autre énergie est épuiséeet que celle-là doit être dépensée pour autre chose quepour les fonctions biologiques auxquelles elle est destinée,alors un quart d’heure est comme une durée perpétuelle. C’est alors que le cri: Assez! envahit l’âme,et que l’âme est divisée en deux si tout en elle ne s’associe pas à ce cri. C’est quand la sève même s’écoule etque l’homme encore vivant devient du bois mort.

Un quart d’heure de cela est réellement équivalent àune durée perpétuelle d’efforts volontaires, de sortequ’après ce quart d’heure la partie de l’âme qui a refuséde crier «assez!» a traversé la longueur indéfinie dutemps et a passé de l’autre côté du temps, dans l’éternité.

Cela n’arrive qu’à qui a pris racine dans l’amour.

Femmes mythologiques transformées en arbres.

Un arbre ne se meut que vers le haut. Symbole del’état de contemplation pure.

La condition est que l’énergie supplémentaire ait été épuisée. Dans certains états d’âme la volonté permet àl’homme de supporter les plus affreux supplices. Criminels torturés au moyen âge qui n’avouaient pas. Maisquand c’est le cas, aucun degré de souffrance ni de résistance à la souffrance n’est de la moindre utilité pour lesalut.

L’esprit de compétition sportive permet de toutendurer sans aucune vertu véritable. Le stoïcisme romainavait dégénéré en cet esprit.

L’énergie supplémentaire, que l’homme dirige à songré vers ce qui lui paraît bien pour lui, est la partd’héritage emportée par l’enfant prodigue. Elle doit êtredépensée totalement avant que l’âme puisse faire un seulpas dans la direction de l’éternité. Si elle se reconstitueensuite, comme il arrive souvent, elle doit être redépensée.L’enfant prodigue réconcilié avec son père a denouveau reçu de l’argent de lui, et est de nouveau parti,et est de nouveau revenu, et encore et encore, et chaquefois le père a tué le veau gras. Mais ses absences ontété de plus en plus courtes. — Est-ce bien là la description juste?

Il importe peu que cette énergie soit dépensée à chercher des biens d’ici-bas ou Dieu; car si c’est Dieu, ils’agit d’un faux Dieu, fût-il en tout semblable au vrai,tant que cette énergie n’est pas dissipée. Il faut que l’enfant échappé dépense sa part avec des prostituées. Peuimporte que l’une d’elles dise ou non qu’elle vient de lapart de son père. Il ne fera pas un pas vers son pèretant qu’il aura un sou.

L’essentiel, c’est qu’il dépense et ne gagne pas. Si aulieu de gaspiller son argent avec des prostituées, il leplace à intérêt, il ne rentrera jamais chez son père.

Il faut que l’énergie volontaire soit dépensée de manière à ne pas être récupérée, de manière à être épuisée.Pour cela, il faut que la volonté soit dirigée vers deschoses placées au-dessus de son pouvoir. Peu importelesquelles, pourvu qu’elle se tende et se tende et neparvienne pas. Il faut qu’elle sente ses limites et s’yheurte continuellement.

Il faut que tout ce qui est obtenu apparaisse sans valeur, qu’en échange des dépenses d’énergie on nereçoive jamais un bien. Qu’il y ait ou échec ou succèsméprisé aussitôt qu’obtenu.

Si on estime les biens d’ici-bas, on puise en eux dequoi renouveler l’énergie dépensée à les poursuivre.

Si on désire des choses terrestres (car on ne sait pasencore du tout ce que c’est que le ciel), mais impossibles,l’énergie se dépense sans se renouveler.

Si on est capable d’être satisfait par quelque chose depossible, fût-ce l’empire du monde, on ne dépenserapas la portion emportée de la maison paternelle.

Quand l’énergie volontaire est épuisée, le désir devenuimpuissant se dirige vers les mêmes objets terrestres quiétaient auparavant l’objectif de la volonté (et peu importes’ils ont des étiquettes célestes). L’âme crie vers leschoses qu’elle désire comme un enfant qui ne sait pasencore marcher. C’est la première étape du retour àl’enfance. Mais personne ne l’entend. Elle crie et criedans l’indifférence générale. Quand le pouvoir même decrier est épuisé, elle regarde.

Alors peut-être elle se souvient qu’il y a un autre bienauquel les choses inanimées elles-mêmes ont une partabondante.

Comment ce souvenir entre-t-il dans une âme charnelle?

À ce moment où l’énergie volontaire est épuisée, oùl’énergie végétative est à nu, l’âme choisit entre l’enferou le paradis. Et elle ne sait pas qu’elle choisit.

Peut-être recommence-t-elle seulement un choix faitdès la constitution du monde.

Ceux qui meurent sans avoir jamais épuisé l’énergievolontaire meurent sans avoir fait ce choix — quelleque soit au reste la vie qu’ils ont menée, vertueuse oucriminelle. Quel est leur sort une fois morts, c’est unmystère.

En est-il bien ainsi?

Si au moment où ils sont en danger imminent d’avoirépuisé l’énergie volontaire ils décident de la placer àintérêt au lieu de continuer à la dépenser — on peutdire aussi qu’ils ont mal choisi.

Le désir impuissant se détache de ses objets et revientsur lui-même. La notion de bien pur, inconditionné,

notion ineffable, entre alors dans l’âme. L’âme alors yadhère ou non.

Ce choix est un mystère.

Si elle y adhère, elle supplie de ne plus jamais avoirle choix.

Le problème est alors de consacrer à ce bien dont onne sait que le nom la totalité de l’énergie.

Si les circonstances remettent dans l’organisme unecertaine quantité de cette énergie dont s’alimente lavolonté, dépenser cette énergie sans avoir de volonté.La dépenser comme on dépense une somme qui a étéremise par un autre à cet effet, et en faisant usage del’obligation pour suppléer à la nécessité partout oùcelle-ci a des trous.

Après la réconciliation du fils prodigue, s’il s’en va àla ville avec de l’argent, ce n’est pas comme un fils quiemporte sa part d’héritage, c’est comme un esclave quiest chargé par son maître de faire des achats dont rienne lui reviendra et dont nul ne le remerciera. Marcherjusqu’à la ville, courir de boutique en boutique faireles achats commandés jusqu’à épuisement de l’argentqu’on lui a confié, revenir en portant des fardeaux, oubien aller sans argent dans les champs et passer la journéeà labourer, c’est équivalent pour un esclave. Si l’esclavea fidèlement dépensé l’argent pour les achats prescrits,il n’est ni remercié ni récompensé. On lui reproche peut-être de n’avoir pas su chercher les magasins bon marché.S’il a détourné un sou pour le mettre de côté ou ledépenser pour lui, il est battu.

Ainsi l’énergie supplémentaire, volontaire, doit êtredépensée jusqu’à épuisement dans les activités obligatoires.

Ou bien brûlée dans la contemplation.

L’important est qu’il n’en reste pas une parcelle, soitpour le caprice, soit pour l’exercice de la volonté, S’ilen reste une parcelle, c’est un vol.

(Je n’ai jamais cessé de voler.)

Quand les circonstances mettent l’énergie végétative à nu et commencent à la consommer, il faut que cetteénergie même s’arrache aux fonctions biologiques qu’ellealimente et se consacre à Dieu. C’est la mort spirituelle,qui est aussi une opération corporelle. L’homme sedonne à manger aux créatures de Dieu.

Mais cette énergie n’est pas mobile; elle est végétale.Elle ne peut pas se donner une direction. La partie del’âme qui est située à l’autre pôle peut seulement dire:je consens à ce que ma chair soit dévorée jusqu’àla mort — ou encore: jusqu’à la perpétuité destemps.

Il y a alors comme un transfert de la douleur de lapartie charnelle de l’âme, qui a péché, sur la partieéternelle, qui est innocente.

L’âme se divise en deux, une partie innocente et unepartie coupable, et la partie innocente souffre pour lacoupable et la justifie.

L’âme se divise en une partie illimitée et une partielimitante. Le composé qui est sur le plan du fini a disparu. Dans ce microcosme, le chaos originel est reproduit,les eaux originelles où flotte l’Esprit. Une partiesouffre au-dessous du temps, et toute fraction du tempslui semble une perpétuité. Une partie souffre au-dessusdu temps, et la perpétuité lui semble chose finie. L’âmeest coupée en deux et entre les deux parties se trouve latotalité du temps. Le temps est l’épée qui coupe l’âmeen deux. (En un autre sens, l’Amour est cette épée.)La partie sensible de l’âme est en enfer, la partie qui estau ciel ne sent rien, sinon par une contagion de lapremière.

Après cela il y a nouvelle création, que l’âme acceptenon pas pour exister, car elle aspire à ne pas exister,mais uniquement pour l’amour des créatures, commeDieu accepte de créer.

Accepter d’être créé comme Dieu accepte de créer,pour l’amour des autres créatures.

Cette nouvelle création est comme une incarnation.La seconde création n’est pas création, mais génération.Le Christ entre dans l’âme et se substitue à elle.

Ceux qui ont été engendrés d’en haut ne sont pas fils adoptifs de Dieu, mais fils véritables. Mais le Fils estunique. C’est donc Lui qui entre dans ces âmes.

Mais à ce compte les plus grands saints ne verrontpas le royaume des cieux. Car presque tous ont fait oudit des choses que, semble-t-il, le Christ n’aurait pasdites ou faites.

Après tout, il n’y a peut-être qu’un homme sauvédans une génération.

Pour les autres, ceux qui ne sont pas définitivementperdus, on doit concevoir quelque chose d’équivalentaux notions de purgatoire, réincarnation, etc.

Naître d’en haut à partir de l’eau et de l’esprit, àpartir de l’eau et du souffle.

Être engendré d’en haut, être engendré à partir del’eau et du souffle — c’est-à-dire après la dissolution del’âme — microcosme dans le chaos primitif — c’estêtre parfait.

Le baptême est seulement le désir de la nouvelle naissance.Si un enfant est baptisé, ceux qui l’aiment expriment le désir qu’il soit un jour engendré d’en haut. Siun adulte est baptisé, il exprime lui-même ce désir.Or le désir du bien a toujours une vertu. Et plusencore l’expression d’un tel désir, quelque forme qu’elleprenne. Une forme rituelle a peut-être une vertu éminente. Mais alors elle devrait être inconditionnelle, etne pas impliquer la soumission à une organisationsociale.

Bélier

Lion de Némée || Sanglier d’Érymanthe (?) || Taureau de Crète || Hydre || Geryon à 3 têtes || Chevaux de Diomède || Ceinture d’Hippolyte || Oiseaux de Stymphale = Pommes des Hespérides || Cerbère || Cerf d’Arcadie || Étables d’Augée ||

Toutes ces histoires doivent avoir un senssymbolique. Pour les étables, c’est trop clair.Aucun effort de volonté ne peut purifierl’âme du péché; il faut l’ouvrir aux eauxde la grâce.

Taureau
Gémeaux
Crabe
Lion
Vierge
Balance
Scorpion
Sagittaire
Capricorne
Verseau
Poisson

Cette histoire correspond-elle au signe du Verseau? [Le lion de Némée au Lion? Le Taureau de Crète au Taureau? L’Hydre au Crabe? Hippolyte à la Vierge? — Chevaux à Sagittaire, via Chiron??? — Sanglier à la Chèvre? (on se demande comment!) — Cerbère au Scorpion? (là aussi!) — Cerf à Bélier (!!!)? En prenant les pommes, il tue un dragon, qui devient constellation.]

Bélier et Balance. L’Agneau égorgé sur un plateau dela balance, l’univers sur l’autre. Le plateau où estAgneau infiniment éloigné du point d’appui, l’autretout près. Le support de la balance moyenne proportionnelle entre les deux. La Croix est la balance.

Taureau et Scorpion. Le Taureau est Osiris. Le Taureau noir de Norvège. Etc. Le Minotaure. Le Taureaud’Europe. Pourquoi? À cause de la force virile et de lapuissance de génération. Symbole de la génération. Lavache qui donne le lait est symbole de la Nature. Inde:«La vache de tous les désirs». Le scorpion d’eau,sorti de l’eau, fait le mort; mais si on allume uneflamme non loin, va vers la flamme, jusqu’à ce qu’il soitsi près que la chaleur le fait mourir d’épuisement.

Gémeaux et Sagittaire. Les Gémeaux sont Castor etPollux. Ils sont au-dessus d’Orion, qui est Oros, ouApollon. Qu’y a-t-il à dire de ces Gémeaux? — LeSagittaire est, dit-on, Chiron. Un Centaure. Donc lecheval est représenté. Il s’est, dit-on, substitué à Prométhée dans le Tartare. C’est un instructeur et un guérisseur. Le Sagittaire est peut-être aussi Apollon?

Crabe. Corne de la Chèvre. Que dire du Crabe? C’estpeut-être la même chose que l’Hydre. C’est Typhon,meurtrier d’Osiris. Le Soleil au solstice d’été est mauvais. Il brûle. La corne est la corne d’abondance de lachèvre Amalthée qui a nourri Zeus. Pan est assimilé àun chevreau, comme Zeus Ammon à un bélier.

Thor a des boucs qu’il tue pour les manger en prenantsoin que la peau et les os restent intacts, à partir dequoi il les ressuscite. Un jour l’un d’eux devient boiteux,parce qu’un jeune garçon a ouvert un os pour sucerla moelle. Péché originel.

12345
PriamTroanLoridiEinridiVingethor
67891011
VingenerModeMagiSeskefBedvigAthra
1213141516
ItermanHeremedSkjaldumBjafJat
1718192021
GudolfrFinnFriallafVoden (OdinSigi
22232425
RerirVolsungSigmundSigurd


— 25 générations en 1700 ans? 5 en 340? 1 en 68? 20 en 1260?

Autre généalogie. Il y a d’abord le Père et Ymir avecles autres Rime-Giants. [The dizzling rain that rosefrom the venom congealed to rime (?) and the rime increased, frost over frost, into the Yawning Void.] Unevache surgit du rime. Elle nourrit Ymir. Elle lèche pourse nourrir un bloc salé de glace, qui devient un homme,Buri. Il met au monde un fils, Borr, qui épouse unefille de géant. Ils ont trois enfants, Odin, Vili et Vé, quigouvernent le ciel et la terre. Ils tuent Ymir et tous lesgéants sauf deux. Ils mettent Ymir au milieu du Yawning Void, et de son cadavre font la terre; de son sang,la mer et les fleuves, de sa chair, la terre, de ses os, despierres, de son crâne, le ciel. Ils y mettent des feux. Ilsdonnent les confins circulaires de la terre et de la mer àhabiter aux géants, et protègent les hommes par unecitadelle, Midgard, qui est le front d’Ymir. Ils transforment deux arbres en homme et femme (Askr etEmbla) et les font habiter près de Midgard. Puis ils sefont une cité, Asgard, qui est Troie. Le Père a à unHaut-lieu d’où il voit tout. Il épouse Frigg et engendreles Æsir qui peuplent Elder Asgard. Il est père des dieuxet des hommes. La Terre est sa fille et son épouse. Ellelui engendre Thor.

Yggdrasill a une racine parmi les Æsir; une parmi lesRime Giants, où avant était le Yawning Void. Là est lePuits où gît la sagesse. Le Père a dû donner un de sesyeux pour en boire. Une autre racine est à Niflheim, l’origine du froid. Le séjour des Æsir est le ciel, et l’arc-en-ciel permet d’y monter.

Il y a le Dieu primitif. Il y a les Trois qui ont façonnéla terre avec le cadavre du géant. Et il y a un homme,descendant de Priam, situé dans le temps aux environsde l’ère chrétienne. Car il y a 25 générations entre Priamet Attila, soit 1700 ans, ce qui fait 68 ans pour une génération (La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (24), La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (25)), et Voden estla 20e. Or La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (26), et si Priam est un peuavant — 1300, cela amène aux environs de l’ère chrétienne.

L’Edda en prose (Skáldskaparmál) calcule autrement.Frodi, fils d’un petit-fils d’Odin, aurait régné au Danemark au temps d’Auguste, quand le Christ est né. Onparlait de la Paix de Frodi. Un moulin magique produisait pour lui de la paix et de la prospérité, jusqu’à ce queles filles esclaves chargées de moudre, fatiguées, se furentmises à moudre la destruction de Frodi.

Cette différence chronologique n’est pas si considérable.

Odin, descendant de Priam, a pour femme Frigg, etsecond fils Baldr, comme Odin, roi du ciel et de la terre.Les autres noms ne coïncident pas.

Odin, descendant de Priam, est-il une incarnationd’Odin, Dieu auteur du ciel et de la terre?

En ce cas il serait remarquable que la date soit si proche de celle du Christ.

Odin est venu dans le Nord d’Orient. Vingtième descendant de Priam, issu d’une lignée qui a régné enThrace jusqu’à lui.

Qu’en dit Hérodote?

Lion et Verseau, Lion de Nemée. Lion dans l’Apocalypse. Quoi d’autre? Verseau, verseur d’eau. Eaude la grâce.

Vierge et Poissons. La Vierge est la Justice, la viergeAstrée. Elle tient un épi: c’est Démèter et Proserpine.C’est Marie aussi? Le Poisson est celui qui nage dansl’eau du baptême. C’est le Christ. (Pourquoi deux poissons?) — Verseau, Poisson, Bélier: succession naturelle. Lion, Vierge, Balance?

L’eau de la régénération, le poisson qui y nage —comme Noé — l’agneau sacrifié dès l’origine, le taureauqui engendre toutes choses et dont la semence, devenuelait de vache, nous nourrit, les jumeaux inséparablesqui sont un seul immortel (Trinité?) — Le Crabe, c’estle mal, il semble. La force du lion. La justice virginale.La balance par laquelle le cadavre de l’agneau soulèvela création jusqu’au ciel. Le scorpion qui s’approche dela lumière jusqu’à ce que la lumière l’ait tué. L’Archer qui guérit, instruit et souffre pour les hommes (àla place de Prométhée). La corne d’abondance, le Graal,où il y a toujours du pain vivant et de l’eau vivante.Le verseur d’eau qui noie l’âme pécheresse dans laGrâce. Le poisson. L’agneau. Etc.

La Vierge correspond parfaitement au poisson, cenouveau-né qui pousse dans l’eau baptismale. Une foisadulte, il est l’Agneau, et il ressuscite identique au taureau.Le Crabe (l’Hydre? }, le Lion, la Vierge, ce sont lestrois parties de l’âme dans Platon. La Balance est leurharmonie. Le Scorpion est celui qui meurt pour s’approcher de la lumière. Il ressuscite comme Archer (l’Archer est cette lumière même), et obtient comme plénitudela Corne d’abondance.

Crabe. Lion. Vierge. Balance. Scorpion. Archer.Capricorne || Verseau. Poisson. Bélier. Taureau. Gémeaux. || De la terre au ciel, puis du ciel à la terre etretour.

Juin: Crabe. Juillet: Lion. Août: Vierge. Septembre:Balance. Octobre: Scorpion. Novembre: Archer.Décembre: Corne. Janvier: Verseau, Février: Poisson.Mars: Bélier. Avril: Taureau. Mai: Gémeaux.

On part de la démesure; le Crabe, l’Hydre; le moment où il semble presque que le soleil va sortir de seslimites; l’illimité.

Le lion, c’est la force; c’est la nécessité.

La Vierge est la justice et la sagesse.

La balance. C’est la Croix.

Le scorpion qui meurt de l’amour de la lumière.

L’Archer qui est la lumière.

La corne d’abondance qui est la plénitude de Dieu.

Le verseau qui répand les torrents d’eau vivante, lestorrents de grâce.

Le poisson qui nage dans l’eau de grâce.

L’agneau sacrifié dès l’origine.

Le taureau dont la semence est notre lait.

Les deux êtres jumeaux qui sont une seule divinité.

L’agneau sacrifié fait face à la croix.
agneau, balance — taureau, scorpion — Gémeaux,archer — crabe, corne — lion, verse-eau — vierge,poisson — balance, agneau.

L’agneau sacrifié fait face à la croix, le Poisson à laVierge.

Les peuples pasteurs, buveurs de lait, croyaient êtrenourris de la semence du taureau. «L’eau vivante», est-ce que ce n’est pas la semence? Oreste: ὦ γόναι, ôsemence la plus chérie… A-t-on imaginé un pacte envertu duquel les animaux donnaient leur semence, sousforme du lait de leurs femelles, au lieu de leur chair? Etc’est pourquoi tout contact entre la viande et le lait seraitinterdit,

Un chevreau noyé dans du lait, c’est une mort qui estcomme un retour à l’état d’avant la naissance, à l’étatde semence. Baptême.

Le pain de même, semence du soleil.

C’est la beauté du monde qui force l’homme épuisé,l’homme qui a dépensé tout son patrimoine, toute sonénergie, à se souvenir que les esclaves de son père ontplus de part au bien que lui qui est le fils. La part deschoses au bien, le salaire des esclaves du Père, c’est labeauté. On désire être simplement une partie du monde,comme une pierre, plutôt qu’être soi. Alors le Père tuele veau gras.

Ce sont les objets, les choses inertes qui sauvent à l’instant décisif.

De même que le corps est un puissant instrument desalut.

Part de la beauté du monde dans l’Ancien Testament.

La beauté du monde a presque disparu du christianisme parce que l’Empire romain en a fait une religionpolitique.

La matière qui a causé la perte procure le salut.C’est la lance dont le contact commence à guérir laplaie qu’elle a causée. Cf. l’histoire du Graal.

Le corps est un levier par lequel l’âme agit surl’âme. Par la discipline imposée au corps, l’énergieerrante de l’âme s’épuise d’elle-même. Si on attacheune chèvre, elle tire et tire, tourne en rond, tire encore,pendant des heures et des heures; et enfin, épuisée, ellese couche. De même la partie errante de l’âme quandle corps est cloué. Elle s’agite, mais malgré elle est toujours ramenée au corps, et finalement s’épuise et disparaît.

L’âme doit avoir été divisée en deux avant qu’unepartie puisse ainsi utiliser le corps contre l’autre.

Non seulement cela, mais il faut que la partie éternelle de l’âme soit obéie du corps.

Cela se fait sans violence. Le corps consent à cettedomination.

La partie éternelle de l’âme ayant conçu un commandement au corps, le corps ne peut pas faire autrementqu’obéir.

S’il en est autrement, le commandement n’est pasparti du point éternel de l’âme, ou bien l’attention nes’est pas arrêtée sur le commandement.

Le corps est une prison. La partie spirituelle de l’âmedoit s’en servir pour enfermer, emmurer la partie charnelle. Le corps est un tombeau. La partie spirituelle del’âme doit s’en servir pour tuer la partie charnelle.

Que mon corps soit un instrument de supplice et demort pour tout ce qui est médiocre dans mon âme.

Il faut quelquefois faire violence à sa pensée, quelquefois clouer le corps et laisser la pensée s’épuiser. Mais il faut dresser le corps à n’écouter que la partie supérieurede l’âme. Comment?

Traiter la partie inférieure de l’âme comme un enfantqu’on laisse crier jusqu’à ce qu’il en ait assez et setaise. Rien dans l’univers ne l’entend. Au lieu que Dieuentend le silence même qui Lui est adressé par la partieéternelle de l’âme.

«Ne pas s’écouter.»

Faire taire ces animaux en moi qui crient et empêchent Dieu de m’entendre et de me parler. Pour imposersilence, le mieux est de faire comme si on n’entendaitpas. Ceux qui constatent qu’ils ne sont pas entendusfinissent par se lasser et se taire. Ces animaux en moi neseront entendus par personne si je ne leur prête pas mavoix. En plus, il ne faut pas que je les entende non plus,ou du moins il faut que je n’en témoigne rien.

Qu’ils sachent toujours, dès qu’ils se mettent à crier,qu’ils ne seront entendus par rien au monde — nipar les choses, ni par les hommes, ni par Dieu, ni parmoi.

Ces animaux, c’est ce qui en moi, avec divers accentsde tristesse, d’exultation, de triomphe, de peur, d’angoisse,de douleur, et toute autre nuance d’émotion,crie sans aucun arrêt «moi, moi, Moi, moi, Moi».

Ce cri n’a aucun sens et ne doit être entendu par rienni personne.

Ces animaux ont l’habitude de crier sans arrêt, jour etnuit, à travers le sommeil même, chaque seconde.

Il ne faut pas leur enseigner des sons et des intonations.

Il faut les amener à se taire parfois quelques instants.Puis les dresser à se taire de plus en plus souvent, deplus en plus longtemps. Puis obtenir, si on peut, leursilence total. S’ils peuvent mourir avant le corps, c’estle mieux.

Tant que le corps leur obéit, ils croient dialoguer avecl’univers. Car à cause de la perspective, l’univers changepour celui dont le corps a fait dix pas. Si le corps neleur obéit, et si la parole ne les traduit pas, ils sontforcés de constater que rien au monde ne les entend. Quand ils l’ont constaté souvent, il entre du désespoirdans leurs cris; ils sont fatigués avant de commencer.

Au contraire, la partie éternelle, dont tous les cris, lesmurmures, les silences sont entendus, comment se fatiguerait-elle jamais?

Ces animaux sont très rusés pour se faire obéir ducorps en faisant surgir des prétextes qui semblent ne pasvenir d’eux. Pour être sûr que le corps leur désobéit, ilfaut s’imposer des choses inconditionnellement pour unelongue durée ou répétées souvent. Car on peut être sûrque ces animaux, instables et capricieux, un jour n’envoudront pas. De sorte qu’en persévérant assez, on estsûr de finir par les contrarier.

Mais pour cela il faut ne pas compter. L’espritde record fait de n’importe quelle action un stimulantpour les animaux qui disent «moi»; dès qu’il estdéchaîné, aucune action, aucune abstention ne peut plusêtre d’aucun profit. Si on se dit «j’ai fait telle chose pendant x temps…» il vaut mieux ne pas l’avoir faite.

L’interdiction des recensements est peut-être le souvenir d’une parole de sage fondée sur une telle observation?Il y a des biens qui sont anéantis dès qu’onles évalue.

Cela montre vraiment que Dieu seul par sa grâcepeut sauver.

Ce qui fait apparaître en pleine lumière que la miséricorde de Dieu est le seul salut, c’est que les règles lesplus essentielles au bien de l’âme sont des règles qu’onne peut pas vouloir observer, parce que le seul fait d’ypenser en constitue déjà une violation. On peut seulementsupplier Dieu d’ôter de telles pensées de notre cœur.

Dieu nous a faits de manière que nous soyonscontraints de nous tourner vers lui en suppliants.

Si on ne veut pas reconnaître Dieu, cela revientexactement au même. On se dit «Puissé-je ne plus avoirde telles pensées!» Du moment qu’on s’exprime àl’optatif, c’est une supplication.

Rester au-dessous de ce que d’autres ont fait, en lesachant, et en ne désirant pas les égaler par la quantité,est une manière de briser l’esprit de record. Si du moins on est assez orgueilleux pour sentir que ce qui est inférieur à ce que d’autres possèdent est sans valeur. Caril y a un usage de l’orgueil pour l’humilité.

L’esprit de record étant aboli, si on s’installe danstelle pratique quotidienne d’une manière stable, ou si onse dit: je ferai telle chose tant de temps, et qu’onl’observe, on peut être sûr que les animaux qui sontdans l’âme en auront assez, et crieront, et hurleront, etéprouveront leur impuissance à se faire entendre. Car lecorps ne leur obéira pas si la résolution a été prise dansla partie centrale de l’âme. C’est là un effet de la miséricorde de Dieu.

Si au lieu d’une résolution, c’est une contrainte extérieure contre laquelle ces animaux hurlent, c’est mieuxencore. Il faut seulement que la partie éternelle de l’âmeconsente à ce que cette contrainte dure indéfiniment etsans aucune compensation, même spirituelle. Car compter sur un avantage spirituel, c’est sous ce nom donnerune pâture aux animaux qui crient «moi!»

Tout ce qui est conditionnel est du domaine de cesanimaux. Seul l’inconditionnel leur échappe.

C’est l’énergie supplémentaire qui met l’âme dans ledomaine du conditionnel. On se dit «je veux bien fairedeux kilomètres si je peux trouver un œuf». C’est que,même fatigué, on a de la force pour deux kilomètres.Mais l’épuisement total, c’est le sentiment: «Mêmepour sauver ma vie je ne ferais pas dix mètres.» Celacorrespond à un état où l’énergie végétative est mise ànu, où la marche brûlerait une énergie indispensableaux fonctions même de la vie, aux échanges vitaux.

Au reste, la sensibilité étant un indicateur parfoisdéfectueux, le sentiment d’épuisement peut apparaîtreavant que l’état d’épuisement ait commencé, ou après.Mais psychologiquement, c’est sans doute le sentimentqui compte.

Entré dans cet état, les intentions comportant un ajustement des résultats et des intentions sont remplacéespar des besoins immédiats et inconditionnés. C’est alorsque l’âme crie: «Il faut!»

Il faut que je voie ***! Il faut que je m’arrête! Il faut que je mange! Il faut que je boive! Il faut quecette douleur soit suspendue au moins un instant!

Répondre froidement et cyniquement, comme Talleyrand au mendiant: Je n’en vois pas la nécessité.

Ajouter par amour: Je consens à ce que ce besoindure sans être satisfait, avec son intensité actuelle ou uneintensité plus grande, sans aucune compensation d’aucune sorte, soit perpétuellement, soit jusqu’à l’anéantissement de l’âme et du corps.

La compensation, c’est le consentement lui-même.Mais il ne faut pas l’évaluer ainsi, ou tout bien en disparaît.

Certains hommes peuvent loger tant d’énergie dansun objet extérieur à eux-mêmes que tant que cet objetexiste, jamais, même tout près de la mort, ils n’en sont:réduits à l’arrachement de l’énergie végétative. Ce sontles géants qui ont caché leur vie au fond d’un lac.

Ceux-là ne peuvent faire un pas vers l’éternité.

Les soldats de Napoléon étaient ainsi.

Peut-être les martyrs? Ceux dont la mort n’a pasressemblé à celle du Christ. En tout cas le Polyeucte deCorneille est ainsi.

Quand l’énergie végétative est à nu, l’univers disparaît,le besoin est l’univers. L’univers tout entier estoccupé à pousser le cri de l’âme: «J’ai faim!» «J’aimal!» «Il faut que cela cesse!» Il n’y a plus d’autrebien au monde que la satisfaction immédiate du besoin.

À ce moment, répondre: «Je n’en vois pas la nécessité », c’est arracher violemment la partie éternelle del’âme au moi et la clouer au non-moi.

Le besoin étant inconditionnel, le consentement à lacontinuation indéfinie de la privation est aussi inconditionnel.Il ne comporte aucune compensation déguisée,aucun marchandage tacite, puisqu’il n’y a aucun biendans tout l’univers pour personne, hors la satisfactionimmédiate de mon besoin.

Le consentement à l’absence totale et perpétuelle detout bien est le seul mouvement de l’âme qui soit inconditionnel.

Il est le seul bien.

Il ne peut se produire qu’à ces moments où un tel crioccupe toute l’âme qu’on croit qu’il n’y a aucun biendans tout l’univers pour personne, sinon la satisfactionimmédiate du besoin. Alors le consentement à la non-satisfaction est inconditionnel.

Dans d’autres moments, le consentement à l’absencede bien n’est qu’un mouvement de fatigue. Alors lerepos est le bien qu’on poursuit sous le prétexte de cerenoncement. Le consentement en ce cas est apparent etconditionnel.

Un tel consentement est à la volonté ce qu’est à l’intelligence la contradiction dans un mystère. Il est absurde.

Il est le consentement à ne pas être.

Consentir à ne pas être, c’est consentir à la privationde tout bien, et ce consentement constitue la possessiondu bien total. Seulement on ne le sait pas. Si on le sait,le bien disparaît. Orphée perd Eurydice quand il laregarde. Niobé voit ses enfants mourir quand elle envante le nombre.

Mais quand le besoin végétatif est mis à nu, il n’y aaucun danger qu’on tue le bien en en prenant conscience.L’âme est occupée entièrement par le cri de la privationet de la douleur.

Quand toute l’âme crie «Il faut…!» sauf un pointqui répond «Pourquoi?» et «Je consens à ce que…ne pas.», à ce moment on porte sa croix. Mais leChrist a dit qu’il faut le faire tous les jours. Commentcela peut-il se faire? Faut-il se placer dans des circonstances où on souffre à ce point tous les jours?

Peut-être.

Dans la joie intense et pure, on est également videde bien, car tout le bien est dans l’objet.

Il y a autant de sacrifice, de renoncement, au fond dela joie qu’au fond de la douleur.

[Sénèque: Simul ista mundi conditor posuit deus— odium atque regnum.]

Les passions — avarice, ambition, dévouement à unepersonne ou une collectivité, vices — accumulent de l’énergie dans tel ou tel objet extérieur qui sert d’excitant,de manière qu’à moins que cet objet ne soit détruit,l’énergie végétative n’est jamais mise à nu dans lespires circonstances. C’est pourquoi elles sont funestes.L’homme qui s’y livre n’est pas le fils qui gaspille sonhéritage avec les prostituées, c’est le fils qui met sonpatrimoine dans une banque. Il n’aura pas faim; ilne reviendra pas vers son Père.

La seule chose qui peut sauver un être humain de cedanger, c’est l’exigence. Si je crois voir du bien dansNapoléon, comment ne lui consacrerais-je pas une partde mon énergie? Mais si je m’aperçois ensuite qu’iln’est pas assez bon pour moi, l’énergie que je lui auraiconsacrée est perdue.

À ce moment j’ai le choix. Ou subir cette perte; oupour ne pas la subir, me mentir et me persuader qu’ilest assez bon pour moi.

Les choses d’ici-bas ne servent de banque pour le patrimoine d’énergie dont nous disposons — banques où cepatrimoine peut se conserver et même s’accroître dansdes proportions extraordinaires, grâce à d’heureuses spéculations — qu’au prix du mensonge à soi-même.

Quand le patrimoine est presque dissipé, qu’on est aubord de la misère totale, la tentation d’y avoir recourspour garder au moins quelques sous est presque irrésistible. C’est pourquoi une vie restreinte et obscure avilitsouvent l’âme plus que la richesse et la puissance.

L’enfant prodigue a dépensé ses derniers sous.

Il faut n’avoir plus rien pour se tourner vers le Père.

Quand on a encore quelque chose, et qu’on se tournevers le Père, c’est quelqu’un d’autre sous son nom.

Que je sois comme tes mercenaires. C’est-à-dire que,comme les choses inertes, je sois tout entier soumis à tavolonté.

«Tu ne m’as jamais rien donné.» «Parce que toutce que j’ai est à toi.» Il suffit d’être sans libre arbitrepour être égal à Dieu.

Si on est véridique, chaque dépense d’énergie estune perte d’énergie, tant qu’il s’agit de l’énergie qui estson bien propre. On ne la place à intérêt qu’en mentant.

Il en est autrement de l’énergie qui est un dépôt confiépar Dieu. Il faut placer ce dépôt à intérêt.

«Il sema en toutes choses l’identité et l’unité quis’étend à travers tout.»

L’unité, semence de Zeus.

C’est le Logos.

Il y a là aussi la Trinité,

Zeus se change en Amour pour semer l’Unité. Sasemence (σπέρμα), c’est son Fils. Il devient Amour pourengendrer.

La Création est la distance entre le Père et le Fils.

Isidoros (gnostique), disait: Pherekydès a composéune théologie allégorique dont il a pris la base dans laprophétie de Cham, afin qu’on apprît ce que sont lechêne ailé et la toile brodée qui y est suspendue (Clém.Al. VI, 6 (272).

Fragment de Pherekydès:

Isidoros — afin qu’on sache ce que sont le chêne ailéet l’étoffe brodée qui s’y trouve, allégories de la théologie de Pherekydès, dont il a pris le fondement dans laprophétie de Cham.

Fragment de Pherekydès: Ils lui font des demeuresnombreuses et grandes. Quand ils ont tout achevé, avecles biens, les meubles, les serviteurs, les servantes, et toutce qu’il faut, quand tout est prêt, ils font le mariage.Et quand c’est le troisième jour de la noce, alors Zeusfait une étoffe grande et belle et il y brode la Terre etl’Océan et les demeures de l’Océan.

Il y a toujours eu Zeus et Kronos (ou le temps?)et Chtonia; celle-ci a pris le nom de Terre, parce queZeus lui a donné la terre comme un présent.

Origène, C. Cels., VI, 42. (II, iii, 13 K) Pherekydès,beaucoup plus ancien qu’Héraclite, disait que deuxarmées se sont opposées, l’une conduite par Kronos,l’autre par Ophiôn (Ophis, serpent). Elles ont convenuque ceux qui tomberaient dans l’océan seraient vaincus, et que les autres posséderaient le ciel. C’est la mêmehistoire que celle des dieux et des titans, de Typhon avecHoros et Osiris.

Fragment de Pherekydès: les mariages à toi.Ainsi je t’honore. Sois joyeuse et comprends. On ditque ce furent les premiers présents de l’enlèvement duvoile. De là en vint la coutume aux dieux et auxhommes. Elle… reç… (l’étoffe?)

Origène. Celse, commentant Homère, dit que les discours de Zeus à Hera sont les discours de Dieu à lamatière, sous forme d’énigmes (i. e. symboles). Elle quià l’origine était sans règle, Dieu l’a prise et l’a liée etmise en ordre par certaines proportions. Les démons deson entourage qui étaient insolents, il les a jetés commechâtiments par la route d’ici. Il dit que Pherekydèscomprenait ainsi les paroles d’Homère. «Au-dessous decette destinée est la destinée du Tartare; elle est gardéepar les filles de Borée, les Harpies, et la Tempête(? θύελλα). Là Zeus jette tout dieu coupable de démesure.» Il dit qu’à ces conceptions aussi se rattache lepéplos d’Athéna contemplé par tous dans la processiondes Panathénées. Car ce qui est exprimé par lui, c’estqu’une divinité sans mère et non souillée domine lesfils audacieux de la Terre.

Cet Ophion jeté dans l’Océan, c’est le Serpent de Midgard,fils de Loki, jeté par Odin au fond de l’Océan,et qui, se mordant la queue, fait le tour de la terre.C’est le Leviathan de la Bible. Au dernier jour, leSerpent de Midgard sera tué par Thor, mais en mêmetemps le tuera de son venin. C’est le Serpent ou Dragonde l’Apocalypse. Etc.

Cela n’a rien d’étonnant, si la mythologie scandinaveest d’origine troyenne.

Dans l’Iliade les Troyens portent un peplum àAthéna.

Le Chêne ailé est Yggdrasill.

D’après Probus et Hermias — Zeus ou l’éther est cequi agit, la terre ou Chtonia ce qui subit, Kronos ou letemps ce dans quoi se produit ce qui se produit. — Laterre est le principe de tout (?). Max. Tyr: … il examine la poésie du Syrien, Zeus et Chtonia et l’Amourentre eux et la naissance d’Ophiôn et la bataille desdieux et le chêne et le peplos.

Pherekydès est mort vers 600. Il n’aurait pas eu demaître, mais se serait formé lui-même, après avoir acquisles livres secrets des Phéniciens (Suidas).

Donc les «prophéties de Cham» seraient un de ceslivres secrets des Phéniciens, lesquels descendent deCham.

Le fleuve que Platon nomme Oubli, les OrphiquesStyx, chez Pherekydès c’est l’écoulement de la semence(σπέρμα).

Ce fleuve est celui du baptême.

Le fleuve des spirituals nègres doit venir d’une tradition africaine, car aucun fleuve ne tient une telle placedans la tradition chrétienne.

La terre est une étoffe brodée sur l’axe du monde quijoint les deux pôles.

L’étoffe est agitée au hasard en tous sens, mais estretenue par la fixité de l’arbre.

(Est-ce chez les Indiens d’Amérique qu’accrocher desétoffes à des arbres est un acte religieux ou magique?)

Cham engendre 1o Canaan qui engendre Sidon.2o Kouch qui engendre Rama et Nemrod, le fondateur de Babel et de Ninive. 3o Misraïm, d’où sortent lesÉgyptiens et les Philistins. Kouch serait ainsi l’ancêtredes Éthiopiens.

Les Hébreux ont dû amalgamer 1o l’histoire del’ivresse et de la nudité de Noé, et de l’attitude de sesfils. 2o une prophétie (après coup?) sur les malheursdes descendants de Canaan. Si la conquête de la Palestine a eu lieu en même temps que la guerre de Troie,ce double malheur a dû frapper l’imagination.

Le chêne ailé. Comparer Yggdrasill, l’arbre battu desvents.

[Dans l’Edda, Soleil et Lune sont sœur et frère.]

Lire Diodore de Sicile, II, ch. iii, sur le Druidisme.

Voir Stonehenge, ruines d’un temple celtique duDieu solaire.

Lucifer voulait être Dieu. Quoi de plus naturel?L’amour seul fait consentir à n’être pas Dieu. L’amourfait consentir à être n’importe quoi, ou rien. L’amourest parfaitement satisfait par la pensée que Dieu est. Ilfaut aimer ainsi, ou être comme Lucifer; tout le resteest servile.

Si le ciel était comme ils le peignent, on y serait plusmalheureux que sur terre; car sur terre on peut espérerparvenir plus tard à n’importe quel degré de perfection,au lieu qu’au ciel, tel qu’ils le décrivent, bien que lesuns vaillent moins que les autres, et par suite tous moinsqu’il n’est possible de valoir, on sait qu’il n’y a plusjamais aucun progrès.

Combien il faut que l’empire romain ait empoisonnéle christianisme, pour qu’ils décrivent le paradis commeune cour de souverain?

Dans un village de campagne, la parabole sur legrain dont le Semeur n’a plus à s’occuper quand il estjeté, parce qu’il pousse tout seul, que personne ne doittravailler à faire grandir, parce que de lui-même ilgrandit, pourrait servir de thème au sermon chaquedimanche, des semailles à la moisson. Cette seule penséesuffit si elle accompagne chaque regard sur le blé quipousse.

Saint Paul sur le Christ «Qui est l’image du Dieuinvisible, premier engendré de toute la création, car enlui ont été créées toutes les choses qui sont dans lescieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, soit lesthrones, soit les seigneuries, soit les principes, soit lespouvoirs; toutes les choses à travers lui et pour lui sontcréées; et lui-même a été établi avant toutes choses ettoutes les choses en lui, et lui-même est la tête du corps,de l’église. Lui qui est le principe, le premier engendrédes morts, afin qu’il soit né en toutes choses premier,car en lui il a décidé qu’habite toute la plénitude, età travers lui-même de réconcilier (veut dire aussi échanger) toutes choses vers lui, mettant en paix à travers le sang de sa croix, à travers lui-même, soit ce qui est surterre soit ce qui est dans les cieux.»

Ces derniers mots sont inexplicables à l’intérieur duchristianisme actuel.La pensée exprimée ici est exactement celle de Pherekydes: «semant dans toutes choses l’identité et l’unitéqui s’étend à travers le tout».

Cette identité, cette unité, c’est le Christ.

Le Christ est triple: 1o Le Fils de Dieu égal auPère, ne faisant avec lui qu’un seul Dieu, engendré etnon créé. 2o Le premier-né de la Création, l’Âme duMonde, l’unité écartelée à travers toute chose, l’harmonie. 3o Un être humain (ou plusieurs?).

Le premier engendré des cadavres; est-ce Abel?

Le premier acte de Dieu à l’égard de l’humanitéexilée, c’est qu’il a laissé tuer l’innocent et à protégé lecoupable contre la mort.

Si le Christ a réconcilié toutes choses et mis la paix,c’est que toutes choses sont composées de contraires.C’est une doctrine pythagoricienne.

L’harmonie, l’unité répandue à travers toutes leschoses est la semence du Père. La semence du Père estle lait des enfants. Nous vivons de boire cette unitéparmi les choses visibles. Le Père a une épouse qui transforme sa semence en lait pour nous nourrir; c’est lanature. Shakti. La Vierge-Mère. Cette semence du Père,qui est le Fils, est reçue et bue par nous seulement à travers elle, χαῐρε κεχαριτωμένη.

Il y a encore un quatrième être du Christ. Il est unerelation de Dieu avec soi; l’Âme du Monde, aînée descréatures; l’homme Jésus (et d’autres hommes? et descréatures non-humaines? ange, animal, arbre, matièreinanimée? cf. Origène). Il est aussi l’âme collective dela société formée par ceux qui l’aiment.

Mais cette société n’est pas vraiment une société.C’est une amitié. Une âme collective ne peut être qu’unfaux dieu.

Pour ceci j’ai été engendré, pour ceci je suis venu dansle monde, pour témoigner pour la vérité. Quiconque procède de la vérité entend ma voix.

La raison suprême pour laquelle le Fils de Dieu a étéfait homme, ce n’est pas pour sauver les hommes, c’estpour témoigner pour la vérité.

(Video) Die Lemurianer eine Unheimliche Begegnung am Mount Shasta (GER/ENG)

Témoigner que l’amour entre le Père et le Fils estplus fort que la distance entre le Créateur et la créature.Que la pensée des penseurs séparés est une.

Pour témoigner pour la vérité. Quelle vérité? Il n’ya qu’une vérité qui vaille la peine d’être l’objet d’untémoignage. C’est que Dieu est Amour. Le Fils estséparé du Père pour témoigner qu’ils s’aiment. Témoigner devant qui? Devant eux-mêmes. Dieu témoignedevant Dieu qu’il aime Dieu.

Généalogie troyenne dans l’Iliade (XX, 215 sqq)Zeus engendre Dardanos, qui fonde Dardanie. Ilionn’existe pas dans la plaine; on habite le mont Ida. Dardanos engendre Érichtonios, le plus prospère des hommes.Il a 3000 chevaux de Borée. Érichtonios engendre Trôs.Celui-ci a trois fils: Ilos, Assaracos, et Ganymède, leplus beau des hommes, que les dieux enlèvent. Ilosengendre Laomédon. Celui-ci, Tithon et Priam et Lampos et Klytios et Hiketaon. Assaracos engendre Kapysqui engendre Anchise.

Dardanos. Érichtonios. Tros. Ilos, Assaracos, Ganymède. Laomédon. Priam.

Ammianus Marcellinus. Julien établit la liberté pourtoutes les sectes chrétiennes «pour que la licence accroissant les dissensions il n’eût pas à craindre ensuite unpeuple unanime; ayant constaté que nulle bête sauvage n’est si ennemie des hommes que la plupart desChrétiens ne le sont mortellement entre eux».

Telle était l’application du commandement: «Aimez-vous les uns les autres.»


Ammianus [Pyramide, de πῦρ; imite une flamme].

[À Syene, (Assouan), le soleil étant dans une certainepartie du cancer, les choses verticales n’ont pas d’ombre à midi. De même à Meroë en Éthiopie, où plus de90 jours les ombres sont du côté opposé à celui de cheznous.]

Ammianus Marcellinus: «Si quelqu’un veut d’unesprit attentif découvrir les nombreuses reproductionsde la connaissance du divin et l’origine des connaissancesde l’avenir, il trouvera que ces connaissances ont étéportées à travers le monde entier à partir de l’Égypte.Là d’abord des hommes, longtemps avant les autres,sont parvenus aux divers commencements des religions;et les premiers commencements des choses sacrées y sontsoigneusement conservés, enfermés dans des écritssecrets.»

La sagesse des mages de Perse (Zoroastre) serait d’origine indienne. Mais la première origine serait chaldéenne. (?)

Apis est consacré à la Lune.

Les fêtes d’Adonis, dont les cultes mystiques enseignent que c’est un simulacre des moissons mûres.

Origine des Gaulois. Certains parlent des Doriens. LesDruides disent qu’une partie est indigène; d’autres sontvenus d’îles lointaines et d’au delà du Rhin. Certainsdisent que des Troyens fugitifs ont occupé ces régionsalors désertes. Geryon et Tauriseus, tués par Hercule,étaient tyrans l’un d’Espagne, l’autre de Gaule. Unpeuple asiatique de Phocée, évitant la cruauté du roiCyrus, a fondé Marseille.

«Les Druides, d’esprit plus élevé, comme l’autoritéde Pythagore l’a décrété, unis en fraternités (sodaliciisconsortiis) se sont élevés par la recherche des chosescachées et profondes, et, méprisant ce qui est humain,ont prononcé que les âmes sont immortelles.» (LesEuhages essayaient de dévoiler les lois secrètes de lanature, les Bardes chantaient les exploits guerriers.)

[Quand Julien a pris l’administration de la Gaule,on demandait à chacun 25 pièces d’or comme impôtpersonnel.]

«Ut auctoritas Pythagorae decrevit» peut vouloir dire(dans le langage bizarre de cet écrivain), non pas sous l’influence de Pythagore, mais conformément à sa doctrine.

Invocation à Bacchus dans Sénèque (Œdipe). Lucidum caeli decus — adverte virgineum caput… [pour secacher de Hera, simulata virgo] Gange — Araxes —Le Cithaeron a été souillé «Ophonia caede».

Dionysos a un rapport particulier avec l’histoired’Œdipe. Le sphynx indique que cette histoire estimportée d’Égypte.

Cadmus, «Sidonio hospiti».

L’absence de bien, ou plutôt le sentiment de cetteabsence, c’est le malheur. Le soleil de Platon étant lebien, les ténèbres, dans le mythe de la caverne, c’est lemalheur. Les premières ténèbres, quand le captif délivréde ses chaînes est encore dans la caverne, c’est le sentiment affreux qu’une âme prend de sa propre misèrequand elle commence à rentrer en elle-même et se rendcompte du mensonge de ce qu’elle a cru des biens. Lessecondes ténèbres, produites par l’éblouissement chez lecaptif sorti de la caverne, c’est le sentiment de malheurdans l’âme de celui qui possède le bien, mais qui nesait pas qu’il le possède. C’est la nuit obscure de l’espritde saint Jean de la Croix. Avec le temps, les yeux s’habituent,le sentiment de la lumière apparaît; mais lesyeux s’élevant vers un nouvel objet plus lumineux,l’éblouissement recommence. Ce sont les alternativesentre le sentiment de damnation et le sentiment de salutnotées par saint Jean de la Croix. Ces alternatives sereproduisent à chaque étape, et par suite durent d’autant plus longtemps qu’un homme s’élève davantagedans l’échelle des objets de plus en plus lumineux; aumaximum chez celui qui finit par regarder le soleillui-même, en soi, tel qu’il est. De même saint Jean dela Croix dit que l’état de nuit obscure de l’esprit, avecses alternatives, dure d’autant plus longtemps que l’âmeest destinée à aller plus loin dans le chemin de la perfection.

Quand le captif est dans l’obscurité, il a le sentimentqu’il a la vue, mais est dans l’obscurité; ce qui est exact. Mais quand il entre dans la lumière qui l’éblouit,il a l’impression d’être aveugle. C’est ce que saint Jeande la Croix nomme le sentiment de la damnation.

Le Soleil étant le Bien, la vue est la faculté d’aimerdans l’âme, et la lumière ne peut être que l’Amour. SiPlaton la nomme vérité, c’est comme le Saint-Esprit,qui est Amour, est nommé par le Christ l’Esprit devérité. Les objets éclairés sont la beauté. Le dernier estla lune, qui est la beauté pure en Dieu, le Verbe.

Cette analogie si étroite entre Platon et saint Jean dela Croix, qui ne s’explique sûrement pas par un empruntdirect, probablement pas non plus par un emprunt indirect, montre que la vérité mystique est une comme lavérité arithmétique ou géométrique.

Exemple de prière.

Dire à Dieu:

Père, au nom du Christ, accorde-moi ceci.

Que je sois hors d’état de faire correspondre à aucunede mes volontés aucun mouvement du corps, aucuneébauche même de mouvement, comme un paralytiquecomplet. Que je sois incapable de recevoir aucune sensation,comme quelqu’un qui serait complètementaveugle, sourd, et privé des trois autres sens. Que jesois hors d’état d’enchaîner par la moindre liaison deuxpensées, même les plus simples, comme un de ces idiotscomplets qui non seulement ne savent ni compter niire, mais n’ont même jamais pu apprendre à parler.Que je sois insensible à toute espèce de douleur et dejoie, et incapable d’aucun amour pour aucun être, pouraucune chose, ni même pour moi-même, comme lesvieillards complètement gâteux.

Père, au nom du Christ, accorde-moi réellement toutcela.

Que ce corps se meuve ou s’immobilise, avec une souplesse ou une rigidité parfaites, en conformité ininterrompue avec ta volonté. Que cette ouïe, cette vue, cegoût, cet odorat, ce toucher, reçoivent l’empreinte parfaitement exacte de ta création. Que cette intelligence,dans la plénitude de la lucidité, enchaîne toutes les idées en conformité parfaite avec ta vérité. Que cette sensibilité éprouve dans leur plus grande intensité possible etdans toute leur pureté toutes les nuances de la douleuret de la joie. Que cet amour soit une flamme absolumentdévorante d’amour de Dieu pour Dieu. Que tout celasoit arraché à moi, dévoré par Dieu, transformé en substance du Christ, et donné à manger à des malheureuxdont le corps et l’âme manquent de toutes les espècesde nourriture. Et que moi, je sois un paralysé, aveugle,sourd, idiot et gâteux.

Père, opère cette transformation maintenant, au nomdu Christ; et bien que je la demande avec une foiimparfaite, exauce cette demande comme si elle étaitprononcée avec une foi parfaite.

Père, puisque tu es le Bien et que je suis le médiocre,arrache de moi ce corps et cette âme pour en faire deschoses à toi, et ne laisse subsister de moi, éternellement,que cet arrachement lui-même, ou bien le néant.

De telles paroles n’ont une vertu efficace que si ellessont dictées par l’Esprit. Ce n’est pas volontairementqu’on peut demander pareilles choses. C’est malgré soiqu’on en arrive là. Malgré soi, mais on y consent.On n’y consent pas avec abandon. On y consent avecune violence opérée par l’âme entière sur l’âme entière.Mais le consentement est entier et sans réserve, donnéd’un mouvement unique de tout l’être.

Est-ce de là que vient la métaphore du mariage?Ce rapport entre Dieu et l’âme ressemble à celui del’époux avec l’épouse encore vierge, la nuit des noces. Lemariage est un viol consenti. Ainsi l’union de l’âme avecDieu. L’âme a froid et ne sent pas qu’elle aime Dieu.Elle ne sait pas elle-même que si elle n’aimait pas elle neconsentirait pas. L’union conjugale se prépare, elle qui vafaire de la personne d’un homme un simple intermédiaireentre sa chair et Dieu.

D’autres âmes aiment Dieu comme une femme aimeson amant. Mais les amours des amants ne sont pasdurables. Les époux seuls sont une seule chair pourtoujours.

(Mais tous ces phénomènes spirituels sont absolument hors de ma compétence. Je n’y connais rien. Ils sontréservés à des êtres qui possèdent, pour commencer,les vertus morales élémentaires. J’en parle au hasard.Et je ne suis même pas capable de me dire sincèrementque j’en parle au hasard.)

Début d’un conte italien. Un garçon secourt une malheureuse vieille. Elle remercie. «Puisses-tu épouser laprincesse Belle du Monde!» Il rentre chez lui et dità son père: «Je pars chercher la princesse Belle duMonde! Elle seule sera ma femme et aucune autre.»Il la demande au Grand Vent, qui dit «Je n’ai jamaisentendu parler d’elle, mais je vais envoyer mes brises àsa recherche».

On est sûr qu’il la trouvera, et qu’elle sera bien plusbelle encore qu’il n’espérait.

Il s’agit du Bien.

Un cordonnier va épouser une princesse — qui s’estpromise à lui parce qu’il l’a délivrée —. Elle lui a fixéle lieu du rendez-vous, et la date, qui s’étend sur troisjours. I] y va, mais raconte l’histoire là où il loge, eton lui donne un soporifique. Il arrive au lieu désignéet s’endort. Elle, venue en voiture magique, pleure,l’appelle, mais ne peut l’éveiller. Elle part en laissant unmouchoir brodé, mais un petit berger le vole. La mêmechose les deux jours suivants. Elle lui fait dire par lepetit berger qu’elle l’attendra chez son père pendantsept ans. Il demande à un sage le chemin de ce château.Le sage dit: «Traversez cette forêt, c’est de l’autrecôté. Mais vous n’arriverez probablement pas en septfois sept ans. Tous ceux qui ont essayé sont morts, ouont renoncé.» Le cordonnier va vers la forêt, se procuredes haches, se met à tailler, car il n’y a aucun sentier. Àmesure qu’il coupe, cela repousse plus vite, Il essaieailleurs, ailleurs, ailleurs; c’est toujours pareil. Pour fuirun lion, il monte sur un arbre; de là, il voit une étendueimmense de forêt. Il désespère. Mais il se rappelle laparole du sage «Traversez cette forêt». Il lui vient àl’esprit d’aller de sommet d’arbre en sommet d’arbre. Il y met sept ans. Au bout, il est devant un château enfête. La princesse se marie le lendemain. Il y va, enloques, méconnaissable. Il épouse la princesse.

La signification mystique est évidente.

Dieu visite l’âme, mais elle dort. Si elle était éveillée,le mariage spirituel s’accomplirait, sans épreuve, sansefforts. Certains saints peut-être ont été ainsi?

Il s’en va, laissant quelque chose de son passage, nouslaissant pressentir qu’il nous attend. Il faut traverser lemal, aller au bout du mal, pour le rejoindre. On s’attaque à son péché, on coupe, on tranche; mais ilrepousse plus vite. Il n’y a rien à espérer par cetteméthode.

Il faut passer par-dessus le péché. C’est un mode detrajet pénible, lent, mais possible. On avance vraiment,et on arrive au bout,

Qu’indique ce mode de progression, au-dessus du malcomme un homme qui va de sommet d’arbre en sommet d’arbre?

On n’essaie pas d’abolir le mal en soi, mais d’allerau bout.

À travers tous les péchés, penser au bien. Ne paspenser au mal à détruire, mais au bien.

Méditer encore sur cette image de forêt.

Le roi qui voit le sang d’un corbeau sur du marbre(mauvaise transposition, il s’agit de la neige) et tombemalade du désir d’une femme blanche, rouge et noire.

Le morceau d’étoffe arraché au manteau pour unefuture reconnaissance (σύμβολον).

Le taureau qui donne à manger à l’enfant affamé(l’enfant frappe son dos, et le repas apparaît); il se faitenterrer en disant qu’au bout d’un an on vienne ledéterrer en apportant une coupe de sang, une de lait etune d’eau.

«Jésus-Christ qui est venu à travers le sang et l’eau.Non dans le sang seulement, mais dans le sang etdans l’eau.»

Le garçon qui monte trois fois la montagne de verre,habillé de noir, puis de jaune, puis de blanc.

Le cordonnier (celui de la forêt) passe trois nuits danstrois chambres d’un château magique. Une jaune, unerouge, une noire. Il doit pour délivrer la princesse secoucher, mais ne pas dormir, et rester calme et sanspeur quoi qu’il arrive. Des sorcières viennent, l’injurient,et ne pouvant l’émouvoir, le prennent et l’amènent au bord d’un puits où elles vont le jeter. À cetinstant précis, une heure sonne. Elles disent «Notreheure fatale!», le laissent tomber à terre, disparaissent.La seconde nuit, exactement la même chose; un bûcherau lieu du puits. La troisième, de même; le supplicedevait être de le jeter du haut d’une tour. La princesseest délivrée.

Le mal semble être sans limite. Mais il y a une limite,de sorte que celui qui est courageux et patient(ἐν ὑπομονῇ) est sauvé à la toute dernière minute,quand il voit sa perte déjà accomplie.

[La race dite Ibérique, Méditerranéenne, Berbère,Basque, Silurienne, Euskarienne — de langage «hamitique» (Gallas, Berbères) — d’origine africaine? —premiers habitants de la vallée du Nil — Pelasges deGrèce, Étrusques d’Italie, Hittites de Palestine — enAngleterre, culture ressemblant à celle des montagnes dusud de l’Inde, jusqu’à l’arrivée des Celtes. — Serait-cecette race — ce milieu humain — qui est désigné partout par le terme «autochtone»? Type encore dominant dans l’ouest de l’Angleterre et de l’Irlande.]

[Le prof. Rhys supposait que ceux que César nomme«Aquitani» étaient non-celtiques, non-aryens, Ibériensà langage hamitique. Le même croit que le Druidismeest ibérique, et que le polythéisme de Gaule est celtique.]

Welsh poem Book of Taliesin. À lire.

Stonehenge, nommé par Diodore un temple d’Apollon. Selon la tradition britannique (Geoffrey de Monmouth?) les géants qui les premiers colonisèrent l’Irlande apportèrent de la côte la plus lointaine d’Afrique ces pierres d’une vertu miraculeuse. Merlin les mit àSalisbury Plain.

Les «Treize trésors de Bretagne». Épée, panier,corne à boire, chariot, corde, couteau, chaudron, pierre àaiguiser, vêtement, échiquier [pan? platter? ].

Est-ce un zodiaque?

[Ce qu’on appelle hamitique, c’est ce qui se rattacheà Cham, que les Allemands et Anglais nommentHam.]

Égypte, Chaldée, Inde, Crète, Troie — centres desagesse. — Et Phénicie. — Et Angleterre (centredruidique).

Thalès était un demi-phénicien. Pherekydès connaissait les livres secrets des Phéniciens.

La prophétie de Cham. Ce sont là ces «hommesanciens, plus près des Dieux que nous» dont parlePlaton.

Si les Troyens ont passé en Thrace, il n’est pas étonnant que le culte de Dionysos et l’Orphisme viennent de Thrace. Il apparaît dans l’Iliade que les Troyenssont plus aimés de Dieu que les Achéens.

Hérodote «Les Gètes pensent qu’il n’existe aucunDieu sinon le leur». Pourquoi ce peuple ne serait-ilpas élu aussi?

L’idée d’une résurrection à partir des os impliquel’idée que le sang est fabriqué dans les os. (Les Scythesbrûlaient les os des animaux sacrifiés.)

Platon «La génération de la moelle est le principedes os, de la chair, etc.; car les liens de la vie, quandl’âme est attachée au corps, se nouent dans la moelle,enracinant l’espèce mortelle. Et la moelle naît d’autrechose… Dieu, ayant mêlé [les éléments purs] en proportion,en ayant combiné une semence universelle pourtoute vie périssable, en à fait la moelle… Et la glèbe quidevait porter en elle la semence divine, il l’a façonnéeronde et a nommé cette partie de la moelle cervelle,»

À partir des os la vie devait donc pouvoir se reconstituer,si la moelle était intacte.

Brûler devait être pour les choses solides comme la libation pour les liquides. La coupe représentant l’univers,la goutte répandue était donnée au monde supracéleste.De même le feu fait disparaître une chose dece monde, et la transporte dans l’autre. En brûlantles os, où était enfermée la vie, on transportait donc lavie dans l’autre monde.

Par suite certainement d’une décadence de la pensée,cette cérémonie a été prise pour la condition de cedont elle constituait le symbole; exactement comme lebaptême chez des catholiques étroits comme saint Augustin. Hector supplie Achille pour son cadavre commeun chevalier du moyen âge implorerait le loisir de seconfesser. Achille veut non seulement tuer, mais damnerHector.

D’autre part, ceux qui enterrent préparent une futurerésurrection.

L’Atlantide. Pourquoi ne serait-ce pas, purement etsimplement, l’Amérique? Quand, pour une raison quelconque,on a perdu la technique de la navigation permettant d’y aller, on a cru qu’elle avait été engloutie.

Héphaïstos et Athéna sont un doublet. Le Saint-Esprit. (Cet Héphaïstos n’est sûrement pas fils d’Hera?)

Le rayonnement du soleil est emmagasiné dans l’arbre— qui sous cette impulsion monte vers le ciel — etressort du bois mort par la méthode du frottement. Lebois est conservateur de la lumière. Prométhée a sûrement un rapport avec le bois. De là l’insistance aveclaquelle il est parlé du bois dans la Sagesse, à propos deNoé, et dans les premiers écrits chrétiens, à propos duChrist.

Le bois vivant emmagasine la flamme solaire; maisc’est le bois mort et desséché qui la donne aux hommes.

Ainsi l’arbre est le héros d’un sacrifice analogue àl’Incarnation.

«Je suis venu jeter un feu sur la terre.»

Eschyle concernant Prométhée, Platon au sujet del’Amour, emploient des adjectifs dont le sens est « desséché» et qui conviendraient mieux à du bois, à unarbre, qu’à un homme.

L’arbre de vie donne du feu. L’arbre du péché donnedes fruits. (Mais cette opposition est-elle correcte?)

Le bois brûlé subit une passion.

Les menhirs ont dû être des imitations en pierre dela flamme.

Le mot «brûler» pour dire être amoureux, doit venird’une tradition où on voyait le bois brûlant par amourpour nous, pour nous donner la chaleur et la lumière.

Le Soleil, le Père. Le bois, le Christ. La lumière,l’Esprit. La lumière est donnée par le soleil à l’arbre etpar l’arbre aux hommes.

Les rois atlantes menaient le taureau à la colonne,et à son sommet ils l’égorgeaient.

«Il faut que le fils de l’homme soit élevé.»

Si le taureau avait une affinité avec la mer, commeavec la lune, le phénomène des marées devait êtreconnu.

Le sel est symbole d’éternité. «Tout doit être salédans le feu.» Le feu transporte dans l’éternité ce qu’ilfait disparaître de ce monde.

Toutes les autres destructions sont des transformations. Le feu seul anéantit.

Le feu est de la lumière qui détruit. Il transforme leschoses en lumière.

La pousse de l’arbre reçoit et emmagasine une lumièrequi la fait monter et lui fait produire des fruits, etensuite la transformera entièrement en lumière.

Rapport de Noé avec Poseidon — Osiris — Dionysos — Aphrodite Céleste née de la mer.

Pythagoriciens. Le nombre, c’est le rapport spécifique de chaque chose avec Dieu, qui est l’unité. Lerapport universel, c’est le Logos, la Sagesse divine, leVerbe divin, auquel l’univers est conforme par amour.

L’histoire indienne (d’Amérique) sur le chasseur quis’en va chez les chevreuils, y prend une femme, et yapprend la méthode de tuer les jeunes chevreuils pour lesmanger, avec leur consentement, et de les ressusciterensuite en jetant leurs os dans une rivière — cela doitse rapporter aux débuts de l’élevage, qui a dû commencerpar un pacte avec les animaux.

Cette eau qui ressuscite ressemble à celle du baptême.

Il y a dans cette opération une analogie avec le grainqu’on enfouit. C’est pourquoi Platon nomme la moellesemence.

Le début de la Genèse est d’un esprit opposé à celuide la suite du Pentateuque. Celui que Dieu aime meurtprématurément de mort violente, sans postérité. Celuique Dieu hait vit longtemps, a une nombreuse postérité,bâtit une ville. Dieu n’a pas empêché celui qu’ilaime d’être tué.

Cela montre que ce récit est de source égyptienne.

La Genèse n’est pas présentée comme un enseignement de Dieu à Moïse, ainsi que les Nombres, le Lévitique,etc. — Moïse l’a donc eue de sources humaines.L’histoire des Hébreux depuis Abraham vient sûrement des souvenirs plus ou moins confus des Hébreux.Mais la première partie de la Genèse, celle qui précèdela généalogie d’Abraham, ne peut être qu’une transposition de récits égyptiens plus ou moins bien compris etadaptés. Car Moïse était initié à la sagesse secrète desprêtres égyptiens, mais initié à un degré sans doute inférieur à la plénitude de la sagesse. Il leur était seulement supérieur en magie. Malgré cela on peut regarderles 10 premiers chapitres de la Genèse comme un fragment d’ouvrage sacré égyptien. Peut-être aussi l’histoirede la tour de Babel. (Cependant il n’y a là aucune tracede la croyance des Égyptiens, qu’ils étaient les[2]

[Les prêtres égyptiens disaient que depuis 11340 ans,c’est-à-dire depuis 11800 B. C., il n’y a pas eu de dieuà forme humaine.]

Pan est le plus ancien des dieux; le premier des huitdieux. Héraclès est le premier de la deuxième série,celle des douze dieux. Osiris est le premier de la troisième série. Ensuite vient son fils Oros. Puis il n’y a plusde dieu humain.

Héraclès est 17000 ans avant Amasis (qui est vers− 569). Osiris 15000 ans avant Amasis. I] y aurait donceu 12 dieux de Pan à Osiris, en 2000 ans, soit un dieu enLa Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (27) ans.

Si le rythme est constant, Pan précède Héraclès deLa Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (28) ans.Le plus ancien des dieux serait d’environ 19000 B. C.Mais il n’y a aucune garantie de la permanence durythme.

Le fils de Sémélé précède Hérodote de 1.600 ans,celui d’Alcmène de 900 ans, Pan fils de Pénélope, qui estpostérieur à Troie, de 800 ans. Hérodote écrit vers− 450. Cela met Sémélé en − 2050; Alcmène etAmphitryon en − 1350; le second Pan en − 1250.La guerre de Troie est donc entre − 1350 et − 1250.Hercule encore jeune a épargné Priam enfant. La guerrede Troie serait plus proche de − 1250; dans le 2e quartdu xiiiesiècle avant. Or d’après les calculs modernesPharôn serait mort en 1224; Protée, qui lui a succédé, a reçu Hélène. Il y aurait là quelque part unelégère erreur.

Le premier ordre de l’Éternel à Abraham, c’est qu’ildoit s’en aller. Quand il passe en Canaan, l’Éternel promet ce pays à sa postérité. Il passe en Égypte, où il y adéjà un Pharaon. (Il est traité d’une manière merveilleusement humaine.) C’est longtemps après que l’Éternel lui enjoint la circoncision. Or il avait dû apprendreen Égypte que les Égyptiens la pratiquaient.

Hérodote dit: «Seuls ceux de Colchide, les Égyptienset les Éthiopiens ont pratiqué la circoncision dès l’origine. Les Phéniciens et les Syriens de Palestine reconnaissent eux-mêmes l’avoir appris des Égyptiens» [il croit que la Colchide était peuplée de colons égyptiens— c’est le pays de Médée — dragon comme àThèbes…]

Le fait que le pacte avec Abraham a été la circoncision et non pas quelque chose d’original montre queles Hébreux n’étaient pas plus élus que les Égyptiens.

Les trois personnages qui viennent chez Abrahamn’ont rien à voir avec la Trinité. Il y a le Seigneur etdeux envoyés. Le Seigneur semble bien être une incarnation de Dieu. Ne serait-ce pas Melchisédec? L’époque de Melchisédec correspond singulièrement à cellede Dionysos, qui est allé en Inde.

Les filles de Loth. Ce passage ne s "explique que parune tradition où Loth serait resté le seul homme; unembrasement universel, réplique du Déluge (il en estquestion dans le Timée et dans Nonnos) auquel échappeun seul juste. De plus Loth s’enivre de vin comme Noé.L’un des deux peuples descendant de cette union estles Ammonites, adorateurs de Zeus Ammon, qu’Hérodote regarde comme un mélange d’Égyptiens et d’Éthiopiens.

La circoncision est comme la libation. On donne àDieu une goutte de chaque coupe de vin, une parcellede la chair de chaque homme.

Hérodote commence son histoire par la guerre deCyrus contre Solon. Cyrus est celui qui a rétabli letemple de Jérusalem. Hérodote, dans ses voyages, estallé jusqu’à Tyr. Comment n’a-t-il pas entendu parlerde Jérusalem?

«En faisant passer vos enfants par le feu.» Il ne doitpas s agir d’un sacrifice. Ce serait un massacre. Il doits’agir d’un baptême.

Ezechiel «Mais en revanche, moi, je leur ai donnédes lois malheureuses et des règlements non susceptiblesde les faire vivre» (xx, 25). C’est l’idée de saint Paul.

Paroles de Dieu, par Ezechiel, à Tyr:

«Puisque tu as dit «Je suis un Dieu…», puisque tut’es attribué un cœur pareil au cœur d’un Dieu (en vérité, tu es plus sage que Daniel, aucun secret ne t’échappe!),puisque tu t’es attribué un cœur pareil au cœur d’unDieu, je vais amener contre toi des étrangers, les plusviolents des peuples… Ils te feront descendre à la fosse,et tu mourras de mort violente… Oseras-tu dire encore«Je suis un Dieu» en face de tes meurtriers? Maistu n’es qu’un homme et non un Dieu entre les mainsde ceux qui te blessent à mort.»

Ces paroles pourraient très bien être adressées auChrist.

«Tu n’es qu’un homme et non un Dieu entre lesmains de ceux qui te blessent à mort.»

Quand Nemrod, petit-fils de Cham, le premier quiait été puissant sur terre, fonde Babel, tous les hommessont ensemble. Donc les descendants de Japhet et deSem lui obéissent.

Abel = Pan? Nemrod = Héraclès? (mais Héraclès est 2000 ans avant Osiris; si Noé est Osiris…)Hénoch = Hermès? Cham = Horos?

Job a d’abord été prospère afin que sa justice apparaisse. Car il pouvait opprimer et ne l’a pas fait.

De même le Christ a eu des pouvoirs exceptionnels,afin qu’il apparaisse qu’il ne faisait que du bien.

Dieu donne à Satan tout pouvoir sur Job, sauf sapersonne. «Il n’imputa point d’injustice à Dieu.»

Dieu donne à Satan tout pouvoir sur Job, y comprissa personne, sauf sur sa vie.

Sûrement, dans une partie perdue, Dieu à la troisième étape donnait à Satan pouvoir sur la vie de Job.Job mourait sans avoir maudit Dieu, et Dieu le ressuscitait.

Cette 3e partie à été remplacée par le discours d’Elihou et celui de Dieu.

Job n’est-il pas le Juste d’Isaïe? «Homme de douleurs,expert en maladies.» Peut-être que dans la3e partie on le tuait, et que là il ne disait plus rien.Peut-être que ses soi-disant amis ameutaient la populacepour le tuer.

Sénèque, de Bacchus «Cornigerum caput».

La conquête de l’Inde par Bacchus, est-ce que cela nesignifie pas que l’orphisme serait d’origine indienne?Mais Hérodote ne parle pas de cette conquête.

Job par ses prières sauve ses propres persécuteurs de lacolère de Dieu. Cela n’a vraiment de sens que s’ils luiont fait vraiment du mal. Le mouvement dramatiqueexige qu’ils lui fassent vraiment du mal.

Médée de Sénèque. Les vers centraux sont: «Sola estquies — mecum ruina cuncta si video obruta; —mecum omnia abeant. Trahere, cum pereas, libet.»Voilà pourquoi elle ne veut pas savoir que Jason laquitte contraint et forcé. Elle veut détruire tout ce qu’elleaime.

En Grèce, la peinture des plus atroces misères estenveloppée d’une lumière de spiritualité et de poésie.Les choses romaines sont insurpassables comme horreurfroide, affreuse. Sénèque, Tristes d’Ovide, Plaute,Tacite. Le seul message de Rome, c’est l’horreur dumalheur vide de vie spirituelle. De même ceux qu’onnomme «élégiaques», Catulle, Tibulle, Properce. C’estcela qui reste du plus grand Empire.

Mais l’Empire romain n’a jamais été vraiment détruit.C’est lui qui continue à tourmenter la terre. Il a assezcontaminé le christianisme pour avoir été conservé parlui.

Les Troyennes. «Tolle felices, miserum, licet sit —nemo se credet. Removete multo — divites auro, removete centum — rura qui scindunt opulenta bubus —pauperi surgent animi jacentes — est miser nemo nisicomparatus.

Un chasseur poursuit ceux qu’il veut tuer. Mais unberger les nourrit, les soigne, et il n’y a pas de succèsdans ce métier s’il n’y a affection entre le berger et letroupeau. Il y a une contradiction dans le métier deberger (cf. ce roman du Shropshire). Cette contradictiona dû être un des premiers et des plus intenses sujets deréflexion.

Il s’en trouve un écho dans le début de la République.Apollon était berger. Était-il le premier? Abel était berger. Pan est le dieu des bergers. Les bergers sont avertisde la naissance du Christ.

Il est le Berger, et en même temps l’Agneau.

Les bergers étaient maudits ou sacrés en Égypte.L’astronomie révélée aux bergers babyloniens.

Il ne pouvait y avoir affection que s’il y avait pacte etlibre consentement. L’animal consent à son supplice.Mais pour une telle générosité, il faut qu’il soit Dieu.

Zeus s’enveloppe d’une peau de bélier égorgé pourapparaître à Héraclès.

Le sacrifice d’Abel, qui plaît tant à Dieu, c’est la mortd’Abel.

Y a-t-il eu des sacrifices rituels de bergers?

Une moitié des Thébains tuait les moutons, uneautre les chèvres. Sans doute division primitive du travail pour être purs de trahison. Ceux qui élevaient lesmoutons mangeaient les chevreaux, ceux qui élevaientles chevreaux mangeaient les moutons.

Les Égyptiens arrosaient abondamment d’huile lesviandes brûlées en sacrifice. L’huile avivait la flamme.La combustibilité de l’huile explique l’affinité de l’olivier avec le Saint-Esprit. Ils devaient regarder l’huilecomme étant du feu en puissance et liquide.

Au contraire l’eau éteint le feu, l’eau est le contrairedu feu. L’union de l’eau et du feu est une harmoniepythagoricienne. Cela est réalisé dans le vin.

Eau, huile, vin — thèse, antithèse, synthèse.

Dans les contes, jaune, blanc, rouge, doit être huile,eau, vin. — Mais y a-t-il jaune, blanc, rouge? Je nesais.

Qu’est-ce que noir, blanc, rouge? cendre, eau, sang?Le feu noircit.

«Salé par le feu.» Les choses cuites se conservent.On a dû primitivement mettre la viande dans le feupour la consacrer. On s’est aperçu ensuite qu’ainsi celadevenait une toute autre nourriture. La viande rôtiefigure dans des prescriptions religieuses.

L’eau et l’huile ne se mélangent pas. Éléments ennemis. L’eau ne peut se mélanger au feu que dans le vin.

Dieu a séparé les eaux d’en bas et celles d’en haut.C’est aussi la première séparation que nous devonsfaire dans notre microcosme.

Les Égyptiens pensaient que leur eau fertilisante leurvenait du monde souterrain. L’idée d’en faire le séjourdes morts éternellement vivants vient-elle de là?

C’est à cause de l’analogie de la respiration et de lacombustion que l’Esprit, qui est feu, est aussi souffle.De là une représentation mixte de l’énergie comme unsouffle igné.

Le lait étant le liquide qui contient la semence dupère, la flamme vitale, on devait regarder l’huile commele lait venu de Dieu.

Job. Un Juif a dû traduire en hébreu et, en quelquesorte, laïciser, une histoire de Dieu incarné, souffrant,mort, ressuscité, rédempteur. Job est le juste malheureuxde Platon, tellement juste qu’il semble injuste.

Ce qu’on nomme «le second Isaïe» est peut-êtreaussi en partie non juif. Car de toute manière cettecompilation repose sur une confusion.

Une grande partie des Psaumes a pour thème l’histoire du Juste souffrant.

Le Christ est à la fois le berger, l’agneau, la portede la bergerie. Trinité.

Le berger soigne et nourrit l’agneau, puis le vendau boucher qui le tue.

Le silence de l’agneau est interprété comme un consentement.

L’huile brûle la bête offerte en sacrifice. Ainsi Héphaïstos cloue Prométhée à sa croix — ἄκοντα ἄκων.

Prométhée est aimé même par son bourreau. Il estl’Amour. Il ne peut pas ne pas être aimé.

Répandre sur la terre le sang des bêtes tuées (ordre de Dieu à Noé) est sûrement un rite de chasseur pour quel’espèce qui lui sert de nourriture ne s’épuise pas. Ilpense que la bête tuée ressuscite à partir de ce sang.

Le sang d’Abel aussi a coulé sur la terre.

Le sang du Christ aussi.

Deux doctrines physiologiques. — L’une place lavie dans le sang, l’autre, comme Platon, dans la moelle.Les Indiens d’Amérique et les Scandinaves ont laseconde. Les Hébreux ont la première. Mais pourl’agneau pascal ils observent aussi la seconde. C’est doncque la première date d’une civilisation de la chasse, laseconde d’une civilisation de l’élevage. Des chasseurspouvaient croire à la résurrection à partir du sang. Desbergers ne pouvaient pas.

Pour les os, il est vrai, ils ne pouvaient pas non plus.Ce doivent être deux traditions de chasseurs.

L’élevage a dû s’établir au moyen de cette idée de larésurrection des animaux. Quand on s’est aperçu qu’ellene correspondait pas aux faits, on a eu recours à ladoctrine du sacrifice, à la fois pour ôter le sentiment deculpabilité et s’expliquer pourquoi les animaux ne s’enallaient pas.

Dieu se déguise en agneau pour être égorgé et enbœuf pour être esclave.

La castration du bœuf doit être un thème de mythe.

La castration d’Ouranos par Cronos a-t-elle un rapport avec cela?

(Pherekydès. Il y a Ouranos, Chtonia et Chronos.Dieu, la matière et le devenir. Platon a gardé cela. Ledevenir est du côté du mal. Et pourtant, Saturniaregna? Il y a sûrement eu confusion de deux thèmesdistincts.)

Zeus, dans le Gorgias «Qu’on dise cela à Prométhée». Donc Prométhée était chargé par Zeus de veillersur les hommes.

Les trois «Personnes» de la Trinité. Persona. Lestrois masques de Dieu.

La castration d’Osiris — puisqu’Iris retrouve tout soncorps, sauf le sexe — a-t-elle une relation avec le taureauet le bœuf?

Le taureau consent à perdre sa puissance créatrice pourdevenir esclave de l’homme.

Dieu a pouvoir de vie et de mort, mais il se vide del’un et de l’autre et est fait esclave.

Artemis envoie un sanglier et sous forme d’Atalantele tue. Regardait-on le sanglier comme une incarnationde la lune irritée? Était-il interdit pour cette raison?

Bâton de Méléagre. Le souffle est dans l’hommecomme le feu dans le bois. Quand il sort, c’est lamort.

Pendaison. Homme tué par la pesanteur. Est-ce là lesymbole? Son inclination invincible vers le bas le faitmourir. Y avait-il une idée d’ordalie? Si tu peuxmonter à travers l’air, tu ne mourras pas. Venez tousconstater qu’il ne peut pas.

Pourquoi était-il plus déraisonnable aux Égyptiensd’adorer un bœuf qu’aux catholiques d’adorer un morceau de pain?

Les Hébreux ne voulaient pas trahir l’Éternel quandils n’ont pas vu revenir Moïse. Mais n’ayant plusl’homme dont les paroles étaient le langage de Dieu, ilsont voulu avoir une représentation sensible de Iahveh.Aaron a trouvé cela très naturel.

Si c’est de l’idolâtrie de croire que Dieu réside dansun certain veau de métal, en quoi l’idolâtrie est-ellemoindre de croire qu’il réside dans un certain temple?

«Nos pères ont adoré dans la montagne.» Aucunehérésie n’a jamais été condamnée plus fortement quen’est condamnée dans l’Ancien Testament l’adorationsur les hauts lieux.

Néanmoins le bon Samaritain est le prochain. LaSamaritaine de mauvaise vie croit au Christ. Le lépreuxsamaritain revient seul des dix remercier le Christ. LeChrist refuse de maudire un village samaritain. C’étaitassez nettement désavouer l’Ancien Testament, etdésavouer d’avance l’Église.

La Samaritaine a témoigné pour le Christ, et les Samaritains ont dit «Nous savons qu’il est le sauveur dumonde».

La Cananéenne. «Je ne suis venu que pour les brebis perdues d’Israël.» I] ne lui était pas permis de fairedes guérisons seulement pour guérir.

L’humilité de cette femme est le signe de sa foi. Elleaurait pu dire qu’il la traitait ainsi parce qu’il ne pouvaitpas.

Même quand Dieu n’opère pas notre bien, croire qu’ilveut et peut l’opérer. Cela est contradictoire. C’est lafoi. L’humilité produit cette merveille.

En établissant le monopole du temple, les prêtreshébreux ont voulu faire de la religion une chose purement sociale. Israël a commerce avec Dieu, et non pastel, tel et tel Israélite.

C’est pourquoi l’exil seul, en détruisant complètement le peuple, leur à permis de trouver Dieu, le Dieude l’âme solitaire, le Père qui est dans le secret. Danielpriait seul dans sa chambre. Le culte était devenusecret.

De là le ton du livre d’Isaïe, de certains psaumes, etc.

Le livre de Job doit être à la fois ancien et récent. UnHébreu converti à la soi-disant idolâtrie avait pu le traduire dès le x ou ixe siècle dans son intégrité. Mais ila dû être trouvé et adapté par un Hébreu du temps del’exil, et d’une génération née dans l’exil. La pensée dumalheur des innocents ne devait faire impression quesur ceux-là.

À ce moment aussi on a dû composer, peut-être ens’inspirant beaucoup de textes chaldéens et perses, desélégies où on faisait parler David, plus tard confonduesavec les poèmes authentiques de David. (Et peut-êtreprenait-on soin même de pasticher sa langue?)

Il n’y a aucune raison de croire plus à l’authenticitédes textes attribués à David qu’à Salomon.

Les Pharisiens essayaient de reconstituer l’anciennereligion, le Iahveh social.

Il était bon qu’Israël fût esclave, même de Rome.C’est pourquoi le Christ a payé l’impôt.

On peut dire que Jérémie était inspiré en un sensen conseillant la soumission à Nabuchodonosor. Maisalors Moïse ne l’était pas…

Il était bon que le temple fût détruit.

L’universel seul est vrai, et l’homme ne peut porterson attention que sur le particulier. Cette difficulté estl’origine de l’idolâtrie.

Le Cantique des Cantiques aussi est peut-être bienune traduction. Probablement.

Il faudrait voir à partir de quand il est questiond’épousailles entre Dieu et Israël.

Mais la fille du Cantique n’est pas Israël. C’est uneâme.

Comme le monopole de Silo, puis de Jérusalem, faisaitde la religion une chose sociale, de même le monopolede l’Église.

Osiris n’a pas été seulement tué, mais supplicié. Ila été enfermé dans un coffre où il est mort lentementétouffé et terrifié. Le supplice d’Antigone est voisin decelui-là.

Le coffre est analogue au miroir de Zagreus. Osiriss’est laissé mesurer.

C’est le symbole de la Création. La Passion est lechâtiment de la Création. La Création est un piège où lediable prend Dieu. Dieu y tombe par amour. Dès lorsil n’est pas pris, puisqu’il n’est pas autre chose qu’amour.

La foi est croire que Dieu est amour et rien d’autre.

Ce n’est pas encore la bonne expression.

La foi est croire que la réalité est amour et riend’autre.

Comme un enfant se cache de sa mère, pour rire,derrière un fauteuil, Dieu joue à se séparer de Dieu parla création.

Nous sommes cette plaisanterie de Dieu.

Croire que la réalité est amour, tout en la voyantexactement comme elle est. Aimer ce qui est intolérable.Embrasser du fer, coller sa chair contre la dureté et lefroid du métal.

Ce n’est pas une forme de masochisme. Les masochistes sont excités par le simulacre de la cruauté; parcequ’ils ne savent pas ce que c’est que la cruauté. Mais ce qu’il s’agit d’embrasser, ce n’est pas la cruauté, c’estl’indifférence et la brutalité aveugles. Ainsi seulementl’amour devient impersonnel.

Si l’amour ne trouve aucun objet, l’être qui aime doitaimer son amour même, saisi comme quelque chosed’extérieur. Alors on a trouvé Dieu.

«Amare amabam.» Il avait trouvé, s’il s’en étaittenu là.

Comme les Hindous l’ont vu, la grande difficulté,pour chercher Dieu, c’est que nous le portons au centrede nous-mêmes. Comment aller vers moi? Chaque pasque je fais me mène hors de moi. C’est pourquoi on nepeut pas chercher Dieu.

Le seul procédé, c’est de sortir de soi et de se contempler du dehors. Alors, du dehors, on voit au centre desoi Dieu tel qu’il est.

Sortir de soi, c’est la renonciation totale à être quelqu’un,le consentement complet à être seulement quelque chose.

Beaucoup d’êtres humains usés par le malheur en sontarrivés malgré eux à être seulement quelque chose àleurs propres yeux. Il n’y a peut-être plus rien à faire ence cas, car on ne peut plus consentir à devenir ce qu’onest déjà devenu malgré soi.

Traités avec un vrai amour — mais l’amour ne peutleur être accordé que par miracle — ils peuvent redevenir quelqu’un, ne fût-ce que quelques instants, etavoir ainsi une chance, fût-elle minime; de gagner l’éternité en consentant à retomber à l’état de chose.

Celui qui donne un morceau de pain sans un mot, sile geste est celui qui convient, donne ainsi parfois enmême temps la vie éternelle. Un tel geste peut avoirune valeur rédemptrice très supérieure à beaucoup desermons.

Le Christ a fait cela pour nous. En devenant pournous chose comestible, il nous persuade que nous sommesquelqu’un, et nous permet ainsi de désirer être seulement quelque chose, comme lui.

Donner un morceau de pain est plus que faire un sermon, comme la Croix du Christ est plus que sesparaboles.

Demander un morceau de pain aussi est beaucoup.

La charité qu’il faut faire à un pauvre affamé est delui donner un morceau de pain. La charité qu’il fautfaire à un riche repu est de lui demander un morceaude pain.

Le mieux est d’être un mendiant affamé, et de mendier, et de donner une partie de ce qu’on reçoit.

Saint François aurait dû peut-être constituer un ordresecret, et sans autre vœu que celui du secret.

Il est trop facile de se parler de ces choses sans lesfaire.

On ne peut pas sortir de soi par la volonté. Plus onveut, plus on est en soi. On ne peut que désirer, supplier.

Nous sommes par rapport à la direction verticale, dansle sens du haut, ce qu’est, par rapport à la direction horizontale, un enfant qui ne sait pas encoremarcher.

Le comprendre, c’est cela qui est redevenir humblecomme un enfant.

Au sommet d’une montagne, on est plus près duciel que dans la plaine. Mais on n’est pas plus près devoler. On en est exactement aussi loin.

C’est pourquoi l’orgueil est une erreur.

Quand on vole, si on vole vraiment, on est sorti desoi, et il n’y a plus d’orgueil.

Le bien commence au delà de la volonté, comme lavérité commence au delà de l’intelligence.

Au delà de la volonté, donc au delà de la loi.

La vraie loi est une loi non écrite, comme Sophoclele savait. Car la lettre tue. Donc Moïse ne venait pasde la part de Dieu.

Israël était cette société de brigands dont parle Platon,qui à l’intérieur essaie d’établir la justice.

Rome, avec son droit romain, était du même genre.

Le mal a beau être contraire au bien, il est contraintd’en enfermer l’image. Car tout témoigne pour le bien. Caïn témoigne comme Abel, Judas comme le Christ.Mais les uns désirent témoigner, et les autres témoignentcomme par un malentendu.

Comme le Christ, nous avons tous été envoyés en cemonde pour témoigner pour la vérité; et quoi que nousfassions, nous témoignerons.

Quand on a compris cela, on ne peut plus avoir peurde désobéir à Dieu.

Pourtant cette angoisse demeure dans une partie del’âme.

Joie d’être certain qu’en tout cas, inconditionnellement, même malgré soi, on obéira à Dieu, puisque toutlui obéit. Si notre âme ne consent pas à Lui obéir, notrechair y consentira; et notre obéissance sera alors conformité aux lois de la mécanique.

Celui qui consent à obéir à Dieu, l’esprit en lui obéit,c’est-à-dire est soumis aux lois des phénomènes spirituels; le reste de l’être, par un mécanisme que nousignorons, s’adapte à l’esprit autant qu’il faut pour queces lois jouent. Celui qui ne consent pas à obéir à Dieu,en lui il n’y a pas d’esprit. L’âme charnelle et la chairqui sont tout son être obéissent, c’est-à-dire sont soumisaux lois mécaniques.

Le diable même a voulu, mais n’a pas pu désobéir.

Deux vérités inconditionnelles, auxquelles ni mescrimes ni mes malheurs n’ont pu, ne peuvent, ne pourront jamais porter aucune atteinte.

Le Bien est réel.

L’univers entier et toutes ses parties, parmi lesquellesmoi-même, obéissent parfaitement et exclusivement auBien.

Dieu est notre seul débiteur; car nulle créature nepeut nous faire du mal ou nous priver d’un bien sansson autorisation. Lui remettre sa dette, c’est reconnaître que perpétuellement il nous donne tout le bienque nous consentons à recevoir.

Le grand crime de Dieu envers nous, c’est de nousavoir créés; c’est que nous existions. Notre grand crimeenvers Dieu, c’est notre existence. Quand nous pardonnons à Dieu notre existence, notre existence est pardonnée par Dieu.

Il faut savoir qu’on n’est rien, que l’impression d’êtrequelqu’un n’est qu’une illusion, et pousser la soumissionjusqu’à consentir, non seulement à n’être rien, maisaussi, en même temps, à être dans l’illusion. Alors laboucle de l’obéissance est fermée: on est revenu enapparence au point initial, au point où sont ceux quin’aiment pas Dieu. Et Dieu alors nous pardonned’exister,

Dieu nous pardonne d’exister au moment où nous nevoulons plus consentir à exister que dans la mesure oùc’est la volonté de Dieu.

Nous ne pouvons exister que criminels.

Quand le crime à imprégné l’âme au point qu’elle enen est tout entière empoisonnée, le repentir impliqueun arrachement total à soi-même, et alors il n’y a pasde repentir sans sainteté. Mais cela n’arrive qu’aux criminels malheureux. Chez ceux qui sont prospères, lecrime n’est pas enfoncé dans l’âme.

Il faudrait élaborer une théorie du châtiment humain.

Pourquoi, depuis l’ère chrétienne, n’y a-t-il jamaiseu un législateur inspiré de Dieu? Pourquoi aucunsaint n’a-t-il apporté de législation?

Jamais l’inspiration chrétienne n’a su se donner unerelation avec les choses d’ici-bas. Tout se passe commesi l’Incarnation était un couronnement, un achèvement,et non un commencement.

Quand le grain était regardé par tous comme uneimage du royaume de Dieu, toute la vie d’un paysanpouvait être une prière, et sa patience être la vertu surnaturelle de patience, ὑπομονῇ.

Il faudrait composer un calendrier spirituel, un thèmeannuel de méditation, pour les paysans.

Aux semailles, le semeur dont le grain tombe sur lapierre, ou dans une mauvaise terre, ou dans une bonneterre.

C’est-à-dire que Dieu donne à tous à tout instant latotalité du bien, mais que nous ne recevons que ce quenous voulons.

Travailler notre âme comme on travaille la terre pourqu’elle reçoive le grain. Nous labourer nous-mêmes.

C’est un thème qui doit durer tout le temps deslabours et finir aux semailles.

En labourant, demander à Dieu de retourner et briserl’âme comme on retourne et brise la terre.

Puis «Si le grain ne meurt». C’est un thème quipeut durer depuis la moisson, où on tue le blé, jusqu’aux semailles. Le labour est la préparation d’unesépulture.

Demander à Dieu de nous tuer et de nous ensevelirspirituellement dès ici-bas. Ensevelir dans le renoncement total et le silence.

Surtout Marc, iv, 26.

«Le royaume de Dieu, c’est comme un hommequi jetterait le grain sur la terre et dormirait et se réveillerait la nuit et le jour, et le grain germe et croît tandisqu’il n’en sait rien. D’elle-même la terre porte les fruits;d’abord l’herbe, puis l’épi, puis la plénitude du blé dansl’épi. Et quand elle a donné le fruit, aussitôt on envoiela faux, parce que la moisson est là.» (Aussitôt après,grain de sénevé.)

Une fois la terre bien préparée, si seulement elleaccueille le germe, et si on écarte ce qui le détruirait, legerme pousse tout seul. La lumière et l’eau qui tombent du ciel le font pousser.

Objet de méditation depuis les semailles jusqu’à lamoisson. Le jour, alors qu’on s’occupe à n’importequoi; le soir, quand on va dormir; la nuit si ons’éveille; se dire de moment en moment: pendant cetemps le grain pousse. Et quoique le paysan n’y pensepas constamment, il a toujours quelque part en lui lacertitude heureuse que le blé pousse.

Quand l’âme a une fois reçu un atome d’amour deDieu, il n’y a plus qu’à attendre et laisser pousser.

Il faut seulement veiller, comme le paysan veille surson champ.

Demander à Dieu de semer un grain dans l’âme etd’y verser la lumière et la pluie.

La moisson est la mort spirituelle. Quand le grain s’est multiplié, quand l’épi est là, aussi grand qu’il peut être,alors Dieu intervient pour transformer le bien fini enbien infini. Il envoie la mort spirituelle, celle aprèslaquelle un homme ne vit plus, mais Dieu vit en lui.

Thème pour la moisson.

Demander à Dieu la mort spirituelle.

En fauchant, demander d’être ainsi coupés de nous-mêmes et de tout ce qui nous est cher et de tout ceque nous croyons posséder.

Au moment de la moisson, comparer la faux (ou lalame de la faucheuse) à un glaive, et donner commethème la parole «Je ne suis pas venu apporter la paix,mais le glaive». Ajouter saint Paul: «La parole deDieu est un glaive à deux tranchants.»

Quand on bat — il n’y a malheureusement rien pourle fléau ni la batteuse. Mais on peut penser dès lors à ladestination du blé, qui est de faire du pain.

Thème spécial à ce moment, mais qui doit aussipourtant être rappelé toute l’année: «Je suis le pain devie… Ce pain, c’est ma chair que je donne pour lesalut du monde.»

Les paysans devraient garder du grain qu’ils moudraient eux-mêmes et duquel ils feraient eux-mêmes deshosties tout le long de l’année.

Leur expliquer que le travail brûle littéralement dela chair, et qu’ainsi en un sens leur propre chair a ététransformée en ce pain. De ce pain la consécration faitla chair du Christ. Ils le mangent, et par la digestionla chair du Christ devient leur chair. Le cycle est bouclé.

Demander que nous nous transportions dans le Christet le Christ en nous.

Demander que Dieu fasse de notre chair la chair duChrist pour que nous soyons comestibles à tous lesmalheureux.

Les paraboles mises bout à bout amènent l’année àson terme. L’âme de l’homme est retournée par sespropres efforts sur lui-même et par les coups du sort.Elle est labourée. Un infiniment petit de bien y tombe,sans qu’on le sache soi-même; on ne s’en aperçoitqu’après coup. Il pousse tout seul. Quand il est arrivé à maturité, Dieu envoie la mort spirituelle. L’épi estalors enfoui dans la terre, enseveli, puis porte des fruits.Ou encore l’épi est broyé et transformé en pain.L’homme ne vit plus en soi, mais le Christ vit en lui;sa chair est devenue la chair du Christ et les malheureuxla mangent. Une vie humaine est ainsi comme uneannée. Tout ce qui précède l’ensemencement est labour.

À chaque coup du sort, se dire «je suis labouré».À chaque peine petite ou grande.

Il faudrait en même temps que ces thèmes de méditation spirituelle donner en corrélation les notions deculture générale sur les transformations de l’énergie dansla croissance des plantes, dans la nourriture, dans letravail. Rapporter à cela un ensemble de connaissancesélémentaires et essentielles d’astronomie, de mécanique,de physique, de chimie, de biologie, et rapporter letout à la série des paraboles.

Cela suppose un cercle d’études.

Il faudrait des messes spéciales pour les membres dece cercle d’études, le dimanche ou en semaine, avecpour évangile la parabole sur le grain correspondant aumoment, pour ponctuer la suite des travaux.

Il faudrait un ordre dont les membres passent leurvie comme valets de ferme et fassent vivre ces cerclesd’études. Laïques, mais qui prêcheraient à ces messesspéciales.

Il leur faudrait une culture générale très étendue.

En même temps qu’il est vrai en un sens que la chair,brûlée par le travail, passe dans le produit du travail, ilest vrai aussi que le blé n’est pas produit par le travail.Le travail ne fait que préparer une partie des conditions indispensables. C’est le ciel même qui donne desa substance, sous forme de lumière et d’eau, qui descend pour devenir épi.

Pendant le labour et les semailles, un thème de méditation à poursuivre aussi est: «Regardez les oiseauxdu ciel qui ne labourent ni ne sèment.»

Ils ne labourent ni ne sèment, et ils ont à manger.

On peut labourer et semer, et mourir de faim.

Il n’y a aucune garantie.

Il faut labourer et semer, non pour récolter, mais parpure obéissance. Agir en renonçant aux fruits de l’action.

Tous ces thèmes conviennent à toutes les cultures decéréales.

Pour les arbres à fruits, «vous connaîtrez l’arbre àson fruit». La parole fondamentale du Christ (avec:si vous demandez du pain, vous ne recevrez pas despierres).

Aussi le grain de sénevé.

Pour la vigne, pendant tout le temps que dure lataille, c’est-à-dire tout l’hiver, le thème est: «Je suisle cep, vous êtes les rameaux; le rameau qui est dansle cep porte des fruits; le rameau coupé du cep serabrûlé.»

Demander à être regreffé dans le cep. Car noussommes coupés.

Cela convient toute l’année.

Au pressoir, se souvenir du miracle de Cana et de laCène.

Demander que notre propre vin soit transformé en cevin, en sang du Christ.

À tous les moments où on embauche du personnelsupplémentaire, la parabole des ouvriers de la 11e heure.

À tous ceux qui sont embauchés, à tous ceux qui ontété appelés, ont répondu oui, sont venus à la vigne etont commencé à travailler, quand ils n’auraient plus quedeux jours à vivre, le même salaire est accordé: Lesalaire est Dieu. Il ne comporte aucun degré.

Pour l’élevage, il y a tous les passages sur l’agneau,les brebis, la porte de la bergerie, le bon berger.

Aussi Isaïe «Comme une brebis… maltraité, injurié,il n’ouvrait pas la bouche».

(D’où vient l’opposition entre boucs et brebis? LeChrist procède de l’inspiration thébaine. Zeus Ammon.)

Il n’y a rien, je crois, sur les bœufs et les vaches.

Pour les femmes, il y a des paroles qui ont rapportspécialement à elles.

Pour les mères de famille «quand la femme est entravail d’enfant, elle est triste… mais ensuite…»

Comparer toutes les peines et tous les malheurs à unenfantement.

Pour les jeunes filles, la parabole des vierges sages.Toute jeune fille vit dans le provisoire, dans l’attente,prête pour un moment où elle quittera la maison paternelle pour commencer une vie nouvelle et inconnue.Ainsi toute âme humaine. L’arrivée du fiancé, c’est oula grâce, ou la mort. C’est plutôt la grâce.

Souvent les ménagères cherchent fiévreusement quelque chose qui semble se cacher. Se souvenir alors dela métaphore de la drachme perdue. Comme je cherchecet objet, avec fièvre, avec désespoir, ainsi Dieu mecherche, et je me cache pour ne pas être trouvée.

Les mythologies, le folklore, enferment quantité deparaboles semblables à celles de l’Évangile qu’il suffitde dégager.

On peut aussi en faire de nouvelles. (Il y faut l’inspiration du Saint-Esprit.)

Il faut que dans chaque condition sociale chacune desactivités qui compose une vie soit reliée à Dieu par uneparabole qui lui convienne spécifiquement; de sorteque toute une vie humaine soit seulement une parabole.

Chaque vie parfaite est une parabole inventée parDieu.

Il faut que dans toute vie humaine une vie de saintetéparfaite puisse être vécue. S’il y a une condition pourlaquelle c’est impossible, elle doit être supprimée.

Pour en juger, il faut concevoir concrètement toutesles modalités possibles de la marche vers la perfection.

Cela aussi est le monopole du Saint-Esprit.

Chaque action impliquant un rapport d’un êtrehumain avec d’autres ou d’un être humain avec deschoses enveloppe véritablement un rapport original etspécifique à Dieu qu’il faut découvrir.

C’est ce que les Pythagoriciens appellent «lenombre».

Avoir dans toute activité une partie de l’âme qui seretire et se concentre en Dieu est une bonne chosecomme étape, mais n’est pas le terme. Il faut un lien bien différent entre la partie spirituelle de l’âme et l’activité profane. Il faut que chaque activité profane soitexercée de manière qu’y apparaisse la signification aveclaquelle Dieu l’a créée.

Cette partie de l’âme qui est faite pour Dieu doitd’abord se retirer de l’univers, pendant même que lereste de l’âme est pris par des choses terrestres, pourchercher à voir Dieu; mais ensuite, elle doit regarderla face supérieure des choses d’ici-bas, la face que leschoses d’ici-bas présentent à Dieu. Ainsi seulement toutel’âme est restituée à Dieu.

Nous sommes vis-à-vis de Dieu comme un voleur àqui la bonté de celui chez qui il a pénétré a permisd’emporter de l’or. Cet or, du point de vue du légitimepossesseur, est un don; du point de vue du voleur,c’est un vol. Il faut qu’il retourne et restitue. Ainsi pournotre être. Nous avons volé un peu d’être à Dieu pourle faire nôtre. Dieu nous l’a donné. Mais nous l’avonsvolé. Il faut le rendre.

L’âme arrivée à voir la lumière doit prêter sa vue àDieu et la tourner vers le monde.

Notre moi, disparaissant, doit devenir un trou à travers lequel Dieu et la création se regardent.

La partie de l’âme qui a vu Dieu doit ensuite transformer chacune de nos relations avec une créature enune relation entre une créature et Dieu.

Chaque relation entre deux ou plusieurs choses créées— qu’il s’agisse d’êtres pensants ou de matière — estune pensée de Dieu. Nous devons désirer la révélationde la pensée de Dieu correspondant à chaque relationavec nos semblables ou avec la matière dans laquellenous sommes engagés.

Ne pas penser ces relations est seulement une étape.Le terme est de penser chacune, dans sa spécificité,comme une pensée particulière de Dieu.

Cela est un miracle. Car une pensée particulière deDieu, c’est une contradiction. Une contradiction nepeut se réaliser sans miracle.

«Tout est possible à Dieu», telle quelle, cettephrase n’a aucun sens, car cela veut dire seulement «tout est possible», pensée absolument vide de contenu.Cela veut dire: dans le domaine transcendant, lescontradictoires sont possibles.

Une pensée particulière de Dieu. C’est là une de cescontradictions qui ne sont pas des erreurs, mais desportes sur le transcendant; des portes sur lesquelles ilfaut frapper à coups redoublés, car à la fin elles s’ouvriront.

Cette contradiction est reconnaissable comme étantune de ces portes parce qu’elle n’est pas évitable. Noussavons par expérience que la vérité est exclusivementuniverselle, et que la réalité est exclusivement particulière,et pourtant les deux sont inséparables et même nefont qu’un. Nous ne pouvons pas nous sortir de là.

Quand une contradiction est une impasse absolumentimpossible à contourner, excepté par un mensonge, alorsnous savons qu’elle est en réalité une porte. Il fauts’arrêter et frapper, frapper, frapper, inlassablement,dans un esprit d’attente insistante et humble. L’humilitéest la vertu la plus essentielle dans la recherche de lavérité.

La création est un tissu de pensées particulières deDieu. Nous sommes un nœud de ces pensées. Quandnous avons compris que nous ne sommes pas quelquechose par nous-mêmes, ce n’est encore rien. Il faut quetoutes nos pensées, c’est-à-dire toutes les relations denotre âme avec les choses passées, présentes ou à venirunies à nous par quelque relation, il faut que chacunede nos pensées coïncide avec une pensée particulière deDieu.

L’Ancien Testament est parvenu depuis 2000 ans àsuggestionner ses lecteurs au point de leur faire voirtoutes les histoires qu’il raconte du point de vue d’Israël.De même les historiens latins pour Rome, etc.

On peut susciter chez quelqu’un le jugement le plusabsurde si on peut par suggestion placer son âme aulieu d’où ce jugement paraît vrai. Il l’adoptera et s’ytiendra s’il reste où on l’a placé au lieu de marcherautour de l’objet à connaître. Cette capacité de suggestion est l’éloquence. Chacun exerce presque toujours beaucoup d’éloquence sur soi-même. Des circonstancesfavorables étant données, l’éloquence est très puissanteaussi sur autrui.

Le point de vue est la racine de l’injustice.

La géométrie plane est un exercice de pensée sanspoint de vue. Tout est sur un plan.

En tout domaine, c’est une purification indispensablede la pensée que d’étaler la chose sur un plan, supprimant ainsi le point de vue, au moyen de l’intelligencedéductive.

Mais il faut plusieurs coupes, comme pour le dessinindustriel. Une seule coupe fait tomber dans l’erreur.

Conte du cordonnier. Quelqu’un a essayé de traduireune expérience spirituelle.

L’impression de voyager suspendu par les mains àun fil, le long duquel on progresse en déplaçant lesmains, au-dessus du gouffre de l’enfer (le fil est la récitation quotidienne du Pater en grec); c’est assez semblable à cette image du voyageur qui franchit une forêten passant de sommet d’arbre en sommet d’arbre.

Le mal qui est en nous nous cache le Bien absolu.Mais tant que la pensée est dirigée sur la lutte contrele mal, toute portion de mal que nous détruisonsrepousse à mesure. Il faut avoir la pensée orientée avecdésir, à travers le mal, vers le bien infiniment lointain.

Cela n’empêche pas la notion négative de la vertud’être la bonne.

Le cordonnier qui dort au lieu du rendez-vous par laperfidie de l’hôtesse. Il ne devait pas raconter à l’hôtesse que la princesse lui avait donné rendez-vous.

On ne doit pas dire à la partie inférieure de sa propreâme qu’on a un tel rendez-vous. Un tel rendez-vous doitêtre tenu secret même à l’égard de soi-même. Surtout àl’égard de soi-même. Sur les choses tenues tout à faitsecrètes à l’égard de soi-même, le diable n’a aucuneprise. Le diable n’entre pas dans le secret. Le Pèrecéleste y habite.

C’est pourquoi les vertus surnaturelles foi, charité,sont peut-être meilleures implicites qu’explicites.

Seule une obligation stricte de témoigner peut rendrelégitime la rupture du secret.

Le secret doit être complètement gardé avant le rendez-vous. Après, c’est moins rigoureusement indispensable. Mais il doit l’être encore, sauf obligation.

Les vertus surnaturelles doivent toujours être implicites pendant un temps. Ceux, s’il y en a, chez qui ellesrestent implicites jusqu’à la mort sont peut-être les plusfavorisés.

Conte albanais sur la princesse mariée à un serpent.Variante de Psyché. Les contes de cette espèce sont àdiviser en deux variétés. Dans l’une, la princesse estDieu, l’homme-animal est l’âme; dans l’autre, c’estl’inverse. Les deux sont le plus souvent confondues dansun même conte. Ce conte est de la seconde variété. Leserpent est fils d’un roi du Monde d’en-dessous. Il avoulu venir sur terre et prendre la forme d’un princemerveilleusement beau. Mais il lui est défendu d’avoircette forme sinon la nuit. Les belles-sœurs brûlent sapeau de serpent; il doit disparaître. La princesse, pourle retrouver, s’en va au Monde d’en-dessous. Elle obtientl’autorisation de le ramener sur terre.

Elle doit passer devant une sorcière et demander del’eau; et, quelque liquide répugnant que la sorcière luidonne à boire, le boire et dire que c’est délicieux.

C’est l’amor fati.

Elle ne peut retrouver son époux que parce que parmi lescendres de la peau du serpent il reste une écaille intacte.

C’est le σύμϐολον du Banquet, la pantoufle de vairde Cendrillon, la boucle de la princesse dans le contedu cordonnier. Dieu, quand il est venu nous trouveret a disparu, nous laisse quelque chose de lui-même.Autrement la recherche serait vaine.

Le prince ne peut avoir la forme de prince que lanuit, pour son épouse. Autrement il est serpent. Voirl’histoire de l’Héraclès dans Hérodote. Dieu ne peutapparaître que déguisé.

Lors des substitutions de races à l’aube de l’humanité (ex. quand l’«homo sapiens» des paléontologistes s’est substitué aux variétés antérieures) les vaincus ontpu apparaître aux vainqueurs comme une espèce animale plutôt qu’humaine. [Même aujourd’hui, bien desAméricains sentent ainsi pour les Japonais, et peut-être réciproquement.] Or un de ces vaincus pouvait êtreDieu incarné. D’où peut-être une des origines de cetteimage de Dieu déguisé en animal.

Ce conte albanais vient d’une mythologie où le serpent est Dieu, où le serpent est ce qu’est pour leschrétiens l’Agneau.

Dans d’autres contes semblables, il y a un taureau aulieu du serpent. Le serpent et le taureau sont deux bêteslunaires.

Un dragon est la même chose qu’un serpent.

Le serpent d’airain aussi est Dieu.

Problème: pourquoi était-il bien de faire un serpentd’airain, et criminel de faire un veau d’or?

Ce serpent d’airain est resté l’objet d’un culte jusqu’àune époque très tardive.

Moïse avait senti que les Juifs ne pouvaient pas sepasser d’une bête en métal.

Rois, xix. «Le Seigneur se manifesta. Devant lui unvent intense et violent, mais ce vent n’était point leSeigneur. Après le vent, une forte secousse; le Seigneur n’y était pas encore. Après la secousse, un feu;le Seigneur n’était point dans le feu. Puis, après le feu,un doux et subtil murmure.»

Trait fulgurant. Morceau de mystique égaré dans ceshistoires atroces.

Vent violent; secousse; feu; doux murmure.

Elle sacre un roi de Syrie.

Dans Samarie, «les Sefarvites brûlaient leurs enfantsdans le feu…» «Il baptisera dans le feu» ne peut pasne pas être une allusion à ces pratiques.

C’est alors peut-être qu’on a traduit Job, etc., enhébreu?

C’est Ezechias, 100 ans avant la prise de Jérusalempar Nabuchodonosor, 230 ans après la mort de Salomon,c’est lui seulement qui a broyé le serpent d’airain deMoïse. Jusque-là on lui offrait de l’encens.

L’établissement d’un pouvoir fort semble avoir étél’unique objet de Moïse.

Conte albanais. Un prince construit un temple quetout le monde admire. Un vieux regarde en silence.Interrogé, il dit: «Il lui manque une chose pour êtreparfait. — Quoi? — Le rossignol qu’on nomme Ghizari. — Où se trouve-t-il? — Cela, je ne peux te ledire. Je sais seulement que son chant est le plus beauqu’on ait jamais entendu.» Le prince part à la recherche du rossignol.

Splendide.

Le rossignol est le Saint-Esprit. Il manque en effetquelque chose à un temple où il ne se trouve pas.

Dans les contes, on sait tout de suite quels personnages sont du côté du bien, et on est certain qu’à euxtout réussira, en fin de compte, à travers toutes lesépreuves. C’est là l’exacte expression de la vérité dans ledomaine spirituel auquel les contes se rapportent. Quandon transpose cela dans les affaires d’ici-bas, c’est de laniaiserie.

Le troisième fils des contes, idiot et à qui il arrivedes aventures merveilleuses, c’est le philosophe du Théetète,idiot pour les choses de ce monde; ce sont lesνήπιοι de l’Évangile, les naïfs.

Les contes enferment un trésor de spiritualité d’uneantiquité incalculable. Sans doute plus ancien que lesmythologies.

Le conte du géant qui cache sa vie est plus ancienque Samson.

Les Troyens fugitifs ont pu diffuser beaucoup decontes.

L’histoire de l’amandier dans Grimm est sûrementbien plus antique que celle d’Atrée et de Thyeste, quiest probablement une version très déformée et très mutilée du même mythe.

Dans les contes, quand quelqu’un part pour acquérirune princesse ou n’importe quel trésor, bien qu’il nesache pas du tout où il faut aller, s’il laisse tout pourcette recherche et part sans esprit de retour, s’il ne se lasse jamais et n’hésite devant aucun danger, on esttout à fait certain qu’il réussira.

Cela montre que dans ces quêtes, c’est toujours Dieuqui est cherché ou qui cherche.

Les mariages qui finissent les contes, c’est le mariagespirituel entre Dieu et l’âme. C’est pourquoi il n’y a rienà dire ensuite, sinon «ils furent heureux et ils eurentbeaucoup d’enfants».

Dans le microcosme comme dans le macrocosme,dans l’âme comme dans l’univers, le bien pur et authentique est tout à fait caché. Ainsi on n’est dans la véritéque si on se condamne absolument. Si un homme a dubien véritable en lui, ce ne peut être qu’à son propreinsu.

Si j’ai fait quelque bien à un être humain, il suffit quepar la suite je m’en souvienne — ne fût-ce qu’unefois et dans la solitude — cela suffit pour que la dettechange de côté, et que désormais, dans la vérité, il soitle créancier et moi le débiteur.

De même sans doute si quelqu’un m’a fait dumal.

Si j’ai des débiteurs, ce ne peut être qu’à mon insu.À qui dès lors remettrais-je une dette?

Quant à moi, je n’ai pas de dette, je suis une dette.Mon être même est une dette. Dieu ne peut remettrecette dette qu’en faisant que je cesse d’être. Que je cessed’être dès ici-bas, encore vivante. Et en vendant ce quireste après l’annulation de la personne, afin que cela serve:de nourriture aux créatures.

Vendre tous ses biens, cela enferme sa propre personne. On n’a pas vendu tous ses biens tant qu’on n’estpas vendu soi-même comme esclave. Mais on ne se vendpas soi-même. On est vendu.

Aimer, c’est aimer les êtres et les choses créées commele Verbe divin les a aimées au moment où il s’est vidépour prendre l’essence d’un esclave; et c’est aimerDieu comme le Christ au moment où, sur la croix, ildisait «Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?» Aimerce monde comme l’a aimé le Verbe divin quand il a abandonné Dieu pour ce monde. Aimer Dieu commele Verbe divin l’a aimé au moment où il était abandonné de ce monde et de Dieu. Avoir à la fois les deuxamours. Ce double amour, dont chacun est impossible,et dont l’union est impossible au deuxième degré, c’estlà l’amour du Christ qui passe toute connaissance.

Cet amour est constitué par une certaine attitudeenvers les choses d’ici-bas.

Dieu est toujours absent de notre amour comme dece monde, mais présent en secret dans l’amour pur.

Quand la présence de Dieu dans l’amour est visible,c’est la présence d’autre chose que Dieu. Le Pèrecéleste n’habite que dans le secret.

La signification de tous les mariages princiers descontes est enfermée dans la copla espagnole «Les amourspossibles — sont pour les sots — Les sages ont — desamours impossibles».

La pensée de la mort donne aux événements de lavie une couleur d’éternité. Si on nous donnait ici-bas lavie perpétuelle, en gagnant la perpétuité, notre vie terrestre perdrait cette éternité qui l’illumine par transparence.

«De ce tout, par le détachement, nourris-toi.»C’est le détachement qui rend toutes choses éternelles.

L’emploi de la prose dans l’Edda poétique pour lesnarrations reliant les fragments lyriques en vers suggèreun état primitif de l’Iliade comme un mélange de proseet de vers. Ensuite quelqu’un aurait versifié cette proseen pastichant plus ou moins bien les parties poétiques,et ajouté des épisodes nouveaux, eux aussi plus oumoins bien pastichés. Le même serait sans doute responsable de presque tout ce qui concerne les dieux. Presquetout, c’est-à-dire tout, sauf 1) l’intervention des dieuxdans l’action; 2) les passages enfermant une significationprofonde. À savoir: 1o Zeus qui étend sa balance enor; 2o les paroles de Zeus à Héra (la chaîne d’or dontelle a été attachée); 3o, peut-être, le bouclier d’Achille. Ces deux derniers passages ont été commentés par Pherekydès.

Passage de Justin le Martyr (iiesiècle) sur le vieillard,rencontré une seule fois et jamais revu, qui l’a engagéà quitter Platon pour le Christ. Cet homme devait êtreun gnostique. Il parle des prophètes d’une manière tellequ’il ne peut pas s’agir des livres canoniques de l’AncienTestament. Bien plutôt les «prophéties de Cham»(cf. Clément d’Alexandrie citant Isidore). De même leslivres antiques à l’aide desquels les religieux juifsd’Égypte dont parle Philon (cité par Eusèbe) interprétaient les écritures devaient être ces mêmes «prophéties de Cham». Quoi d’autre aurait pu être plus antiqueque les Écritures?

Comme cela a été bien détruit! Comme le secret aété bien gardé!

Si l’«arbre du monde» (chêne ailé) vient de Cham,on peut bien croire que des Troyens ou des Phéniciensont apporté une pensée religieuse en Scandinavie.

Odin «pendu à l’arbre, consacré à soi-même» — sic’est d’origine chamite (égyptienne, phénicienne,troyenne…) il est compréhensible qu’il y ait de si mystérieuses affinités avec le Christ.

[Quel arbre est l’ash-tree?]

L’étoffe brodée qui se trouve sur le chêne ailé doit êtreétendue perpendiculairement au tronc. C’est la terreregardée comme plate.

Plutôt obliquement que perpendiculairement.

Si on est au milieu de la mer, la mer est étenduecomme une étoffe ronde, soulevée par des plis mouvants. (De là dans l’Edda, «l’arbre battu des vents».)Du centre — le point où je suis — au pôle, une lignedroite s’étend, immobile, ou tournant sur elle-même.[Problème: je me représente une droite immobile, etune droite tournant sur elle-même. Où est la différenceentre les deux représentations? Très singulier. Un pointqui tourne sur lui-même est immobile. Et pourquoi sonmouvement n’entraînerait-il pas le monde? Moteurimmobile.] À cette droite oblique qui tourne sur elle-même sont accrochés les astres, soleil, lune, planètes,étoiles, comme les fruits d’un arbre. La racine de l’arbreest au-dessous de l’étoffe, au-dessous du monde. «L’arbre dont nul ne connaît la racine» (Edda poétique,runes d’Odin). Aïdès, l’Invisible, l’Accueillant universel,est auprès de la racine. Là aussi la source de lasagesse, à laquelle Odin a bu en donnant un œil enéchange.

Cette représentation du monde doit remonter, commela coupe ronde, comme |’«œuf du monde», aux premières navigations. La vue des plis mouvants de la merpeut seule, il me semble, suggérer une étoffe qui flotte.

Et à quand remontent les premières navigations?mystère. Au néolithique? Plus haut?

L’étoffe flotte au gré du caprice des vents, mais elleest fixée à l’axe des pôles. Ses mouvements sont limitéspar cette attache et par sa grandeur.

Image de la combinaison de la limite et de l’illimité.Le vent qui fait flotter l’étoffe est l’illimité. C’est leprincipe dynamique du devenir.

Très, très belle image.

Zeus a fait cette étoffe grande et belle, et il l’a brodée,en l’honneur de ses noces. Sans doute avec Chtonia?(qui doit être la matière première, vierge et mère, dePlaton?)

Cette étoffe est un cadeau d’amoureux, de fiancé.Elle a été brodée par amour. Elle a été tissée par amour.

Zeus tisserand. Tissu de limite et d’illimité.

Cet univers est beau comme un présent d’amoureux.

[Cronos, dans Pherekydès, est du côté du bien.Ennemi d’Ophion. Les passages de l’Apocalypse sur leserpent jeté du haut du ciel doivent venir de Pherekydès.]

D’après Philon cité par Eusèbe (P. E. I. 10, 50), Pherekydès a pris ces récits aux Phéniciens.

L’amandier du conte de Grimm, au pied duquelsont enterrés les os du petit frère — après que la mèreelle-même y a été enterrée — et sur lequel se tient l’oiseau qui chante si bien; serait-ce l’arbre du monde?

Très probablement.

L’oiseau laisse tomber une chaîne en or et une pairede souliers. Deux cadeaux qui semblent équivalents.Cette version de l’histoire doit remonter à un temps oùles souliers étaient aussi précieux que les chaînes enor. Très, très lointain.

Et l’histoire des sept cygnes avec les chemises d’anémones,ne serait-elle pas antérieure aux étoffes?

7 cygnes, comme 7 nains dans Blanche-Neige. Là septest l’humanité. Les corps célestes autour du pôle?

Le nom Ἰησοῦς fait 888. 8 est La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (29). L’humanitéet Dieu. Le nom de la Bête, par symétrie, fait 666.6 est La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (30). L’humanité moins Dieu. Saint Jean n’apeut-être jamais eu autre chose dans l’esprit que cettesymétrie.

Autant le Christ est éloigné de l’humanité ordinairedans le sens du bien, autant la Bête l’est dans le sensdu mal. Cette distance est infinie. L’infini ne peut êtreexprimé que par 1.

Saint Jean a cru peut-être qu’il viendrait réellementquelque chose dont le nom vaudrait 666, par symétrie.

Il a dû croire aussi que l’intervalle entre la Passiondu Christ et son retour glorieux serait 3 siècles ½,à cause de Daniel.

888. Trois 8. Sans doute regardé comme une imagede la Trinité.

Le Dragon, la Bête, le Pseudoprophète, sorte de trinité du mal.

Le taureau noir de Norvège. «Moi, je veux bienpour époux le taureau noir de Norvège.» C’est l’histoire d’Europe. Mais dans le cas d’Europe, c’est untaureau de Crète. S’agit-il toujours d’un peuple maritime,parce que le taureau sort de la mer? Dans l’histoire de Psyché aussi, sauf erreur, il s’agit d’un monstrequi sort de la mer. Aphrodite céleste aussi sort de la mer.Peut-être choisit-on un pays d’où viennent des incursions maritimes? Peut-être parce que l’histoire symbolique est fondue, comme le dit Hérodote pour Europe,avec l’histoire réelle d’une jeune fille enlevée par des pirates? Un chef de Vikings peut avoir été surnomméle Taureau noir de Norvège. Il me semble que cettehistoire ne se trouve sous la forme de taureau (et en toutcas sous la forme taureau de Norvège) qu’en Grande-Bretagne.

Pour celui qui est sur mer, l’immersion est le passagede l’autre côté, du côté où est la racine de l’arbre dumonde. On passe de l’autre côté du voile. C’est la mêmechose que percer la coquille de l’œuf du monde. Baptême.Le baptême a lieu à Pâques, comme les œufsde Pâques.

Le mât au début a-t-il été oblique, pointant vers lepôle? Peut-être.

Et l’axe du pôle, prolongé par en dessous, a-t-il étéregardé comme une balance? Le soleil peut-être faisantcontrepoids aux poids de l’autre côté, aux poids d’endessous.

Un supplice de matelot, attaché au mât, n’a-t-il pas étéla première forme de la crucifixion?

La pendaison d’un matelot au mât — victime volontaire si possible — n’a-t-elle pas été un procédé de magiesympathique dans les moments périlleux, le matelotétant au mât ce qu’est le soleil à l’axe des pôles?

(Arbre heureux, aux branches duquel — a pendu larançon du monde — tu as été la balance de ce corps —et tu as soulevé la proie du Tartare.)

Peut-être primitivement n’a-t-on pratiqué d’autreexécution que le sacrifice humain. La peine de mortpour meurtre semble n’être pas primitive, puisque lavie de Caïn est sacrée, et qu’à Noé seulement Dieu dit«celui qui verse le sang de l’homme, son sang seraversé». Le sacrifice humain n’admettait peut-être quedes victimes volontaires et pures. Les formes qu’il aprises (pendaison, crucifixion, bûcher) sont peut-êtrel’origine des supplices.

On a dû regarder le soleil comme attaché. Au moment du solstice d’été, il est sur le point de se dégagerde ses liens — mais seulement sur le point.

Ou encore, la pendaison, n’est-ce pas une tentativepour se greffer sur l’arbre du monde — la vraie vigne — dont on est un rameau coupé? S’y greffer par la mort.

En tout cas, sûrement symbole sacré.

Le pendu est-il le fruit dont les hommes mangent lachair et boivent le jus?

Le soleil est pendu à l’arbre du monde. L’énergiesolaire descend dans les arbres et y pend sous formede fruit que les hommes mangent.

Ainsi la grenade. Le jus de la grenade est le sang deDionysos.

Le jus du raisin est le sang du Christ.

Même si la généalogie troyenne d’Odin est mensongère,l’origine thrace peut très bien être véridique. Ily aurait alors de l’orphisme dans les Eddas. Balder estsans doute Dionysos.

C’est le seul dieu qui meurt avant la fin du monde,mais aussi le seul qui ressuscite après la fin du monde.

Le gui le tue. Sans doute parce que le gui est sacré.Sans doute parce que le gui lui est identifié. En un sensil est tué, en un sens il donne sa vie. La plante qui lereprésente peut seule le tuer. Seule elle n’a pas fait serment. On ne le lui a pas demandé, parce qu’elle estconsacrée au dieu (c’est là sans doute la raison).

Pourquoi le gui est-il sacré? Image de la boule defeu tombant sur les chênes? Ou image de la terreenfilée sur l’arbre du monde? Ou plante ayant sa racinedans le ciel? Ou racine céleste du chêne?

Il faudrait voir du gui sur un chêne — ce qui nem’est jamais arrivé — pour se rendre compte.

Étoffe brodée d’Athéna. Don de ce monde au Saint-Esprit.

Supplice du pal. Imite l’arbre du monde passant dusexe à la tête le long de la colonne vertébrale — trajet de la veine par où, selon les Hindous, la semencedoit remonter.

Le bouclier d’Achille, c’est le monde. Bouclier rond,imite la pleine mer. Celui qui est derrière le bouclier estde l’autre côté du voile.

L’arbre de vie, c’est l’axe des pôles dont les fruits sontles astres. Qui mange le soleil vivra.

Qui mange la lumière vivra.

Si nous avions de la chlorophylle, nous nous nourririons de lumière, comme les arbres.

Le Christ en tient lieu.

Thor pêchant le Serpent qui gît dans l’océan. DansJob il est question d’une pêche du Leviathan. «Letireras-tu avec un hameçon…?»

«Il fait bouillonner les profondeurs comme une chaudière. il est fait pour ne rien craindre.»

«Fera-t: l un pacte avec toi? L’engageras-tu commeesclave?»

Il a donc fait un pacte avec Dieu.

«Pare-toi de majesté… alors toi-même je te louerai.» (Allusion au Christ?)

Daniel ne serait-il pas un personnage mythique desChaldéens? (C’est difficile.) Ou y a-t-il eu confusionentre un personnage mythique et un historique?

Pourquoi «Noé, Job et Daniel» dans Ezechiel?

Abel. Hénoch. Noé. Cham. Nemrod. Melchisédec.Job. Daniel. 8 personnages parfaits en tout (tous deshommes).

Job doit être un livre révélé d’une autre religion.(Origène dit le livre de Job antérieur à Moïse.) Peut-êtreaussi le Cantique des Cantiques. Mais quelle? phénicienne?cananéenne?

Il faudrait faire la liste des passages de la Bible oùil est question de Léviathan.

D’après les protestants, la femme céleste de l’Apocalypse serait l’Église. D’après le passage de l’Évangiledes Hébreux, cité par Origène, sur «ma mère le Saint-Esprit», ce pourrait être le Saint-Esprit.

Paroles du Christ: «À l’instant ma mère, le Saint-Esprit,m’a saisi dans un seul cheveu et m’a transportésur le grand mont Thabor.»

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Abel — Pan || Hénoch… || Noé — Dionysos —Osiris || Cham — Hermès || Nemrod — Heraclès ||

Une femme, dans le ciel, vêtue de soleil, avec la lunesous ses pieds et une couronne de douze étoiles criait etenfantait. Un dragon se tenait devant elle pour dévorerson fils. Son fils est emporté au trône de Dieu et lafemme fuit dans un désert préparé pour elle. Donc, elletombe sur terre.

Le dragon aussi est jeté à terre, l’antique serpent, lediable, qui a mis dans l’erreur toute la terre habitée.Une voix dans le ciel dit alors «maintenant s’est produit le salut, la puissance et la royauté de notre Dieu etla domination de son Christ».

Tout cela s’est produit dans le ciel, non sur terre, carau contraire «malheur à la terre et à la mer, car lediable est descendu chez vous avec une grande colère».

Donc à partir de ce moment seulement Dieu et sonChrist ont été maîtres dans le ciel. Le mal, chassé duciel, est venu ici-bas.

Auparavant il était devant la face de Dieu, accusantjour et nuit les frères des anges. Mais ils l’ont vaincu parle sang de l’Agneau et le «logos» de leur témoignage,et n’ont pas aimé leurs âmes jusqu’à la mort. C’estpourquoi réjouissez-vous, cieux et leurs habitants, maismalheur à la terre et à la mer…

Il doit s’agir là aussi des anges. Ce sont les anges,dans le récit précédent, qui ont vaincu le dragon. Lesanges ont vaincu par le sang de l’Agneau.

Le dragon, jeté à terre, persécute la femme, tombéeaussi à terre. Elle, avec des ailes d’aigle, s’enfuit dansle désert. Le dragon émet un fleuve d’eau qui doitentraîner la femme. Mais la terre s’ouvre et absorbe cefleuve.

S’agit-il d’une version de l’histoire du déluge?

La femme est nourrie dans le désert, loin de la facedu serpent, «un temps et des temps et la moitié d’untemps».

Le dragon va faire la guerre aux restes de sa semence,et se tient au bord de la mer. Une bête sort de la mer:panthère à pieds d’ours, à gueule de lion, à 7 têtes et10 cornes. Le dragon lui donne sa vertu. Ensuite iln’est plus question du dragon. Excepté quand un ange, portant la clef de l’abîme, et une chaîne, descend, le saisit, le lie, l’envoie dans l’abîme et l’enferme pour milleans. Les martyrs du Christ vivent avec lui mille ans.Puis Satan est délié, séduit les nations, les rassemble pourune bataille contre la cité sainte. Alors le feu du ciel lesconsume, et le diable, la bête et le pseudoprophète sontenvoyés dans un lac de feu. C’est la fin.

Avant: les peuples foulent aux pieds la cité sainte3 ans ½. Deux prophètes prophétisent 3 ans ½,deux oliviers, deux candélabres; un feu dévore leursennemis, qui les offense est tué. Quand ils auront finileur témoignage, la bête de l’abîme les tuera; leurscadavres seront vus 3 jours ½, à la joie générale; puisl’esprit de vie de Dieu les ressuscitera, et ils monterontau ciel, et le septième ange sonnera de sa trompette. Letemple de Dieu dans le ciel s’ouvre, et un grand signeapparaît dans le ciel (la femme à l’enfant).

La femme est la mère du Christ. Si c’est l’Esprit, sachute sur terre correspond au don du feu par Prométhée.

Il est naturel que le Saint-Esprit et le diable tombenten même temps sur terre.

3500 ans avant le Christ correspond à peu près à lanaissance d’Hénoch — qui doit être le nom de quelquedieu égyptien.

On ne dit pas si les deux prophètes sont ensembleou non.

Tout cela est trop difficile. Mais sûrement l’Apocalypse est pleine de traces de mythologies aujourd’huidisparues.

Math. 23, 35. Comment a-t-on tué Zacharie, le prophète de la reconstruction du temple, dans le temple?C’est une histoire que la Bible nous cache. D’unemanière générale, qui sont donc tous ces prophètestués?

L’amour divin, c’est l’amour inconditionnel. Aimerun être humain en Dieu, c’est l’aimer inconditionnellement. On ne peut aimer un être inconditionnellementque si on aime en lui un attribut indestructible.

Dans un être humain ordinaire, un seul attribut estindestructible, c’est le fait d’être une créature.

Dans ceux qui sont deux fois nés, qui ont été engendrés d’en haut par l’esprit, qui ont passé par la mortet la résurrection du Christ, il y a un second attributindestructible, c’est celui d’enfant de Dieu.

Cela fait deux amours inconditionnés envers les êtreshumains. L’un est exprimé dans le précepte «aime tonprochain comme toi-même», l’autre dans le précepte«aimez-vous les uns les autres».

Ce que nous demandons à l’amour humain est uneimpossibilité, une contradiction vicieuse. Nous ne voulons pas être aimés conditionnellement. Celui qui dirait:«Je t’aimerai tant que tu es en bonne santé; si tu esmalade je ne t’aime plus» serait repoussé avec colère.D’autre part nous ne voulons pas d’un amour qui nousconfond avec la masse. Celui qui dirait «j’aime toutesles femmes blondes, toi ni plus ni moins que les autres»,ou «j’aime toutes les Parisiennes», serait repoussé demême. Nous voulons être préférés inconditionnellement.Or tous les attributs qui nous distinguent d’autrui sontconditionnels et peuvent disparaître. Nous ne méritonsinconditionnellement que le degré d’attention accordéà la créature la plus misérable, c’est-à-dire un infinimentpetit.

Pourtant c’est vrai que nous méritons d’être non seulement préférés, mais aimés uniquement, exclusivement.Mais ce qui en nous mérite cela, c’est la partie incrééede l’âme, qui est identique au Fils de Dieu. Quand lemoi composé d’attributs est détruit et que cette partieémerge, «je ne vis plus en moi, mais le Christ vit enmoi»; quiconque aime un homme qui en est là etparce qu’il en est là aime sous sa forme le Christ. C’estun amour impersonnel.

Aimer une personne impersonnellement, c’est aimeren Dieu.

«Aime ton prochain comme toi-même», cela veutdire aime-le inconditionnellement; car l’amour de soiest inconditionnel. Se ferait-on horreur, on ne cesse pasde s’aimer.

L’amour a pour objet le bien. Pour aimer inconditionnellement un être humain ordinaire, il faut avoir aperçuen lui un bien inconditionnel.

Il n’y a pas de bien inconditionnel chez aucun hommenon arrivé à l’union mystique, sinon la possibilité d’yarriver.

Pour aimer inconditionnellement les hommes, il fautvoir en eux des pensées soumises aux lois mécaniquesde la matière, mais ayant pour vocation le bien absolu.

L’aspiration au bien, qui existe chez tous les hommes— car tout homme désire, et tout désir a pour objet lebien — l’aspiration au bien qui est l’être même dechaque homme est le seul bien toujours inconditionnellement présent en tout homme.

Aimer chez tous les hommes, selon le cas, ou le désirou la possession du bien.

Dans un autre vocabulaire: aimer chez tous leshommes ou le désir ou la possession de Dieu.

C’est cela, aimer inconditionnellement. C’est cela,aimer les êtres humains en Dieu.

En enfer, par définition, il n’y a plus de désir du bien.Dès lors il est impossible qu’on y souffre.

Chez les êtres humains, nous aimons la satisfactionespérée de notre désir. Nous n’aimons pas en eux leurdésir. Aimer en eux leur désir, c’est les aimer commesol. En soi on n’aime pas un bien, on adhère à undésir.

Le désir est toujours souffrance, parce qu’insatisfait.Réciproquement toute souffrance est insatisfaction d’undésir. L’amour qui adhère au désir d’autrui, c’est lacompassion.

On ne peut pas compatir à tout désir si on n’a pascontemplé les notions pures, universelles, de désir et debien. Autrement dit, si on n’a pas contemplé Dieu.

Si on contemple le Bien, on considère tout désir,fût-ce le plus affreux, comme une aspiration au bien,fût-elle erronée.

Nous n’aimons pas un être humain comme une faim,mais comme une nourriture. Nous aimons en cannibales. Aimer purement, c’est aimer dans un être humain sa faim. Comme tous les hommes ont toujoursfaim, on aime alors toujours tous les hommes. Certains sont partiellement rassasiés; il faut aimer en euxleur faim et leur rassasiement.

Mais nous aimons bien différemment. Les êtres aimés,par leur présence, leurs paroles, leurs lettres, nous fournissent du réconfort, de l’énergie, un stimulant. Ils ontsur nous le même effet qu’un bon repas après une journée épuisante de travail. Nous les aimons donc commede la nourriture. C’est bien un amour d’anthropophage.

Nos haines, nos indifférences, sont anthropophagiquesaussi.

Vous avez eu faim, et vous m’avez mangé.

Il est vrai qu’on doit le manger.

Ce genre d’affection est-il légitime envers ceux qui nesont plus eux-mêmes, en qui vit le Christ?

Sûrement envers nul autre.

Chez ceux-là, le désir et le rassasiement et la nourriture fournie à autrui sont une seule et même chose.

Mais l’amour dirigé ainsi ne peut pas être un amourde propriétaire, Comme un homme qui achèterait unestatue grecque, quoiqu’il l’ait achetée, ne peut pas —sil n’est pas une brute — s’en sentir propriétaire. Lebien pur échappe à toute relation particulière.

Sauf ce cas, les affections humaines sont des affections de goules. Nous aimons quelqu’un, c’est-à-direnous aimons boire son sang.

Dans toute affection un peu forte, la vie est engagée.On ne peut aimer purement que si on a renoncé àvivre.

Quiconque aime sa vie aime ses proches et ses amiscomme Ugolin ses enfants. Rien n’est réel pour quiaime ainsi.

La réalité n’apparaît qu’à celui qui accepte la mort.

C’est pourquoi «De cet univers, par le renoncement,nourris-toi».

Quel plus grand don pouvait être fait aux créaturesque celui de la mort?

La mort seule nous apprend que nous n’existons pas,sinon comme une chose parmi beaucoup d’autres.

[Comment s’explique la ressemblance entre l’Apocalypse et le poème de Nonnos? Nonnos a-t-il copiél’Apocalypse? Mais pourquoi? Ou l’Apocalypse est-elle d’inspiration orphique ou égyptienne?]

Notre amour comme notre raison sont soumis à ceparadoxe, que ce sont des facultés universelles qui nesont susceptibles que d’objets particuliers.

Penser telle perception comme un théorème.

Dieu seul est l’unité de l’universel et du particulier.Dieu est une personne universelle. Quelqu’un qui esttout.

On n’aime pas l’humanité; on aime cet homme. Cen’est pas un amour légitime; aimer l’humanité est seullégitime.

Mais aimer la divinité et ce Dieu, c’est le mêmeamour.

En Dieu l’universel et le particulier sont identiques.Ici-bas ils sont enfermés ensemble sous clef par uneharmonie. L’Incarnation est cette harmonie. Nousdevons vivre de cette harmonie nous-mêmes. Cette harmonie est la vraie vie.

Aimer dans le prochain la faim qui le ronge et nonpas la nourriture qui s’offre à nous en lui pour calmernotre faim, cela implique un détachement total.

Cela implique qu’on renonce à manger de l’homme,qu’on ne veut plus manger que Dieu.

Mais la substance de Dieu, au moins au début, nenourrit qu’un point de l’âme placé tellement au centreque nous ignorons qu’il existe.

Le reste de l’âme a faim, et voudrait bien mangerde l’homme.

Seuls peuvent être sauvés ceux que quelque chosecontraint à s’arrêter quand ils voudraient s’approcher dece qu’ils aiment. Ceux en qui le sentiment du beau amis la contemplation.

C’est pourquoi peut-être Platon dit que la beautéseule est descendue du ciel ici-bas pour nous sauver.

Ici-bas, regarder et manger sont deux. Il faut choisirl’un ou l’autre. On appelle l’un et l’autre aimer. Seuls ont quelque espoir de salut ceux à qui il arrive quelquefois de rester quelque temps à regarder au lieu demanger.

«L’un mange les fruits, l’autre les regarde.»

La partie éternelle de l’âme se nourrit de faim.

Quand on ne mange pas, l’organisme digère sa propre chair et la transforme en énergie. L’âme aussi.L’âme qui ne mange pas se digère elle-même. La partieéternelle digère la partie mortelle de l’âme et la transforme.

La faim de l’âme est dure à supporter, mais il n’y apas d’autre remède pour la maladie.

Faire mourir de faim la partie périssable de l’âme,le corps étant encore vivant. Ainsi un corps de chairpasse directement au service de Dieu.

Platon, Lois: Ἀγύμναστον ὅτι μάλιστα ποιεῖντῶν ἡδονῶν ρώμην τὴν ἐπίχυσιν καὶ τροφὴν αὐτῆςπόνων ἄλλοσε τρέποντα τοῦ σώματος.

«Autant que possible, rendre atrophiée la force desvoluptés en en détournant le courant et la nourriture versd’autres parties du corps au moyen des travaux.»

Extrêmement précis. L’énergie contenue dans lasemence est une nourriture pour les organes sexuels etleur exercice, mais aussi bien pour d’autres organes etleur exercice. Si d’autres organes mangent cette énergie,la sexualité meurt de faim.

On peut transposer la sexualité sur des objets quelconques:collection, or, pouvoir, parti, chat, canari,Dieu (ce n’est pas alors le vrai Dieu).

Ou on peut tuer la sexualité et opérer une transmutation de l’énergie qui lui était affectée.

Cette opération est le détachement.

Tout attachement est de même nature que la sexualité. En cela Freud a raison (mais seulement en cela).

Une énergie supplémentaire nous a été remise endépôt par Dieu. C’est le talent de la parabole. Certainsla font sortir d’eux-mêmes avec accompagnement devolupté. D’autres la donnent à manger à la meilleurepartie de leur âme.

Marc. «La terre porte des fruits d’elle-même», «automata». De là vient automatisme. C’est dire dela manière la plus claire, la plus précise, qu’il y a unemécanique spirituelle, aux lois aussi rigoureuses quel’autre, mais autre.

σπείρων, le semeur; le même mot se dit du mâle quiféconde la femelle. Ce double sens est sans doute contenudans les paraboles de l’Évangile sur les semailles. «Lasemence est la parole de Dieu.» La semence est unsouffle igné, pneuma. La semence qui est entrée dansla Vierge était le Saint-Esprit, pneuma hagion. LeSaint-Esprit est aussi la semence qui tombe sur touteâme. Pour le recevoir, il faut que l’âme soit devenuesimplement une matrice, un réceptacle; quelque chosede fluide, de passif; de l’eau. Alors la semence devientembryon, puis enfant; le Christ est engendré dansl’âme. Ce que je nommais je, moi, est détruit, liquéfié;à la place de cela, il y a un être nouveau, grandi àpartir de la semence tombée de Dieu dans l’âme. C’estlà être engendré de nouveau; être engendré d’en haut;être engendré à partir de l’eau et de l’esprit; êtreengendré à partir de Dieu, et non pas de la volonté del’homme ou de la volonté de la chair. Au terme de ceprocessus, «je ne vis plus, mais le Christ vit en moi».C’est un autre être qui est engendré par Dieu, un autre«je», qui est à peine «je», parce que c’est le Filsde Dieu. Il n’y a pas d’«enfants adoptifs». L’uniqueadoption, c’est que, comme un parasite pond ses œufsdans la chair d’un animal, Dieu dépose dans notreâme un sperme qui, parvenu à maturité, sera son Fils.C’est ainsi qu’Aphrodite céleste, qui est la Sagesse, sortdes la mer. Notre âme doit être uniquement un lieud’accueil et de la nourriture pour ce germe divin. Nousne devons pas donner à manger à notre âme. Nousdevons donner notre âme à manger à ce germe. Aprèsquoi il mange lui-même, directement, tout ce qu’auparavant notre âme mangeait. Notre âme est un œuf oùce germe divin devient oiseau. L’embryon d’oiseau senourrit de l’œuf; devenu oiseau, il brise la coquille,sort, et picore des grains. Notre âme est séparée de touteréalité par une pellicule d’égoïsme, de subjectivité, d’illusion; le germe du Christ déposé par Dieu dans notreâme se nourrit d’elle; quand il est assez développé, ilbrise l’âme, la fait éclater, et entre en contact avec laréalité. C’est l’Amour dans le microcosme. Celui dumacrocosme, une fois que ses ailes d’or ont poussé,brise l’œuf du monde et passe de l’autre côté du ciel.

Ces symboles devraient être racontés et expliqués auxfermières qui élèvent des poules.

Le baptême est un geste de magie sympathique.Comme ceux qui versent quelques gouttes d’eau pourqu’il pleuve; on réalise le simulacre de la seconde naissance en vue d’une seconde naissance véritable.

Passer par le baptême avec la croyance que la secondenaissance en résultera, c’est témoigner qu’on la désirevraiment; dès lors on doit la recevoir.

Faire passer un enfant par le baptême, c’est témoignerqu’on désire la seconde naissance pour lui. Dès lors ondoit l’aider à y parvenir.

Ces effets se produisent seulement si on pense vraiment à la seconde naissance et si on croit vraiment àl’efficacité du sacrement.

Une forme extérieure, quelle qu’elle soit, que l’oncroit efficace par elle-même, comme forme, permet seuleà l’âme d’exercer sur elle-même une action aussi réellesur le plan spirituel que sur le plan des obligations. Lecorps est l’intermédiaire indispensable à travers lequell’Âme exerce sur l’âme une action réelle. On me confieen dépôt une grosse somme d’argent. Je la voudraispour moi. On me la réclame. Je la voudrais toujours pour moi; mais mon corps se rend avec elle àl’endroit convenu, l’y dépose, et revient sans elle. Aubout de quelque temps, je l’oublie. Mon âme en est détachée.

Je peux pousser mon corps dans le bien plus loin quene se trouve l’âme; il entraîne alors l’âme.

Sur le plan des obligations, cette opération se produitcontinuellement; toute autre manière de procéder estimaginaire.

Sur le plan spirituel, cette opération n’est possible quesi on a la certitude que telle forme sensible possède une efficacité spirituelle. Cela peut être n’importe quelleforme. Mais il faut que ce soit une forme déterminée.Ce qui est sensible a nécessairement une existenceparticulière. Le choix de la forme est arbitraire;mais il doit avoir été fait; et il ne doit pas semblerqu’il y ait eu de l’arbitraire, ni même qu’il y ait euchoix.

Toujours le même paradoxe dans la relation de l’universel et du particulier.

Cette forme est une convention de l’homme avecl’homme, mais faite pour le bien, et par suite ratifiée parDieu.

Pour que cette forme soit l’objet d’une certitude, ondoit penser qu’elle a été établie par un homme inspiré deDieu, ou, préférablement, par Dieu lui-même incarnéici-bas.

Est-il bon ou mauvais que les sacrements soient soumis à des conditions sociales?

Il me semble que c’est entièrement mauvais, et queles prêtres ne devraient pas pouvoir refuser un sacrement. Simplement avertir les fidèles que le sacrementest une ordalie et implique un risque.

Il me semble qu’un sacrement soumis à des conditionssociales n’est plus un sacrement. Le diable, maître dessociétés d’ici-bas, s’interpose entre l’homme et Dieu.

Zénon le Stoïcien: la semence animale est un feu.— Comme le sperme est émis et reçu par l’effet del’amour, de même la foudre, qui est le lien d’amourentre le Ciel et la Terre. La semence animale ignée estsouffle vital, et de même la foudre est identifiée auSaint-Esprit.

La lune évoque un serpent; l’éclair n’évoque-t-il pasun serpent aussi?

Interprétation du baptême par Justin. La naissances’opère à partir du fluide mélangé de l’homme et de lafemme. Pour réparer la souillure de cette naissance, ilfaut disparaître et resurgir à partir d’une eau pure.

L’eau et le feu sont mélangés dans le liquide séminal.Leur dissociation est la mort. On s’ensevelit dans uneeau pure, et le feu du ciel, y descendant, produit à partird’elle un nouveau vivant.

«Engendré à nouveau à partir de l’eau et du souffle », cela veut dire à partir des éléments primordiaux;celui qui a passé par une nouvelle création. Plus quenouvelle naissance. Nouvelle création.

Une partie de l’âme veut remplir une obligation,comme rendre un dépôt; une autre ne veut pas. Ellesluttent. Le corps est la balance. Le corps est l’uniquebalance capable de faire de l’âme le contrepoids del’âme. En un sens, il est juge entre l’âme et l’âme,comme la balance entre le poids et le poids. Comme laCroix est une balance entre le ciel et la terre, ainsi lecorps entre l’âme et l’âme.

C’est là l’éminente dignité du corps.

C’est le corps qui mange, mais c’est aussi le corps quijeûne. C’est la chair qui dort, mais c’est aussi la chairqui veille.

Les obligations sont des actes, et le corps est la balanceconvenable pour les conflits de l’âme qui les concerne.

Mais il y a un conflit plus profond, le conflit autourde la régénération de l’âme. Une partie de l’âme désirerecevoir la lumière qui régénère, une partie ne le désirepas. La régénération spirituelle n’est pas une action, cen’est pas un enchaînement de mouvements, ce n’estrien sur quoi la volonté ait prise. Et pourtant le corpsest l’unique balance entre l’âme et l’âme.

C’est pourquoi le conflit restera indécis, le choix nesera pas accompli, s’il n’y a pas quelque action corporelle qui soit unie à la régénération de l’âme par uneconvention, comme le mouvement du corps allant porterl’or du dépôt à son propriétaire est lié à l’honnêteté parla nature. Mais le lien conventionnel doit être plussolide que le lien naturel. La convention doit être uneconvention avec Dieu, entre Dieu et l’homme. C’estcela qu’on appelle un sacrement.

Comme la régénération spirituelle est une modification subie par quiconque la désire, et non pas une actionvoulue, il est bon que la chose corporelle liée par convention à cette régénération ne soit pas une action, maisquelque chose qu’on reçoit d’autrui après l’avoirdemandé.

Cela aussi fait partie de la définition du sacrement.

Seulement il ne devrait y avoir aucune condition,sinon la demande elle-même. La régénération spirituellen’est soumise à aucune condition, sinon un vrai désir.La demande, qui est l’image sensible du désir, devraitêtre l’unique condition pour recevoir l’image sensiblede la régénération.

Si vraiment on croit que telle cérémonie entraînera réellement la régénération, le fait de la demander impliqueune telle violence faite au mal en soi que toutes les circonstances autour de la demande sont insignifiantes encomparaison. Rester à genoux dans la neige trois jourset trois nuits n’ajouterait pas à la difficulté de la chose.Condamner à mort le mal contenu en soi est d’une difficulté telle que c’est à la limite du possible. Rien nepeut être plus difficile.

Mais une demande de ce genre n’atteint l’extrêmelimite de la difficulté que si on est certain que la cérémonie demandée entraînera la mort du mal en soi.

C’est pourquoi la foi est un intermédiaire indispensable pour faire du corps une balance dans le conflit spirituel de l’âme avec elle-même.

La foi crée la vérité à laquelle elle adhère. La certitude qu’une cérémonie produit la régénération spirituelle donne à la cérémonie cette efficacité, et cela nonpas par un phénomène de suggestion, ce qui impliqueraitde l’illusion et du mensonge, mais par le mécanismeanalysé ici.

Le domaine de la foi, c’est le domaine des vérités produites par la certitude. C’est là que la foi est légitime.C’est là qu’elle est une vertu. Une vertu créatrice devérité.

Il faudrait déterminer quel est ce domaine.

Si on fait quelque chose avec la certitude d’obéir à Dieu et sans autre mobile ou intention que cette obéissance,il est certain qu’on obéit à Dieu.

Mais s’en suit-l qu’on puisse faire n’importe quoiavec cette intention?

C’est le grand problème, le problème de la Gîta.

Je ne le comprends pas encore bien.

Il y a trois mystères ici-bas, trois choses incompréhensibles. La beauté, la justice et la vérité.

Ce sont les trois choses reconnues par tous les hommescomme normes de toutes les choses d’ici-bas. L’incompréhensible est la norme du connu.

Quoi d’étonnant si la vie terrestre est impossible?

Nous sommes comme des mouches collées au fondd’une bouteille, attirées par la lumière et incapablesd’y aller.

Pourtant, plutôt être collé pour la perpétuité des tempsau fond de la bouteille que de se détourner un instant dela lumière.

Lumière, auras-tu compassion et au bout de cetteperpétuité briseras-tu le verre?

Même si cela ne doit pas être ainsi, rester collé auverre.

Il faut avoir traversé la perpétuité des temps dans untemps fini. Pour que cela, qui est contradictoire, soit possible,il faut que la partie de l’âme qui est à la hauteurdu temps, la partie discursive, la partie qui mesure,soit détruite.

Elle n’est détruite que par le malheur accepté oupar une joie intense au point de précipiter dans la purecontemplation. Ou encore autrement?

La technique du koan (bouddhisme zen) est uneméthode pour cette destruction.

Platon avait peut-être une méthode de ce genre, dansce qu’il nommait dialectique?

Pour la partie de l’âme située au-dessous du temps,une durée finie est infinie. De même qu’un mètrecontient une infinité de points.

Si par la destruction de la partie discursive la coucheinférieure de l’Âme est mise à nu, si de cette manière enun temps fini la perpétuité est traversée, si pendant cette perpétuité l’âme reste tournée vers la lumière éternelle,à la fin la lumière éternelle aura peut-être pitié et enveloppera toute l’âme dans son éternité.

La partie de la mathématique qui concerne les infinisde divers ordres (théorie des ensembles, topologie) contient des trésors infiniment précieux d’images pour lesvérités surnaturelles.

La couche inférieure de l’âme mise à nu et tournéevers la lumière éternelle, c’est la séparation et la réunion entre l’eau et le souffle igné, c’est la transformationdont le baptême est le symbole.

L’union de l’eau pure et de la lumière éternelle, c’estle miracle de Cana, la transmutation de l’eau en vin.

Les arbres, les plantes, croissent à partir de l’eau parfaitement pure tombée du ciel (la rosée nourricière) etde la lumière qui descend du ciel. La sève, le vin, sontdes mélanges de cette eau et de ce feu célestes. La chlorophylle de la sève a la propriété de fixer et cristalliserle feu céleste. Est-ce comme issus de ce mélange d’éléments célestes et purs que les arbres étaient adorés? Lamétaphore de l’arbre du monde a-t-elle rapport à cela?

Au contraire, l’eau et le souffle igné d’où procède lanaissance de l’homme sont charnels, terrestres, impurs.

La pendaison a-t-elle originellement pour objet detransformer l’homme en fruit d’un arbre, annulant sanaissance charnelle au profit d’une nouvelle naissanceà partir de l’eau et du feu célestes? Le symbole seraalors le même que celui du baptême, ce qui expliqueraitla liaison entre le baptême et la mort du Christ sur laCroix.

De même que le baptême par immersion est unenoyade simulée, de même il a pu y avoir des cérémoniesd’initiation consistant en pendaison simulée. Celaexpliquerait les épithètes d’Odin, d’Artémis arcadienne(d’après Frazer), etc.

Il se peut que tous les supplices aient été d’abord descérémonies d’initiation symbolisant la régénération.

[N.-B. Quand on dit que des simulacres de mise àmort rituelle sont des survivances de sacrifices humains primitifs, le contraire est tout aussi possible. On peuttout aussi légitimement supposer que là où il y avaitsacrifice humain, c’était une corruption de cérémoniescontenant de simples simulacres.]

Peut-être que comme au moyen âge on voulait obtenirdes coupables la vertu de pénitence avant l’exécution,de même primitivement on croyait que le châtimentinfligé par la loi doit être en même temps un sacrementproduisant la régénération du coupable.

C’est une pensée sublime.

Le glaive de la loi doit être comme le glaive de Rama dontle contact envoyait au ciel ceux dont il tranchait la tête.

Mais il est naturel que les Hébreux, qui avaient retranché de la religion toute spiritualité, aient regardé lapendaison comme une malédiction.

Cela permet à la crucifixion d’avoir un double sens.

Il faut détruire cette partie intermédiaire, trouble del’âme qui est un mélange mauvais d’eau et de souffle,pour laisser la partie végétative directement exposée ausouffle igné qui vient d’au-dessus des cieux.

Se dépouiller de tout ce qui est au-dessus de la vievégétative. Mettre la vie végétative à nu et la tournerviolemment vers la lumière céleste. Détruire dans l’âmetout ce qui n’est pas collé à la matière. Exposer nue à lalumière céleste la partie de l’âme qui est presque de lamatière inerte.

La perfection qui nous est proposée, c’est l’uniondirecte de l’esprit divin avec de la matière inerte. De lamatière inerte qu’on regarde comme pensante est uneimage parfaite de la perfection.

C’est là une justification de ce que les Hébreux nommaient idolâtrie.

Mais quelque chose qui n’a pas figure humaine vautmieux qu’une sculpture; ainsi une pierre, du pain, unastre.

Si on se représente un esprit lié au soleil, c’est làune parfaite image de la perfection.

C’est pourquoi cet univers fait de matière inerte estbeau. Plus beau que le plus beau des êtres humains.

L’inertie de la matière répond à la justice de la penséedivine.

Une pensée humaine peut habiter la chair. Mais si unepensée habite de la matière inerte, ce ne peut être qu’unepensée divine.

C’est pourquoi, si un homme est transformé en êtreparfait, et sa pensée remplacée par la pensée divine, sachair, sous les espèces de la chair vivante, est devenueen un sens du cadavre.

Il faut qu’un homme ait péri et que le cadavre soitanimé de nouveau par un souffle vital venu directementd’au-dessus des cieux.

Si Dieu peut s’incarner en un homme ordinaire àun certain moment de sa vie, pourquoi pas dans unesemence enfermée en un corps de femme?

Les conceptions fondées sur l’incarnation regardentla régénération spirituelle comme une possession del’homme par Dieu. Cela implique rupture de continuité.Les autres conceptions ne dépassent pas le niveau del’obligation, la loi.

Une divinité au niveau de l’obligation, c’est la sociététransformée en idole. C’est pourquoi le protestantisme,où la morale est au premier plan, se dégrade irrésistiblement en religion nationale. La morale y est au premier plan parce que la notion de sacrement y est affaiblie.

La Réforme a affaibli la notion de sacrement parceque les sacrements avaient été l’objet d’une usurpation.Quand une société s’empare du monopole des sacrements et les accorde sous condition, il y a usurpation.

Le Christ a repoussé la tentation du diable qui luioffrait les royaumes de ce monde. Mais son épouse,l’Église, y a succombé. Les portes de l’enfer n’ont-ellespas prévalu contre elle?

Mais le texte de l’Évangile, le pater et les sacrementsconservent leur efficacité rédemptrice. En ce sens seulement l’enfer n’a pas prévalu.

La parole du Christ ne garantit rien d’autre, et enparticulier ne garantit nullement la perpétuité du christianisme.

(Si le christianisme disparaissait, serait-il suivi d’iciquelques siècles d’une autre religion, et procéderait-elled’une nouvelle incarnation?)

Aujourd’hui, pour un fils de parents juifs ou athées,être baptisé constitue une adhésion à un groupe socialqui est l’Église, comme prendre la carte d’un parti constitue une adhésion à ce parti.

Il y a usurpation. L’épouse du Christ s’est conduiteà la manière de Clytemnestre. Épouse usurpatrice etadultère.

[À propos de Clytemnestre et d’Oreste soustrait aumassacre et caché en pays étranger, un thème revientpartout, c’est celui du Dieu enfant fugitif, exilé, caché,élevé en secret. Zeus, Dionysos, le Christ… Cela signifieentre autres le secret profond qui doit entourer mêmeà l’égard de la conscience elle-même la croissance dugerme d’amour surnaturel déposé dans l’âme.]

La parabole du semeur indique que Dieu répandcontinuellement sa grâce d’une manière absolumentégale sur tous; la parabole des ouvriers de la onzièmeheure indique que Dieu accorde une récompense absolument égale à tous ceux qui répondent à son appel enconsacrant leur corps à lui obéir. Après cela, commentose-t-on imaginer de l’inégalité en matière spirituelle?On la constate ici-bas; mais la cause doit en être rapportée aux hommes, et Dieu l’efface en ceux qu’il cacheen lui.

Dieu est conçu comme étant cause indirectement detout, mais directement seulement du spirituel pur. Ainsiselon la causalité indirecte Il est tout-puissant; maiscette toute-puissance se définit comme une abdicationvolontaire en faveur de la nécessité. Selon la causalitédirecte, la puissance de Dieu ici-bas est un infinimentpetit.

Tout ce qui est bien pur est ordonné par Dieu. Toutce qui se produit, sans aucune distinction, est permis,c’est-à-dire consenti par Dieu. Mais ce consentement estune abdication. Ce n’est donc pas l’exercice d’uneroyauté.

«Ta royauté», c’est le bien pur. «Que ton règne arrive», que le mal disparaisse — et par suite la création. C’est la fin du monde qui est demandée dans cettedemande.

«Que ta volonté se produise»; ta volonté est d’abdiquer en faveur de la nécessité. C’est l’existence dumonde qui est consentie dans cette demande,

Que ta royauté arrive. Mais pourtant, puisque jusqu’ici tu veux ne pas régner, que ta volonté s’accomplisse.

On demande la disparition de l’univers et on consentà sa présence.

Plus loin, on demande pardon à Dieu d’exister et onlui pardonne de nous faire exister.

On consent à exister, mais en même temps on demande à être préservé du mal, et par suite de l’existence.

Que ton nom soit rendu saint.

Dieu a mis les cieux entre lui et nous pour se cacher;il ne nous livre qu’une chose de lui, c’est son nom. Cenom nous est vraiment livré. Nous pouvons en fairece que nous voulons. Nous pouvons le coller commeune étiquette sur n’importe quelle chose créée. Nous leprofanons alors et il perd sa vertu. Il n’a sa vertu quequand il est prononcé sans aucune représentation.

La création est la parole que Dieu nous dit; c’estaussi le nom de Dieu. La relation, qui est la Sagessedivine, est le nom de Dieu.

Un homme parfait est le nom de Dieu. (Microcosme.)Sa manière d’être sanctifié, c’est d’être fait malédictionen étant pendu à la croix.

La notion même de Microcosme implique l’Incarnation. Un être humain qui a pour âme l’Âme du Monde.

Dans l’ordre de la matière, des choses n’ayant aucunedifférence entre elles peuvent être autres. Par exempleon peut concevoir abstraitement deux cailloux identiques.

Mais dans l’ordre du bien ce qui est identique est un.Deux choses sont deux seulement si elles diffèrent.

Dès lors un homme parfait est Dieu.

Mais dans l’ordre du bien il n’y a que descente et nonpas montée. Dieu est descendu habiter dans cet homme.

Nous ne pouvons quelque chose à cette opération quepar une technique ressemblant à la magie sympathique.Les sorciers australiens versent de l’eau à terre pouramener la pluie. De même nous pouvons descendrepour amener Dieu à descendre en nous. C’est là lavertu d’humilité.

Les mouvements descendants sont seuls en notrepouvoir. Les mouvements ascendants sont imaginaires.

Tous les mystères concernant Dieu sont éclairés par ladistinction entre l’ordre du bien et l’ordre de l’existence.

Nous avons un peu de puissance. En abdiquant, enconsentant à tout, nous devenons tout-puissants. Caralors rien ne peut se produire qui n’ait notre assentiment.

Est-ce là le sens caché de la phrase «Tout est possible à qui a la foi»?

La liaison établie dans l’Évangile entre la foi et despouvoirs particuliers (guérir, flétrir un figuier) est unepensée si grossière que prise littéralement elle est intolérable. Du moins il me semble.

Dieu a abdiqué sa toute-puissance divine et s’est vidé.En abdiquant notre petite puissance humaine nous devenons,en vide, égaux à Dieu.

Le Verbe divin était égal à Dieu en divinité. Il s’estvidé et est devenu esclave. Nous pouvons devenir égauxau Verbe divin en vide et en esclavage.

«Nul ne va au Père sinon par moi», c’est-à-direque l’humilité est la seule route.

L’Incarnation n’est qu’une figure de la Création. Dieua abdiqué en nous donnant l’existence. Nous abdiquonset devenons ainsi semblables à Dieu en la refusant.

C’est dans et par l’abdication que nous sommes transportés en Dieu.

Dieu nous a créés à son image, c’est-à-dire qu’il nousa donné le pouvoir d’abdiquer en sa faveur comme ila abdiqué pour nous.

La vertu d’humilité est incompatible avec le sentimentd’appartenance à un groupe social choisi par Dieu,nation (Hébreux, Romains, Allemands, etc.) ou Église.

Comment soustraire les sacrements à une organisationsociale? Tuer le dragon qui garde le trésor?

La notion de la vertu inconditionnelle des sacrementsest parfaitement belle. Mais le refus d’un sacrement nedevrait jamais être possible.

Distribuer les sacrements de telle manière que nul nepuisse avoir de motif de s’en tenir éloigné, sinon lahaine et la peur du bien. C’est loin d’être le cas. Aujourd’hui,on peut avoir des motifs légitimes de s’en tenirloin. Cela est scandaleux.

Si le Père céleste envoie la lumière et l’eau aux bonscomme aux méchants, certains sacrements doivent êtredistribués sans aucune discrimination d’aucune espèce.

Seule l’ordination, qui implique une responsabilité,suppose une discrimination.

L’Église s’efforce de faire du Paradis un moyen dechantage et de damner quiconque ne la tient pas pourinfaillible.

Elle ne se sanctifiera que si elle abdique en se privant du pouvoir de refuser les sacrements.

Même l’absolution doit être accordée à quiconque lademande, mais en l’avertissant que s’il la reçoit sansvrai repentir elle tournera à sa condamnation, et en l’encourageant à solliciter l’infliction d’une peine susceptible de faire entrer le repentir dans l’âme commeun clou. Mais après cet avertissement, faire ce qu’ilveut,

Accorder tout ce qui est demandé. C’est cette facilité qui serait la chose la plus propre à faire ressentir auxâmes une crainte sacrée.

N’exercer d’autorité spirituelle que quand une direction spirituelle a été sollicitée; mais alors l’exercer sévèrement. Encourager les gens à solliciter une direction.

Mais qu’il n’y ait jamais aucun élément de contraintesociale. Que toute obéissance soit librement consentie.

Le Christ a expressément interdit aux siens la recherche de l’autorité et du pouvoir. Son Assemblée (Église)ne devrait donc pas être une société.

Quand on est seul, enfermé dans sa chambre, on estentendu par le Père qui habite dans le secret. Quand onest deux ou trois assemblés au nom du Christ, il estlà. Apparemment il ne faut pas être plus de trois.

Un enfant qui sous les yeux de sa mère se rebelle,désobéit, commet des imprudences, parce que la présencede sa mère lui paraît une garantie contre toutes les mauvaises conséquences, s’il est loin de sa mère, il a peur desa liberté.

Ainsi les fidèles à qui on accorderait toujours, enmatière spirituelle, tout ce qu’ils demandent, commenceraient à craindre et à chercher refuge en Dieu.

En rendant la communion conditionnelle, on éliminela terreur, la majesté qui doit entourer ce mystère.Moïse avait élevé le serpent d’airain; quiconque avaitété mordu pouvait le regarder.

C’est par manque de foi qu’on a entouré les sacrements de conditions.

Cela changera, ou le christianisme périra.

De toute manière, il faut une nouvelle religion. Ouun christianisme modifié au point d’être devenu autre;ou autre chose.

Poetic Edda. Gold = water’s flame. Gardé par unpoisson (? pike).

Platon classe les métaux comme étant de l’eau. L’orest de l’eau unie à du feu.

Symbole de la nouvelle création de l’âme.

L’alchimie, n’était-ce pas une méthode pour décomposer les matières impures, en séparer l’eau et le feu,et les unir en or? Et chaque opération chimique nedevait-elle pas être accompagnée de l’opération spirituelle correspondante?

Le feu de l’eau. Voilà pourquoi l’or a des vertuscuratives.

Chine. «Or végétal.»

Analogie entre l’or et la sève végétale. Les alchimistesregardaient la production de l’or comme une sorte demariage spirituel.

Passage de je ne sais quel ouvrage d’alchimie sur lanudité de l’époux et de l’épouse, quand, les préliminaires,fiançailles et noces, étant terminés, ils en viennent à l’union nuptiale.

Union de l’eau et du feu purs.

Les pierres précieuses aussi sont des unions d’eauet de feu.

La pierre qui donne à manger, le Graal provençal,équivalent de l’Eucharistie. Le Christ aussi est à la foisune pierre et du pain.

Il a dû y avoir des cultes où une pierre précieuse étaitadorée.

Dans tout objet auquel beaucoup d’hommes se sontadressés avec des sentiments intenses s’installe un pouvoir.Adorer ce pouvoir, c’est de l’idolâtrie. L’adorationvraie consiste à contempler l’objet comme étant rendudivin du fait d’une convention ratifiée par Dieu.

Mais les Juifs qui priaient au Temple et non ailleursétaient aussi «idolâtres» que les païens.

De même que tout assemblage de syllabes peut parconvention être le nom de Dieu, de même tout morceaude matière peut par convention enfermer la présencede Dieu. On peut ainsi par convention prononcer, entendre,voir, toucher, manger Dieu.

De cette manière seulement le conflit entre la partiede l’âme qui désire la présence de Dieu et la partie quien a horreur peut être arbitré par la balance du corps.

La présence réelle de Dieu est constatée par la révoltede toute la partie médiocre de l’âme.

La présence de Dieu coupe l’âme en deux, le biend’un côté, le mal de l’autre. C’est un glaive. Rien d’autre n’opère cet effet. Cette présence est donc constatable.

Dieu est le Bien. Ce n’est ni une chose, ni une personne,ni une pensée. Pourtant pour le saisir nous devonsle concevoir comme une chose, une personne et unepensée.

L’Amour consent à tout et ne commande qu’à ceuxqui y consentent. L’Amour est abdication. Dieu estabdication.

Le bien n’est jamais produit par le mal, mais le malest en un sens produit par le bien.

Le mal est entre Dieu et nous; l’amour doit passerpar-dessus.

L’Amour consent à être haï.

Dieu permet au mal d’exister. Nous devons en faire autant pour le mal que nous n’avons pas la possibilitéde détruire.

Nous devons permettre au mal d’exister hors de nous.Mais seulement hors de nous. C’est-à-dire hors de notrepouvoir.

Orage. La foudre tombe sur la mer. Puis paraît l’arc-en-ciel,pacte entre Dieu et la terre. Aphrodite céleste,n’est-ce pas cela? L’arc-en-ciel, mélange d’eau et defeu divins, n’est-ce pas la ceinture d’Aphrodite?

Apocalypse. Si le Christ sacrifié est le rédempteur universel,il doit être le rédempteur des anges bienheureux.Par conséquent, quand la séparation des bons et desmauvais anges s’est produite — au «second moment»de la création d’après la théologie — le Christ a dû êtresacrifié une première fois. Il y a là une singulière conception d’un chaos originel où bien et mal sont mélangéspartout — le diable est devant la face de Dieu — suivid’une séparation violente qui livre les cieux à la domination exclusive de Dieu, mais la terre au diable.

Quelles ressemblances, quelles différences entre cetteconception et la doctrine manichéenne?

Les bons Anges triomphent dans le sang de l’Agneau.L’Agneau est en quelque sorte égorgé au ciel avant del’être sur terre. Qui l’égorge?

Le diable descend sur terre. À ce moment se produitle péché originel. Le serpent était au ciel. Il tombe surterre et va dans l’arbre.

La femme doit être le Saint-Esprit.

Un temps et des temps et un demi-temps. La moitiéde sept temps.

[Marteau, signe sacré nordique? Pourquoi?]

[Le loup fils de Loki est enchaîné par une chaînefaite de six choses qui n’existent pas: (bruit de pas d’unchat — barbe de femme — racine de montagne —nerfs (?) d’ours — haleine de poisson — salive d’oiseau). L’impossible limite les changements de la matière,et cela par un pacte.]

[Le pacte qui a abouti à enchaîner le loup avec del’impossible a coûté à un Dieu sa main droite.

La Nécessité, compromis entre Dieu et la matière.]

Snorri: «The third root of the ash (Yggdrasil)stands in heaven, and beneath this root is a springwhich is very holy and is called Urth’s well. There thegods have their judgment seat, and thither they rideeach day over Bifrost, which is called also the God’sBridge (l’arc-en-ciel)». Confirmé par l’Edda poétique.

Il y a trois Parques, Passé, Présent, Avenir. Urth estle Passé. Son puits est donc identique à «l’eau froidequi jaillit du lac de la Mémoire» du poème orphique.Cela confirme ce que dit Snorri de l’origine thrace desdivinités scandinaves.

C’est cette eau du puits du Passé qui maintient toujours vert l’arbre du monde.

Si vraiment le peuple juif avait été un peuple élu, leChrist ne l’aurait pas choisi pour sa naissance quandil a été fait malédiction. Il a pris naissance dans le territoire de deux peuples maudits, Rome et Israël.

Si le Christ avait reconnu l’élection d’Israël, la différence de son attitude envers les Pharisiens et les Samaritains serait inintelligible.

Le Christ a été fait malédiction. Son Épouse, l’Église,aussi. Mais tout autrement.

L’enfer ne prévaudra pas. Cela veut dire seulementqu’aussi longtemps que les sacrements seront administrés, ils auront toute leur vertu pour qui les reçoit d’uncœur pur.

«Salé par le feu.» Allusion évidente au rite baptismal par passage à travers le feu dont il est questionavec tant d’horreur dans l’Ancien Testament. Déméter a salé dans le feu Néoptolème. Du moins elle acommencé.

Il est étrange que celui qui disait «Un autre viendraet baptisera dans l’Esprit et le feu» soit le patron de lafête où on saute à travers les feux.

Si on voulait, «tout doit être salé par le feu» est aussi impératif que «celui qui n’est pas né de l’eau etde l’esprit». Pourquoi n’y a-t-il pas de sacrement dontla matière soit le feu?

Il est impossible que la vérité entière ne soit pas présente en tout temps, en tous lieux, à la disposition dequiconque la désire. «Qui demande du pain.» Lavérité est du pain. Il est absurde de supposer que pendant des siècles personne ou presque n’a désiré lavérité, et que pendant des siècles ensuite des peuplesentiers l’ont désirée.

Ceux qui n’ont pas eu la vérité, comme les Juifs avantNabuchodonosor, les Romains et d’autres, l’ont refusée.

Les Juifs et les Romains ensemble ont crucifié leChrist. Mais ils lui ont fait pire quand le christianismeest devenu religion de l’Empire avec le Vieux Testamentcomme texte sacré.

N’est-ce pas l’Église ainsi constituée qui serait le fauxprophète à cornes d’agneau et à langage de serpent?

Tout ce qui n’a pas toujours été en tous lieux à ladisposition de quiconque désire la vérité est autre choseque la vérité,

C’est par l’insuffisance de la foi qu’on a besoin d’yajouter de la croyance sociale, C’est pour cela qu’onaccepte l’usurpation sociale de l’Église. L’Inquisitionprotège chacun contre la tentation du doute. Si on saitqu’en cas de doute on est tué, on sait qu’on ne doit pasdouter.

Sauf ceux qui ont mauvais caractère, à qui cela faitl’effet contraire. Mais pourquoi ont-ils si mauvais caractère?

La pression sociale imite si bien tous les effets de lafoi — et elle a l’avantage de ne pas sauver l’âme!

Le fruit défendu, c’est peut-être le spectacle de l’amourcharnel pour les Âmes non incarnées. Il leur est défendud’y descendre — elles descendent — elles s’incarnent.C’est peut-être cela, le choix transcendental.

Peut-être que l’état d’âme des amants au moment del’accouplement est sous une forme instantanée le destinqui va s’étirer en une vie entière.

Peut-être que cet état d’âme dépend en partie de laconfiguration des astres à cet instant (rayons cosmiques).

(Si Dieu est entre les époux, comme un glaive à doubletranchant, à l’instant même de l’union, l’enfant est saintdès sa naissance. Le peut-il?)

Si nous naissons dans le péché, il est évident que lanaissance constitue un péché.

L’âme descend et s’incarne pour connaître le bien etle mal. En haut elle ne connaît que le bien (traditioncathare).

Est-ce là aussi la porte interdite de tant de contes?

La parabole sur le bon grain et l’ivraie est absolumentmanichéenne. Dieu n’a semé que le bon grain. C’est lediable qui sème l’ivraie. Dieu laisse subsister l’un etl’autre jusqu’à la pleine maturité du bien, parce qu’ilssont si entrelacés qu’il serait impossible de détruire l’unsans l’autre. La moisson est la fin du monde,

Dieu ayant produit du bien pur, le diable y a mélangédu mal de telle manière que Dieu ne puisse plus lesséparer sinon en détruisant les deux.

Histoires de triages dans les contes.

Le diable est vraiment très fort.

Dieu ne peut rendre ce monde meilleur. Il pourraitseulement le détruire. Il choisit de le laisser subsister envue de la plénitude du bien.

Et pourquoi pas? Effectivement le mal ne fait pasde mal au bien. Le mal ne fait de mal qu’aux médiocres.

La croix fait du mal au mauvais larron, non aubon, ni au Christ.

Biologie. Un produit inhibant une réaction est un produit semblable au catalyseur de cette réaction.

Exactement comme les serpents du désert et le serpentd’airain, etc.

Admirable.

Je crois que la science doit être entièrement faite detelles images.

La science serait aussi excitante à explorer que lefolklore.

Ce langage symbolique de Dieu vaut n’importequelles Écritures sacrées.

Dieu peut devenir un morceau de pain, une pierre,un arbre, un agneau, un homme. Mais Il ne peut pasdevenir un peuple. Aucun peuple ne peut être uneincarnation de Dieu.

Le Diable est le collectif. (C’est la divinité de Durkheim.) C’est ce qu’indique clairement l’Apocalypse parcette bête qui est si visiblement le Gros Animal dePlaton.

L’orgueil est l’attribut caractéristique du diable. Orl’orgueil est une chose sociale. πλεονεξία. — L’orgueilest l’instinct de conservation social. L’humilité est l’acceptation de la mort sociale.

Je crains de plus en plus que le Pseudoprophète del’Apocalypse, dans la pensée de l’auteur, ne soit l’Église.

(N.-B. quelle est la date la plus ancienne où soit mentionnée l’Apocalypse?)

Ce coup mortel que la Bête a reçu, n’est-ce pas lacrucifixion du Christ? Et quand la Bête répare ce coup,n’est-ce pas l’adoption du christianisme comme religionofficielle? Adoption peut-être simplement prévue parl’auteur. Les chrétiens ont dû espérer cela, y penserlongtemps avant Constantin. Ils ont pu avoir cet espoiravec Pison. Et justement l’Apocalypse semble écritesous Galba.

La mise en garde contre cette corruption du christianisme serait-elle l’objet essentiel de l’ouvrage?

Jamais aucun peuple n’a été assimilé à Dieu.

Le Diable est le père des prestiges, et le prestige estsocial. «L’opinion, reine du monde.» L’opinion estdonc le diable. Prince de ce monde.

Si deux ou trois de vous sont ensemble en mon nom,je serai parmi eux.

Mais s’il y en a quatre? Sera-ce le diable qui sera parmieux?

Peut-être.

Alors, les conciles?

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Peut-être…

Heureusement que «les portes de l’enfer ne prévaudront pas». Il reste un noyau incorruptible de vérité.

Dieu pierre, arbre, animal, homme, etc. Graal,Yggdrasill, Agneau, Christ.

La pierre philosophale, permettant de remonter l’entropie à rebrousse-poil, a dû — en admettant qu’elleait existé — en contenir de l’énergie requalificatrice.

C’est pourquoi il est si souvent question de la puissance de la génération chez les alchimistes.

[Cherchaient-ils à transporter la leur dans une préparation chimique?

Cf. folklore, contes sur la vie extérieure.

Cf. ce que m’a dit V. D. sur le Christ lors de la Cène.]

«Des fontaines d’eau vive jailliront dans leur ventre.» Ceci doit avoir un sens très précis dans la physiologie platonicienne. Voir dans le Timée.

Pourquoi la réunion de deux ou trois chrétiens aunom du Christ ne compte-t-elle pas comme un sacrement?

Dans la Bible, il est toujours dit: Vous mettrez vosennemis en fuite, vous les massacrerez, etc., afin qu’onsache ce que c’est que votre Dieu. Jamais: vous enverrez du blé là où il y a des famines, etc., afin qu’onsache…

Ce diable qui est venu proposer au Christ d’accomplirpour lui les promesses faites depuis des siècles au Messie,qui d’autre pouvait-il être que Iaveh? (Un aspect deIaveh — car un autre aspect de Iaveh est le vrai Dieu.)


Mei Ti — Fin vie ou début ve.

«Si les hommes aimaient le corps des autres comme leleur, qui blesserait ou tuerait? S’ils aimaient les biens des autres comme les leurs, qui volerait? Si le princed’un État aimait l’État des autres comme le sien, quiferait l’agression?»

Mais «Qui aime autrui sera aimé à son tour; qui faitprofiter autrui profitera à son tour.»

«Toutes ces injustices [le vol, l’assassinat], les honnêtes gens de l’univers savent les désapprouver, maissi ces injustices s’élargissent jusqu’à attaquer un État,alors ils ne savent plus les désapprouver, même ils leslouent et les appellent justice. Voilà quelqu’un qui voitune masse noire, il dit que c’est noir; et s’il voit desmasses noires, il dit que c’est blanc…»

Tantale entouré de nourritures et de boissons quetous ses efforts les plus tendus, les plus désespérés, nepeuvent lui permettre de saisir.

Ainsi les hommes et le bien. Le bien entoure leshommes de toutes parts, se propose sans cesse, et lavolonté la plus forte, les efforts les plus violents ne peuvent pas permettre d’en saisir une parcelle.

Ne pas essayer, rester immobile, implorer en silence.

Si Tantale était resté tout à fait immobile au milieudes fruits et des eaux vives, Zeus aurait fini par êtrepris de pitié et lui donner à manger et à boire.

À force de patience, lasser la patience de Dieu.

À quelqu’un qui demeure immobile, attendant avecune égale docilité le bien, le mal ou l’absence des deux,Dieu ne peut faire que du bien.

Tantale est trop stupide pour apprendre, même dansla perpétuité des temps, que ses efforts étant certainement inutiles l’immobilité lui convient mieux.

Une volonté forte obtient beaucoup. Ainsi Napoléon.Beaucoup, mais non pas du bien. Non pas même unatome de bien.

L’humanité en bloc est Tantale.

L’histoire de Tantale, fils de Zeus, le premier meurtrier (cf. Caïn) est dans la mythologie grecque uneversion de l’histoire du péché originel. L’histoire deNiobé est une autre version. Dans certains auteurs elle est la fille du premier homme. Sa faute a été de croireque ses enfants sont à elle.

Tantale, instruit par l’expérience, détourne les yeux,ferme la bouche, se mord les lèvres, quand les brancheschargées de fruits se penchent vers lui. Mais quand lesfruits vont jusqu’à toucher ses lèvres, il ne peut pass’empêcher d’essayer de les saisir. Alors les branches serelèvent jusqu’au ciel; lui, pris de rage et de soif dévorante,boit du fleuve où il est et n’avale que de la poussière.

Je suis très souvent ainsi.

En quel sens est-ce que le supplice de Tantale estéternel? Il l’est parce que Tantale est incapable d’unmouvement d’amour. Mais si Tantale renonçait paramour pour la volonté de Zeus à essayer d’étancherla soif et la faim, son supplice aurait un jour unterme.

Que Dieu soit le bien, c’est une certitude. C’est unedéfinition. Que Dieu, d’une certaine manière — quej’ignore — soit réalité, cela même est une certitude.Cela n’est pas matière de foi. Mais que chacune despensées par lesquelles je désire le bien me rapprochedu bien, cela, c’est un objet de foi. Je ne puis en fairel’expérience que par la foi. Et même après expérience,ce n’est quand même pas un objet de constatation, maisseulement de foi.

Comme posséder le bien consiste à le désirer, l’articlede foi en question — qui est l’unique article de la vraiefoi — a pour objet la fécondité, la faculté d’auto-multiplication de tout désir de bien.

Du seul fait qu’une âme désire vraiment, purement,exclusivement le bien avec une partie d’elle-même, enun instant ultérieur du temps elle désirera le bien avecune partie plus grande d’elle-même — à moins qu’ellene refuse de consentir à cette transformation.

Croire cela, c’est avoir la foi.

Est-ce que vraiment, comme l’Évangile semblé l’indiquer,il y a un rapport entre cela et la guérison des possédés,la marche sur les eaux, le déplacement des montagnes? Le rapport symbolique est clair. Mais y a-t-il un rapport littéral? Jusqu’ici, ce problème me dépasse.

Même les matérialistes logent en dehors d’eux un bienqui les dépasse de loin et les aide du dehors, vers lequelleur pensée se dirige dans un mouvement de désir etde prière. Pour Napoléon, son étoile. Pour les marxistes,l’Histoire. Seulement ils le logent dans ce monde,comme les géants du folklore qui mettent leur cœur(ou leur vie) dans un œuf qui est dans un poisson qui estdans un lac gardé par un dragon, et finissent par mourir.Et bien que leurs prières soient souvent exaucées, il està craindre qu’il faille les regarder comme des prièresadressées au diable.

Nul être humain n’échappe à la nécessité de concevoir hors de soi un bien vers lequel se tourne la penséedans un mouvement de désir, de supplication et d’espoir.Par conséquent il y a le choix seulement entre l’adoration du vrai Dieu et l’idolâtrie. Tout athée est idolâtre — à moins qu’il n’adore le vrai Dieu sous sonaspect impersonnel. La plupart des gens pieux sontidolâtres.

Pour tout esprit créateur (poète, compositeur, mathématicien,physicien, etc…) la source inconnue de l’inspiration est ce bien vers lequel se tourne un désir suppliant. Chacun sait par une expérience continuelle qu’ilreçoit l’inspiration.

Mais parmi ces esprits les uns conçoivent cette sourcecomme étant au-dessous des cieux, les autres commeétant au-dessus. Non pas qu’ils expriment la chose ainsià eux-mêmes; et si certains l’expriment, les mots qu’ilsadressent à eux-mêmes ou à autrui ne correspondent pastoujours à leur pensée. Mais quel que soit le langageemployé, ou bien sans aucun langage, en fait le regardde l’âme est dirigé, avec attente, désir et supplication,vers un lieu situé, soit au-dessus des cieux, soit au-dessous. Si c’est au-dessus, il y a génie authentique. Si c’estau-dessous il y a imitation plus ou moins brillante dugénie, parfois beaucoup plus brillante que le génie lui-même. Le lieu est au-dessus ou dessous des cieux selon lanature du bien qui est conçu comme étant enfermé dansl’inspiration. Si c’est au-dessus, alors l’inspiration n’est pas conçue autrement que l’obéissance. Alors on ne désirepas l’inspiration pour produire de belles choses, on désireproduire de belles choses parce que les choses vraimentbelles procèdent de l’inspiration. Chercher d’abord leroyaume et la justice du Père céleste, et recevoir ce quiest donné.

Ainsi les artistes et savants sont ou religieux ou idolâtres,d’une manière tout à fait indépendante des opinions qu’ils professent, selon la place que le désir del’inspiration occupe dans leur âme.

Dans le même sens, on peut dire qu’un tableauest pieux ou idolâtre, et cela n’a rien à voir avec lesujet.

Savoir que Dieu est le bien — ou plus simplement,savoir que le bien absolu est le bien, croire que le désirdu bien se multiplie de lui-même dans l’âme si l’âmene refuse pas son consentement à cette opération — cesdeux choses si simples suffisent. Rien d’autre n’estnécessaire.

Seulement il faut se surveiller constamment pour s’empêcher de refuser de consentir à l’accroissement intérieurdu bien — s’en empêcher inconditionnellement, quoiqu’il arrive.

Cette certitude, cette croyance, cette surveillance —c’est tout ce qu’il faut pour la perfection.

C’est infiniment simple.

Mais dans cette simplicité gît la difficulté la plusgrande. Notre pensée charnelle a besoin de variété. Quisupporterait une conversation d’une heure avec un amisi cet ami disait sans arrêt: Dieu, Dieu, Dieu… Or lavariété, c’est la différence, et tout ce qui est différent dubien est mal.

La partie charnelle de l’âme, qui a besoin de chosesvariées, doit s’appliquer aux choses variées d’ici-bas. Lapartie fixe de l’âme, à travers ces choses variées, doitviser le lieu fixe où siège Dieu.

Dans une sphère creuse qui tourne, tous les points,absolument tous, bougent, sauf deux. Les intermédiairesentre ces deux points tournent, et pourtant il y a entreeux une relation immobile.

Que Dieu soit un pôle, et l’autre le point fixe del’âme, c’est-à-dire la présence de Dieu dans l’âme.

Comme nous sommes dans le mensonge, ce que jenomme moi n’est pas au centre de mon âme. C’estpourquoi tout ce qui intéresse directement le centre demon âme est extérieur à ce que je nomme moi.

C’est pourquoi tous les inspirés, de quelque inspiration qu’il s’agisse — serait-elle d’un ordre tout à faitprofane, comme l’invention d’une machine — éprouvent l’inspiration comme un phénomène extérieur àeux-mêmes.

Ou encore on peut raisonner ainsi. Comment de moisortirait-il plus de bien qu’il n’y en a en moi? Si jeprogresse en bien, il faut qu’un bien extérieur m’influence.

Si le désir du bien est possession du bien, le désir dubien est producteur de bien, c’est-à-dire producteur dedésir de bien.

Il y a hors de moi un bien supérieur à moi et quim’influence pour le bien toutes les fois que je désirele bien.

Comme aucune limite n’est possible à cette opération,ce bien hors de moi est infini; c’est Dieu.

Même là il n’y a pas croyance, mais certitude. Il estimpossible de penser le bien sans penser tout cela, et ilest impossible de ne pas penser le bien.

Comme il n’y a aucune limite à cette opération, l’âmedoit finalement cesser d’être par assimilation totale àDieu.

À n’importe quel stade de la transformation, l’âmepeut refuser une transformation ultérieure. Elle restealors peut-être un temps dans l’état où elle se trouve.Mais seulement un temps. Ensuite elle retombe. Progressivement, comme elle est montée. Et tant que ledésir pur du bien n’a pas été entièrement effacé, tantqu’il en reste au moins un grain, elle peut se ressaisir etremonter. Elle remontera plus haut que la première fois.Mais si, parvenue plus haut, elle refuse de nouveau, celarecommence.

Une âme peut parvenir à n’importe quelle hauteur par cette marche oscillante; mais cela est misérable.

Y a-t-il un point, possible à atteindre dès ce monde,à partir duquel aucune descente n’est possible?

Je n’en sais rien.

J’aimerais le croire.

Perdre ici-bas la capacité de choisir entre le bien etle mal que nous a donnée le péché originel, quoi deplus désirable?

τοῦτο

L’âme n’a que le choix du passage au néant à traversle bien croissant ou le mal croissant. Le bien comme lemal ont comme limite le néant. Mais il n’est pas indifférent d’arriver au néant à travers le bien ou à traversle mal.

Au contraire, cela seul importe, et toute autre choseest indifférente.

Et pourquoi est-ce que cela importe?

Pour rien. Cela importe en soi. Cela seul importeinconditionnellement.

Et sur un plan encore plus élevé, absolument rienn’importe. Car si je tombe au fond du mal, cela ne faitaucun mal au bien.

Comme nous sommes dans le mensonge, nous avonsl’illusion que la félicité est ce qui importe inconditionnellement.

Si quelqu’un soupire «Je voudrais être riche!», sonami peut lui répondre: «Pourquoi? en seras-tu plusheureux?», mais si quelqu’un dit «Je veux êtreheureux», personne ne répondra «Pourquoi?»

Dis-moi les motifs pour lesquels tu désires être heureux.

Quelqu’un a mal et voudrait être soulagé. Dis-moipour quel motif tu désires être soulagé?

Questions cocasses. Qui oserait les poser?

Il faut se les poser à soi-même, et se rendre compte,d’abord qu’on n’a aucune raison de désirer être heureux,puis que le bonheur n’est pas une chose qui soità désirer sans raison, inconditionnellement; car le bienseul est à désirer ainsi.

C’est le fond de la pensée de Platon.

C’est une pensée tellement contraire à la nature qu’ellene peut surgir que dans une âme entièrement dévoréepar le feu du Saint-Esprit, comme étaient sans doutecelles des Pythagoriciens.

Aussi ne l’a-t-on pas comprise, ni même discernéedans les œuvres de Platon.

Le bonheur glorifié sous le nom de félicité éternelle,de vie éternelle, de Paradis, etc., est à juger de la mêmemanière. Toute espèce de bonheur est à juger ainsi.Toute espèce de satisfaction.

Saint Jean ne dit pas: nous serons heureux, carnous verrons Dieu; mais: nous serons semblables àDieu, car nous Le verrons tel qu’il est.

Nous serons du bien pur.

Nous n’existerons plus. Mais dans ce néant qui est àla limite du bien nous serons plus réels qu’à aucunmoment de notre vie terrestre. Au lieu que le néant quiest à la limite du mal est sans réalité.

Réalité et existence font deux.

Cela aussi, c’est une pensée centrale de Platon. Peucomprise aussi.

(Justin, saint Augustin, etc., disaient que Platon avait appris de Moïse que Dieu est l’Être. Mais de qui a-t-il appris que Dieu est le Bien, et que le Bien est au-dessus de l’Être? Pas de Moïse.)

Toutes les fois que surgissent dans l’âme des penséestelles que: «il faut que je sois heureux», «il fautque je mange», «il faut que je sois soulagé de cettedouleur», «il faut que je me réchauffe», «il fautque j’échappe à ce danger», «il faut que j’aie desnouvelles de tel être cher», et toutes les pensées de cetype «il faut que…», répondre froidement à soi-même«je n’en vois pas la nécessité».

Plus encore si la pensée est du type «il faut pourtant que je…»

Se répondre cela est facile, mais en être aussi complètement persuadé que Talleyrand parlant au mendiant,c’est moins facile.

Pourquoi ne pourrais-je parvenir par amour de Dieu à m’aimer aussi peu que Talleyrand, par dureté decœur, aimait peu ce mendiant?

L’amour de Dieu serait-il moins fort contre la sensibilité que l’égoïsme?

Louange à Dieu et compassion aux créatures. Il n’ya pas contradiction, dès lors que Dieu, en créant, aabdiqué. Il faut approuver l’abdication créatrice de Dieuet se féliciter d’être soi-même une créature, une causeseconde, qui a le droit d’agir en ce monde.

Ce malheureux gît sur la route, à moitié mort defaim. Dieu en a miséricorde, mais ne peut pas luienvoyer du pain. Mais moi qui suis là, heureusement jene suis pas Dieu; je peux lui donner un morceau depain. C’est mon unique supériorité sur Dieu.

«J’avais faim, et vous m’avez nourri.» Dieu peutimplorer du pain pour les malheureux, mais non pasleur en donner.

Dans l’Empire romain les gens étaient tellementdésespérés, déracinés, submergés d’ennui et de dégoût,qu’une seule pensée pouvait les émouvoir: celle de lafin imminente du monde. Cette pensée, cette attentedevait exister à travers tout l’Empire, encouragée pardiverses prophéties. Mais les chrétiens seuls avaient,semblait-il, une preuve palpable. Après la destructionde Jérusalem, la Certitude semblait plus grande encore.

Sûrement ce message de la fin du monde est ce quileur procurait à la fois leur succès et leur réputation decriminels.

On se suicidait avec une facilité inouïe à cette époque;mais les fondations de la vie sociale étaient tellementruinées que le suicide ne suffisait pas; il laissait tropd’horreur intacte. L’attente de la fin du monde était unéquivalent collectif, cosmique du suicide.

Ils croyaient vraiment que la fin du monde allait veniret appelaient cela «la bonne nouvelle».

«My Lord, what a morning — when the stars beginto fall!» Ils étaient à peu près aussi heureux que lesesclaves noirs d’Amérique.

Il n’est pas surprenant que cette bonne nouvelle aiteu tant de succès auprès des esclaves.

Apocalypse. Si la naissance céleste dont il s’agit estcelle de Jésus-Christ (et non pas l’agneau avant la fondation du monde) (mais il y a doute), alors saint Michela précipité Satan du ciel sur la terre quand Jésus estné. Il était jusque-là au ciel, devant la face de Dieu,accusant les hommes.

C’est bien étrange.

«Malheur à la terre et à la mer, car le diable estdescendu chez vous, ayant une grande colère, sachantqu’il a peu de temps.»

«Et j’ai vu le dragon… persécutant la femme… etil s’est tenu sur le rivage de la mer.

Et j’ai vu de la mer une bête qui montait… et le dragon lui donna sa vertu, son trône et une grande puissance…» )

Cela s’accorde avec le sentiment qu’il y a en sommemoins de bien sur terre depuis le Christ qu’avant —peut-être.

Auguste a établi son règne en somme peu avant lanaissance du Christ. À la rigueur, on peut dire, enmêlant un peu les dates, que Rome a reçu la dominationdu monde (au sens de l’époque) à peu près quand leChrist est né.

La Bête est sûrement Rome.

Mais le règne de la Bête dure encore.

Qui est l’autre Bête, qui avait des cornes commel’Agneau et parlait comme le Dragon, et a reçu la puissance de la première bête et l’a fait adorer?

Il doit y avoir des protestants qui disent que c’estl’Église.

Atrée, dans Sénèque: «Laus vera et humuli saepecontingit viro — non nisi potenti falsa.» Ainsi l’avantage de la puissance réside dans le mensonge. C’estpourquoi c’est un don du diable.

Sénèque:

«Jam tempus ill fecit aerumnas leves.
— Erras; malorum sensus accrescit die;

leve est miserias ferre, perferre est grave.»
… nec ventrem improbum

id.:

alimus tributo gentium, nullus mihi
ultra Getas metatur et Parthos ager,
non ture collmur nec meae excluso Jove
ornantur arae.

Et voilà qu’une femme qui dans la ville était unepécheresse, ayant appris qu’il mangeait dans la maisondu Pharisien, prépara un vase d’onguent, et se tenantderrière lui, du côté de ses pieds, en pleurant elle commença à mouiller ses pieds de larmes, et des cheveuxde sa tête elle les essuyait, et elle baisait ses pieds et lesoignait d’onguent….

… Depuis qu’elle est entrée, elle n’a pas cessé de mebaiser les pieds.

… En vertu de cela je te dis: ils ont été remis, sespéchés si nombreux, car elle a beaucoup aimé. Maiscelui à qui est remis peu aime peu…

… Ta foi t’a sauvée. Va dans la paix.

Est remis ce qu’on demande à Dieu de remettre.

Celui qui croit avoir peu de péchés demande peu àDieu et aime peu.

Mais une prostituée de bas étage ne peut pas ignorerqu’elle en a beaucoup, parce que la société ne le lui laissepas ignorer.

Celui qui a vécu presque innocent, s’il sent en lui laracine de tous les crimes possibles et en demande lepardon à Dieu, bien qu’il ne les ait pas commis, peutavoir ce privilège d’aimer Dieu autant qu’une prostituée.

Il ne peut rien y avoir qui dépasse en pureté ce mouvement qui enferme un complet oubli de soi. Elle amême oublié que son contact est impur.

Il faut sentir jusqu’au fond de ses os la misèrehumaine et la déchéance à laquelle la chair est soumise ou exposée pour se tourner ainsi sans aucun retoursur soi-même vers le bien.

Il faut que l’amertume de la misère humaine aitmordu jusqu’au fond de l’âme, au point d’y abolir toutespoir temporel.

Alors les larmes qui du fond de la honte jaillissentdevant le bien sont une offrande pure.

Quand tout ce qui est je est honte, alors toute mapensée va à ce bien hors de moi. L’âme et le corps suivent ma pensée sans même que je le sache. Je ne pensemême plus que je l’insulte en l’approchant.

Dans ce mouvement sans hésitation qui l’amène àtoucher le Christ, il y a l’humilité parfaite.

L’amour est proportionnel à la remise de la dette;mais pour quiconque comprend, une dette infinie a àêtre remise.

Si je détourne mon désir de toutes les choses d’ici-bascomme étant de faux biens, j’ai la certitude absolue,inconditionnelle, d’être dans la vérité. Je sais que ce nesont pas des biens, que rien ici-bas ne peut être regardécomme un bien sinon à la faveur d’un mensonge, quetoutes les fins d’ici-bas se détruisent elles-mêmes.

M’en détourner — c’est tout. Il n’est besoin de rienautre. C’est la plénitude de la vertu de charité.

Car je m’en détourne parce que je les juge faux parcomparaison avec la notion de bien. Donc j’abandonnela totalité des choses terrestres pour le bien. J’arrachela totalité de mon désir et de mon amour aux chosesterrestres pour les diriger vers le bien.

Mais, me dira-t-on, ce bien existe-t-il? Qu’importe?les choses d’ici-bas existent, mais elles ne sont pas lebien. Que le bien existe ou non il n’est pas d’autre bienque le bien.

Et qu’est-ce que c’est que ce bien? Je n’en sais rien.Qu’importe? Il est ce dont le nom seul, si j’y attachema pensée, me donne la certitude que les choses d’ici-bas ne sont pas des biens. Si je ne sais rien au delà dece nom, je n’ai pas besoin non plus de rien savoir audelà, si seulement je sais en faire cet usage.

N’est-il pas ridicule d’abandonner ce qui est pour cequi peut-être n’est pas? Nullement, si ce qui est n’est pas bien et si ce qui peut-être n’est pas est le bien.

Mais pourquoi dire ce qui peut-être n’est pas? Lebien ne possède certainement pas une réalité à laquellel’attribut de bien serait ajouté. Il n’a pas d’autre êtreque cet attribut. Il n’a pas d’autre être que d’être lebien. Mais il a la plénitude de cette réalité-là. Cela n’aaucun sens de dire: le bien est, ou le bien n’est pas, maisseulement: le bien.

Les choses d’ici-bas existent. Aussi je ne détache pasd’elles celles de mes facultés qui ont rapport à l’existence. Comme il n’y a aucun bien dans les choses d’ici-bas,je détache d’elles simplement la faculté qui a rapport au bien, c’est-à-dire l’amour.

Sexualité. Il y a un mécanisme dans notre corps qui,quand 1] se déclenche, nous fait voir du bien dans leschoses d’ici-bas. Il faut le laisser rouiller jusqu’à cequ’il soit détruit.

Quoique je sache que les choses d’ici-bas ne méritentpas mon désir, pourtant j’y trouve mon désir attaché, etje n’ai pas d’énergie pour l’en arracher.

Les efforts de volonté sont illusoires.

Ma propre âme ne me croit pas.

Je puis seulement désirer désirer le bien.

Mais alors que les autres désirs sont tantôt efficaceset tantôt non selon le hasard des circonstances, ce désirest toujours efficace. Car le désir de l’or n’est pas del’or; au lieu que le désir du bien est un bien.

S’il arrive qu’un jour tout le désir contenu dans monâme soit arraché aux choses d’ici-bas et dirigé entièrement et exclusivement vers le bien, ce jour-là je posséderai le souverain bien.

Dira-t-on que je n’aurai plus rien à désirer? Si, puisque désirer sera mon bien. Dira-t-on que j’aurai encorequelque chose à désirer? Non, puisque je posséderail’objet de mon désir. Le désir sera mon trésor.

C’est pourquoi l’Écriture emploie à la fois l’image«Qui boira de cette eau aura toujours soif» et «quiboira de cette eau n’aura plus jamais soif». Cette eau,c’est le bien.

Comme nous sommes dans le retournement, de même que les attributs de Dieu nous apparaissent comme desnégations (sans limite, etc.), de même la possession estcachée pour nous sous l’aspect du désir. Ce que nousnommons désirs, c’est cela qui constitue la possession.La possession a le masque du désir, comme la princessedu folklore habillée en servante.

Le reconnaître, c’est trouver, comme dit l’Upanishad,le lieu où sont les désirs qui sont réalité, mais que lefaux voile. Qui sont réalité, c’est-à-dire possession.

Si je désire voir un ami, je désire, non cette entrevue,mais le bien que je suppose être dans cette entrevue.Si je détache ce désir, si je l’arrache, si je le tourne versle bien pur, il devient lui-même un bien beaucoup plusgrand que celui que j’attendais de cette entrevue.

C’est pourquoi «tout ce que vous abandonnerez pourmoi vous le retrouverez au centuple dès ici-bas».

L’abandon lui-même est ce centuple.

Il y a cent fois plus de bien dans l’abandon d’un pèrepour le Christ que dans le père; etc.

Mais il ne s’en suit nullement qu’on retrouve le centuple,ou même la moindre fraction, de la satisfaction,de la jouissance, etc., liées à la chose qu’on abandonne.

La possession n’est pas la satisfaction. Ces deux chosesn’ont aucun rapport.

Satisfaction, jouissance, joie, bonheur, félicité, toutesces choses font partie de ces choses d’ici-bas qui ne sontpas des biens.

Si on emploie le mot joie ou félicité au sujet de l’autremonde, c’est seulement comme une métaphore, au lieude dire le bien.

Comme «est» et «n’est pas» n’ont pas de signification quand: l s’agit du bien, de même privation etsatisfaction n’ont pas de sens quand il s’agit du désirdu bien. Ce désir n’est pas satisfait, puisqu’il est lebien. I] n’est pas frustré, puisqu’il est le bien.

On est privé ou satisfait des choses d’ici-bas qui nesont pas des biens. On sent la privation et la satisfactioncomme on sent la douleur ou le bien-être physique. Cesont des impressions brutes. Mais il faut en arracher ledésir.

Aucune satisfaction n’étant un bien, aucune privationn’est un mal. Il n’y a pas de contraire du bien. On peutnommer mal l’attachement du désir aux choses terrestres. Tant que le désir est ainsi attaché, il y a l’illusion d’un couple de contraires, bien-mal.

Le désir est en lui-même le bien. S’il est mal dirigé,il est néanmoins possibilité de bien. |

C’est pourquoi il n’y a pas d’enfer autre que le néant.Là où il n’y a pas possibilité de bien, il n’y a pas désir;il n’y a pas de créature pensante.

Une fois tout le désir tourné vers Dieu, quand on afaim, on ne désire pas manger. Toutefois (sauf le casd’exercice ascétique) on fait tout ce qu’on peut pour seprocurer à manger.

Pourquoi? Aucun but n’est nécessaire. L’énergie corporelle se trouve être ainsi dirigée.

Sion voit un affamé, on ne désire pas qu’il reçoive dela nourriture, mais on fait tout ce qu’on peut pour lalui procurer, dût-on se priver du nécessaire.

Pourquoi? C’est le grand mystère.

La sensibilité physique elle-même, une fois que ledésir en a été arraché, a pris une qualité universelle.

Peut-on comprendre ce mystère? La sensibilité charnelle brûlée au contact de l’amour divin, au contact duSaint-Esprit, devient universelle.

La compassion seule permet de contempler le malheur. Car son propre malheur, on en est broyé, on nele contemple pas. Le malheur d’autrui n’est pas dumalheur s’il n’y a pas compassion.

Notre sensibilité est naturellement universelle, maiselle est rendue égoïste par notre désir qui s’y attache.

Le désir entièrement tourné vers le Bien infini hors denous exclut tout retour sur soi et par suite tout égoïsme.

C’est parce qu’on croit que le malheur est un malqu’on tue en soi la compassion naturelle.

La compassion est naturelle, mais elle est étouffée parl’instinct de conservation. Seule la possession de toutel’âme par l’amour surnaturel restitue à la compassionnaturelle son libre jeu.

Je n’ai pas encore bien compris ce mystère.

C’est un mystère analogue à celui du beau.

Il n’est pas d’homme, si dur de cœur soit-il, qui n’aitcompassion des malheurs qu’il voit représentés authéâtre. Car ne cherchant rien, n’essayant pas de riense procurer, n’ayant non plus aucun danger ni aucunecontamination à craindre, il se transporte dans lespersonnages.

Il laisse libre cours à sa compassion parce qu’il saitque ce n’est pas de la réalité. Si c’était de la réalité, ildeviendrait froid comme glace.

Beaucoup de chrétiens qui au cours des siècles ontpleuré sur la crucifixion du Christ auraient été insensibles s’ils l’avaient vu sur la croix. Leurs larmes ne leuront servi à rien.

Celui dont tout le désir est passé dans le bien estcontinuellement disposé à la compassion comme unhomme au théâtre.

Sa pensée ne fuit pas devant l’image du malheur,parce qu’il sait que le malheur n’est pas un mal. Maisil en souffre, parce qu’il sait que le malheur est douloureux. Et la souffrance le pousse à essayer d’y remédier.

C’est tout. Il n’y a rien d’autre. Cela est si simplequ’au moment même où il le fait sa main droite ignorece que fait sa main gauche.

Saga of the Volsungs. Un roi sans enfants, descendant d’Odin, le supplie — Odin lui envoie une pommequ’il partage avec sa femme.

Naissance de Sigurd «He was sprinkled with waterand given the name Sigurd».

Edda de Prose — Troie est le centre de la terre —Thor, petit-fils de Priam, est élevé en Thrace, où ildevient tyran, et épouse une sibylle. Son descendant à la18e génération est Odin.

20 générations entre Priam et Odin. — En comptantcomme Hérodote, 600 ans. Odin serait vers — 700.Odin est allé de Thrace en Saxe. Baldr est son fils etrègne sur la Wesphalie.

On les nomme les Æsir parce qu’ils viennent d’Asie. Ilsapportent leur langue dans le Nord.

Idin, le Dieu pendu. The Hanged God. C’est sonépithète chez des poètes du xesiècle. (?)

L’or nommé les larmes de Freya.

Un arrière-petit-fils d’Odin (Frodi) règne en Danemark au temps du Christ et d’Auguste, 21 générationspour 1.200 ans environ; 60 ans pour une génération.Odin aurait été un roi thrace postérieur à Alexandre.

«Paix de Frodi», expression proverbiale comme«la paix romaine». «La farine de Frodi», l’or. Histoire du moulin qui rend la mer salée.

Les Æsir font prêter serment à toutes choses de nepas faire de mal à Baldr, de sorte qu’ensuite on luilance des choses à la tête par plaisir. Mais on oublie legui. Le gui le tue.

L’enfer accepte de le laisser revenir si toutes les choseset tous les êtres le pleurent, sans aucune exception —Odin envoie demander à tous et à tout de pleurer.— Seule une géante s’y refuse.

L’arc-en-ciel de Noé (il en est question aussi dansl’Edda de prose) est une médiation entre le ciel et laterre, une voie de salut. La Tour de Babel voulait êtrecela; mais elle venait de la terre et non du ciel; c’estpourquoi elle était mauvaise.

L’arc-en-ciel est une limite à la colère de Dieu.

«Celui qui verse le sang de l’homme, par l’hommeson sang sera versé, car l’homme a été fait à l’image deDieu.»

La peine de mort pour meurtre est un témoignagede la destination divine de l’homme.

Pour que la loi elle-même ne soit pas souillée de meurtres,il faut qu’elle soit divine.

Les lois étaient regardées comme divines dans l’antiquité.

Dieu dit au diable: «Il est en ton pouvoir, seulement respecte sa vie.» Mais ce n’est pas complet. Pourbien faire, il faudrait voir aussi si dans l’angoisse de la mort il respecte Dieu. Ce serait une histoire en troistemps au lieu de deux. Cela semble bien le plan dupoème. C’est alors une histoire de dieu mort et ressuscité. Car Job est dieu, puisqu’il peut affirmer légitimement qu’il est parfait.

Mais alors le discours de Dieu à Job, qui est de lamême inspiration que plusieurs psaumes, serait ajoutépar les Juifs. Sauf les dernières paroles contre les amisde Job.

«Ici s’arrêtera l’orgueil des flots.»

Ou bien le discours de Dieu était tenu à Job ressuscité?

Le diable ne devait pas non plus être monté devantla face de Dieu dans le poème primitif.

Rois, II, xviii. Jusqu’à Ézéchias, fils d’Achaz, roide Juda, pieux comme David son aïeul, les Israélitesoffraient de l’encens au serpent d’airain de Moïse. Ille fait briser. (On l’appelait nehouchtân.)

Listes des images du Christ.

Prométhée.

La moyenne proportionnelle dans la géométrie grecque.

Proserpine.

Osiris.

Dionysos.

Attis.

Adonis.

Contes de GrimmLa Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (31)Blanche-Neige.
La sœur des Sept Cygnes.

L’enfant mort, mangé et ressuscité dans «l’Amandier», rapproché de l’agneau pascal et des animauxmorts, mangés et ressuscités grâce à leurs os dans les contes des Indiens d’Amérique.

«Dirty boy», incarnation du Soleil, dans un conte des Indiens d’Amérique.

Oreste.

Hippolyte.

Le juste de la République.

La Sagesse dans Phèdre (si la Sagesse devenait visible…)

Job (mort et ressuscité dans une autre version?)

Le serpent d’airain.

Zagreus (identique à la lune?)

Le bélier égorgé sous l’apparence duquel Zeus s’estmontré à Héraclès égyptien.

Odin («je sais que j’ai pendu…»)

Melchisédec («assimilé au Fils de Dieu»)

Noé.

Krishna et Rama (surtout Krishna).

L’épouse dans «The bull o’ Norroway»
(Far hae I sought ye, near am I brought to ye;
Dear Duke o’Norroway, will ye not turn and speak to me?)

Antigone.

Tao («je suis la Voie»).

Un être dont le moi (aham) serait l’atman — c’estun homme-Dieu.

Les anciens connaissaient un Dieu suprême et unDieu médiateur adorés par les mystiques. En plus ilsavaient des divinités familiales et nationales destinées à laprotection terrestre.

Israël a eu l’idée qu’en prenant comme divinité nationale Dieu même on était tout à fait sûr de la victoire.

Ils ont pris Dieu comme objet de leur idolâtrie.

The Midgard Serpent de l’Edda, qui est au fond dela mer, est le même animal que Leviathan de la Bible.

«The white God… nine maids, all sisters, bore himfor a son.»

Dans l’Edda en prose, l’humanité procède du mauvais principe.

Edda. Le monde est fait par Dieu avec le cadavredu mal.

«… Beaucoup plus chers aux vautours qu’à leurs épouses.» Tel est l’amour humain. On aime seulementce qu’on peut manger. Quand quelque chose cesse d’êtrecomestible, on ne l’aime plus et on l’abandonne à quiconque peut à son tour y trouver un aliment. L’amourhumain est limité par les transformations. Il peut m’arriver une chose telle qu’aucun de ceux qui m’aiment nefasse plus la moindre attention à moi. Pour ceux quim’aiment, je ne suis pas un bien; à l’occasion de moiils jouissent de quelque chose qui n’est pas moi.

Il dépend seulement de mon désir que ce quelquechose soit de la boue ou Dieu.

L’amour humain n’est pas inconditionnel. J’aime unfruit, mais je ne l’aime plus une fois qu’il est pourri.

Je peux devenir beaucoup plus chère aux vautoursqu’à n’importe quel être humain, et n’importe quel êtrehumain, l’être le plus chéri, peut devenir beaucoup pluscher aux vautours qu’à moi.

Il y a deux lignes dans l’Iliade qui expriment avec uneforce inégalable la misérable limitation de l’amourhumain. L’une

«eux à terre

Gisaient, aux vautours beaucoup plus chers qu’à leurs épouses»

L’autre:

«Mais elle a songé à manger, quand elle fut fatiguéedes larmes.»

Il n’est pas vrai que l’amour humain soit plus fortque la mort. La mort est beaucoup plus forte. Il estsoumis à la mort.

Aimer ce qui est vivant est facile. Il est difficile d’aimer ce qui est mort. L’amour d’un mort n’est pas soumis à la mort; l’objet n’en peut mourir. Mais un telamour, s’il est amour et non pas rêve, est surnaturel.L’amour de Niobé est l’amour humain, l’amour d’Électre est l’amour surnaturel. Et pourtant Électre a dû sesouvenir de manger…?

La mort d’un être aimé est horrible parce qu’ellerévèle la vérité sur la nature de l’amour qu’on lui portait.Parce qu’elle révèle qu’on ne lui portait pas un amourplus fort que la mort.

L’amour de ce qui n’existe pas est plus fort que lamort.

Aimer ce qui n’existe pas — quelle absurdité? C’estune folie. Or là est le salut de l’âme. On peut prouverqu’il n’y a pas de bassesse à laquelle les circonstances nepuissent en certains cas réduire une âme incapable d’aimer ce qui n’existe pas.

Aimer ce qui n’existe pas, en sachant que cela n’existepas, c’est une torture de l’âme.

Aimer ce qui est exposé à disparaître, en sachant quec’est exposé à disparaître.

C’est à cause de l’ordre du monde, à cause de cettenécessité qui les domine souverainement, qui les réduit àêtre conditionnées, que les choses que nous aimons neméritent pas d’être aimées. La nécessité enlève toutobjet à notre amour. Elle est notre unique ennemie.C’est pourquoi c’est sur elle qu’il faut reporter cetamour.

Notre amour a deux objets. D’une part ce qui estdigne d’être aimé, mais qui, au sens qu’a l’existencepour nous, n’existe pas. C’est Dieu. D’autre part ce quiexiste, mais ne contient rien qu’il soit possible d’aimer.C’est la nécessité. Il faut aimer les deux.

L’amour a besoin que son objet existe (ici-bas) et soitaimable, Or pour notre amour il n’y a pas de tel objet.Et d’autre part notre amour est notre être même querien ne peut arracher de nous.

Ou on feint que certaines choses d’ici-bas sont aimables,Ou on feint que ce qui est aimable est ici-bas.Ou on laisse l’amour, en partie s’user et s’effriter, enpartie tourner à l’aigre et devenir haine.

Sion ne se permet rien de tout cela, on subit unetransformation merveilleuse qui donne le secret. Onaime les deux choses impossibles à aimer, ce qui n’existepas et ce qui n’est pas aimable.

L’existence et l’amabilité (qualité de ce qui peut êtreaimé) sont des conditions de l’amour. Si on aime cequi est privé de l’un et ce qui est privé de l’autre — lesdeux, cela est indispensable — on aime inconditionnellement.

L’amour est une chose divine. S’il entre dans uncœur humain, il le brise.

Le cœur humain a été créé pour être ainsi brisé.

C’est le plus triste des gaspillages, quand il est brisépar autre chose. Mais il préfère être brisé par n’importequoi plutôt que par l’amour divin. Car l’amour divinne brise que les cœurs qui consentent à l’être. Ce consentement est difficile.

La parabole de l’Évangile sur le roi qui invite à unfestin et reçoit des refus déguisés par toutes sortes deprétextes montre que les raisons qui nous éloignent deDieu ne sont pas des causes, mais des prétextes de cetéloignement. Tout au moins chez ceux qui ont, fût-ceune fraction de seconde et distraitement, entendu l’appel. Un fonctionnaire ne néglige pas Dieu parce qu’ilest absorbé par le souci de son avancement, mais ils’absorbe dans le souci de son avancement pour ne paspenser à Dieu. Et même des religieux, des moines, etmême de ceux qui sont canonisés et semblent justementréputés saints, ont peut-être refusé l’invitation sous unprétexte pieux.

Dans le premier moment où l’appel est presque inconsciemment entendu, l’âme tout entière est médiocre,puisque la première trace infinitésimale de pureté commence seulement à y apparaître. Or ce qui est médiocrefuit la lumière. Se mettre tout entier dans la lumièrequand on est médiocre, comment le supporter? Il vautmieux donner son désir et son énergie aux choses lesplus misérables.

Et pourtant si on est assez fou pour le faire on devientlumière. Car tout ce qui est manifesté est lumière. Maisnul ne le sait d’avance.

Aussi ne peut-on aller dans la lumière que si on estabsorbé par l’admiration de ce qui brille au point d’oublier complètement qu’on est médiocre. Ainsi la prostituée aux pieds du Christ.

Mais si on se tourne vers Dieu dans la pensée qu’onn’est pas médiocre, et si cette pensée n’est pas rapidement et brutalement rectifiée, alors ce n’est pas vraimentDieu vers qui on se tourne. Car Dieu est une pierre de touche qui fait apparaître tout or humain comme del’or faux. Et du même coup cet or faux est transforméen or vrai, divin, et qui ne brille qu’en secret. Une pierrede touche qui est en même temps une pierre philosophale.

Un petit enfant qui voit briller quelque chose passetellement tout entier dans l’amour de cette chose brillante qu’il tend tout son corps vers elle, oubliant complètement qu’il ne peut pas arriver jusqu’à elle. Alors samère le prend et l’en rapproche. C’est comme cela quenous devons devenir des petits enfants.

C’est par la force et la fixité du désir que nous devonsdevenir des enfants. Un enfant tend les mains et toutle corps vers ce qui brille, fût-ce la lune. Un enfant crieavec sa voix et tout son corps, inlassablement, pourdemander du lait ou du pain, s’il a faim. Les adultess’attendrissent et sourient, mais lui est totalement sérieux.Tout son corps et toute son âme sont uniquement occupés à désirer. Rien n’est moins puéril qu’un petit enfant.Les adultes qui jouent avec lui sont puérils.

(Je crains bien que la petite Thérèse de Lisieux n’aitressemblé plus souvent à un tel adulte qu’à un petitenfant.)

Un enfant ne veut pas la chose brillante ou le lait, ilne combine pas pour les obtenir, il désire simplement;il crie. La volonté et intelligence discursive qui combinesont des facultés d’adulte. Il faut les épuiser. Il faut lesdétruire par l’épuisement. Il importe peu qu’on possèdepeu ou beaucoup de ces deux facultés. L’important estqu’on aille jusqu’au bout, qu’on les use complètement.

L’intelligence discursive se détruit par la contemplation des contradictions claires et inévitables. Koan.Mystères.

La volonté se détruit par l’accomplissement de tâchesimpossibles. Épreuves surhumaines des contes.

Peu importe quelle tâche je prends si c’est un peu au-dessus de ma force de volonté. Si ma volonté est si faible(et en ce qui me concerne elle est très faible) qu’il soittrop dur pour moi de balayer ma chambre tous les jours,alors je n’ai qu’à vouloir balayer ma chambre tous les jours. Certains jours je ne le ferai pas, je succomberai. Lelendemain je recommencerai avec une volonté renouvelée.Puis je succomberai encore. Et ainsi de suite.

L’important, c’est que si l’on persévère sans orgueilet malgré les défaillances, la volonté s’use peu à peu etfinit par disparaître. Quand elle a disparu, on est audelà de la volonté, dans l’obéissance.

On peut laisser atrophier la volonté et l’intelligence discursive faute d’exercice. On est alors en deçà. Tamas. Ouon peut les exercer de manière à les développer. Orgueil.Raja. Ou on peut les exercer de manière à les user. Sattva. Une fois qu’elles sont tout à fait anéanties, on estau delà des gunas.

Néanmoins, si l’obéissance l’exige, on opèrera par elleles effets que d’autres hommes opèrent par la volonté etl’intelligence discursive.

On n’aime pas le malheur parce qu’il contraint à voirce qu’on aime quand on s’aime soi-même. Il est contrenature d’aimer un malheureux. Le malheur y contraint.Quand on est dans le malheur, il faut aimer un malheureux ou cesser de s’aimer soi-même.

La compassion véritable est un équivalent volontaire,consenti du malheur.

La pitié naturelle consiste à secourir un malheureux ouafin de mieux réussir à ne plus penser à lui, ou afin demieux jouir de la distance entre soi et lui. C’est uneforme de cruauté qui n’est contraire À la cruauté proprement dite que par les effets extérieurs. Ainsi, sans doute,la clémence de César.

La compassion consiste à faire attention au malheureuxet à se transporter en lui par la pensée. Dès lors, s’il afaim, on le nourrit automatiquement, comme on senourrit soi-même quand on a faim. Ce pain qu’on luidonne est simplement l’effet et le signe de la compassion.C’est alors qu’on a les remerciements du Christ.

C’est que, de même que le don du pain est simplementl’effet et le signe de la compassion, de même la compassion est l’effet et le signe de l’union d’amour avec Dieu.Car la vue d’un malheureux met en fuite toute attention qui n’est pas passée par le contact avec Dieu.

Dieu seul peut faire attention à un malheureux.

Le livre de Job est un miracle, parce qu’il exprimesous une forme parfaite des pensées qu’un esprit humainne peut concevoir que sous la torture d’une intolérabledouleur, mais qui sont alors informes, et qui s’effacentsans pouvoir être retrouvées dès que la douleur s’apaise.

La rédaction du livre de Job est un cas particulier dumiracle de l’attention accordée au malheur.

De même l’Iliade.

L’attention fuit le malheur comme elle fuit le vraiDieu, par l’effet du même instinct de conservation; l’unet l’autre objet forcent l’âme à sentir son néant et àmourir alors que le corps est encore vivant.

Seule une âme déjà tuée par un véritable contact avecle véritable Dieu (quand même, par l’effet d’une erreurde langage, elle se croirait athée) peut fixer son attention sur le malheur.

Un malheureux non plus ne fait pas attention aumalheur; si son état l’empêche de faire attention à autrechose, il ne fait pas attention du tout. Une incapacitécomplète de concentration et de continuité est caractéristique des états d’extrême déchéance sociale (prostituées,repris de justice). Cette incapacité est à la foiscause et effet de la déchéance.

La même incapacité de faire attention au malheur quiempêche la compassion chez celui qui voit un malheureux empêche la gratitude chez le malheureux secouru.La gratitude suppose la capacité de sortir de soi et decontempler son propre malheur du dehors dans toutesa laideur. C’est trop affreux.

Seul l’amour inconditionné peut forcer l’âme à s’exposer à la mort morale, et l’amour inconditionné n’a pasd’autre objet que le bien inconditionné, qui est Dieu.C’est pourquoi il est tout à fait sûr que seule une âmetuée, consciemment ou non, par l’amour de Dieu, peutfaire vraiment attention au malheur des malheureux.

Le malheur est le critérium. Est-ce là sa fonction providentielle?

Le Christ en croix, abandonné corps et âme. Seul ilpouvait dans cet état aimer le Père. Seul le Père pouvaitl’aimer dans cet état.

Le temps est notre supplice. L’homme ne cherche qu’ày échapper, c’est-à-dire échapper au passé et à l’aveniren s’enfonçant dans le présent, ou se fabriquer un passéet un avenir à sa guise.

On échappe au temps en restant au-dessous — la chairen donne le moyen — ou en passant au-dessus, dansl’éternité. Mais pour passer au-dessus il faut traverserle temps tout entier, dans sa longueur infinie, nous quine vivons qu’un moment. Dieu en donne le moyen àceux qui l’aiment.

Seul celui qui comme Job au fond du malheur essayeencore d’aimer Dieu sent dans sa plénitude et au centremême de l’âme toute l’amertume du malheur. S’il renonçait à aimer Dieu, il ne souffrirait pas ainsi. De mêmeProméthée. Dans cet état, l’âme est déchirée, clouée auxdeux pôles de la création, la matière inerte et Dieu. Cedéchirement est la reproduction dans une âme finiede l’acte créateur de Dieu. Peut-être faut-il passerpar là pour sortir de la création et retourner au principe.

Qui est pris par le malheur quand il n’a pas encoremême commencé à aimer Dieu est détruit.

On peut peut-être regarder cet accident comme équivalent à une mort prématurée. Nous en ignorons leseffets.

Peut-être notre plus grande cruauté est-elle impuissanteà faire vraiment du mal à une âme, mais s’il en estainsi nous l’ignorons et nous n’avons pas le droit de lesavoir.

Zagreus. Narcisse.

Zagreus a été pris au piège par un miroir. Narcisseaussi. Zagreus et Narcisse sont le même être. Le Verbedivin.

Ce miroir, c’est la création. Dieu est pris au piège parle mal alors qu’il regarde sa création. Il est pris et soumis à la Passion.

Dieu, en créant par surabondance de bonté, a donnéoccasion au mal d’exister.

L’unique raison de penser que l’univers est bon, c’estque Dieu, sachant éternellement quel mal s’y produirait,a éternellement voulu le créer.

Dieu n’est pas prouvé par la bonté de l’univers, maisla bonté de l’univers par Dieu; ou plutôt c’est matièrede foi.

Mais l’univers est beau, y compris même le mal, qui,pris dans l’ordre du monde, a une sorte de beauté terrible. Cela, nous le sentons.

Se mettre à la place d’autrui, c’est désirer davantage pour lui le soulagement matériel que le progrès spirituel.

si la hiérarchie des désirs est telle en lui.

Cependant on ne doit pas se mettre à la place d’unautre dans la mesure où il désire léser le prochain.

Mais désirer le progrès spirituel d’un être qui lui-même n’a pas ce désir, c’est autre chose que compatir.

La compassion peut peut-être faire davantage pour lefaire progresser.

Rufinus, histoire des moines d’Égypte, P. L., XXI, 387.Un saint ermite demande qu’il lui soit révélé à quelsaint il est pareil. La réponse, un chanteur de village.Cet homme était jusqu’à peu auparavant un voleur.Interrogé s’il a jamais fait une bonne action, en cherchant bien il finit par se souvenir que sa bande a unefois capturé une religieuse; qu’il a empêché les autresde la violer, et l’a ramenée chez elle intacte. Une autrefois, il donne à une femme, dont le mari et le fils sont enprison et torturés pour des arriérés d’impôts, (c’est làl’empire chrétien!) de quoi payer l’arriéré. Elle étaitjolie, et s’était offerte à lui comme esclave, et n’avait pasmangé depuis 3 jours. Entendant cela, le saint en faitun moine.

Une autre fois, à la même question, la réponse est lechef du village. Il n’avait jamais rompu la chasteté, sinonpour engendrer trois fils.

Pratiqué l’hospitalité et la justice. Toujours cherché que nul ne fût triste à cause de lui (cf. Livre des Morts).

La plupart des moines égyptiens faisaient la moisson:et, payés en blé, distribuaient aux malheureux la plusgrande partie.

Vitae Patrum, Migne, P. L., lxxiii, lxxiv.

Tout ce à quoi des êtres humains ont renoncé paramour de Dieu, que sans participation de ma part lehasard des événements m’en prive, et de telle sorte qu’àce moment j’aie oublié l’avoir auparavant désiré.

Verba Seniorium, Pelagius et Johannus, iv, xlixv, xxxi, v, xiv, vii, xxviixxxii (lieu de la tentation).xxxvii (corps et âme).

Donne ton corps en gage au mur de la cellule, et quetes pensées aillent où elles veulent.

Le corps est un levier du salut. Mais comment? Quelen est le bon usage?

id. viii, xix, x. xxxivxliv.

xciii. — Cette vie monastique était un progrès, matériellement, pour ceux qui venaient des basses classes. Unberger dormait sur la terre nue, mangeait du pain sec,du poisson salé quand il pouvait, et buvait de l’eau; selavait dans la rivière,

x, cxi. — Il est mauvais d’aller au ciel par sa volonté.

xi, ivvixii, ii (difficulté de la prière) xv,xviii, viii, xiii, xiv.

Dans le malheur, on ne peut être secouru que parl’amour divin.

Un ermite qui n’avait pas vu d’homme pendant dixmois rencontre un berger qui n’avait pas vu d’hommependant 11 mois.

Il est impossible que des hommes qui se privent volontairement atteignent le degré de dénuement auquel d’autres hommes sont soumis par le malheur.

Il faut donner sa vie pour ceux qu’on aime, et pourtantil ne faut pas se tuer.

[Autre recueil, trad. anonyme, L III de «Vitaepatrum».]

Cassien, P. L., xlxix, de Coenobiorum Instituts[Nécessité spirituelle du travail manuel dans la solitude][Nécessité spirituelle des murs de la cellule].

Collection traduite par Paschasius pour Martin deDumes. Vitae Patrum, L. VII. Martin, 2 (utilité desjeûnes et veilles: humilité). 19 (Je ne suis pas là).— 23.

Laisser à Dieu la vengeance des offenses reçues, tourner vers Dieu sa haine; si on a pour Dieu le vrai Dieu,c’est brûler la haine en soi au contact du Bien. Sanscela, c’est faire de sa haine un objet d’idolâtrie.

Une fois que par le renoncement total le contact avecle vrai Dieu est obtenu, il est bon ensuite de tourner versDieu tous les désirs sans exception dans la prière, car cecontact brûle tout le mal en eux et fait de l’énergie quiles alimentait un aliment pour l’amour de Dieu.

À ce stade il est difficile de demander à Dieu cequ’on désire; toute l’âme se révolte contre cette orientation du désir vers Dieu.

Ainsi le Christ pendant la nuit de Gethsemani atourné sa peur charnelle vers Dieu.

cxxiv «ton humilité seule me maîtrise».

chercher ce que dit Rufinus (Histoire des Moinesd’Égypte, Migne, P L, xxi, 387 sqq.), d’Ammon (xxi).Pères du Désert:

An. Ne pas changer de lieu au moment de la tentation.

Ar. Clouer le corps et laisser la pensée vagabonder.

Macarius. Si la pensée s’attarde aux offenses reçuesdes hommes, elle se prive du pouvoir de se fixer surDieu.

Pastor. Plutôt rester chaque jour au-dessous de lasatiété que de jeûner totalement deux jours et plus.

An. Ne pas monter vers le ciel par sa propre volonté.

Allois. Dire «Moi seul et Dieu sont dans le monde»(C’est encore trop).

«On peut arriver en un jour à la perfection.»

Agatho. Rien de plus difficile que la prière. Dans tout autre travail de la vie religieuse, quelle que soit l’application,il y a du repos; mais aucun repos dans laprière, jusqu’au dernier jour.

Zacharie. Silence.

Chercher le recueil grec, Apophtegmata Patrum,Migne, P. G., lxv, 102.

Punition des criminels.

Il faudrait les guérir par une vie laborieuse, dure, maissaine et joyeuse dans des pays non peuplés, en plein air,dans un travail tel que faire des routes, etc. Et une foisguéris, s’ils en sentent le besoin, les faire souffrir.

Démèter, Isis, enfants «passés par le feu» dont ilest question dans l’Ancien Testament; saint Jean-Baptiste«Je baptise dans l’eau, mais celui qui me suivra baptisera dans le feu et l’esprit». Y avait-il un rite dubaptême par le feu, dans l’antiquité, dont la pratique desauter par-dessus les «feux de la Saint-Jean» serait unreste? Feignait-on de passer les enfants nouveau-nésà travers une flamme?

Fils d’adoption, enfants adoptifs de Dieu, qu’est-ceque cela veut dire? Rien, ou ceci, qu’aucun être humainn’est enfant de Dieu, excepté quand le Verbe, Filsunique de Dieu, entre en lui et use de sa bouche pourdire à Dieu «Père».

Demander quelque chose au nom du Christ, cela veutdire de sa part; cela veut dire que le Christ se sert dela bouche de tel homme pour demander quelque choseà son Père; et alors effectivement c’est toujours accordé.Car cela rentre dans la sphère de la sage persuasionexercée par l’Amour sur la nécessité (Timée).

Le Juste d’Isaïe «Il était défiguré au point de n’avoirplus rien d’humain».

Isaïe «L’Éternel a vu à sa grande indignation quec’en était fait du droit. Et il s’est aperçu qu’il n’y avaitpas un homme, il a constaté avec stupeur que nul n’intervenait;alors c’est son bras qui lui prêta assistance etc’est sa justice qui le soutint.» Gîta «Pour le rétablissement de l’ordre je prends un moi…»

NOTES ÉCRITES À LONDRES

(1943)

La méthode propre de la philosophie consiste à concevoir clairement les problèmes insolubles dans leur insolubilité,puis à les contempler sans plus, fixement, inlassablement,pendant des années, sans aucun espoir, dansl’attente.

D’après ce critère, il y a peu de philosophes. Peu estencore beaucoup dire.

Le passage au transcendant s’opère quand les facultés humaines — intelligence, volonté, amour humain —se heurtent à une limite, et que l’être humain demeuresur ce seuil, au delà duquel il ne peut faire un pas, etcela sans s’en détourner, sans savoir ce qu’il désire ettendu dans l’attente.

C’est un état d’extrême humiliation. Il est impossibleà qui n’est pas capable d’accepter l’humiliation.

Le génie est la vertu surnaturelle d’humilité dans ledomaine de la pensée. Cela est démontrable.

Tant que la pensée d’un homme circule dans ledomaine où habitent les esprits d’un milieu très raffiné,elle est susceptible de contrôle humain, limitée par desjugements humains.

Dès qu’elle passe au-dessus de ce domaine, rien d’humain ne peut plus lui servir de contrôle ni de limite.

La tentation de l’orgueil est à ce moment plus fortequ’elle n’était auparavant.

Celui qui se trouve dans cette situation ne peut échapper à l’égarement, à l’illusion, au mensonge, que par lagrâce de Dieu, s’il l’implore du fond du cœur, avec unefoi et une humilité totales.

Autrement, il faut ou qu’il redescende un peu pour se retrouver dans le domaine où ses amis peuvent entrer,ou qu’il se laisse happer par le diable.

Dans les deux cas, il peut donner l’illusion du génie,et entourer son nom d’une gloire qui traverse les siècles.

Mais c’est blasphémer que nommer génie ce qui n’estpas capable de vérité.

La liaison entre l’humilité et la philosophie véritableétait connue dans l’antiquité. Parmi les philosophessocratiques, cyniques, stoïciens, être injurié, frappé etmême giflé et le supporter sans la moindre réaction dedignité instinctive était regardé comme une partie dudevoir de la profession.

L’apostolat chrétien étant une profession voisine ouidentique, le précepte du Christ aux disciples, «tendezl’autre joue», doit être regardé ainsi, comme une obligation de la fonction particulière d’apostolat, non pascomme une obligation de la vie chrétienne.

L’accomplissement pur et simple des actes prescrits,ni plus ni moins, c’est-à-dire l’obéissance, est à l’âmece que l’immobilité est au corps. C’est là le sens de laGîta.

Comment reconnaître si un acte est prescrit?

Il faut exécuter les obligations humaines, dans le cadredes relations sociales où on se trouve pris, sauf commandement spécial de Dieu de s’en écarter.

La faute d’Arjuna est d’avoir dit qu’il ne combattraitpas, au lieu d’implorer Krisna — non à cet instant,mais longtemps avant — de lui prescrire ce qu’il fallaitfaire.

Qui sait alors quelle aurait été la réponse.

La Gîta et l’Antigone ont apparemment des significations opposées; en réalité le même esprit. Complémentaires.

Par l’effet d’une disposition providentielle, la vérité etle malheur sont l’une et l’autre muets.

Par ce mutisme la vérité est malheureuse. Car l’éloquence seule est heureuse ici-bas.

Par ce mutisme, le malheur est vrai. Il ne ment pas.

Par l’effet d’une autre disposition providentielle, lavérité et le malheur ont l’un et l’autre de la beauté.

Par suite, malgré leur mutisme, l’attention peut sefixer sur eux.

Il est vraiment, littéralement vrai, comme Platon lefait dire à Socrate dans le Phédon, que la Providence,non la nécessité, est l’unique explication de cet univers.La nécessité est une des dispositions éternelles de la Providence,

Dans la peinture vraie du malheur, ce qui suscite labeauté, c’est la lumière de la justice dans l’attention decelui qui a tracé le tableau, attention rendue contagieusepar la beauté.

Seul un juste parfait pouvait écrire l’Iliade.

Dans la chute à partir d’une civilisation illuminée defoi, les hommes ont probablement perdu en premierlieu la spiritualité du travail.

En ce moment, c’est justement l’invention avortéed’une spiritualité du travail qui bouillonne en nous.

Serait-ce le signe d’un cycle qui se boucle?

Il y a eu avant l’esclavage une civilisation de la spiritualité du travail. Il y en a des marques certaines. Lestraditions sur les dieux instituteurs des métiers, Dionysos et Éleusis, l’écho des traditions qui se reflètent dansle «donne-moi un point d’appui» d’Archimède, le«statera facta corporis», joints à la balance, au fil àplomb, etc., du conte égyptien.

On nous avait donné ces symboles avec leur signification.

«Par le dharma le faible prescrit des ordres au fort.»Comme par la balance à bras inégaux le gramme l’emporte sur le kilo.

Par la lecture de ce symbolisme, l’âme cesse d’êtreécrasée par la lecture continuelle de la force dans lamatière.

Dieu a inscrit sa signature dans la nécessité.

Postulat:

Cet univers est une machine à fabriquer le salut deceux qui y consentent.

(C’est ce que dit saint Paul: Toutes choses coopèrentavec celui qui aime Dieu.)

Désir et accomplissement.

Le désir de devenir moins imparfait ne rend pas moinsimparfait.

Le désir de devenir parfait rend moins imparfait.

C’est donc un fait d’expérience que la perfection est réelle.

Platon sans doute l’a su.

C’est la preuve de saint Jean dans son épître, la preuvepar la vie éternelle.

Le Christ sur la croix a eu compassion de sa propresouffrance comme étant la souffrance de l’humanité enlui.

Son cri: «Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?»a été poussé en lui par tous les hommes.

Quand ce cri monte au cœur d’un homme, la douleura éveillé dans les profondeurs de son âme la partie oùgît, enfouie sous les crimes, une innocence égale à cellemême du Christ.

Lear «Y a-t-il une cause dans la nature qui produiseces cœurs durs?»

C’est le point du cri du Christ.

Théophile. «Ah! que les cris d’un innocent…»

La créature parfaitement pure (la Vierge), c’est lacréation en tant que volonté créatrice de Dieu.

C’est une intersection de Dieu et de la Création.

L’Incarnation divine souffrant la mort est une autreintersection.

Si dans le Zodiaque la Balance a la même significationque la Justice (ou la Vierge, Astreia) située à côté,comme en face le taureau a la même signification quele bélier (Osiris, Zeus Ammon, Agnus Dei), en ce casl’équinoxe d’automne représente la Vierge comme l’équinoxe du printemps représente le Christ crucifié. Lesdeux intersections de l’équateur et de l’écliptique représentent les deux intersections de Dieu et de la création.Cf. le Timée. Toute l’existence changeante de l’univers,enfermée dans l’année, se déroule entre ces deux intersections — entre l’eau et le sang. (Épître de saint Jean.)

Il doit en être de même de l’âme humaine. Microcosme.

Thalès «Tout est eau», i. e. tout est obéissance.

La puissance même de Dieu est aussi obéissance. LaVierge est l’obéissance de la créature, le Christ crucifiéest obéissance de Dieu.

Au sujet de l’enfer:

Le Christ a dit «Il n’y a rien de caché qui ne doiveêtre rendu manifeste».

Ou plutôt.

«Il n’y a rien de caché, sinon afin que cela soit rendumanifeste.»

Et saint Paul dit:

«Tout ce qui est rendu manifeste devient lumière.»

Donc au jour du Jugement dernier, quand la créationapparaît à nu sous la lumière de Dieu qui la rend entièrement manifeste, elle est entièrement lumière. Il n’y aplus de mal.

(C’est aussi la conception manichéenne.)

Le diable et les damnés souffrent pour la perpétuitédes temps, mais l’avènement de l’éternité met fin autemps.

Tout est d’ailleurs impénétrable et impensable dansce domaine; il vaut mieux ne pas avoir du tout d’opinion là-dessus.

Mais une chose semble certaine. C’est que la maturitédu germe divin déposé dans la créature consiste dans l’abolition du mal et l’évanouissement du bien confonduavec Dieu.

Comment ose-t-on prétendre que les âmes bienheureuses sont autres que Dieu, séparées de lui, alors quele Christ nous a donné l’ordre «Soyez parfaits commevotre Père céleste est parfait».

Mais les théologiens ont dû le prétendre, parce quesi on disait aux gens qu’ils ont à choisir entre l’anéantissement et l’évanouissement en Dieu, ils ne trouveraientpas que la différence est suffisante pour que cela vaillela peine de choisir le bien.

Au lieu qu’en leur montrant d’un côté le fouet à perpétuité et d’un autre côté une provision inépuisable demorceaux de sucre, on a des enfants dociles de l’Église.

Les méthodes éducatives des maîtres romains avecleurs esclaves — promesses et menaces — projetéesaprès la mort.

On le voit bien dans le Polyeucte de Corneille. «Maisdans le ciel déjà la palme est préparée.» Un chien quisaute pour avoir un morceau de sucre.

«Qui est l’esclave que le maître a mis à la tête desa maison.»

Dieu a confié à chaque être humain la fonction detraiter les créatures à l’imitation de Dieu.

«Le maître le mettra à la tête de tout ce qu’il possède.»

La récompense est bien une identification totale àDieu.

D’après Mat., 12, 32-33, il semble évident que [saint]Augustin a commis le blasphème contre l’Esprit.

Il semble que ce blasphème consiste à affirmer que lemal peut produire du bien pur, ou que du bien purpeut produire du mal.

«N’avons-nous pas fait beaucoup de miracles en tonnom?» «Loin de moi, vous dont les actes sont illégitimes.»

Donc l’unique critère est la justice. C’est parce quele Christ était juste, non parce qu’il a fait des miracles,qu’il faut le reconnaître comme Dieu.

«Aimez vos ennemis», etc., n’a pas de rapport avecle pacifisme et le problème de la guerre.

«Vos ennemis» peut avoir deux sens.

Ceux qui font du mal à vos personnes et à ce quivous est personnellement cher.

Pour autant que dans ma vie personnelle j’ai souffertdu fait des Allemands, pour autant que des choses et desêtres auxquels je suis personnellement attachée ont étédétruits ou atteints par eux, j’ai une obligation particulière de les aimer.

«Vos ennemis» peut vouloir dire les ennemis de lafoi.

La foi ne doit être défendue que par l’innocence etl’amour. Les missionnaires ne doivent être ni aidés, niprotégés, ni vengés par les armes ni le pouvoir politique.

Si je suis prête à tuer des Allemands en cas de nécessité stratégique, ce n’est pas parce que j’ai souffert deleur fait. Ce n’est pas parce qu’ils ont la haine de Dieuet du Christ. C’est parce qu’ils sont les ennemis detoutes les nations de la terre, y compris ma patrie, et quemalheureusement, à ma vive douleur, à mon extrêmeregret, on ne peut pas les empêcher de faire du mal sanstuer un certain nombre d’entre eux.

Les sophismes grecs prouvant qu’on ne peut pasapprendre enferment la plus profonde vérité.

Nous comprenons peu et mal. Nous avons besoind’être enseignés par ceux qui comprennent plus et mieuxque nous.

Par exemple, le Christ.

Mais du fait que nous ne comprenons presque rien,nous ne les comprenons pas non plus. Comment reconnaîtrions-nous qu’ils sont dans la vérité? Comment leuraccorderions-nous la quantité d’attention qui est nécessaire au préalable, qu’il est indispensable de commencer par accorder, sans laquelle ils ne peuvent pas commencerà nous instruire?

C’est pourquoi il faut des miracles.

C’est pourquoi une disposition providentielle lie parfois à la sagesse surnaturelle certains pouvoirs qui sontrares parmi les hommes, mais qui pourtant peuventaussi se rencontrer chez les médiocres ou mauvais d’entreEUX.

Ainsi, guérir des maux physiques, lire la pensée, etc.

Mais de tous les miracles de cette espèce, le principalest le beau.

Toutes les fois qu’on réfléchit au beau, on est arrêtépar un mur. Tout ce qui a été écrit là-dessus est misérablement et évidemment insuffisant, parce que cette étude-là doit être commencée à partir de Dieu.

Le beau consiste en une disposition providentielle parlaquelle la vérité et la justice, non encore reconnues,appellent en silence notre attention.

La beauté est vraiment, comme le dit Platon, uneincarnation de Dieu.

La beauté du monde n’est pas distincte de la réalitédu monde.

Zeus, indigné contre les hommes à cause de leurscrimes, voulait les détruire. Prométhée est intervenu enleur faveur, et, n’étant pas écouté, leur a donné le feu.Le feu de l’amour divin, le Saint-Esprit. À partir de cemoment il n’est même plus question qu’ils soient châtiés par Zeus. Mais Prométhée, lui, est châtié.

Silence de la petite fille dans Grimm qui sauve lessept cygnes ses frères. Silence du Juste d’Isaïe «Injurié,maltraité, il n’ouvrait pas la bouche». Silence du Christ.

Une sorte de convention divine, un pacte de Dieu aveclui-même, condamne ici-bas la vérité au silence.

Le silence du Christ frappé et bafoué, c’est le doublesilence ici-bas de la vérité et du malheur.

«Toute cette puissance et la gloire qui lui est attachée m’ont été abandonnées», dit le Père du Mensonge.Le diable fabrique aussi une imitation du beau, de manière que ce critère non plus ne soit pas discernablesans une extrême attention.

Il y a une chose que le diable ne peut pas faire, jecrois.

Inspirer à un peintre un tableau qui, placé dans lacellule d’un homme condamné à l’isolement cellulairetotal, soit un réconfort pour lui après vingt ans.

La durée discrimine le diabolique et le divin.

C’est le sens de la parabole sur le blé et l’ivraie.

Point essentiel du christianisme — (et du platonisme) —:

Seule la pensée de la perfection produit du bien — unbien imparfait. Si on se propose de l’imparfait, on faitle mal.

On ne peut se proposer réellement la perfection quesi elle est réellement possible; c’est donc la preuve quela possibilité de la perfection existe ici-bas.

Le yoga respiratoire — c’est peut-être moins une technique qu’une manière de faire de la respiration elle-même un sacrement?

Les problèmes d’origine (origine du langage, desoutils, etc.) n’ont absolument aucune autre solution possible que celle de Dieu instituteur. C’est évident. Lelangage ne sort pas du non-langage. Un enfant apprendà parler; mais c’est qu’on lui apprend. On lui apprendà travailler, etc.

L’enseignement divin implique-t-il une incarnationoriginelle?

Cela semble probable. Cela répond aux traditions.

La tradition concernant Osiris est celle d’une Incarnation à la fois institutrice et rédemptrice.

Le second caractère était-il lui aussi un souvenir historique du passé, ou bien un pressentiment de l’avenir?

Nous n’avons peut-être pas les données nécessairespour faire même une supposition à ce sujet.

La Vierge est comme un double de l’enfance duChrist; la pure innocence.

Le Christ était parfaitement obéissant dès l’enfance;et cependant, sur la Croix, «ce qu’il a souffert lui aenseigné l’obéissance».

La vérité qui devient de la vie; c’est là le témoignagede l’Esprit. La vérité transformée en vie.

Pour connaître la valeur symbolique, aux yeux desaint Jean, de l’eau et du sang issus du corps du Christ,il faudrait mieux connaître le sens des croyances thibétaines sur les effets de la parfaite virginité, qui fait circuler dans les veines un liquide incolore (l’«ichor»divin?)

À partir de cette croyance, l’existence de sang normal chez un être parfaitement vierge est-elle le signe del’union d’amour avec Dieu? Et l’eau demeure-t-elleà côté du sang comme un témoignage de parfaite virginité?

Ce n’est certainement pas sans raison que la partiebiographique de l’Évangile de Jean commence par l’eautransformée en vin et finit par cet écoulement d’eau etde sang.

Il faut redevenir eau et qu’ensuite l’Esprit, à partirde cette eau, fasse du sang.

Devenir passivité totale, inertie de cadavre, et quel’Esprit de Dieu, à partir de cette énergie, fasse de lavie.

Dans le langage employé, quelle était la part de lasimple imagerie, et quelle était celle des théories mystico-biologiques?C’est difficile à deviner aujourd’hui.

Ce qui sonne le plus faux dans Dickens, c’est ce enquoi il a le plus fidèlement copié le menu peuple anglaistel qu’il est. Pourquoi est-ce que la réalité, transcrite sanstransposition dans les livres, sonne faux?

Il y a dans la nature l’énergie calorique, l’énergiemécanique, l’énergie vitale, l’énergie donneuse de vie contenue dans le germe, l’énergie rayonnante contenuedans la lumière.

Notre science ne connaît que les deux premières.

Les deux dernières sont-elles identiques? L’antiquitésemble les avoir identifiées.

L’Esprit — ou souffle igné, πνεῦμα — fait vivre. Lesanciens (pythagoriciens, stoïciens) définissaient la semencedu mâle, dans la génération, comme un πνεῦμα.

Le partage établi au début de la Genèse, réservantl’herbe, les tiges, les feuilles, aux animaux, et les graineset fruits — c’est-à-dire les germes, les semences — auxhommes est l’image de l’opposition entre les deux destinées,celle des animaux, qui est charnelle, celle deshommes, qui est spirituelle.

Ce symbolisme est peut-être l’origine de l’agriculture,et surtout de la création, par sélection, du blé et de lavigne.

Il faut bien qu’il y eût quelque chose de ce genre, sil’on songe à l’épi d’Éleusis, à celui d’Astreia, la Vierge,dans les cieux, à Dionysos, au pain et au vin de Melchisédec.

Le pain est fait entièrement avec des semences. Nonavec de la vie, mais avec du principe donneur de vie. Demême le vin et les raisins. (Il y a effectivement une analogie chimique entre l’alcool et les hormones sexuelles.)

La chair du Christ et son sang étaient faits de substance non pas vivante, mais donneuse de vie.

«Le πνεῦμα est ce qui fait vivant, la chair n’estd’aucune utilité.»

«Les mots que je viens de vous dire sont de l’espritet de la vie.»

«Moi, je suis le pain qui vit, celui qui du ciel estdescendu; celui qui mange de ce pain, il vivra tourjours; et le pain que je donnerai, c’est ma chair pourla vie du monde.»

La chair devient pain par le sacrifice.

Les femmes des peuplades d’Australie pratiquent lacueillette des graines des herbes à graines. On peut à partir de là concevoir la création progressive du blé, qui,si la cueillette des graines est un rite et un sacrement, aconstitué une collaboration entre Dieu et l’homme. Oncomprend alors qu’il se soit établi autour une religion.

Eschyle dit, citant évidemment une parole sacrée desMystères, τῷ πάθει μάθος. Par la souffrance l’enseignement (accordé par Dieu à l’homme). Mais il ne dit pasen quoi consiste la sagesse enseignée. On le voit quandon lit dans saint Paul la même formule complétée — oùse retrouve le même jeu de mots entre πάθος et μάθος,caractéristique d’une formule sacrée — ἔμαθεν ἀφ´ ὧνἔπαθεν τὴν ὑπακοήν, ce qu’il a souffert lui a enseignél’obéissance.

Cette sagesse, c’est l’obéissance.

Mais avait-il donc désobéi?

Y aurait-il une version secrète dans laquelle, à ladésobéissance humaine par manque d’amour, répondrait une désobéissance divine par excès d’amour, Dieuse désobéissant à soi-même par compassion pour leshommes? Ce serait exactement le mythe de Prométhée.

Or l’histoire et le nom de Prométhée semblent uneillustration de la parole τῷ πάθει μάθος.

Dieu désobéissant à Dieu et ramené à l’obéissancepar l’expiation.

Le châtiment de l’homme dans la Genèse, en dehorsde la mort, consiste exclusivement dans la soumissionimposée. Travail et mort: passivité de la femme dansl’amour et l’enfantement.

Le travail est quelque chose de semblable à la mort.C’est une soumission à la matière.

Mais la beauté est un piège de Dieu pour nous faireconsentir à l’obéissance dans laquelle il nous ramènepar contrainte.

Le châtiment doit être une imitation de Dieu.

Ramener le criminel dans l’obéissance par la contrainte,avec infliction de douleur, en lui tendant despièges en vue de susciter quelque jour le consentement.

Il y a échec toutes les fois que le coupable meurt sans avoir senti à aucun moment que l’événement le plusheureux pour lui est d’avoir été condamné.

La douleur physique et morale sont des choses tellement bouleversantes pour l’âme; et nous nous en interdirions l’usage? Pourquoi laisser perdre des dons tellement précieux de Dieu? Mais en pervertir l’usage estaffreux.

Si on croit un criminel inguérissable, on n’a pas ledroit de le châtier; on doit seulement l’empêcher denuire. L’infliction du châtiment est la déclaration d’unefoi qu’au fond de l’être coupable il y a un grain debien pur.

Châtier sans cette foi est faire le mal pour le mal.

Mécanisme indirect d’un crime.

Mon erreur criminelle d’avant 1939 sur les milieuxpacifistes et leur action venait de l’incapacité causée depuis tant d’années par l’écrasement de la douleur physique. Étant hors d’état de suivre leur action de près,de les fréquenter, de causer avec eux, je n’ai pas discernéleur inclination à la trahison. Mais je pouvais facilementme rendre compte que l’état où j’étais m’interdisait lesresponsabilités graves et me prescrivait de m’abstenir.Ce qui a fait écran entre cette évidence et moi, c’étaitle péché de paresse, la tentation d’inertie. Je désiraissi intensément une telle abstention que je ne pouvais mepermettre un regard impartial sur les raisons légitimesqui me la conseillaient; comme un séminariste enproie aux plus violentes tentations de la chair et quin’ose pas regarder une femme.

C’est parce que la paresse et l’inertie m’avaient souvent maîtrisée dans les petites choses que, dans unegrande chose, j’ai cru devoir réagir aveuglément contrela tentation d’inertie, au lieu d’examiner froidement lesavantages et les inconvénients possibles de l’action ou del’abstention.

Donc n’avoir pas eu le courage, un jour de fatigue,d’écrire une lettre, de faire mon lit — cela, accumulédes jours et des jours, m’a enfin jetée dans la faute denégligence criminelle à l’égard de la patrie.

C’est un exemple d’une liaison qui est universelle.

Quand on a compris comment par ce mécanisme deminuscules fautes privées deviennent des crimes publics,il n’y a plus de minuscules fautes privées. On ne peutplus commettre que des crimes.

C’est effrayant, car on en commet.

Il faut se sentir perpétuellement criminel tant qu’onn’a pas la perfection, et crier de toute son âme continuellement dans le silence pour l’obtenir, jusqu’à ce que lamort mette fin à cette torture, ou que Dieu, excédé,envoie la perfection.

Quand on est à ce degré de compréhension, on estréellement — à l’exception de ceux qui se trouventpareillement disposés — le plus criminel des êtreshumains. Car toutes les petites défaillances sont réellement des crimes, dès lors qu’on a été clairementcontraint par la raison à les regarder comme telles. Lesgrands criminels commettent peu de crimes. On commetbeaucoup de petites défaillances. C’est-à-dire, si on a suune fois les reconnaître pour ce qu’elles sont, qu’oncommet chaque jour beaucoup de crimes.

L’unique remède est d’en être malheureux jusqu’à ceque Dieu soit pris de pitié. Car la volonté humaine, sitendue soit-elle, n’approche pas de la perfection.

Si aujourd’hui un homme se vendait comme esclave àun autre, la convention serait juridiquement nulle, parceque la liberté, étant sacrée, est inaliénable.

En mettant la propriété avec la liberté parmi les chosessacrées, les gens de 1789, si les mots ont un sens, ladéclaraient inaliénable et la soustrayaient au trafic.

Mais les faits ont montré que les mots n’ont pas desens.

Avec la conception actuelle de la science, quels peuvent en être les mobiles? Dès lors, constitue-t-elle unbien ou un mal, ou un mélange, et à quel dosage?

Analyse du bien et du mal par les mobiles.

Appliquer cette méthode à toutes choses.

Méthode universelle de discrimination pour l’éducation de soi-même, d’autrui, d’un peuple.

Non pas chercher à reconnaître en fait les mobiles parl’introspection ou l’observation — le mensonge s’y glissetoujours plus ou moins — mais d’abord établir théoriquement la liste des mobiles possibles pour une actionétant donnée la conception dont elle procède.

Le Christ a défini la vertu d’obéissance: «je necherche pas mon vouloir, mais le vouloir de celui quim’a envoyé».

La difficulté concernant la science (cf. manuscrit) nepeut être résolue que par la notion de Dieu impersonnel.

argent, marchés, soldats
avant xviiie — Wallenstein

L’objet dont la science est l’étude est la Providenceimpersonnelle de Dieu.

Parabole du semeur (Luc, 8, 5). La première catégorie, ce sont ceux qui refusent leur consentement. Laquatrième, ce sont les élus.

Dans la terre végétale, il y a une certaine quantité denourriture pour les plantes. Si une grande part va auxépines, le blé ne peut grandir faute de nourriture. Demême dans les âmes dont l’énergie est en grandepartie donnée aux choses terrestres, la partie éternelle nepeut recevoir l’énergie indispensable à sa croissance.

Mais il apparaît aussitôt un procédé pour le passagede la troisième catégorie dans la quatrième. C’est ledéfrichage, l’arrachement des épines. Autrement ditl’opération du détachement, dont la méthode a été abondamment étudiée par les mystiques. Tout cela est clairet connu.

Mais la deuxième catégorie?

De la pierre. Il n’y pousse pas d’épines. Des âmes quine s’intéressent pas aux choses de ce monde, mais n’ont pas non plus d’énergie à mettre au service de Dieu, etpar suite restent stériles.

C’est exactement mon cas.

On croirait qu’il y a des âmes que l’insuffisance de lanature écarte irrémédiablement du service de Dieu. Moiparmi elles.

Est-ce irrémédiable?

Y a-t-il un procédé pour faire pousser du blé sur dela pierre?

Le seul est, si un grain est tombé dans un endroit dela pierre qui forme creux, d’y verser de l’eau et de larenouveler sans cesse à mesure qu’elle s’évapore.

Il faut donc, dans toute la mesure où c’est possiblesans violer d’obligations, se mettre sous l’influence destimulants terrestres, dans l’intention de donner à manger l’énergie qu’on en reçoit à la graine divine logéeau secret du cœur.

C’est plus ou moins ce que j’ai fait instinctivementjusqu’ici.

Cela implique, quand les stimulants sont des êtreshumains, une immense obligation de gratitude.

Ce serait peut-être une méthode à transmettre auxmalheureux de même espèce?

Heureusement qu’il y a d’autres âmes qui sont commela bonne terre. Davantage, il faut l’espérer. Car il estdouloureux d’assurer au grain, heure par heure, unecontinuation précaire de croissance, toujours menacée,toujours presque impossible, dans une angoisse qui durejusqu’à la fin. Jusqu’à la fin, si l’eau manque quelquesheures, la tige se dessèche.

L’obligation du détachement est encore plus rigoureuse que pour les âmes où il y a de la terre. Car si, dece peu d’humidité qu’il faut renouveler sans cesse,quelques gouttes passent en mauvaises herbes, le dessèchement du blé est inévitable.

Il faut prendre l’énergie dans les choses terrestres, maisn’en pas laisser un atome servir à des choses terrestres.

Littéralement, la pureté totale ou la mort.

L’état de perfection est, semble-t-il, interdit à une âmede cette nature sinon à l’instant précis de la mort.

Quelle joie de savoir que ne sont pas là les conditionsuniverselles du bien spirituel pour tous les hommes!Car s’il devait toujours être acheté d’une manière si douloureuse,il faudrait se faire violence pour le souhaiter àceux qu’on aime.

Il ne faut pas oublier qu’une plante vit de lumière etd’eau, non de lumière seule. Ce serait donc une erreurde compter sur la grâce seule. Il faut aussi de l’énergieterrestre.

Mais quand on est totalement privé d’énergie terrestre,on meurt. Tant que mon cœur, mes poumons, mesmembres ne sont pas complètement paralysés, c’est lapreuve expérimentale qu’il y a sur la pierre une goutted’eau pour le blé céleste.

Parvenir à la lui donner à boire même si cela faitmourir d’épuisement la chair.

Que cette chair et ce sang soient seulement desséchésavant la tige divine, et rien d’autre n’importe.

N’avoir pas eu de fruit, n’avoir droit à aucun salaire,n’importe pas. Il y a des fruits merveilleux, des récompenses merveilleuses pour d’autres.

Mais où trouver le courage de priver la chair et lesang de la dernière goutte d’eau pour la donner à latige divine? Il n’est possible d’agir ainsi que parcontrainte. Ce sont les esclaves, dressés à coups de fouets,qui peuvent faire des choses de ce genre.

Nulle autre espérance que dans la miséricorde divinepour précipiter dans l’esclavage et faire subir le dressage du fouet.

J’ai eu un peu de dressage, mais bien insuffisant.J’en aurai davantage si je le désire. La difficulté est quele désir soit réel.

Héraclite, fr. 90 — πυρός τε ἀνταμοιϐὴ τὰ πάντα καὶπῦρ ἁπάντων ὅκωσπερ χρυσοῦ χρήματα καὶ χρημάτωνχρυσός.

Toutes choses sont échangeables contre du feu, etdu feu contre toutes choses, comme les marchandisescontre l’or et l’or contre les marchandises.

Dieu est l’unique bien. Tous les biens enfermés dansles choses ont leur équivalent en Dieu. Dieu est l’unique mesure de valeur.

Cet univers est un piège à capturer les âmes pour leslivrer avec leur consentement à Dieu.

C’est le modèle éternel du châtiment.

L’amour réel veut avoir un objet réel, et en connaîtrela vérité, et l’aimer dans sa vérité, tel qu’il est.

Il ne faut pas parler d’amour de la vérité, mais d’unesprit de vérité dans l’amour. Il est toujours présent dansl’amour réel et pur.

L’Esprit de vérité — le souffle igné de vérité, l’énergiede vérité — est en même temps l’Amour.

Il y a un autre amour menteur.

On ne peut aimer ici-bas que les hommes et l’univers,c’est-à-dire la justice et la beauté. Par suite la véritéest une qualification du juste et du beau.

Πνεῦμα, le souffle igné. C’est l’énergie suscitée parl’amour. Combien alors merveilleusement ce mot s’applique à la fois à la semence génitale dans l’amour charnelet à la production du bien par l’amour entre Dieu etune âme humaine!

Le yoga respiratoire authentique repose sûrement surla conception du πνεῦμα. C’est lui qu’on nomme soufflevital. Mais en quoi exactement consiste la relation entrecette conception et la respiration? Πνεῦμα aussi indiqueun rapport à la respiration. La respiration est unecombustion. Un cierge est l’image d’une vie humaine.Cela a toujours été connu.

Héraclite ne parlait que du feu. πνεῦμα n’apparaîtqu’avec les Stoïciens. C’est peut-être que le yoga avaitpénétré d’Inde en Grèce après Alexandre? Mais lesPythagoriciens ne pensaient-ils pas, d’après DiogèneLaërce, que la semence génitale est un Πνεῦμα?

Un cierge est l’image d’un être humain qui à toutinstant offre à Dieu la combustion intérieure, l’usureintérieure de tous les instants que constitue la vie végétative.

Cela est offrir à Dieu le temps.

C’est le salut même.

Les exercices respiratoires du yoga authentique constituent probablement seulement des procédés pédagogiques,mnémotechniques, pour enfoncer dans l’âme levœu de cette offrande. Comme la pratique de la «récitation du Nom du Seigneur» et tant d’autres.

Un sacrement pris indignement fait du mal à l’âmeet au Corps.

La présence charnelle du Christ sur terre est commeune communion faite par l’humanité elle-même.

Cela a été un sacrement indigne, puisque le Christ aété assassiné.

Le genre humain est, tombé dans l’état où tombe unchrétien après une communion sacrilège.

Le critère des choses qui viennent de Dieu, c’estqu’elles présentent tous les caractères de la folie, exceptéla perte de l’aptitude à discerner la vérité et à aimer lajustice.

L’humilité est avant tout une qualité de l’attention.

Le premier des problèmes politiques, c’est la manièredont les hommes investis de puissance passent leursjournées. S’ils les passent dans des conditions qui rendentmatériellement impossible un effort d’attention soutenulongtemps à un niveau élevé, il ne se peut pas qu’il yait de la justice.

On a essayé de confier la justice à des mécanismespour se passer de l’attention humaine. On ne peut pas.La Providence de Dieu s’y oppose.

L’attention humaine exerce seule légitimement la fonction judiciaire.

Le crime de Niobé est d’avoir compté ses enfants.Dans l’anecdote bouddhiste de la récitation du nom duSeigneur, le vieux est sauvé au moment où il cesse decompter les récitations.

Saint Jean de la Croix exprime la même transformation quand il dit: «Je n’ai plus rien su. J’ai perdumon troupeau…»

Il faut tirer de là une conception du rôle de l’argentdans une société parfaite.

Des idiots parlent de syncrétisme à propos de Platon.On n’a pas besoin de faire de syncrétisme pour ce quiest un. Thalès, Anaximandre, Héraclite, Socrate, Pythagore,c’était la même doctrine, la doctrine grecque unique,à travers des tempéraments différents.

Tableau parfait des différentes puissances de l’âme,dans Marc, 13, 34:

«Comme un homme en voyage, ayant quitté samaison, a donné puissance sur elle à ses esclaves, à chacun son œuvre propre; et au portier il a assigné deveiller.»

L’âme est cette maison, les facultés sont les esclaves, lemaître de la maison est Dieu, et le portier est l’amour.

Mat., 11, 27. «Nul ne connaît le Fils, sinon le Père;et nul ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui leFils veut le révéler.»

Donc les hommes, par le Christ, connaissent Dieu,mais ils ne connaissent pas le Christ.

Il y a une grande différence entre une vérité reconnuepour telle, et en cette qualité introduite, accueille dansun esprit, et une vérité qui se trouve dans l’âme à l’étatagissant et possède la vertu d’y détruire les erreurs évidemment incompatibles avec elle.

On croirait que c’est la même chose. Mais en fait iln’en est rien. L’observation des hommes le montre tousles jours.

La vertu agissante de la vérité, c’est le πνεῦμα ἅγιον,l’énergie divine.

Avoir dans l’esprit une très grande quantité de véritéinerte est d’une faible utilité.

Mais un grain infinitésimal de vérité agissante, deproche en proche détruit toute l’erreur.

«Le grain de sénevé est la plus petite des graines.»

Il y a la même distinction pour le mensonge. Il y al’erreur inerte et l’erreur agissante, qui détruit la vérité.C’est le diable.

Dans une âme il ne peut y avoir à la fois de la véritéagissante et du mensonge agissant. Mais l’action de lavérité réveille le mensonge de son inertie et y met desréactions de défense; ce sont là les tentations des saints.

Il y a des âmes contenant seulement de la vérité inerteet du mensonge inerte. C’est le plus grand nombre.

D’autres contiennent en plus les unes du mensonge, lesautres de la vérité à l’état agissant. Les dernières sontsur le chemin direct de la sainteté.

L’échange d’amour entre Dieu et la créature est un traitde feu vertical comme la foudre. C’est un échange entrele plus haut du ciel et le plus bas de l’abîme, en lignedroite («par la foudre tu diriges droit la Médiationuniverselle…»)

«saisir ce que sont la largeur et la longueur et la hauteur et la profondeur».

L’humilité totale, c’est le consentement à la mort, quifait de nous du néant inerte.

Les saints sont ceux qui encore vivants ont réellementconsenti à la mort.

τοῦτο δὸς ἐμοί, κύριε.

Il y a dans l’Évangile de Jean l’indication d’unethéorie du mal autre que le péché et l’expiation. Parsuite il y correspond une autre théorie de la Passion etde la Rédemption; de cette autre théorie on trouve l’indication dans saint Paul ( «… afin qu’il fût le premierné parmi beaucoup de frères» ).

Jean, 9: «Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents,pour qu’il naquît aveugle?» Jésus répondit «Ni lui n’a péché ni ses parents, mais afin que fussent rendusmanifestes les actes de Dieu en lui».

Rapprocher de «Ce qu’il a souffert lui a enseignél’obéissance».

Le mécanisme de la royauté peut se voir dans l’histoire de l’homme qui est venu demander au Christ departager l’héritage entre son frère et lui. En refusant ila refusé d’être roi des Juifs, ce qui obligeait les Pharisiens à refuser de le reconnaître comme Messie; etcomme il était assez influent pour attirer sur la Judée lahaine des Romains, et se refusait à la fonction qui luiaurait permis de la protéger, ils ont cru de leur devoirde le faire mourir. Si on se place à l’intérieur du patriotisme hébraïque, cela était tout à fait légitime.

Toutes les fois que dans une société non organisée unhomme donnait des signes d’inspiration, on en faisaitun arbitre et peu à peu il devenait roi.

«Père, donne-moi ma part» (parabole du fils prodigue). Ma part, c’est l’autonomie. Je la dépense avec lesprostituées.

«Les esclaves dans la maison de mon Père ont dupain.» Le pain, c’est le bien. Les esclaves, c’est lamatière inerte. On souhaite devenir comme de la matièreinerte pour cesser enfin de désobéir.

On n’en arrive là qu’au bout d’un processus d’épuisement qui prend du temps. Le garçon a d’aborddépensé tout son argent. C’est quand il a tout dépensé etqu’il a faim qu’il souhaite être un des esclaves de sonpère.

C’est quand on a épuisé les capacités des facultésnaturelles qu’on porte en soi (volonté, intelligence, disposition naturelle à aimer) pour la production du bien,quand on s’est reconnu incapable de tout bien, qu’ontombe prosterné devant Dieu.

«Nous sommes des esclaves sans valeur.» Il n’estrien au-dessus de cela pour une créature humaine. Pourdu verre il n’y a rien de plus que d’être absolumenttransparent. Il n’y a rien de plus pour un être humain que d’être néant. Toute valeur dans un être humain estréellement une valeur négative. C’est comme une tachedans du verre. Le verre qui est plein de taches peut biencroire qu’il est quelque chose, et qu’il est très supérieurau verre parfaitement transparent, au travers duquel lalumière passe comme s’il n’y avait rien. C’est pourquoi.«Quiconque s’élève sera abaissé, quiconque s’abaissesera élevé.» Il n’y a pas besoin pour cela d’une opération de compensation. Simplement nous sommes nésavec une déformation congénitale du sens de la direction,qui fait qu’en montant nous avons la sensation de descendre,et en descendant nous avons la sensation demonter.

Ainsi, si l’on considère des nombres négatifs, si onpasse de − 20 à − 10, il y a amoindrissement du pointde vue de la quantité absolue, et celui qui n’est sensiblequ’aux modifications de cette quantité croit qu’il y aamoindrissement. Mais dans la suite totale des nombresce passage est un accroissement.

Nous naissons loin au-dessous de zéro. Zéro est notremaximum, la limite accessible seulement après avoirfranchi une série qui a un nombre illimité de termes (parexemple La Connaissance surnaturelle/Texte entier - Wikisource (32)). Zéro, c’est l’état de l’esclave sansvaleur.

κύριε, τοῦτο δὸς ἐμοί.

Saint Thomas d’Aquin, commentaires sur l’Éthiqued’Aristote, viii, 7, cité par Maritain:

«L’amitié… ne peut pas exister entre des êtres tropdistants les uns des autres. L’amitié suppose que les êtressont rapprochés les uns des autres et sont parvenus àl’égalité entre eux. Il appartient à l’amitié d’user d’unemanière égale de l’égalité qui existe déjà entre leshommes. Et c’est à la justice qu’il appartient d’amenerà l’égalité ceux qui sont inégaux: quand cette égalité estatteinte, l’œuvre de la justice est accomplie. Et ainsil’égalité est au terme de la justice, et elle est au principeet à l’origine de l’amitié.»

C’est absolument le contraire du christianisme. Comment est-ce que ces gens croient qu’ils sont chrétiens?On pourrait leur demander si la justice a amenél’homme et Dieu à égalité avant qu’il puisse y avoirunion d’amour. Si le Samaritain n’a pas eu un mouvement d’amitié vers l’homme tombé aux mains desvoleurs.

Aristote est le mauvais arbre qui ne porte que desfruits pourris. Comment ne le voit-on pas?

Les Pythagoriciens disaient: «L’amitié est une égalité faite d’harmonie» et «il y a harmonie entre leschoses qui ne sont pas semblables, ni de même nature,ni de même rang.» L’amitié est l’égalité qui résultede la médiation,

«L’amour… fait les égalités et ne les cherche pas»(Rotrou).

Si Maritain, saint Thomas et Aristote avaient raison,comment le Christ aurait-il jamais pu nommer les disciples ses amis?

«Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné sonFils unique.»

Tout le christianisme est absolument contraire à cettepensée.

Quelque chose de mystérieux dans cet univers estcomplice de ceux qui n’aiment que le bien.

Le fils aîné de la parabole de l’enfant prodigue — sic’était la matière, qui n’a jamais désobéi?

Mais après tout les anges — les puissances, les dominations,etc. — n’y a-t-il pas dans le Nouveau Testament des passages qui semblent indiquer que c’est lamatière; les forces physiques à l’œuvre dans le monde?Ce que confirmerait leur similitude avec les dieux de lamythologie grecque. De même les dieux hindous.

Quand on se met à genoux, à la messe, pour dire«Sanctus, sanctus, sanctus…» on prend part au chœurdes voix de tout l’univers.

(Dans l’Ancien Testament [Psaumes] aussi, il y a despassages où les messagers de Dieu apparaissent commeétant les forces de la nature.)

Zodiaque:

Capricorne, corne d’abondance, Plénitude de Dieu.Verseau, création dans sa pureté. Poisson, incarnation,Bélier, passion. Taureau, la même chose.

Gémeaux; division?

Crabe, démesure, révolte de la création, mal.

Lion, force brute. Vierge, justice. (Cela est certain,Astreia, Dikè.) Balance, force brute soumise à la justice Scorpion, amour dirigé vers Dieu. Sagittaire,lumière divine. Capricorne, plénitude de Dieu. Et denouveau…

Il faudrait savoir comment est Noël en Égypte. Etquelle était la saison de la crue du Nil.

Tout cela est clair, sauf la relation entre le bélier et letaureau.

Gémeaux, division de Dieu, Trinité? Le Diable apparaît en même temps (cf. le début de la Genèse et l’Apocalypse),d’où le Cancer aussitôt après. Très souventla Trinité apparaît comme une dualité, l’Esprit étantsous-entendu (Apocalypse, Gloria).

En tout cas je vois deux successions assez claires, duCapricorne au Bélier, du Crabe à la Balance.

Plénitude de Dieu, Création, Incarnation, Passion.

Mal (démesure de la créature), force brute, Justice,équilibre.

Scorpion: la créature qui va se brûler en Dieu.

Sagittaire (amour archer), Dieu qui perce d’une flècheau cœur sa créature.

Puis plénitude de Dieu.

Gémeaux — serait-ce le péché qui a coupé en deuxla créature humaine? (mythe d’Aristophane dans leBanquet).

L’histoire doit commencer au Taureau. Sacrifice deDieu. Péché et chute de la créature. Mal. Force brute.Justice. Équilibre. Marche de la créature pour aller sebrûler en Dieu. Dieu blessant d’amour sa créature parune flèche au cœur. Plénitude de Dieu. Création (nouvelle?). Incarnation. Sacrifice de Dieu. Et cela recommence.Le sacrifice de Dieu est le début et le terme del’histoire.

AvrilMaiJuin
Croix du Christ (dans l’Éternité).Péché.Mal.
JuilletAoûtSeptembreOctobre
Force brute.Justice.Équilibre.Aspiration à Dieu
NovembreDécembre
Blessure d’amour envoyée par DieuPlénitude de Dieu
JanvierFévrier
Nouvelle création.Apparition du Christ dans l’âme du saint.
Mars
Nouvelle crucifixion du Christ en la personne du saint.

En tout cas certainement le Zodiaque était l’expression symbolique d’une liturgie des saisons, ou même deplusieurs liturgies à la fois (répondant à plusieurs degrésd’initiation).

Il était relatif aux saisons et n’avait aucun rapportavec les constellations.

Quand Dieu veut nous donner telle chose particulière,il nous ordonne de la lui demander, et même avec importunité.Si nous consentons à le faire, il nous l’accorde. Nous le contraignons par nos supplications à userde nous conformément à sa volonté. Il ne fait de nous

manuscrit: ajouter besoin de véritéce qu’il veut que si nous l’en supplions.

Le chapelet, procédé pour délivrer l’âme du nombre.L’argent devrait jouer ce rôle.

Évangile, les démons passés dans le troupeau de porcsqui va se noyer. Conservation de la matière dans l’ordrespirituel, dans l’ordre du bien et du mal. Pour éliminerle mal, il faut le transporter. Dieu seul a le pouvoir dele détruire vraiment. Pour détruire du mal, nous devonsle transporter sur Dieu. C’est ce que nous faisons, parexemple, en contemplant le Saint-Sacrement.

Remarquer qu’en Égypte, le porc était consacré au rédempteur, à Osiris. D’après l’histoire de Méléagre, ily a affinité entre le sanglier et Artémis.

Société dont les deux pôles soient l’obéissance et l’attention — le travail et l’étude.

Le feu dans la Caverne de Platon, c’est la force physique,l’énergie au sens où la physique moderne emploiece mot.

Le Christ sur la Croix a souffert avec compassion lasouffrance de l’humanité entière en lui-même.

Son cri (Mon Dieu…) a été poussé au nom de l’humanité tout entière.

Le travail est le consentement à l’ordre de l’univers.

Le plaisir est l’illusion d’un bien attaché à sa propreexistence.

C’est une illusion permanente; la douleur même estmélangée à quelque degré de plaisir.

À certains moments, amenés par un excès de détressephysique, l’illusion disparaît complètement. On voitalors sa propre existence à nu, comme un simple faitqui ne porte aucun caractère de bien. Cela est affreux.Et cela est la vérité.

(Puissé-je donc avoir beaucoup de ces moments et nejamais en oublier la leçon.)

Un mobile charnel et d’un niveau bas, bien qu’aureste honorable, comme la camaraderie militaire (êtreavec les copains quand ils seront tués) rend le sacrificede la vie facile. Car du fait de son caractère charnelil fait voile. Poussé par lui, on va à la mort qu’on saitcertaine, mais sans la voir.

Au contraire si on va à la mort par pure obéissanceà Dieu, on voit la mort à nu. L’obéissance ne voile rien.Elle est parfaitement transparente.

C’est pourquoi le Christ a craint la mort plus que lesautres hommes. Conte: «… the nightingale called Gizar: — whereis it to be found? — That I cannot tell thee, I onlyknow that its song is the most beautiful that man’s earhas ever heard.»

Merveilleux. Un être dont on ne connaît que le nomet la perfection, et absolument rien d’autre; et cela suffit pour le trouver. C’est Dieu.

Origène dit que le Livre de Job est plus ancien que Moïse lui-même.

Origène, citation d’une parole du Christ dans l’Évangile aux Hébreux: ἄρτι ἔλαϐέ με ἡ μήτηρ μου τὸ ἅγιονπνεῦμα ἐν μίᾳ τῶν τριχῶν μου, καὶ ἀπήνεγκέ με εἰς τὸὄρος τὸ μέγα Θάϐωρ.

Conte albanais de la fille mariée à un serpent, qui lanuit est un merveilleux jeune homme; une nuit lessœurs brûlent la peau de serpent et il disparaît. Elle nele retrouvera que si elle peut trouver une écaille intacteparmi les cendres. Il est fils du roi du monde souterrain.Pour parvenir à lui, elle doit quelque temps servir unehorrible vieille «quelque breuvage qu’elle te donne,bois-le et fais-en la louange». (Éviter le crime du murmurator.)

[Cabinet sanglant de Barbe-Bleue: sûrement le maldans le monde.]

Enseignement de Milarépa:

«La notion du néant engendre la pitié,
La pitié abolit la différence entre soi et les autres.
La confusion de soi et des autres réalise la cause d’autrui.»


Milarépa:

«Ayant médité la douceur et la pitié,
J’ai oublié la différence entre moi et les autres.»


Milarépa:

«Si vous vous demandez si vos péchés seront remis,

Votre désir de vertu efface vos péchés,»

«Comme voie à suivre après ma mort, rejetez toutce que l’égoïsme fait paraître ami et qui nuit aux créatures.Faites au contraire ce qui paraît péché mais profiteaux créatures, car c’est œuvre religieuse. Celui quisachant ces choses les oublie et commet les fautes sciemment sera précipité dans les profondeurs de l’enfer.»

Première moitié du Pater.

«Que ton nom soit sanctifié.»

Par le nom de Dieu nous pouvons orienter notreattention vers le vrai Dieu, situé hors de notre atteinte,non conçu. — Sans ce don nous n’aurions qu’un fauxDieu terrestre, concevable par nous. Ce nom seul permetque dans les Cieux, dont nous ne savons rien, nous ayonsun Père.

«Que ton règne arrive»

Que ta création disparaisse absolument, à commencerpar moi, et tout ce avec quoi j’ai des liens, quels qu’ilssoient.

«Que ta volonté soit faite»

Ayant abandonné absolument toute espèce d’existence,j’accepte l’existence, quelle qu’elle soit, seulement parconformité avec la volonté de Dieu.

«Comme aux cieux, de même sur terre»

J’accepte la décision éternelle de la Sagesse divine ettout son déroulement dans le temps.

Il n’est pas facile de penser ces choses de toute sonâme. Pour y parvenir, on a bien besoin du pain supersubstantiel,du pardon des crimes passés et de la protection contre le mal.

Lucifer est très probablement un astre qui a rompul’ordre des phénomènes célestes.

Bâton d’aveugle. Ne plus percevoir sa propre existence comme telle, mais comme vouloir de Dieu.

Bâton d’aveugle et cube, les deux clefs de l’ascensionde la pensée.

Miroir des âmes simples, v, 12 — image du fer etdu feu.

épuiser les facultés humaines (volonté, intelligence,etc.) pour le passage au transcendant.

Cf. Miroir des âmes simples, ix, 18.

xiii, 1

«Who believeth a thing which he is not? Soothlynone, for the truth of believing is in the being of himwho believeth.»

Pour quiconque a de la culture artistique et poétique etun vif sentiment du beau, les analogies esthétiques sontles moins trompeuses pour illustrer les vérités spirituelles.

Prendre le Christ pour modèle. Non en se disant: il afait telle chose, donc…

Un mauvais peintre regarde la jeune fille qui pose etse dit «elle a un front haut, des sourcils arqués; je doismettre sur la toile un front haut, des sourcils arqués,etc.»

Un vrai peintre, à force d’attention, est ce qu’ilregarde. Pendant ce temps sa main bouge, avec un pinceau au bout.

Encore plus évident pour les dessins de Rembrandt.Il pense Tobie et l’ange, et sa main bouge.

C’est ainsi que le Christ doit être notre modèle.

Penser le Christ — le Christ, non notre image duChrist.

Penser le Christ de toute son âme. — Et pendant cetemps, l’intelligence, la volonté, etc., et le corps agissent.

Le mal n’est pas ainsi immédiatement éliminé. Maisprogressivement.

Il faut à cet effet penser le Christ comme homme etDieu.

Toute pensée constituant réellement un arrachement vers Dieu est peut-être aussi efficace? (Toute penséeenfermant le parfait?)

Philosophie (y compris problèmes de la connaissance,etc.), chose exclusivement en acte et pratique. C’estpourquoi il est si difficile d’écrire là-dessus. Difficile àla manière d’un traité de tennis ou de course à pied,mais bien davantage.

Les théories subjectivistes de la connaissance sont unedescription parfaitement correcte de l’état de ceux quine possèdent pas la faculté, très rare, de sortir de soi.

Faculté surnaturelle.

Charité.

Le baptême, hélas, ne la confère pas.

[Toute théorie de la connaissance décrit correctement un état mental (?)|

Le pain supersubstantiel. — Dieu le donne continuellement à l’univers pour y conserver l’ordre dumonde. — Pourquoi pas à nous, si nous le désirons,pour nourrir et conserver notre ordre? Il est quotidien,car il a pour témoin le cercle diurne des étoiles.

[Chinese fairy-tales, tr. Martens.]

Petit gars pauvre placé comme vacher à 12 ans. Misà soigner une vache. Après quelques années elle estsplendide, dorée. Un jour (7e jour) propose au garçonde l’emmener parmi les étoiles pour épouser la Tisseuse (fille du roi du ciel, qui tisse les nuages). Il accepte,Ils montent. Le mariage se fait. Mais, séparés par unfleuve, les époux ne se voient qu’une fois par an. (Vacher,Tisseuse, constellations de part et d’autre de la voielactée.)


R. — à propos de W.

«— Mais pourquoi insiste-t-il tant pour me voir?— Oh! par bonté, uniquement par bonté! Si voussaviez comme il est bon! Il se dit que vous êtes ici seule,très malade…»

La cause de ce genre de choses est que l’attention decelui qui parle est logée à l’endroit où la parole est émiseau lieu d’être automatiquement transportée à l’endroitoù elle sera reçue.

Comment un tel transport est-il possible?

Outils, Instruments du sculpteur. Instruments musicaux;ex. violon.

Celui chez qui l’acte de parler à autrui ne s’accompagne pas d’un tel transfert n’a pas vraiment appris àparler, comme celui qui lit en remuant les lèvres n’apas vraiment appris à lire.

L’opération de la parole est constituée essentiellementpar ce transfert de l’attention.

Cf. Maine de Biran. D’une manière générale =

Notion des transferts d’attention.

Déluge sumérien. — Depuis le début du déluge, lesdieux ont faim, faute de sacrifices. Au premier sacrificeoffert par Uta-Napishtim:

«ils sentirent la douce saveur — et comme des mouches les dieux s’assemblèrent autour du sacrifice»,

puis décidèrent de ne plus jamais détruire l’humanité —

roman irlandais — confiture de fraises

Roman irlandais ( «A flock of birds»?) où la sœur d’un garçon qui vient d’être exécuté, rentrant chez elle, dévore un pot de confiture de fraises, pour s’arracher à cette mort, par réaction vitale — et, le reste de sa vie, ne peut plus jamais entendre parler de confiture de fraises.

Le malheur imaginaire d’un adolescent romanesquequi s’est fabriqué un grand amour serait impuissant àmodifier son attitude envers la confiture de fraises.

transfertCe pouvoir de passer dans la matière inerte est le propre des sentiments réels.

Pour l’homme vivant en ce monde, ici-bas, la matièresensible — matière inerte et chair — est le filtre, lecrible, le critère universel du réel dans la pensée; le domaine de la pensée tout entier, sans que rien soitexcepté. La matière est notre juge infaillible.

De cette alliance entre la matière et les sentimentsréels vient l’importance des repas dans les occasions solennelles,dans les fêtes, dans les réunions de famille oud’amitié — même deux amis — etc. (aussi friandises,boissons…) Et celle des nourritures spéciales: dinde etmarrons glacés de Noël [Christmas pudding] — navettesde la Chandeleur à Marseille — œufs de Pâques — etmille coutumes locales ou régionales de folklore (presque disparues).

La joie et la signification spirituelle de la fête est dansla friandise spéciale à la fête.

Part la plus importante de l’instruction = enseignerce que c’est que connaître (au sens scientifique). Nurses.

TABLE

Note de l’éditeur

7

Prologue

9

Cahiers d’Amérique

11

Notes écrites à Londres

303

(Video) | Livre Audio | Rousseau - Second Discours (1/5) De la Dédicace à l'Introduction.

Videos

1. Derek Prince: What really happened at Pentecost
(Samme Adema)
2. Derek Prince: Which way to righteousness, law or grace. 1084 How grace operates.
(Samme Adema)
3. The ENDLESS | The Sandman Universe (DC Multiverse Origins)
(DCnez Omniverse of Wonders)
4. The GREAT Awakening Has BEGUN: Rise of a New Era of Humanity REVEALED | Alx Uttermann
(Next Level Soul Podcast)
5. Jules Verne ⚜ Vingt mille lieues sous les mers / Livre Audio
(Le Mérovingien)
6. Clinique de Guérison | Dimanche 30 Avril 2023
(CAVA Church TV)
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Author: Nathanial Hackett

Last Updated: 2023/05/01

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